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Deuil Collectif En Guinée Après L’Éboulement D’Une Décharge

Des milliers de personnes se sont rassemblées à Conakry pour les funérailles des 36 victimes d'un éboulement. Drapeaux en berne, prière, inhumation : le pays est en deuil, mais la zone reste fragile et le débat sur l'après-drame vient à peine de commencer.

Comment un quartier habité peut-il se retrouver enseveli par une masse d’ordures après une nuit de pluie ? Vendredi, à Conakry, la question n’avait plus rien d’abstrait. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour des funérailles collectives. Trente-six vies se sont arrêtées dans l’éboulement d’une décharge, dans la banlieue de la capitale. Parmi les disparus figuraient dix-sept ressortissants de Sierra-Leone. Le pays a mis son drapeau en berne. Les familles ont prié. Puis les corps ont pris le chemin du cimetière.

Un Pays En Deuil Face À Un Drame Urbain

Le recueillement a duré toute une journée. Il n’avait rien d’un simple rituel administratif. Il s’agissait d’un hommage public, visible, officiel et populaire à la fois. L’éboulement s’est produit dans la nuit du 22 au 23 août. Les victimes habitaient près de l’énorme décharge du quartier de Dar-es-Salam. Les fortes pluies ont fait céder la masse instable. Les habitations proches ont été recouvertes. Le bilan, communiqué vendredi lors de la cérémonie, est resté fixé à trente-six morts.

Ce chiffre a été annoncé par Lancei Touré, directeur général de l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires. La même source a précisé qu’une vingtaine de blessés se trouvaient encore dans les hôpitaux. Plus de 1.600 sinistrés ont été assistés depuis le drame. Derrière ces nombres, il y a des familles, des voisins, des travailleurs, des proches venus de part et d’autre d’une frontière. Le deuil n’était pas seulement guinéen. Il était aussi sierra-léonais.

Jeudi, la présidence guinéenne avait annoncé que le drapeau national serait mis en berne vendredi. La mesure valait sur le territoire et dans les représentations diplomatiques et consulaires du pays. Vendredi, le geste était visible. Il accompagnait la cérémonie. Il disait, sans long discours, que l’État reconnaissait l’ampleur de la perte. Dans les rues de la banlieue, la foule s’est mise en marche vers le lieu de prière, puis vers le lieu d’inhumation.

La Cérémonie De Bambéto Et La Prière Mortuaire

Les trente-six dépouilles ont été revêtues des drapeaux guinéen et sierra-léonais. Elles ont été acheminées vendredi dans une mosquée de Bambéto, un quartier de la banlieue de Conakry. C’est là qu’a eu lieu la prière mortuaire musulmane. Le lieu n’était pas choisi au hasard. Il se situait dans le tissu urbain où le deuil s’est concentré. La foule s’y est pressée. Des responsables religieux étaient présents. Des représentants des autorités aussi. Les familles occupaient le premier cercle du recueillement.

Le spectacle n’avait rien de figé. Plusieurs femmes, en larmes et en pleurs, sont tombées en transe au milieu de la foule de plusieurs milliers de personnes. La douleur s’est exprimée à voix haute. Elle s’est exprimée dans le corps. Elle s’est exprimée dans le silence qui suivait les sanglots. Dans une cérémonie aussi dense, chaque geste compte. Un linceul. Un drapeau. Une prière. Un nom murmuré. Un voisin qui retient une épaule.

Repères du jour
36 personnes inhumées • 17 ressortissants de Sierra-Leone • drapeau en berne • prière à Bambéto • inhumation au cimetière de Bambeto

La gouverneure de Conakry, la générale Mahawa Cissé, a pris la parole pendant la cérémonie. Sa phrase a été brève, claire, officielle. Elle a fixé le ton de la journée sans chercher à l’envelopper de formules longues.

La Guinée est en deuil et nous partageons la souffrance des proches des victimes.

Mahawa Cissé, gouverneure de Conakry

Après la prière, les corps ont été conduits au cimetière de Bambeto pour l’inhumation. Les membres des familles étaient là. Les proches des victimes aussi. Les responsables religieux ont accompagné le cortège. Les représentants des autorités ont fait de même. Le trajet entre la mosquée et le cimetière a transformé le deuil privé en cortège public. Dans une capitale déjà marquée par le drame, ce déplacement collectif a donné une forme visible à l’absence.

Il faut relire la scène sans l’accélérer. Une ville de banlieue. Une mosquée. Une foule. Des drapeaux de deux pays posés sur des dépouilles. Une prière. Puis la terre du cimetière. Rien dans cette séquence n’efface la cause du drame. Mais tout dans cette séquence dit que les disparus n’ont pas été laissés sans honneur. Le pays a choisi de les enterrer ensemble. Le geste a une charge politique, religieuse et humaine à la fois.

Le Bilan Humain Et L’Assistance Aux Sinistrés

Le bilan n’a pas été présenté comme provisoire vendredi. Il a été présenté comme un nouveau bilan, communiqué au moment même des funérailles. Trente-six morts. Une vingtaine de blessés encore hospitalisés. Plus de 1.600 sinistrés assistés depuis le drame. Ces trois données structurent désormais le récit public. Elles viennent de Lancei Touré, à la tête de l’ANGUCH. Elles ont été dites devant ceux qui venaient ensevelir leurs morts.

Les blessés n’étaient pas dans la foule de la mosquée. Ils étaient encore dans les hôpitaux. Cette séparation géographique dit quelque chose du temps du drame. Il y a le temps des funérailles. Il y a le temps des soins. Il y a le temps de l’assistance aux sinistrés. Ces trois temps se chevauchent. Ils ne s’annulent pas. Une famille peut se trouver à la fois au cimetière et à l’hôpital. Une autre peut attendre une aide tout en portant le deuil.

Les 1.600 sinistrés assistés depuis le drame rappellent que l’éboulement n’a pas seulement tué. Il a déplacé, blessé, dépouillé, éparpillé. L’assistance évoquée par le directeur général de l’agence ne dit pas, dans le détail public de la cérémonie, la nature exacte de chaque aide. Elle dit qu’un dispositif a été mis en mouvement. Elle dit aussi que le nombre de personnes concernées dépasse largement le cercle des trente-six disparus.

Élément Donnée communiquée
Morts36
Ressortissants de Sierra-Leone17
Blessés encore hospitalisésune vingtaine
Sinistrés assistésplus de 1.600

Les dix-sept ressortissants de Sierra-Leone donnent au deuil une dimension transfrontalière. Les drapeaux des deux pays sur les dépouilles l’ont rendu visible. Dans une banlieue de Conakry, des vies venues d’un pays voisin ont été prises dans le même glissement de déchets. Les funérailles collectives ont donc aussi été un geste de reconnaissance envers des familles qui n’étaient pas toutes du même État. Le protocole l’a inscrit dans le tissu, dans la prière, dans la tombe.

On ne peut pas séparer ce bilan du lieu. Dar-es-Salam n’était pas un terrain vague isolé. C’était un quartier d’habitations proches d’une énorme décharge. La proximité a tout décidé. Quand la pluie a chargé la masse, le talus d’ordures n’est pas resté à distance. Il est venu sur les maisons. Les victimes ont été ensevelies là où elles vivaient. Cette phrase, brutale, résume le cœur du drame mieux qu’une longue analyse.

Dar-Es-Salam, La Pluie Et La Décharge Instable

Les autorités et les témoignages publics du jour ont rappelé la même chaîne de faits. Une décharge énorme. Des habitations à proximité. De fortes pluies. Un éboulement nocturne. Des personnes ensevelies. Le quartier nommé est Dar-es-Salam, dans la banlieue de Conakry. Le mécanisme n’a pas besoin d’être compliqué pour être meurtrier. Une masse mal assurée, un sol saturé, une pente, une nuit, et le reste bascule.

La décharge n’était pas un détail du paysage. Elle était le paysage. Elle occupait l’espace. Elle pesait. Elle s’accumulait. Elle rendait la zone vulnérable. Les autorités l’ont d’ailleurs dit ensuite à propos des démolitions : la zone avait été rendue particulièrement vulnérable par l’instabilité de la décharge. Cette instabilité n’est pas une image. C’est une description physique. Ce qui n’est pas stable finit par partir. Ici, cela est parti sur des maisons.

Les fortes pluies agissent comme un accélérateur. Elles alourdissent. Elles glissent. Elles détrempent. Elles réduisent la résistance d’un tas déjà précaire. Dans la nuit du 22 au 23 août, cette mécanique a rencontré des vies endormies ou encore éveillées, peu importe, des vies qui se trouvaient trop près. Le matin suivant n’a plus été un matin ordinaire. Il est devenu le début d’un deuil national.

Parler de banlieue de la capitale n’est pas anodin. Conakry concentre les pressions urbaines. Les déchets y trouvent des lieux d’accumulation. Les habitations s’installent où l’espace reste disponible. La coexistence entre ordures et logements n’est pas une théorie. Vendredi, elle avait un cimetière. Elle avait une mosquée. Elle avait trente-six cercueils recouverts de drapeaux.

Le mot éboulement décrit un mouvement de terrain. Ici, le terrain était fait de déchets. Cela change la nature du choc, pas sa violence. Une coulée d’ordures n’a pas besoin d’être nommée autrement pour tuer. Elle étouffe. Elle écrase. Elle emporte. Les familles de Dar-es-Salam l’ont appris de la manière la plus définitive. Les autorités, depuis, ont décidé d’intervenir autour du site.

Le Drapeau En Berne Et La Parole Officielle

Le deuil officiel a précédé d’un jour les funérailles publiques. La présidence guinéenne l’avait annoncé jeudi dans un communiqué. Vendredi, le drapeau national a été mis en berne en Guinée ainsi que dans les représentations diplomatiques et consulaires du pays. Le signal dépassait Conakry. Il accompagnait le pays partout où il est représenté. Un tel geste sert à unifier le calendrier du recueillement.

Sur place, la parole officielle s’est incarnée dans plusieurs voix. Celle de Lancei Touré pour le bilan. Celle de Mahawa Cissé pour le partage de la souffrance. Plus tôt, après le drame, celle du général Amara Camara, ministre-secrétaire général de la présidence et porte-parole de la même institution, lors de la visite présidentielle du 29 août. Ces voix ne disent pas la même chose au même moment. Elles composent néanmoins le même dossier public : honorer les morts, compter les vivants blessés, justifier les mesures autour du site.

La gouverneure de Conakry a parlé au nom d’une ville. Elle a dit que la Guinée était en deuil. Elle a dit que la souffrance des proches était partagée. Dans une cérémonie de plusieurs milliers de personnes, cette phrase fonctionne comme une reconnaissance. Elle ne répare rien. Elle nomme. Parfois, dans un deuil collectif, nommer est le premier acte possible.

Le porte-parole de la présidence, lui, s’était exprimé sur les lieux de la décharge après la venue du président Mamadi Doumbouya. Il avait expliqué le sens du déplacement. Il avait aussi annoncé le plan retenu pour le site. Entre la visite du 29 août et les funérailles du vendredi suivant, le récit officiel a donc enchaîné compassion, contrôle des consignes et projet de transformation du lieu.

La Visite Présidentielle Du 29 Août

Le président Mamadi Doumbouya s’est rendu le 29 août autour de la décharge. Le déplacement a été présenté par le général Amara Camara comme un geste pour compatir à la douleur de l’ensemble de la population. Il a aussi été présenté comme un contrôle. Le président venait s’assurer que les instructions de travail qu’il avait données étaient effectivement suivies. Compassion et vérification ont donc été associées dans la même visite.

Le président s’est déplacé pour venir compatir à la douleur de l’ensemble de la population et pour s’assurer que les instructions de travail qu’il a données sont effectivement suivies.

Amara Camara, porte-parole de la présidence

Cette double intention mérite d’être lue lentement. Compatir, c’est reconnaître la douleur. S’assurer que les instructions sont suivies, c’est rappeler la chaîne de commandement. Sur un site où des maisons ont ensuite été démolies, les deux phrases ne s’équivalent pas. Elles cohabitent. Elles disent qu’après le drame, l’autorité entend à la fois se montrer proche et rester maîtresse du calendrier d’intervention.

La visite s’est faite sur les lieux mêmes. Pas dans une salle lointaine. Sur les lieux. Autour d’une décharge devenue scène de catastrophe. Autour d’habitations jugées trop exposées. Autour d’un quartier dont le nom, Dar-es-Salam, restera attaché à la nuit du 22 au 23 août. Quand un chef d’État marche dans une telle zone, chaque image devient un message. Ici, le message officiel tenait en deux verbes : compatir, vérifier.

Entre cette visite et les funérailles, le temps n’a pas effacé les tensions. Il les a plutôt déplacées. D’un côté, le deuil collectif. De l’autre, les opérations de démolition. Les deux se sont déroulés dans le même espace urbain. Les mêmes autorités ont parlé aux familles et aux habitants dont les maisons étaient visées. Le vendredi des funérailles n’a pas clos le dossier du quartier. Il a seulement donné une sépulture aux disparus.

Démolitions Autour Du Site Et Colère Des Habitants

Depuis le drame, les autorités ont mené des opérations de démolition de maisons situées dans les zones considérées comme dangereuses autour de la décharge. La justification donnée est nette. Il s’agissait de mettre les populations à l’abri d’un nouveau drame. La zone, selon cette lecture, était particulièrement vulnérable à cause de l’instabilité de la décharge. Empêcher une récidive passait, pour l’État, par le retrait des habitations trop exposées.

Des habitants dont les maisons ont été détruites ont dénoncé des conditions d’intervention difficiles. Ils ont réclamé une aide de l’État pour leur relogement. Cette parole ne vient pas d’un communiqué. Elle vient du sol. Elle dit que la sécurité invoquée a un coût immédiat pour ceux qui perdent leur toit. Elle dit aussi que le deuil des uns n’efface pas la précarité nouvelle des autres. Dans le même quartier, on enterre et on déblaie.

Le désaccord n’est pas sur l’existence du danger. Le danger a déjà tué. Le désaccord porte sur la manière et sur l’après. Comment on intervient. Dans quelles conditions. Avec quelle aide. Vers quel relogement. Les autorités parlent d’abri face à un nouveau drame. Les habitants dont les maisons sont tombées sous les démolitions parlent de relogement. Les deux phrases peuvent se suivre. Elles ne se remplacent pas.

Lecture des autorités
Démolir dans les zones dangereuses pour éviter un autre ensevelissement lié à l’instabilité de la décharge.

Parole d’habitants
Conditions d’intervention difficiles et demande d’une aide publique pour le relogement.

Il faut garder les mots exacts. Les maisons visées se trouvaient dans des zones considérées comme dangereuses autour de la décharge. Le critère officiel est donc géographique et sécuritaire. Il n’a pas été présenté comme une opération de rénovation urbaine banale. Il a été présenté comme une mesure de protection. Reste que, pour une famille dont le mur vient de tomber sous une décision publique, la protection ressemble d’abord à une perte.

Le relogement réclamé n’est pas un détail. Sans toit de remplacement, la mise à l’abri d’un risque en crée un autre : l’exposition à la rue, à la dispersion, à l’incertitude. Les funérailles collectives ont montré la capacité de rassembler. Les démolitions ont montré la difficulté de déplacer. Entre les deux, l’État est attendu sur une aide concrète. C’est précisément ce que des habitants ont demandé.

Nettoyer Les Ordures Et Viser Un Parc Urbain

Le général Amara Camara a annoncé le plan des autorités pour le site. Il s’agit de nettoyer les lieux de toutes les ordures et de les transformer en parc urbain. La phrase est courte. Elle dessine pourtant un basculement. D’une décharge meurtrière vers un espace public végétalisé ou ouvert. D’un lieu d’accumulation vers un lieu de promenade. Du danger vers l’usage collectif. Tel est le projet tel qu’il a été dit sur les lieux.

Nettoyer toutes les ordures n’est pas un slogan léger. La décharge a été décrite comme énorme. La retirer, c’est déplacer une montagne de déchets. C’est aussi interrompre un usage. C’est changer la fonction d’un sol. Transformer ensuite ce sol en parc urbain, c’est proposer une autre image du quartier. Après un éboulement, cette image a une fonction morale autant qu’urbaine. Elle dit qu’on ne veut plus que le même lieu tue.

Le parc urbain n’existait pas encore le jour des funérailles. Il était un plan annoncé. Entre l’annonce et le gazon, il y a le chantier, les déblais, les maisons déjà abattues, les familles à reloger, les blessés à soigner, les 1.600 sinistrés déjà assistés et ceux qui continueront de l’être. Le projet ne doit donc pas être lu comme une fin. Il doit être lu comme une intention officielle posée sur une plaie encore ouverte.

Dans le récit public, le parc vient après le nettoyage. Le nettoyage vient après les démolitions de sécurité. Les démolitions viennent après l’éboulement. L’éboulement vient après les pluies et après des années d’accumulation que la cérémonie n’avait pas à retracer dans le détail. Vendredi, l’ordre des priorités visibles était autre : prier, inhumer, compter, consoler. Le parc, lui, appartient au chapitre suivant.

Deux Drapeaux Sur Trente-Six Dépouilles

Revenir aux drapeaux n’est pas un ornement. Dix-sept des trente-six victimes étaient des ressortissants de Sierra-Leone. Les dépouilles ont donc porté les couleurs des deux pays. Dans une mosquée de Bambéto, cette coexistence textile a dit une vérité simple. La décharge de Dar-es-Salam n’a pas choisi les nationalités. Elle a recouvert des vies qui habitaient le même versant d’ordures.

Le deuil partagé entre Conakry et des familles sierra-léonaises donne à la journée une densité particulière. Le drapeau en berne était guinéen. Les linceuls, eux, portaient aussi l’autre pavillon. La prière mortuaire musulmane a rassemblé sans demander à chacun de justifier sa présence. Au cimetière de Bambeto, l’inhumation a achevé ce que la pluie avait commencé : réunir dans la terre ceux que le quartier avait déjà rapprochés.

On peut lire cet hommage comme un geste diplomatique intérieur. On peut aussi le lire comme la photographie d’une banlieue mixte, laborieuse, exposée. Les deux lectures tiennent. Aucune n’ajoute de fait. Elles éclairent seulement ce qui a été montré : deux drapeaux, une foule, une gouverneure, une agence d’urgence, un président venu plus tôt, des maisons ensuite abattues, un parc promis.

Ce Que La Foule A Donné À Voir

Des milliers de personnes. Ce chiffre de foule n’est pas décoratif. Il dit que le drame a débordé le cercle étroit des familles. Des voisins sont venus. Des habitants d’autres quartiers aussi. Des autorités. Des religieux. Dans Bambéto, le deuil a pris la forme d’une assemblée. Une assemblée n’est pas un recensement. C’est une présence. Vendredi, la présence était massive.

Les femmes tombées en transe au milieu des larmes rappellent que le recueillement n’a pas été uniquement protocolaire. Le corps a parlé. La voix s’est brisée. La foule a dû s’écarter, soutenir, attendre. Dans beaucoup de cérémonies musulmanes collectives, la dignité se tient à côté de l’éclat de la douleur. Ici, les deux ont coexisté. La prière a eu lieu. Les sanglots aussi.

Le journal du jour, s’il devait n’écrire qu’une scène, pourrait s’arrêter à celle-ci : une mosquée de banlieue, des drapeaux sur des corps, une gouverneure qui dit le deuil du pays, des femmes qui vacillent, puis un cimetière. Tout le reste — bilan, démolitions, parc, visite présidentielle — gravite autour de cette scène. Sans elle, les chiffres resteraient des chiffres. Avec elle, ils redeviennent des absents.

Il n’est pas nécessaire d’inventer des visages. Les éléments connus suffisent. Des proches. Des familles. Des responsables religieux. Des représentants des autorités. Une générale gouverneure. Un directeur d’agence d’urgence. Un porte-parole de la présidence plus tôt sur le site. Un président venu compatir et vérifier. Une population de sinistrés déjà assistée. Une autre partie d’habitants désormais sans maison. Le tableau est assez chargé.

Le Temps Qui Suit Les Funérailles

Une inhumation collective clôt un rite. Elle ne clôt pas une crise urbaine. Les blessés restent à l’hôpital. Les sinistrés restent à accompagner. Les maisons considérées comme dangereuses restent un sujet d’intervention. La décharge reste à nettoyer. Le parc urbain reste à faire. Les demandes de relogement restent posées. Vendredi a été le jour des morts. Les jours suivants seront ceux des vivants exposés.

L’agence dirigée par Lancei Touré restera, dans ce dossier, le compteur public des urgences. C’est elle qui a dit trente-six. C’est elle qui a dit une vingtaine de blessés encore hospitalisés. C’est elle qui a dit plus de 1.600 sinistrés assistés. Tant que ces compteurs bougent, le drame n’est pas seulement un souvenir de cimetière. Il est une opération en cours.

Les autorités ont choisi un argument de prévention pour les démolitions. Elles ont choisi un argument de transformation pour le site. Elles ont choisi un argument de compassion pour la visite présidentielle. Les habitants affectés par les destructions ont choisi un argument de relogement. Le pays a choisi un argument de deuil national avec le drapeau en berne. Tous ces arguments sont désormais sur la table. Aucun n’efface les trente-six tombes.

On peut relire la séquence dans l’ordre chronologique. Nuit du 22 au 23 août : éboulement après de fortes pluies à Dar-es-Salam. Dans les jours suivants : assistance aux sinistrés, soins aux blessés, constat du bilan. Le 29 août : venue du président sur les lieux. Ensuite : démolitions dans les zones jugées dangereuses. Vendredi : drapeau en berne, prière à Bambéto, inhumation à Bambeto, prise de parole de la gouverneure, nouveau bilan public. Cet ordre-là n’ajoute rien. Il range ce qui a été dit.

Ce Que Ce Drame Dit D’Un Quartier Face Aux Déchets

Sans sortir des faits connus, une leçon se dégage. Vivre contre une décharge instable n’est pas un risque théorique. À Conakry, ce risque a pris trente-six vies en une nuit de pluie. Il a blessé. Il a sinistré plus de 1.600 personnes assistées depuis. Il a conduit l’État à abattre des maisons. Il a conduit la présidence à promettre le nettoyage total du site et sa conversion en parc urbain. Le quartier a basculé du quotidien vers l’exception, puis vers le chantier.

La vulnérabilité invoquée par les autorités n’est pas un mot creux dans ce dossier. Elle désigne un sol qui bouge, une masse qui glisse, des toits trop proches. Elle désigne aussi une population installée là où le danger s’est accumulé. Mettre à l’abri, dans ce vocabulaire officiel, veut dire éloigner les maisons. Les habitants répondent que l’éloignement doit s’accompagner d’une aide. Le désaccord porte sur l’accompagnement, pas sur le deuil.

Le parc urbain, s’il voit le jour, changera la photographie du lieu. Il ne changera pas le souvenir de la mosquée de Bambéto ni celui du cimetière. Les deux géographies coexisteront : celle de la mémoire et celle du projet. Entre les deux, il y aura encore des familles à entendre. Il y aura encore des blessés à suivre. Il y aura encore des ordures à retirer. Le vendredi des funérailles n’était qu’une station de ce parcours.

À l’heure où les corps ont été confiés à la terre, la Guinée affichait un deuil clair. Le drapeau baissé. La foule pressée. La prière dite. Les autorités présentes. Les deux pavillons posés sur les disparus. Rien de cela n’est mineur. Rien de cela n’épuise non plus la question du lendemain. Une décharge qui a tué ne devient pas un parc par la seule vertu d’une annonce. Elle le devient, éventuellement, par un travail dont les habitants demanderont qu’il les inclue.

Le dernier image utile n’est pas un symbole abstrait. C’est une file de dépouilles quittant une mosquée de banlieue pour un cimetière du même quartier. Derrière la file, une ville qui sait désormais le prix d’un talus d’ordures après la pluie. Devant la file, des familles qui n’ont plus personne à attendre. À côté de la file, des maisons déjà condamnées au nom du prochain orage. Telle est la matière de cette actualité. Elle tient tout entière dans ce qui a été vu, dit et compté. Elle n’a pas besoin d’autre invention pour rester lourde.

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