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L’Onu Vote Une Carte Du Monde Plus Fidèle Aux Continents

164 voix contre une. L'ONU veut changer la carte du monde et agrandir l'Afrique. Washington vote non. Derrière ce geste, une bataille sur ce que nos cartes nous font croire depuis des siècles...

Et si la carte accrochée au mur de l’école n’avait jamais montré le monde tel qu’il est ? Vendredi, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution destinée à promouvoir une représentation cartographique plus fidèle à la taille réelle des continents. Le texte agrandit notamment l’Afrique et rétrécit les États-Unis. Porté par le Togo et l’Union africaine, coparrainé par la France, il a été adopté par 164 voix contre une, celle des États-Unis, et six abstentions. Derrière un débat qui paraît technique se joue une question simple : que voyons-nous vraiment lorsque nous regardons une carte ?

Une résolution pour changer le regard porté sur la planète

La résolution vise à encourager les organisations internationales et les États à utiliser des représentations cartographiques de type Equal Earth. Cette cartographie abandonne la projection dite de Mercator, du nom de Gerardus Mercator, géographe, cartographe, philosophe et théologien né en Flandres en 1512. Sa carte du monde a été conçue pour la navigation maritime et agrandit artificiellement les territoires situés aux hautes latitudes. Une distorsion qui, selon le texte de la résolution, contribue à minimiser dans les esprits la taille de l’Afrique, de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud, et à perpétuer une vision déséquilibrée de la planète.

Le geste n’oblige personne à décrocher du jour au lendemain toutes les cartes murales. Il invite pourtant à un basculement de pratique. Les organisations internationales et les États sont encouragés à privilégier une représentation plus proche des surfaces réelles. L’Afrique apparaît plus vaste. Les États-Unis apparaissent plus modestes. Le message politique est aussi clair que le dessin : la carte n’est pas un décor neutre. Elle oriente l’éducation, nourrit l’imaginaire et influence les perceptions collectives.

Ce que dit vraiment le vote de vendredi

Le résultat est net. Cent soixante-quatre voix pour. Une voix contre. Six abstentions. La voix contre est celle des États-Unis. Le texte est porté par le Togo et l’Union africaine. La France le coparraine. Cette arithmétique diplomatique raconte une majorité très large autour d’une idée : corriger une représentation jugée déformée. Elle raconte aussi une solitude américaine dans l’hémicycle, assumée et argumentée.

Le ministre des Affaires étrangères du Togo, Robert Dussey, a pris la tribune pour inscrire le débat dans une histoire plus longue que celle d’un vendredi de session. Les cartes, a-t-il dit, façonnent notre compréhension du monde. Elles orientent l’éducation. Elles nourrissent l’imaginaire. Elles influencent les perceptions collectives. Elles ne sont donc jamais neutres. Lorsqu’elles donnent une image déformée de notre planète, elles risquent de perpétuer des représentations erronées transmises de génération en génération.

Les cartes façonnent notre compréhension du monde. Elles orientent l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives. Elles ne sont donc jamais neutres : lorsqu’elles donnent une image déformée de notre planète, elles risquent de perpétuer des représentations erronées transmises de génération en génération.

Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo

Il a ajouté que l’initiative ne vise aucune nation, aucune civilisation ni aucune tradition cartographique. Elle est guidée, a-t-il insisté, par une ambition universelle : promouvoir une connaissance fondée sur la rigueur scientifique, le respect de la vérité et l’égale dignité de tous les peuples. Le propos relie trois mots que le texte met au centre : rigueur, vérité, dignité. Pas une accusation contre un pays. Une demande de correction visuelle.

Pourquoi Mercator agrandit le Nord et réduit le Sud

Gerardus Mercator naît en Flandres en 1512. Géographe, cartographe, philosophe et théologien, il conçoit une projection utile aux navigateurs. Sur mer, une route à cap constant doit pouvoir se lire comme une ligne droite. La projection de Mercator rend ce service. Le prix à payer est une distorsion des surfaces. Plus on s’éloigne de l’équateur vers les hautes latitudes, plus les territoires gonflent.

Cette mécanique n’est pas un détail d’atelier. Elle change ce que l’œil croit mesurer. L’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud apparaissent plus petites qu’elles ne le sont. Les terres des hautes latitudes apparaissent plus grandes. Selon le texte adopté, cette distorsion contribue à minimiser dans les esprits la taille de ces régions et à perpétuer une vision déséquilibrée de la planète. La carte maritime est devenue carte scolaire. L’outil de bord est devenu image du monde.

Ce que la résolution met en regard

Projection de Mercator : conçue pour la navigation, elle agrandit les hautes latitudes.

Représentation de type Equal Earth : encouragée pour se rapprocher de la taille réelle des continents, avec une Afrique plus vaste et des États-Unis plus réduits à l’œil.

Abandonner Mercator dans les usages internationaux ne revient pas à effacer l’histoire de la cartographie. Le texte ne condamne pas une tradition. Il propose un autre usage pour un autre objectif. Naviguer n’est pas enseigner. Tracer une route n’est pas comparer des continents. La résolution sépare ces deux gestes. Elle demande que la comparaison des tailles cesse de passer par un outil pensé pour la mer du XVIe siècle.

Equal Earth, une invitation plus qu’une obligation

Le mot choisi par le texte n’est pas l’ordre. C’est l’encouragement. Les organisations internationales et les États sont invités à utiliser des représentations de type Equal Earth. Le cadre reste celui d’une résolution de l’Assemblée générale. Le levier est politique et symbolique autant que technique. Changer de carte, ce n’est pas changer les frontières. C’est changer l’échelle mentale à laquelle on les lit.

Dans ce basculement, l’Afrique gagne en surface apparente. Les États-Unis en perdent. L’Amérique latine et l’Asie du Sud cessent d’être compactées par un effet de latitude. Le dessin se rapproche de la réalité des aires. Le débat, lui, se rapproche d’une question de dignité. Si la carte minimise un continent dans les esprits, elle façonne une hiérarchie visuelle. Le Togo et l’Union africaine ont voulu corriger cette hiérarchie sans désigner un coupable national.

La France, coparrain, s’est placée dans le camp de cette correction. Ancienne puissance coloniale, elle apporte un soutien appuyé au moment où elle cherche à renouer avec l’Afrique, où son influence s’est fortement érodée ces dernières années. Le geste cartographique s’inscrit dans une diplomatie de récit. Corriger l’image, c’est aussi parler autrement aux capitales africaines.

La réplique américaine : une institution hors sujet

Face à cette majorité, la représentante américaine Yaryna Ferencevych a répondu sèchement. Des résolutions comme celle-ci, et l’agenda idéologique qu’elles promeuvent, a-t-elle dit, entravent le travail de cette institution et contribuent à la perte de sa crédibilité. Le grief est double. Le fond serait idéologique. La forme détournerait l’Assemblée de ses missions.

Des résolutions comme celle-ci, et l’agenda idéologique qu’elles promeuvent, entravent le travail de cette institution et contribuent à la perte de sa crédibilité. Plutôt que de se concentrer sur les véritables enjeux de paix internationale, de prospérité ou de bonnes relations entre les pays, cette instance débat de projets cartographiques datant du XVIe siècle.

Yaryna Ferencevych, représentante des États-Unis

Elle a ajouté que, plutôt que de se concentrer sur les véritables enjeux de paix internationale, de prospérité ou de bonnes relations entre les pays, cette instance débat de projets cartographiques datant du XVIe siècle. Elle a exhorté les pays à faire preuve de bon sens en rejetant le texte. Le bon sens, dans cette bouche, consiste à refuser qu’une carte du XVIe siècle occupe l’agenda d’une organisation née pour la paix.

Le désaccord n’est donc pas seulement esthétique. Washington lit une perte de temps et une perte de crédit. Lomé et l’Union africaine lisent une correction de regard. La France lit une œuvre de vérité. Trois lectures d’un même objet. Une seule voix contre. Six silences. Une salle qui bascule.

La France, la Sorbonne et l’idée de vérité

Dans un discours prononcé vendredi à la Sorbonne, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a posé une phrase qui résume la position française. Changer de carte ne change évidemment pas le monde. Mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité. Le premier membre de la phrase désarme l’accusation de magie diplomatique. Le second assume le geste moral.

Changer de carte ne change évidemment pas le monde. Mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité.

Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères de la France

Selon lui, cette évolution est cohérente avec la volonté française de défendre sa propre lecture des relations internationales face aux récits jugés simplificateurs, qu’il s’agisse de l’opposition entre un prétendu Sud global et un Occident collectif ou d’une vision d’une Europe condamnée au déclin. La carte devient alors un chapitre d’une bataille plus large : qui raconte le monde, avec quels blocs, avec quelles fatalités.

Le soutien français n’est pas anodin. Ancienne puissance coloniale, la France cherche à renouer avec l’Afrique. Son influence s’y est fortement érodée ces dernières années. Coparrainer un texte porté par le Togo et l’Union africaine, c’est choisir un terrain où la correction d’une image peut valoir comme signe d’écoute. Le ministre le dit autrement : la vérité d’une surface n’est pas un détail décoratif.

Les cartes ne sont jamais neutres

Reprenons la formule togolaise. Les cartes façonnent la compréhension du monde. Elles orientent l’éducation. Elles nourrissent l’imaginaire. Elles influencent les perceptions collectives. Quatre verbes. Quatre effets. Un même support. Une salle de classe, un manuel, un écran d’actualité, un mur d’institution : partout la même silhouette du monde peut s’imprimer. Si cette silhouette minimise l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud, l’esprit apprend une planète penchée.

La résolution affirme que cette distorsion perpétue une vision déséquilibrée. Le mot « perpétuer » compte. Il dit la durée. Il dit la transmission. Il dit que l’erreur n’est pas un accident d’un jour mais une habitude d’œil. Robert Dussey parle de représentations erronées transmises de génération en génération. L’enjeu n’est donc pas seulement le présent diplomatique. C’est la chaîne des regards.

L’initiative, répète-t-il, ne vise aucune nation, aucune civilisation ni aucune tradition cartographique. La phrase cherche à désamorcer le procès d’intention. Personne n’est nommé comme faussaire. Mercator n’est pas traité en accusé. Il est situé : Flandres, 1512, navigation maritime, hautes latitudes agrandies. Le problème n’est pas l’homme. C’est l’usage universel d’un outil particulier.

Ce que l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud gagnent à l’œil

Le texte désigne trois ensembles minimisés dans les esprits : l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie du Sud. Il désigne aussi un effet inverse : l’agrandissement des terres des hautes latitudes. La résolution traduit cela en politique visuelle. Encourager Equal Earth, c’est rendre à ces espaces une ampleur plus juste. Agrandir l’Afrique n’est pas un slogan. C’est la conséquence d’un choix de projection.

Rétrécir les États-Unis sur la carte n’est pas une sanction. C’est le corollaire du même choix. Washington a pourtant voté contre. La représentante américaine n’a pas discuté le détail des surfaces. Elle a discuté la place de ce débat dans l’institution. Paix internationale, prospérité, bonnes relations entre les pays : voilà, selon elle, le vrai ordre du jour. Les projets cartographiques du XVIe siècle n’en feraient pas partie.

Entre ces deux lectures, le chiffre demeure. Cent soixante-quatre pays ont considéré que le sujet méritait un oui. Une seule délégation a dit non. Six se sont tenues à l’écart. La cartographie est devenue un test de majorité. Et la majorité a choisi la correction.

Une ambition présentée comme universelle

Robert Dussey a fixé trois piliers : la rigueur scientifique, le respect de la vérité, l’égale dignité de tous les peuples. La séquence relie le dessin et le droit moral. Une carte plus fidèle aux tailles réelles serait plus scientifique. Elle serait plus vraie. Elle serait plus juste envers les peuples dont l’espace a été visuellement réduit. L’universel, ici, n’est pas un bloc contre un autre. C’est une prétention à la mesure.

Jean-Noël Barrot, à la Sorbonne, refuse les récits jugés simplificateurs. Il cite l’opposition entre un prétendu Sud global et un Occident collectif. Il cite la vision d’une Europe condamnée au déclin. La carte corrigée devient, dans sa bouche, cohérente avec une lecture française des relations internationales. Changer de carte ne change pas le monde. Corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité. La France se place du côté de cette œuvre.

Cette cohérence affichée a un contexte. L’influence française en Afrique s’est fortement érodée. Le coparrainage d’un texte africain sur la représentation du monde s’inscrit dans une tentative de renouer. Le discours de la Sorbonne et le vote de l’Assemblée se répondent. Même journée. Même thème. Deux scènes. Une ligne.

Le procès en idéologie et le procès en bon sens

Yaryna Ferencevych parle d’agenda idéologique. Elle parle d’entrave au travail de l’institution. Elle parle de perte de crédibilité. Le mot « idéologique » inverse la charge. Là où le Togo parle de rigueur scientifique, Washington parle d’agenda. Là où le texte parle de vérité des surfaces, la représentante américaine parle de projets datant du XVIe siècle. Deux grammaires pour un même objet.

Elle exhorte les pays à faire preuve de bon sens en rejetant le texte. Le bon sens, dans cette phrase, serait le rejet. Le vote a dit autre chose. Le bon sens majoritaire a été l’adoption. Reste le désaccord sur ce qu’est le sérieux d’une institution. Pour les uns, le sérieux commande de cesser de déformer le dessin du monde. Pour l’autre, le sérieux commande de ne pas en débattre ici.

Ce choc de définitions n’ajoute aucun fait au texte. Il éclaire seulement la ligne de fracture. Une voix contre. Une majorité immense. Un argument de crédibilité. Un argument de dignité. L’Assemblée a tranché pour la seconde lecture, sans convertir la première.

Éducation, imaginaire, perceptions : la chaîne des effets

Si l’on suit le ministre togolais, la carte n’est pas un accessoire. Elle entre dans l’école. Elle entre dans l’imaginaire. Elle entre dans les perceptions collectives. Trois portes. Une même image. Une distorsion répétée devient une leçon. Une leçon répétée devient une évidence. Une évidence devient une hiérarchie. La résolution veut interrompre cette chaîne.

Encourager les États et les organisations internationales à utiliser des représentations de type Equal Earth, c’est viser les lieux où l’image du monde se reproduit. Pas seulement le débat d’un vendredi. Les usages. Les documents. Les supports. Le texte ne décrit pas le calendrier de ces usages. Il en fixe le sens. Plus proche de la taille réelle. Moins fidèle à la commodité maritime de 1512.

Ce que le texte demande, en trois points

  • Promouvoir une représentation plus fidèle à la taille réelle des continents.
  • Encourager le recours à des cartes de type Equal Earth.
  • Sortir d’une vision jugée déséquilibrée, née d’une projection qui agrandit les hautes latitudes.

Agrandir l’Afrique sur le papier, rétrécir les États-Unis sur le papier : ces deux mouvements sont le visage concret de la résolution. Ils ne déplacent pas un habitant. Ils déplacent une proportion. C’est peu, dit le ministre français, si l’on attend un autre monde. C’est déjà beaucoup, ajoute-t-il, si l’on refuse une représentation qui déforme.

Le XVIe siècle dans l’hémicycle du XXIe

La représentante américaine a voulu ramener le débat à sa date d’origine. Projets cartographiques datant du XVIe siècle. Gerardus Mercator, 1512, Flandres. L’anachronisme, dans sa bouche, est une critique. Pourquoi l’Assemblée générale passerait-elle du temps sur un outil né pour la mer d’un autre âge, alors que la paix, la prospérité et les relations entre pays appelleraient d’autres urgences ?

La majorité a répondu sans le dire autrement que par le vote. Parce que cet outil d’un autre âge est encore l’image du nôtre. Parce que la distorsion continue. Parce que l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud restent minimisées dans les esprits. Le XVIe siècle n’est pas le sujet. Le XXIe siècle qui continue de voir avec les yeux du XVIe l’est.

Robert Dussey a pris soin de ne viser aucune tradition cartographique. Le respect affiché pour l’histoire de la discipline n’empêche pas la critique de ses effets présents. On peut honorer Mercator comme inventeur d’une solution nautique et refuser que cette solution gouverne encore la mesure des continents dans les salles où l’on apprend le monde.

Coparrainage français, érosion africaine, récit alternatif

Le texte le rappelle : la France, ancienne puissance coloniale, a apporté un soutien appuyé. Elle cherche à renouer avec l’Afrique. Son influence s’y est fortement érodée ces dernières années. Le coparrainage n’efface pas cette érosion. Il s’y frotte. Un vote à New York, un discours à la Sorbonne, une formule sur la vérité : la diplomatie française assemble ces pièces pour défendre sa propre lecture des relations internationales.

Cette lecture se définit contre des récits jugés simplificateurs. Un prétendu Sud global contre un Occident collectif. Une Europe condamnée au déclin. Jean-Noël Barrot refuse ces schémas. La carte plus fidèle devient un geste cohérent avec ce refus. Ni magie. Ni cosmétique pure. Une correction. Une œuvre de vérité, selon le mot choisi.

Le Togo porte. L’Union africaine porte. La France coparraine. Les États-Unis s’opposent. L’architecture du vote dessine des alliances de récit autant que des alliances de surfaces. L’égale dignité des peuples, dite à la tribune, rencontre la solitude d’un non américain. Le reste de la salle, pour l’essentiel, a choisi le oui.

Ce que la résolution ne fait pas

Elle ne change pas le monde, a dit Jean-Noël Barrot. Elle ne vise aucune nation, a dit Robert Dussey. Elle n’impose pas, dans le récit du texte, une police des murs. Elle encourage. Elle promeut. Elle désigne un type de représentation. Elle nomme une distorsion. Elle relie cette distorsion à des esprits, à des générations, à une vision déséquilibrée.

Elle ne règle pas la paix internationale. Elle ne règle pas la prospérité. Elle ne règle pas, à elle seule, les bonnes relations entre les pays. C’est précisément l’argument américain : ce n’est pas le sujet. C’est précisément le pari de la majorité : le sujet du regard n’est pas étranger au reste. Une planète mal proportionnée dans les têtes n’est pas un accessoire.

Entre ces deux phrases, le lecteur reste avec les faits du jour. Un vendredi. Une Assemblée. Cent soixante-quatre oui. Un non. Six abstentions. Un type de carte encouragé. Un type de carte délaissé. Une Afrique plus grande à l’œil. Des États-Unis plus petits à l’œil. Une querelle sur le sérieux de l’institution.

Une image du monde, deux vérités affichées

D’un côté, la rigueur scientifique, le respect de la vérité, l’égale dignité. De l’autre, le bon sens, les vraies urgences, la crédibilité menacée par un agenda. Les deux camps parlent au nom d’une institution qu’ils disent vouloir utile. Ils ne s’entendent pas sur l’utilité d’une carte. Pour les uns, la carte utile est celle qui cesse de minimiser. Pour l’autre, le temps utile n’est pas celui des projections.

Le texte adopté reste celui du Togo et de l’Union africaine, coparrainé par la France. Les organisations internationales et les États sont encouragés à suivre. L’œil collectif est invité à se rééduquer. L’imaginaire est invité à changer d’échelle. Les perceptions collectives sont invitées à cesser de répéter une déformation née pour la mer.

Gerardus Mercator n’avait pas conçu un manifeste. Il avait conçu un instrument. L’Assemblée générale, vendredi, a décidé que cet instrument ne devait plus gouverner la manière dont le monde se montre à lui-même. Equal Earth entre dans le vocabulaire diplomatique. Mercator en sort comme référence première des usages encouragés. Le basculement est là, dans ce remplacement d’habitude.

Après le vote, le regard

Que restera-t-il de cette séance ? Un score. Des citations. Une invitation. Un refus américain. Un soutien français. Une Afrique dessinée plus vaste. Des États-Unis dessinés plus étroits. Rien de tout cela n’efface les controverses du monde réel. Tout cela déplace pourtant la ligne à partir de laquelle on prétend le voir.

Les cartes, a dit Robert Dussey, ne sont jamais neutres. Le vote de vendredi l’a confirmé d’une autre manière. Une carte a divisé une salle, même à un contre cent soixante-quatre. Une projection du XVIe siècle a occupé une institution du XXe née après la guerre. Une ancienne puissance coloniale a parlé de vérité à la Sorbonne. Une représentante américaine a parlé de crédibilité dans l’enceinte. Le monde n’a pas changé. Sa représentation, elle, vient d’être officiellement mise en cause.

Il reste à voir quels États et quelles organisations suivront l’encouragement. Le texte ne le dit pas. Il dit seulement le sens du geste. Plus proche de la taille réelle des continents. Moins captif des hautes latitudes gonflées. Plus attentif à ce que l’œil apprend malgré lui. Vendredi, l’Assemblée générale a choisi de le dire à voix haute, contre une seule voix, et d’ouvrir ainsi un autre chapitre dans la longue histoire de la manière dont nous dessinons la Terre.

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