Quel rapport relie un ancien virtuose de l’illusion, un souverain du Liechtenstein et une prestigieuse maison de ventes ? Le fil conducteur porte un nom : Giuliano Ruffini. Collectionneur franco-italien de 81 ans, figure du marché depuis les années 1990, il se trouve aujourd’hui au centre de réquisitions du parquet de Paris, qui souhaite le voir comparaître en correctionnelle pour la circulation présumée de tableaux anciens. Lui conteste ces accusations avec constance. Le monde de l’art, d’une rive à l’autre de l’Atlantique, n’a plus vraiment retrouvé son calme depuis 2016.
Quand Une Vénus Décroche Et Que Le Marché Vacille
Tout bascule visiblement avec le décrochage, en 2016, pour saisie par la justice française, de la Vénus au voile alors attribuée à Cranach l’Ancien, peintre allemand du XVIe siècle. L’œuvre avait été acquise pour 7 millions d’euros par le prince souverain du Liechtenstein Hans-Adam II. Elle était à l’époque exposée à Aix-en-Provence. Ce geste judiciaire n’est pas un incident isolé. Il s’inscrit dans un dossier plus vaste, où treize tableaux de maîtres, présentés comme datant des XVIe, XVIIe ou XIXe siècles, seraient en réalité des réalisations du XXe siècle, selon des experts sollicités par les enquêteurs.
Le parquet de Paris a requis récemment un procès en correctionnelle contre Giuliano Ruffini. Ces éléments ont été portés à la connaissance de l’AFP un vendredi, confirmant une publication spécialisée. La décision finale n’appartient pas encore au parquet : c’est désormais à un juge d’instruction français d’aller, ou non, dans le sens de ces réquisitions. Celles-ci ne visent pas seulement le collectionneur. Quatre autres suspects sont concernés.
Ce que retiennent les réquisitions
Le père, le fils, deux intermédiaires français mis en examen, et un Italien en cavale, faussaire présumé, officiellement peintre en bâtiment, dont le renouvellement du mandat d’arrêt a été requis.
Les Cinq Noms Dans Le Viseur Judiciaire
Parmi les personnes ciblées figure Mathieu Ruffini, 43 ans, fils du principal mis en cause. Deux intermédiaires français, eux aussi mis en examen, apparaissent dans le même mouvement. S’ajoute un Italien en cavale, décrit comme faussaire présumé et officiellement peintre en bâtiment. Le parquet a requis le renouvellement de son mandat d’arrêt. Cette architecture humaine dessine, selon l’accusation, un réseau de circulation. Selon la défense, elle ne prouve pas une tromperie organisée.
Le contraste est net. D’un côté, treize œuvres seraient des créations du XXe siècle présentées comme bien plus anciennes. De l’autre, le parquet décrète qu’il n’y a pas de tromperie caractérisée pour dix-huit autres œuvres versées au dossier. Cette distinction pèse lourd. Elle nourrit l’argument de la défense : la procédure, étape après étape, abandonnerait une partie des poursuites.
Chaque étape majeure de la procédure marque un abandon d’une partie des poursuites à l’encontre des Ruffini père et fils.
Me Paul Le Fèvre, avocat des Ruffini
Le conseil ajoute que ses clients réaffirment leur totale innocence et qu’ils sont plus déterminés que jamais à la faire éclater au grand jour. Cette phrase, courte, revient comme un refrain. Elle ne clôt pas le débat. Elle le recentre sur la charge de la preuve et sur la lecture que l’on fait d’un parcours d’œuvres à travers galeries, musées et salles de ventes.
Sotheby’s, Un Portrait Et Un Remboursement De 9,5 Millions
Parmi les parties civiles, Sotheby’s occupe une place particulière. La maison de vente aux enchères a remboursé 9,5 millions d’euros à l’acheteur du Portrait d’un homme attribué à Frans Hals, maître néerlandais du XVIIe siècle. Ce tableau avait naguère été entre les mains de Giuliano Ruffini. Le remboursement intervient après la découverte de composantes anachroniques du XXe siècle. L’épisode frappe par son montant autant que par ce qu’il dit du crédit accordé, un temps, à l’attribution.
Un portrait, une attribution prestigieuse, puis des matériaux ou des éléments qui ne correspondent pas à l’époque annoncée : le schéma est celui que les enquêteurs appliquent, plus largement, à une série d’œuvres. Sotheby’s, en remboursant, matérialise un doute devenu suffisamment fort pour justifier une réparation financière. Le collectionneur, lui, continue de dire qu’il n’a fait que proposer des œuvres à des experts et à des institutions.
Cette proposition d’œuvres, telle que Ruffini la décrit, n’est pas anodine. Elle place le collectionneur en amont d’une chaîne. Les enquêteurs, eux, retracent le parcours des tableaux qui auraient dupé, selon eux, nombre de maillons. Une galerie à Londres. Un curateur à Bâle. Un ancien directeur d’une galerie d’État de Munich. Un ancien chef du département des peintures italiennes d’un musée de Vienne. Remontant intermédiaires et prête-noms, la justice française flèche Giuliano Ruffini.
Une galerie dans le circuit des œuvres.
Un curateur cité dans le parcours.
Un ancien directeur de galerie d’État.
Un ancien chef de département muséal.
Gérard Majax, Andrée Borie Et Une Origine Contestée
D’où viennent ces tableaux, selon Giuliano Ruffini ? En partie d’Andrée Borie, un temps sa compagne dans les années 1970. Ils auraient été présentés l’un à l’autre par Gérard Majax, magicien-star pensionnaire des plateaux télévisés de l’époque. Le nom du prestidigitateur introduit une note presque insolite dans un dossier d’attributions savantes. Il n’en demeure pas moins un élément du récit personnel du collectionneur.
Andrée Borie est décédée en 1980. Elle fut l’héritière d’André Borie, entrepreneur lié à la partie française du tunnel du Mont-Blanc. Cette filiation donne du poids apparent à l’idée d’une collection familiale. Mais un membre de cette famille, qui a supervisé la succession, affirme n’avoir jamais entendu parler d’une telle collection. Le démenti est net. Il affaiblit, aux yeux de l’enquête, la généalogie proposée pour les œuvres.
Les anciens collaborateurs d’André Borie ajoutent une touche concrète. Ils confient que l’art n’était « pas le genre de la maison ». Ils décrivent le bureau de leur patron décoré de photos de chantiers. Pas de cabinets de tableaux anciens, donc, dans ce souvenir professionnel. Des images de travaux. Une esthétique d’entrepreneur de grands ouvrages, plus que de collectionneur de Cranach ou de Hals.
L’art n’était pas le genre de la maison.
Anciens collaborateurs d’André Borie, tels que rapportés dans le dossier
Le recul sur cette origine n’épuise pas le sujet. Il pose une question simple : comment des tableaux présentés comme issus d’un héritage auraient-ils pu circuler sans que la famille chargée de la succession n’en ait jamais eu connaissance ? La défense, de son côté, n’a pas à prouver une collection introuvable si elle soutient n’avoir commis aucune tromperie. Le parquet, lui, s’appuie sur d’autres éléments, à commencer par une lettre.
La Lettre Anonyme De 2014 Qui Lance La Machine
Tout part ensuite d’une dénonciation par lettre anonyme en 2014, adressée à l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels en France. Cette pièce initiale donne le signal. Elle ouvre une séquence d’investigations qui, deux ans plus tard, aboutit à la saisie de la Vénus au voile et à une perquisition en Italie. Me Le Fèvre ironise sur le traitement de ce document.
Cette courageuse lettre anonyme n’a jamais été abordée par la justice avec l’objectivité et le recul qu’elle aurait mérités.
Me Paul Le Fèvre
Le mot « courageuse », placé ainsi, sonne comme une pique. L’avocat estime que l’anonymat n’a pas été pesé avec assez de distance. L’enquête, elle, a continué. En 2016, la perquisition d’une propriété italienne de Giuliano Ruffini permet de découvrir, dans la buanderie, une porte blindée dissimulée. Derrière se trouve un four. Pour les soirées pizza, dira aux enquêteurs Mathieu Ruffini.
La Buanderie, La Porte Blindée Et Le Four
Le four devient un objet symbolique du dossier. Les enquêteurs appuient une lecture technique : passer un faux tableau au four permet de lui conférer des craquelures, l’une des techniques pour tromper nombre d’experts. La défense oppose un usage domestique. Giuliano Ruffini, dans la série-documentaire Le peintre, la pizza et le corbeau, balaye le soupçon par une phrase directe.
C’est moi qui leur ai montré la pièce pendant la perquisition, je n’ai rien à cacher.
Giuliano Ruffini
Montrer la pièce soi-même, c’est revendiquer la transparence. Voir dans le même four un outil de vieillissement artificiel, c’est lire une intention. Entre ces deux lectures, le juge d’instruction devra se déterminer, au moins sur le point de savoir s’il suit les réquisitions du parquet. Treize œuvres d’un côté, dix-huit de l’autre sans tromperie caractérisée : le dossier n’est pas monolithique.
La Vénus au voile reste l’image la plus parlante. Attribution à Cranach l’Ancien. Prix de 7 millions d’euros. Acquéreur princier. Exposition à Aix-en-Provence. Puis saisie. Le Portrait d’un homme attribué à Frans Hals, remboursé 9,5 millions d’euros par Sotheby’s après des composantes anachroniques du XXe siècle, constitue le pendant commercial de la même crise de confiance. Deux tableaux, deux institutions du prestige, un même nom en amont.
Ce Que Les Enquêteurs Disent Des Datations
Selon les experts sollicités par les enquêteurs, treize tableaux présentés comme des XVIe, XVIIe ou XIXe siècles auraient été réalisés au XXe siècle. Cette affirmation est au cœur du réquisitoire. Elle ne dit pas, à elle seule, qui a peint, qui a su, qui a vendu en connaissance de cause. Elle dit qu’il y aurait discordance entre l’âge annoncé et l’âge réel. Le parquet veut un procès correctionnel pour la circulation présumée de ces faux. Ruffini conteste.
La circulation, dans le langage judiciaire, n’est pas seulement le geste du pinceau. C’est le déplacement des œuvres, leur proposition à des experts, leur passage par des intermédiaires, leur apparition chez un prince ou dans une salle de ventes. Le collectionneur répète qu’il n’a fait que proposer. La justice française, en remontant intermédiaires et prête-noms, le place au centre. Deux récits coexistent.
| Élément du dossier | Ce qui est établi dans les faits rapportés |
|---|---|
| Saisie de 2016 | Vénus au voile attribuée à Cranach, 7 M€, prince Hans-Adam II, Aix-en-Provence |
| Œuvres contestées | 13 tableaux jugés du XXe siècle par des experts de l’enquête |
| Œuvres hors tromperie caractérisée | 18 autres œuvres versées au dossier |
| Remboursement Sotheby’s | 9,5 M€ pour un Portrait d’un homme attribué à Frans Hals |
| Personnes visées par les réquisitions | Ruffini, son fils Mathieu, deux intermédiaires français, un Italien en cavale |
Un Collectionneur Des Années 1990 Sous Les Projecteurs
Giuliano Ruffini n’est pas un inconnu du marché. Figure depuis les années 1990, Franco-Italien de 81 ans, il a longtemps circulé dans un univers où la provenance se raconte autant qu’elle se documente. Le dossier actuel interroge précisément cette provenance. La piste Borie, la rencontre via Gérard Majax, la succession que la famille dit n’avoir jamais associée à une collection de maîtres : autant de pièces d’un récit désormais éprouvé par l’instruction.
Le fils, Mathieu, 43 ans, est associé aux réquisitions. C’est lui qui, selon les éléments rapportés, évoque les soirées pizza pour expliquer le four. Le père affirme n’avoir rien à cacher et dit avoir lui-même indiqué la pièce. Ces détails du quotidien, banals isolément, prennent une autre densité dès lors que les enquêteurs parlent de craquelures provoquées. Le documentaire Le peintre, la pizza et le corbeau a donné une forme narrative à cet écart d’interprétation.
L’Italien en cavale, officiellement peintre en bâtiment, faussaire présumé, reste une silhouette. Le renouvellement du mandat d’arrêt a été requis. Deux intermédiaires français sont mis en examen. Le parquet construit ainsi un ensemble. Le juge d’instruction peut suivre, partiellement suivre, ou ne pas suivre. Rien, dans l’état actuel des réquisitions, n’est encore un jugement.
Pourquoi Le Marché De L’Art S’Emballe Encore
Le monde de l’art, de l’Europe aux États-Unis, est en ébullition depuis le décrochage de 2016. Ce n’est pas seulement le sort d’un homme de 81 ans. C’est la possibilité qu’un même circuit ait pu convaincre une galerie londonienne, un curateur bâlois, un ancien directeur munichois, un ancien responsable viennois, une maison de ventes, un prince collectionneur. Même si dix-huit œuvres échappent à la qualification de tromperie caractérisée, treize suffisent à entretenir le trouble.
Les attributions à Cranach l’Ancien et à Frans Hals ne sont pas des labels ordinaires. Elles portent des siècles de prestige. Lorsqu’apparaissent des composantes anachroniques du XXe siècle, le choc n’est pas seulement scientifique. Il est économique, comme le montre le remboursement de 9,5 millions d’euros. Il est aussi symbolique : qui authentifie, qui vend, qui expose, qui saisit.
Giuliano Ruffini maintient qu’il a proposé des œuvres à des experts et à des institutions. Cette formulation le situe du côté de celui qui interroge, non de celui qui impose une fausse date. Les enquêteurs voient une flèche qui pointe vers lui après la remontée des intermédiaires et des prête-noms. Entre proposition et orientation du marché, le procès éventuel devra trancher des nuances autant que des faits matériels.
Les Abandons Partiels Que La Défense Met En Avant
Me Paul Le Fèvre insiste : chaque étape majeure de la procédure marque un abandon d’une partie des poursuites à l’encontre des Ruffini père et fils. Le parquet lui-même écarte la tromperie caractérisée pour dix-huit œuvres. Cet écart interne au dossier est précieux pour la défense. Il permet de dire que l’accusation n’est pas d’un seul tenant. Il permet aussi de rappeler que l’innocence proclamée n’est pas un simple slogan de circonstance, mais une ligne tenue depuis le début des mises en cause.
Les clients, dit l’avocat, sont plus déterminés que jamais à faire éclater leur totale innocence au grand jour. Le grand jour, en l’espèce, pourrait être une audience correctionnelle si le juge d’instruction suit les réquisitions. Il pourrait aussi être un non-lieu partiel ou total si le magistrat estime que les éléments ne suffisent pas. L’instruction n’est pas close par un réquisitoire. Elle le relance.
La lettre anonyme de 2014 demeure un point de friction. L’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels l’a reçue. L’enquête a suivi. L’avocat estime que l’objectivité et le recul ont manqué. Sans cette lettre, la Vénus au voile aurait-elle été décrochée à Aix-en-Provence ? Le conditionnel n’appartient pas au dossier. Le fait, lui, est que la dénonciation a existé et que la saisie a eu lieu.
André Borie, Le Tunnel Et L’Absence De Collection
André Borie, entrepreneur lié à la partie française du tunnel du Mont-Blanc, incarne une France des grands travaux. Sa fille Andrée, compagne de Ruffini dans les années 1970, décédée en 1980, est présentée par le collectionneur comme une source partielle des tableaux. Un membre de la famille ayant supervisé la succession n’a jamais entendu parler d’une telle collection. Les collaborateurs parlent de photos de chantiers au bureau. Ces témoignages ne sont pas des expertises de pigments. Ils attaquent la vraisemblance d’un trésor pictural familial.
Gérard Majax, dans ce récit, n’est qu’un introducteur. Magicien-star des plateaux, il aurait présenté Andrée Borie et Giuliano Ruffini. Le détail humain rend l’histoire plus concrète. Il ne dit rien, par lui-même, de l’âge d’une toile. Il explique seulement comment deux vies se sont croisées, avant que des tableaux ne commencent à circuler sous des noms de maîtres.
Le marché aime les provenances romanesques. Une héritière, un entrepreneur du Mont-Blanc, un magicien, un collectionneur franco-italien, puis un prince et une salle de ventes : le roman est là. L’instruction, elle, compare ce roman à des analyses, à des parcours d’intermédiaires, à un four derrière une porte blindée dans une buanderie italienne. Le documentaire a choisi un titre qui résume cette collision : Le peintre, la pizza et le corbeau.
Ce Qu’Il Faut Retenir Sans Forcer Le Trait
Le parquet de Paris a requis un procès en correctionnelle contre Giuliano Ruffini et quatre autres personnes. Le juge d’instruction dira s’il suit. Treize tableaux seraient du XXe siècle alors qu’ils étaient présentés comme plus anciens, d’après des experts de l’enquête. Dix-huit autres œuvres du dossier ne donnent pas lieu, selon le parquet, à une tromperie caractérisée. Sotheby’s a remboursé 9,5 millions d’euros. La Vénus au voile a été saisie en 2016. Ruffini clame son innocence. Son avocat parle d’abandons successifs de poursuites.
Il n’est pas nécessaire d’ajouter d’autres affaires, d’autres noms de journaux ou d’autres hypothèses pour comprendre la tension. Elle tient déjà dans ces éléments. Un collectionneur de 81 ans. Un fils de 43 ans. Deux intermédiaires français. Un Italien en cavale, peintre en bâtiment selon l’état civil professionnel retenu, faussaire présumé selon l’accusation. Un four. Une lettre anonyme. Une famille Borie qui ne reconnaît pas la collection. Un prince. Une maison de ventes. Des musées et galeries cités dans le trajet des toiles.
Repères
- 2014 : lettre anonyme à l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels
- 2016 : saisie de la Vénus au voile et perquisition en Italie
- Remboursement de 9,5 millions d’euros par Sotheby’s
- Réquisitions récentes du parquet de Paris visant cinq personnes
La Suite Appartient Au Juge D’Instruction
Les réquisitions ne sont pas un verdict. Elles sont une demande. Le parquet veut envoyer Giuliano Ruffini en procès pour la circulation présumée de faux tableaux anciens. Il le conteste. Quatre autres suspects sont dans le même mouvement de poursuite requise, avec des statuts différents : mis en examen pour les uns, en cavale pour l’un d’eux. Le renouvellement d’un mandat d’arrêt a été requis à l’égard de l’Italien.
Dans les salles, on continuera de regarder les craquelures autrement. Dans les études, on relira les provenances. Dans le dossier, on retrouvera toujours la même alternative : œuvres proposées de bonne foi à des experts, ou circuit qui aurait dupé galerie, curateur, anciens responsables de musées et de galeries d’État. Entre les deux, il y a un four, une pizza évoquée, une porte blindée, une lettre sans signature, et un collectionneur qui dit avoir tout montré.
Le prince Hans-Adam II avait acquis une Vénus alors donnée à Cranach pour 7 millions d’euros. L’acheteur du portrait attribué à Hals a été remboursé. Ces deux mouvements d’argent et de prestige donnent la mesure du séisme. Ils ne disent pas encore ce qu’un tribunal, s’il est saisi, retiendra. Ils disent seulement que le marché a déjà dû corriger, en partie, ce qu’il avait célébré.
Giuliano Ruffini, Franco-Italien, figure des années 1990, 81 ans, attend désormais que le juge d’instruction français choisisse sa voie. Son fils Mathieu est dans le même cadre de mises en cause. Leur avocat promet la lumière. Le parquet promet un procès. Entre les deux phrases, le monde de l’art, de l’Europe aux États-Unis, continue de relire ces treize toiles comme on relit un tour de magie : en se demandant où était le geste, et qui le tenait.
La Vénus au voile n’est plus accrochée comme avant. Le Portrait d’un homme n’a plus le même prix pour celui qui l’avait acheté. Andrée Borie n’est plus là pour dire ce qu’elle possédait ou non. André Borie laisse le souvenir d’un bureau de chantiers. Gérard Majax n’est plus qu’un nom au seuil d’une rencontre des années 1970. Restent les experts de l’enquête, les dix-huit œuvres écartées de la tromperie caractérisée, les treize autres, et un four dont chacun donne encore une explication différente.
C’est précisément cet écart d’explications que le parquet veut faire trancher en correctionnelle. C’est le même écart que la défense veut faire basculer vers l’innocence totale. Le lecteur, lui, n’a pas à juger. Il a seulement à tenir ensemble les faits tels qu’ils sont rapportés : une saisie en 2016, des réquisitions récentes, un collectionneur qui conteste, un marché qui n’a pas retrouvé son calme, et une instruction qui n’a pas dit son dernier mot.









