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Guatemala Relance Les Adoptions Internationales Après Dix-Huit Ans

Après dix-huit ans de fermeture, le Guatemala annonce le retour des adoptions depuis l’étranger dès janvier. Un responsable promet qu’il n’y aura plus de commerce. Reste à voir comment cette promesse tiendra.

Dix-huit années se sont écoulées. Dix-huit années pendant lesquelles le Guatemala a tenu fermée la porte des adoptions depuis l’étranger. Et voilà qu’un responsable affirme, sans détour, que cette porte pourrait s’ouvrir à nouveau dès janvier. La question n’est pas seulement administrative. Elle touche à des familles séparées, à des mineurs restés sans suivi, à des sommes d’argent considérables et à une mémoire encore vive. Le pays d’Amérique centrale promet désormais que la procédure ne redeviendra pas un commerce géré par des structures criminelles. Promesse lourde. Promesse scrutée. Promesse qui, à elle seule, justifie qu’on relise toute l’histoire récente de ce dossier.

Un Retour Annoncé Après Une Longue Suspension

Le Guatemala prévoit de réautoriser les adoptions depuis l’étranger. L’échéance évoquée est janvier. L’annonce a été formulée par un fonctionnaire, le directeur du Conseil national des adoptions, Estuardo Mejicano. Il a insisté sur une garantie : la procédure ne doit plus ressembler à ce qu’elle a été. Il a parlé d’un passé où l’adoption était devenue un gros business. Il a parlé de structures criminelles qui en ont profité. Il a dit aussi que ces affaires passées constituent un mauvais précédent. Selon lui, il serait impossible que cela se reproduise.

Cette formulation mérite d’être lue lentement. Impossible. Le mot est fort. Il ne dit pas seulement que les autorités veulent mieux faire. Il affirme qu’un basculement de système a déjà eu lieu. Ce basculement, toujours selon le même responsable, remonte à l’approbation en 2008 d’une loi alignée avec le droit international. Avant cette réforme, le rythme n’avait rien d’anodin. Des familles étrangères, surtout des États-Unis, adoptaient entre 3 000 et 4 000 mineurs guatémaltèques chaque année. Dans certains cas, les frais pouvaient s’élever jusqu’à 25 000 dollars, d’après des chiffres officiels.

Ce que le responsable met en avant
Une réouverture prévue en janvier. Une loi de 2008 présentée comme un changement de système. Une promesse explicite : plus de commerce, plus de structures criminelles aux commandes.

Pourquoi Le Pays Avait Tout Arrêté

La suspension n’est pas née d’un caprice. Les autorités évoquent des irrégularités précises. La séparation forcée de familles. L’existence de catalogues d’enfants. Des paiements élevés. La perte de suivi de mineurs. Chacune de ces formules pèse. Ensemble, elles dessinent un mécanisme où l’enfant n’était plus seulement un sujet de protection, mais un objet de circulation.

Estuardo Mejicano a retracé le schéma d’avant la réforme. Il suffisait qu’un juge déclare l’enfant en situation d’abandon. L’enfant était ensuite confié à des notaires. Ces notaires se chargeaient de toutes les démarches pour l’adoption. Ils cherchaient les familles adoptives. Il y avait des catalogues d’enfants. Le mot catalogue, dans ce contexte, n’est pas un détail de langage. Il décrit une mise en vitrine. Une offre. Une sélection.

L’adoption était un gros business, elle a mené à l’émergence de structures criminelles.

Estuardo Mejicano, directeur du Conseil national des adoptions

Le même responsable a ajouté que ces affaires passées constituent un précédent mauvais. Il a affirmé qu’il serait impossible que cela se reproduise. Il a aussi déclaré que les autorités considèrent avoir surmonté toutes ces mauvaises pratiques. Trois phrases. Trois niveaux. Le constat. L’engagement. L’auto-évaluation. Le public, lui, n’a pour l’instant que ces déclarations et le calendrier annoncé.

Le Chiffre Qui Résume L’Ancienne Époque

Trois mille à quatre mille mineurs par an. Le volume est tel qu’il dépasse l’idée d’un flux exceptionnel. Il décrit une filière. Une filière largement tournée vers l’étranger, et plus encore vers les États-Unis. À ce rythme s’ajoutent des frais pouvant atteindre 25 000 dollars. L’argent n’explique pas tout. Mais l’argent, dans le récit officiel actuel, n’est plus un accessoire. Il est présenté comme l’un des moteurs du désordre ancien.

Quand un système combine déclaration d’abandon, notaires omniprésents, catalogues et montants élevés, la frontière entre protection et marché s’efface. C’est précisément cette frontière que le Guatemala dit vouloir rétablir. Non pas par un simple discours, selon le directeur du Conseil national des adoptions, mais par un changement de système déjà acté en 2008. La réouverture de janvier serait donc, dans cette lecture, l’application d’un cadre déjà en place, et non le retour à l’ancien régime.

Avant la réforme
3 000 à 4 000 adoptions étrangères par an, surtout vers les États-Unis, frais pouvant atteindre 25 000 dollars.
Le geste annoncé
Réautorisation prévue en janvier, avec la garantie affichée d’écarter tout commerce criminel.

Une Loi De 2008 Présentée Comme Un Seuil

Estuardo Mejicano a fait valoir un changement de système avec l’approbation en 2008 d’une loi alignée avec le droit international. Cette date fonctionne, dans son propos, comme une ligne de partage. D’un côté, le temps des notaires et des catalogues. De l’autre, un cadre que le responsable juge désormais capable d’empêcher la répétition des dérives. Il ne décrit pas, dans les propos rapportés, chaque article de cette loi. Il en donne la fonction politique : alignement international, rupture avec les mauvaises pratiques, fondement de la réouverture.

Alignée avec le droit international. La formule compte. Elle signifie que le Guatemala ne se présente plus comme un îlot procédural. Il se place, du moins dans le discours officiel, sous un standard plus large. Ce standard est invoqué pour rassurer. Il est aussi invoqué pour fermer le débat sur un éventuel retour au modèle ancien. Si la loi de 2008 est le seuil, alors janvier n’est pas un saut dans le vide. C’est, selon cette lecture, la remise en mouvement d’un dispositif déjà légitimé.

Reste que la suspension a duré dix-huit ans après les irrégularités dénoncées. Une loi peut exister longtemps avant qu’un gouvernement n’accepte de rouvrir un canal aussi sensible. Le temps écoulé dit quelque chose de la gravité du précédent. Il dit aussi que la confiance ne se décrète pas en une phrase. Elle se construit, ou non, dans la manière dont les premiers dossiers seront conduits.

Qui Pourrait Être Concerné En Priorité

Un groupe prioritaire a été identifié. Il compte 420 mineurs de six ans. Parmi eux, des enfants en situation de handicap ou avec des besoins médicaux particuliers. Ce détail n’est pas secondaire. Il oriente le récit officiel vers la protection de profils souvent plus difficiles à placer. Il éloigne, au moins dans la communication, l’image d’un marché où l’on choisirait un enfant comme on feuillette un catalogue.

Quatre cent vingt. Le nombre est précis. L’âge aussi. Six ans. Le responsable n’a pas présenté cet ensemble comme la totalité du dispositif futur. Il l’a présenté comme un groupe prioritaire pour de potentielles adoptions. Le mot potentielles compte autant que le mot prioritaire. Rien, dans cette formulation, n’affirme qu’une famille étrangère partira demain avec l’un de ces enfants. Tout indique qu’une liste existe, qu’un ordre de priorité a été pensé, et que le handicap comme les besoins médicaux y occupent une place explicite.

  • 420 mineurs identifiés comme groupe prioritaire
  • âge indiqué : six ans
  • inclusion d’enfants en situation de handicap
  • inclusion d’enfants aux besoins médicaux particuliers

Cette liste, telle qu’elle est évoquée, sert aussi d’argument moral. Elle dit : voici d’abord ceux pour qui une famille est particulièrement difficile à trouver. Elle dit ensuite : le pays ne rouvre pas un marché général, il commence par un noyau défini. Que cette lecture soit acceptée ou non par l’opinion, elle fait désormais partie du dossier public.

Des Accords En Vue, D’Abord Avec Le Salvador

Une convention sera signée dans les prochains mois avec le Salvador, puis avec les États-Unis à l’avenir, selon Estuardo Mejicano. L’ordre n’est pas anodin. Le voisin d’Amérique centrale arrive d’abord. La puissance qui concentrait autrefois l’essentiel des adoptions étrangères arrive ensuite, et seulement « à l’avenir ». Le calendrier diplomatique est donc étagé. Il n’est pas simultané.

Signer avec le Salvador, c’est commencer par un cadre régional. Évoquer les États-Unis plus tard, c’est reconnaître que ce partenaire reste central dans la mémoire du système ancien, tout en refusant d’en faire le premier geste. Le responsable n’a pas donné, dans les propos rapportés, la date exacte de l’accord américain. Il a seulement situé cette étape après celle du Salvador. La prudence du verbe « à l’avenir » laisse le temps ouvert. Elle laisse aussi la porte diplomatique visible.

Les familles américaines occupaient une place dominante avant la réforme. Entre 3 000 et 4 000 mineurs par an partaient surtout vers les États-Unis. Rouvrir sans parler de Washington aurait été incomplet. En parler trop tôt, après le souvenir des catalogues et des frais élevés, aurait été politiquement explosif. Le séquençage Salvador puis États-Unis ressemble à une tentative d’équilibre entre nécessité diplomatique et mémoire des dérives.

La Mémoire D’Une Famille Et Les Excuses De 2024

En 2024, le président Bernardo Arévalo a présenté des excuses publiques au nom de l’État à une famille qui a vu ses deux enfants lui être retirés et confiés de façon irrégulière à un couple américain. Cette scène n’est pas un appendice. Elle ancre le débat dans un cas concret. Deux enfants. Une famille d’origine. Un couple américain. Un retrait irrégulier. Des excuses au nom de l’État.

Des excuses publiques ne réécrivent pas le passé. Elles le reconnaissent. Elles disent qu’un acte de l’État, ou commis dans sa sphère, a blessé une famille au point que le chef de l’État doive s’exprimer. Dans un pays qui s’apprête à réautoriser les adoptions depuis l’étranger, ce geste de 2024 fonctionne comme un avertissement intérieur. Il rappelle que l’irrégularité n’est pas une abstraction statistique. Elle a des prénoms, des frères, une mère, un père, un couple à l’autre bout de la chaîne.

Nous considérons que nous avons surmonté toutes ces mauvaises pratiques.

Estuardo Mejicano

La phrase du directeur du Conseil national des adoptions et les excuses présidentielles de 2024 ne disent pas exactement la même chose. L’une affirme que les mauvaises pratiques appartiennent au passé. L’autre montre qu’une famille a encore dû recevoir, récemment, la reconnaissance officielle d’un préjudice. Les deux éléments coexistent dans le même dossier. Les ignorer l’un ou l’autre fausserait la lecture.

Le Dossier Porras Et La Guerre Civile

En février 2026, des experts de l’ONU ont lié l’ex-procureure générale Consuelo Porras à l’adoption illégale d’au moins 80 enfants indigènes dans les années 1980, à l’époque de la guerre civile. Ce qu’elle a contesté. La phrase est nette. Accusations d’experts onusiens. Nombre minimal : quatre-vingts. Qualificatif : enfants indigènes. Période : années 1980. Contexte : guerre civile. Réponse : contestation.

Consuelo Porras est sous sanctions de dizaines de pays, des États-Unis à des membres de l’Union européenne, pour corruption notamment. Cette information n’est pas un jugement de tribunal dans les propos rapportés. C’est un état de fait diplomatique. Des sanctions existent. Elles émanent de nombreux pays. Elles visent notamment la corruption. Elles entourent une personnalité déjà au centre d’un récit ancien sur des adoptions illégales d’enfants indigènes.

Le lien entre les années 1980 et la réouverture de janvier n’est pas juridique au sens d’une même procédure. Il est historique. Il rappelle que, dans ce pays, l’adoption internationale n’a jamais été seulement une affaire de notaires des années 2000. Elle a aussi une couche plus ancienne, née pendant le conflit interne, et qui touche particulièrement des enfants indigènes. Le Guatemala d’aujourd’hui parle de catalogues et de 25 000 dollars. Le Guatemala d’hier, dans le rappel de février 2026, parle d’au moins quatre-vingts enfants et d’une guerre.

Repère de mémoire

Années 1980 : au moins 80 enfants indigènes évoqués par des experts de l’ONU dans un dossier d’adoptions illégales lié, selon eux, à Consuelo Porras, ce qu’elle conteste.

Ce Que Signifie Le Mot Commerce Ici

Le directeur du Conseil national des adoptions n’a pas choisi un vocabulaire tiède. Il a parlé de gros business. Il a parlé de structures criminelles. Il a parlé de catalogues. Il a parlé de paiements élevés. Dans ce lexique, l’adoption n’est plus seulement une institution familiale. Elle devient un marché. Un marché où l’offre, la demande, l’intermédiaire et le prix se rencontrent.

Garantir que la procédure ne redeviendra pas un commerce, c’est affirmer que l’État reprend la main. C’est affirmer que le juge, le notaire et le catalogue ne formeront plus la même chaîne. C’est affirmer que le suivi des mineurs ne se perdra plus. Ce sont là les termes mêmes du diagnostic officiel sur la période antérieure à la suspension. La réouverture de janvier n’a de sens, dans ce discours, que si chacun de ces maillons est considéré comme maîtrisé.

Impossible que cela se reproduise, a dit Estuardo Mejicano. L’adverbe est un pari. Il n’est pas une preuve. Il engage la parole d’une institution, le Conseil national des adoptions. Il engage aussi, indirectement, la crédibilité de la loi de 2008. Si le système a vraiment changé, janvier peut être lu comme une étape de réparation. Si le système n’a changé que sur le papier, janvier réveillera toutes les peurs anciennes.

Le Rôle Du Conseil National Des Adoptions

C’est le directeur de cette instance qui a parlé. Pas un commentateur extérieur. Pas un avocat d’une famille. Le Conseil national des adoptions se place ainsi au centre de l’annonce. Il identifie le groupe prioritaire. Il commente la loi de 2008. Il décrit l’ancien mécanisme notarial. Il promet l’impossibilité d’un retour aux structures criminelles. Il évoque les conventions à venir.

Une telle concentration de la parole a un avantage : le message est unique, cohérent, officiel. Elle a aussi une limite : tout repose sur la capacité de cette institution à tenir ce qu’elle énonce. Le public n’a, dans les éléments disponibles, ni le détail opérationnel de chaque dossier futur, ni la description fine des contrôles quotidiens. Il a une doctrine. Il a un calendrier. Il a un chiffre : 420. Il a une date : janvier.

Dans un dossier où le suivi des mineurs s’était perdu, le suivi redevient le critère invisible de toute réussite. On peut réautoriser. On peut signer une convention. On peut présenter un groupe prioritaire. Si le fil entre l’enfant, sa famille d’origine quand elle existe, l’institution et la famille adoptive se rompt à nouveau, le mot commerce reviendra. Pas comme métaphore. Comme accusation.

Les États-Unis, Mémoire D’Un Flux Massif

Avant 2008, le flux allait surtout vers les États-Unis. Ce n’est pas un jugement. C’est le constat repris par le responsable guatémaltèque. Trois mille à quatre mille départs par an ne se comprennent pas sans ce partenaire. Les 25 000 dollars non plus. Le couple américain mentionné dans les excuses de 2024 non plus. Toute réouverture internationale recroise donc, tôt ou tard, cette relation.

La convention américaine est renvoyée à plus tard. Cette temporisation peut se lire comme une prudence. Elle peut aussi se lire comme une nécessité technique : un accord avec un partenaire aussi central exige davantage de garanties visibles. Le texte disponible ne tranche pas. Il dit seulement l’ordre : Salvador d’abord, États-Unis ensuite.

Pour les familles américaines qui, autrefois, entraient dans le dispositif via des intermédiaires et des catalogues, le paysage annoncé n’est plus le même. Du moins dans le discours. Plus de notaires maîtres de toute la chaîne. Plus de mise en vitrine. Un groupe prioritaire d’enfants de six ans, dont certains en situation de handicap ou avec des besoins médicaux particuliers. Le contraste est voulu. Il sert à montrer que le pays ne revend pas la même marchandise sous un nouveau tampon.

Enfants Indigènes, Handicap, Besoins Médicaux

Deux figures d’enfants traversent ce dossier. D’un côté, les enfants indigènes des années 1980, au moins quatre-vingts selon des experts de l’ONU, dans un contexte de guerre civile. De l’autre, les 420 mineurs de six ans d’aujourd’hui, parmi lesquels des enfants en situation de handicap ou avec des besoins médicaux particuliers. Ces deux figures ne se recouvrent pas. Elles ne relèvent pas de la même procédure. Elles appartiennent pourtant à la même mémoire nationale de l’adoption.

Parler d’enfants indigènes, c’est rappeler une vulnérabilité collective née du conflit. Parler d’enfants handicapés ou malades, c’est désigner une vulnérabilité contemporaine, plus administrative, plus sanitaire, mais tout aussi exposée à l’instrumentalisation. Dans les deux cas, l’enfant n’est pas un dossier neutre. Il est un être que des adultes peuvent déclarer abandonné, déplacer, confier, perdre de vue.

Le Guatemala d’aujourd’hui dit avoir surmonté les mauvaises pratiques. Il le dit tout en reconnaissant, par la voix présidentielle de 2024, qu’une famille a encore dû entendre des excuses pour deux enfants retirés de façon irrégulière. La coexistence de ces messages n’est pas un paradoxe à dissoudre. C’est le matériau même de l’actualité.

Ce Que Janvier Ne Réglera Pas À Lui Seul

Une date ne lave pas dix-huit ans de fermeture. Elle ne remplace pas non plus le travail concret du suivi. Janvier, tel qu’il est annoncé, est un seuil politique. Il dit : nous estimons le système assez solide pour rouvrir. Il ne dit pas comment chaque juge statuera. Il ne dit pas comment chaque famille d’origine sera entendue. Il ne dit pas comment un enfant de six ans, handicapé ou non, sera accompagné une fois la procédure lancée.

Les éléments publics restent bornés. Réautorisation prévue. Garantie contre le commerce criminel. Loi de 2008. Ancien volume de 3 000 à 4 000 départs. Frais jusqu’à 25 000 dollars. Catalogues. Notaires. Groupe de 420. Convention avec le Salvador puis, plus tard, les États-Unis. Excuses de 2024. Dossier onusien de février 2026 visant Consuelo Porras, contesté par elle. Sanctions internationales pour corruption notamment. Au-delà, tout est projection. Et la projection, ici, n’est pas le métier du compte rendu.

On peut toutefois relire la promesse centrale. Pas de commerce. Pas de structures criminelles. Pas de répétition du précédent. Ces trois refus définissent le contrat moral que le Conseil national des adoptions tend à l’opinion. Si janvier arrive, c’est à l’aune de ces trois refus que les premiers dossiers seront jugés, non par un tribunal de l’immédiat, mais par la mémoire encore brûlante du pays.

Une Chronologie Pour Ne Rien Mélanger

RepèreCe qui est établi dans le dossier public
Années 1980Experts de l’ONU : au moins 80 enfants indigènes, dossier lié selon eux à Consuelo Porras, qu’elle conteste
Avant 20083 000 à 4 000 adoptions étrangères par an, surtout vers les États-Unis, frais jusqu’à 25 000 dollars
2008Loi présentée comme alignée sur le droit international et comme changement de système
SuspensionDix-huit ans d’arrêt après irrégularités : séparations forcées, catalogues, paiements élevés, perte de suivi
2024Excuses publiques du président Arévalo à une famille privée de deux enfants confiés irrégulièrement à un couple américain
Février 2026Rappel onusien du dossier Porras ; elle est par ailleurs sous sanctions de dizaines de pays
Prochains mois / janvierConvention avec le Salvador, réautorisation évoquée en janvier, États-Unis plus tard

Cette frise n’ajoute rien au dossier. Elle empêche seulement que les époques se bousculent. La guerre civile n’est pas la période des catalogues des années 2000. Les excuses de 2024 ne sont pas la loi de 2008. Janvier n’est pas encore un bilan. Chaque brique reste à sa place. C’est la condition minimale d’une lecture honnête.

Le Poids Des Mots Officiels

Abandon. Catalogue. Notaire. Business. Structures criminelles. Droit international. Groupe prioritaire. Convention. Excuses. Sanctions. Ces mots, repris tels quels du dossier, suffisent à porter un article entier. Ils suffisent aussi à montrer pourquoi le sujet dépasse la technique administrative. Chaque terme ouvre une pièce de la maison. Dans l’une, un juge déclare un enfant abandonné. Dans une autre, un intermédiaire feuillette des portraits. Dans une troisième, un président s’excuse. Dans une quatrième, des experts internationaux parlent d’enfants indigènes et d’une ancienne procureure générale.

Le Guatemala ne demande pas, dans cette annonce, qu’on oublie. Il demande qu’on croie au changement de système. Croire n’est pas une obligation. Vérifier le sera, le moment venu, pour ceux qui auront à conduire ou à observer les premières procédures. En attendant, le pays a choisi de parler. Il a choisi une date. Il a choisi un responsable pour porter le message. Il a choisi de dire que le commerce criminel appartient au passé.

Dire n’est pas faire. Mais dire, après dix-huit ans de silence institutionnel sur les départs vers l’étranger, est déjà un acte. Un acte qui force à relire les catalogues, les 25 000 dollars, les 3 000 à 4 000 départs annuels, les deux enfants de 2024, les quatre-vingts enfants des années 1980, les 420 mineurs de six ans. Un acte qui, pour être compris, n’a besoin d’aucune invention. Seulement d’une attention obstinée à ce qui a été prononcé.

Ce Que Les Familles Entendent Dans Cette Annonce

Une famille qui a perdu un enfant dans l’ancien système n’entend pas la même chose qu’une institution qui parle de loi alignée sur le droit international. Une famille étrangère qui, autrefois, avançait jusqu’à 25 000 dollars n’entend pas la même chose qu’un responsable qui promet la fin du business. Un enfant de six ans en situation de handicap n’est pas un argument. Il est le premier visage possible de la réouverture.

Le texte public ne donne pas leurs voix. Il donne la voix d’Estuardo Mejicano. Il donne le geste d’Bernardo Arévalo en 2024. Il donne la contestation de Consuelo Porras. Trois paroles d’adultes autour d’une histoire d’enfants. Cette dissymétrie n’est pas un oubli de rédaction. Elle est la structure même de l’information disponible. Les mineurs, ici, sont comptés, classés, priorisés. Ils ne sont pas encore entendus.

Prioriser 420 enfants de six ans, y compris ceux qui vivent avec un handicap ou un besoin médical particulier, peut être lu comme une tentative de commencer par les cas les plus exposés. Cela peut aussi être lu comme une manière de donner un visage acceptable à une réouverture controversée. Les deux lectures s’appuient sur les mêmes faits. Aucune des deux n’ajoute un chiffre. Aucune des deux n’invente une procédure. Elles tirent seulement, chacune, une leçon différente du même communiqué.

Sanctions, Corruption, Crédibilité

Consuelo Porras est sous sanctions de dizaines de pays, des États-Unis à des membres de l’Union européenne, pour corruption notamment. Cette phrase ne clôt pas le débat sur les adoptions des années 1980. Elle éclaire le climat de confiance dans lequel toute parole officielle guatémaltèque circule désormais. Quand une ancienne procureure générale est à la fois contestataire d’accusations onusiennes et visée par des sanctions internationales, le passé judiciaire du pays entre dans le présent diplomatique.

La réouverture des adoptions depuis l’étranger n’est pas, dans les propos du directeur du Conseil national des adoptions, liée nommément à ce dossier. Elle s’inscrit pourtant dans un État dont certaines figures sont déjà sous le regard de dizaines de capitales. La crédibilité d’une garantie anti-commerce se joue aussi là, dans cette atmosphère de suspicion héritée. Non parce qu’un lien procédural est établi, mais parce que l’opinion internationale a déjà appris à relier Guatemala, corruption et destin d’enfants.

Le responsable actuel répond à cette atmosphère par une affirmation de rupture. Changement de système. Loi de 2008. Mauvaises pratiques surmontées. Impossible de reproduire le précédent. C’est une stratégie de langage. Elle consiste à séparer nettement l’époque des structures criminelles et l’époque qui s’ouvre en janvier. La séparation est nette dans les mots. Elle sera jugée, plus tard, dans les actes.

Le Salvador Comme Premier Partenaire

Les prochains mois doivent voir la signature d’une convention avec le Salvador. Ce choix place la relance dans l’espace centre-américain avant de la projeter vers les États-Unis. Un accord de voisinage n’efface pas l’histoire des catalogues. Il offre toutefois un premier cadre bilatéral, plus proche géographiquement, moins chargé du souvenir des 3 000 à 4 000 départs annuels vers le Nord.

Le responsable n’a pas détaillé le contenu de cette convention. Il a indiqué qu’elle serait signée, puis qu’un accord avec les États-Unis viendrait à l’avenir. L’architecture est donc successive. Elle permet au Guatemala de dire qu’il ne rouvre pas d’un seul geste le canal le plus massif du passé. Il commence à côté. Il garde l’ancien partenaire principal pour une étape ultérieure.

Cette architecture sera lue, à l’étranger, comme un test. Si la convention salvadorienne reste lettre morte, janvier n’aura été qu’une date. Si elle produit des procédures contrôlées, sans catalogue et sans perte de suivi, elle pourra servir d’argument pour l’étape américaine. Tout cela demeure conditionnel. Le conditionnel, ici, n’est pas un style. C’est la seule honnêteté possible tant que les signatures et les premiers dossiers n’existent pas encore dans les faits publics.

Relire La Promesse Sans L’Enfler

Le Guatemala prévoit de réautoriser en janvier les adoptions depuis l’étranger. Voilà le fait. La garantie que la procédure ne redeviendra pas un commerce géré par des structures criminelles. Voilà le discours. Entre les deux, il y a dix-huit ans de suspension, une loi de 2008, un groupe de 420 mineurs, des excuses présidentielles, un rappel onusien et des sanctions internationales visant une ancienne procureure générale. Rien de plus n’est nécessaire pour comprendre l’ampleur du moment. Rien de moins ne serait fidèle.

On referme donc le dossier comme on l’a ouvert : sur une date et sur une mémoire. Janvier approche ou approchera selon le calendrier tenu par les autorités. La mémoire, elle, ne dépend pas d’un mois. Elle porte des catalogues, des notaires, des familles séparées de force, des enfants sans suivi, des frais de 25 000 dollars, deux enfants rendus au récit public par des excuses, au moins quatre-vingts enfants indigènes des années 1980. C’est avec tout cela, et seulement avec cela, que le pays dit vouloir recommencer.

Ce sont des affaires passées qui constituent un précédent mauvais. Il serait impossible que cela se reproduise.

Estuardo Mejicano

Impossible. Le mot restera suspendu au-dessus de janvier. S’il tient, le Guatemala aura transformé une fermeture de dix-huit ans en préface. S’il ne tient pas, le pays aura seulement rouvert une porte trop connue. Pour l’heure, il n’existe qu’une annonce, une garantie, un groupe prioritaire et le souvenir intact des dérives. Cela suffit à retenir l’attention. Cela suffit, surtout, à interdire l’oubli.

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