Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées mardi soir à Banja Luka pour rendre un hommage public à Ratko Mladic, ancien chef militaire serbe de Bosnie, mort fin août alors qu’il purgeait une peine de prison à vie, notamment pour génocide. La capitale de l’entité serbe de Bosnie a ainsi accueilli un cortège, des bougies, un livre de condoléances et une photographie encadrée de l’officier en uniforme. Le moment, rapporté par la télévision publique de l’entité, s’inscrit dans une série de gestes similaires observés ces derniers jours dans plusieurs localités de la même entité, au moment où le lieu et la date des funérailles n’ont pas encore été annoncés.
Ce Que La Soirée De Banja Luka A Rendu Visible
Le rassemblement n’a pas commencé dans le désordre. Des personnes qui ont répondu à l’appel de l’association d’anciens combattants serbes de Banja Luka, dans le nord du pays, se sont d’abord réunies sur la place principale du centre-ville. De là, le cortège a emprunté le principal boulevard. Derrière une banderole portant les mots Commandant, merci pour tout !, les participants ont avancé avec un drapeau long de plusieurs dizaines de mètres, associé à une ancienne unité d’élite au sein de l’état-major de l’armée serbe de Bosnie à l’époque du conflit.
Certains ont allumé des torches fumigènes. D’autres ont agité les drapeaux de l’entité serbe. Les images diffusées montrent une marche collective, lente, ponctuée de signes militaires et de signes de deuil. Arrivés au pied d’un monument dédié aux militaires serbes morts pendant la guerre, dans le centre de Banja Luka, les participants ont allumé des bougies. Une longue file s’est formée pour écrire un message dans un livre de condoléances, posé devant une photo encadrée de Ratko Mladic en uniforme et une gerbe de fleurs.
Ce dispositif simple — place, boulevard, monument, bougies, livre, portrait — concentre toute la charge du moment. Il ne s’agit pas seulement d’un adieu privé. Il s’agit d’un hommage collectif rendu dans l’espace public, au cœur de la capitale de l’entité serbe, à un homme condamné par la justice internationale. Le contraste est immédiat. Il est aussi, dans ce pays, déjà familier.
Qui Était Ratko Mladic Dans Le Récit Officiel Du Conflit
Ratko Mladic est décédé jeudi, à l’âge de 84 ans, à La Haye, aux Pays-Bas, où il purgeait sa peine dans un centre pénitentiaire de l’ONU. Officier de l’armée yougoslave avant l’éclatement de la fédération au début des années 1990, il a été pendant la guerre de Bosnie le chef de l’état-major des forces serbes. Cette trajectoire militaire, du cadre yougoslave à la tête des forces serbes de Bosnie, est au cœur de sa biographie publique.
Il avait été condamné en 2017 à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité pendant la guerre de Bosnie. Le verdict a été confirmé en appel en 2021. Le conflit a fait près de 100 000 morts de 1992 à 1995. Ces chiffres, ces dates, ces qualifications juridiques constituent le cadre dans lequel sa mort est désormais lue, y compris par celles et ceux qui refusent cette lecture.
Le tribunal l’a notamment reconnu coupable pour le massacre de Srebrenica, à l’est du pays. En juillet 1995, ses forces ont tué environ 8 000 hommes et adolescents bosniaques. Ce crime a été qualifié de génocide par la justice internationale. Dans l’hommage de Banja Luka, cette qualification n’est pas mise en scène. Elle n’est pas non plus effacée de l’histoire officielle internationale. Elle coexiste, dans le même pays, avec le mot « commandant » écrit sur une banderole.
Repères issus des faits publics
Mort à 84 ans à La Haye • condamnation à perpétuité en 2017 • confirmation en 2021 • guerre de Bosnie 1992-1995 • près de 100 000 morts • Srebrenica, juillet 1995, environ 8 000 hommes et adolescents bosniaques tués.
Le Déroulement Précis De L’Hommage En Centre-Ville
La soirée s’est organisée en deux temps visibles. Premier temps : le rassemblement sur la place principale. Second temps : le défilé sur le boulevard principal, puis l’arrêt au monument. Cette géographie urbaine n’est pas anodine. Elle place le geste au centre, pas à la marge. Banja Luka n’est pas un village isolé. C’est la capitale de l’entité serbe de Bosnie. Un hommage qui s’y tient prend, par le lieu seul, une dimension politique, même si l’appel initial est venu d’une association d’anciens combattants.
La banderole Commandant, merci pour tout ! résume le ton choisi par une partie des participants. Le remerciement s’adresse à une fonction militaire. Il transforme la mémoire d’un condamné en mémoire d’un chef. Le drapeau très long, celui d’une ancienne unité d’élite de l’état-major serbe de Bosnie pendant le conflit, prolonge cette lecture. Il ne s’agit pas seulement d’un portrait et de fleurs. Il s’agit d’une continuité symbolique entre le temps de la guerre et le temps de l’hommage.
Les torches fumigènes ajoutent une dimension visuelle forte. Les drapeaux de l’entité serbe ancrent le geste dans une appartenance institutionnelle locale. Les bougies, ensuite, ramènent la scène vers le deuil. Le livre de condoléances individualise ce que le cortège avait collectivisé. Chacun attend dans une longue queue. Chacun écrit. Devant lui, la photographie encadrée de Ratko Mladic en uniforme et la gerbe de fleurs fixent l’image que l’on choisit de retenir.
Rien, dans ce dispositif, n’est laissé au hasard du quotidien. Place, boulevard, monument aux militaires serbes morts pendant la guerre : le parcours relie le centre-ville à une mémoire combattante déjà matérialisée dans la pierre. L’hommage à un homme s’adosse à un hommage déjà présent, celui des soldats serbes tués durant le conflit. Les deux mémoires se superposent dans le même espace.
Une Mort À La Haye, Un Deuil À Banja Luka
La distance géographique entre La Haye et Banja Luka dit beaucoup. L’homme meurt dans un centre pénitentiaire de l’ONU, aux Pays-Bas, alors qu’il purge une peine de prison à vie. L’hommage se tient dans la capitale de l’entité serbe de Bosnie. Entre les deux lieux, il y a le tribunal, la condamnation, l’appel, la confirmation de 2021, et plus de deux décennies de procédures et de mémoires concurrentes.
Sa mort, survenue jeudi à 84 ans, ferme une existence judiciaire. Elle n’éteint pas la dispute sur le sens de cette existence. Pour une partie des participants de Banja Luka, le mot qui compte n’est pas « condamné ». C’est « commandant ». Pour des associations de victimes bosniaques, le mot qui compte n’est pas « hommage ». C’est « glorification d’un criminel de guerre ». Les deux phrases existent désormais dans le même pays, au même moment.
Des associations de victimes bosniaques ont dénoncé la glorification d’un criminel de guerre.
Cette phrase, courte, donne la mesure de l’écart. Elle ne décrit pas le cortège. Elle juge le cortège. Elle rappelle que Srebrenica n’est pas un détail parmi d’autres dans le dossier judiciaire. Elle est le point autour duquel la qualification de génocide s’est imposée devant la justice internationale. Environ 8 000 hommes et adolescents bosniaques tués en juillet 1995 : ce chiffre reste le centre de gravité de l’accusation retenue contre le chef de l’état-major des forces serbes.
Pourquoi Les Tensions Sont Remontées D’Un Cran
Des hommages similaires ont été organisés ces derniers jours dans plusieurs localités de l’entité serbe de Bosnie. Banja Luka n’est donc pas un accident isolé. C’est le moment le plus visible d’une séquence. Dans un pays des Balkans où la lecture de la guerre diverge selon l’appartenance aux communautés serbe, bosniaque et croate, chaque geste public autour d’un chef militaire de 1992-1995 réactive des lignes de fracture déjà anciennes.
La guerre a fait près de 100 000 morts. Ce total commun n’a pas produit une mémoire commune. Les communautés ne racontent pas les mêmes responsabilités, les mêmes victimes, les mêmes figures. Ratko Mladic cristallise cette divergence. Condamné pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, il est en même temps salué, dans une partie de l’entité serbe, comme un commandant auquel on dit merci.
Les tensions montent d’un cran non seulement à cause du nom, mais à cause du format. Un rassemblement de plusieurs milliers de personnes, un boulevard, un drapeau de plusieurs dizaines de mètres, des torches, un monument, un livre de condoléances : tout cela sort du souvenir discret. Cela s’expose. Cela se photographie. Cela se transmet. Dans un pays où les récits de 1992-1995 restent incompatibles, l’exposition publique d’un deuil partisan devient un événement politique, même lorsqu’il se présente comme un hommage d’anciens combattants.
CE QUE MONTRE L’HOMMAGE
Foule, banderole, drapeau d’unité, torches, drapeaux de l’entité, bougies, livre, portrait en uniforme.
CE QUE RAPPELLE LE JUGEMENT
Perpétuité, génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, Srebrenica, confirmation en appel en 2021.
Le Rôle De L’Association D’Anciens Combattants
Ce n’est pas un rassemblement spontané sans origine. Les personnes présentes ont répondu à l’appel de l’association d’anciens combattants serbes de Banja Luka. Cette précision compte. Elle situe l’initiative dans un milieu qui conserve une lecture militaire du conflit. Le « commandant » n’y est pas une métaphore lointaine. C’est un titre qui circule encore dans la mémoire des unités, des états-majors, des vétérans.
L’association donne un cadre. Elle donne aussi une légitimité interne à ceux qui considèrent l’hommage comme naturel. Dans cette logique, se rassembler sur la place, défiler, écrire dans le livre, n’est pas une provocation première. C’est un devoir de reconnaissance. Le mot « merci » de la banderole fonctionne comme une dette. On ne discute pas le verdict international. On le contourne en parlant d’un autre registre : celui du commandement, de la protection, de la guerre vécue depuis un camp.
Mais le même appel, vu depuis les associations de victimes bosniaques, change de nature. Il devient une célébration. Le mot « glorification » désigne précisément ce basculement. Honorer n’est plus seulement pleurer. C’est élever. C’est remercier. C’est déployer le drapeau d’une ancienne unité d’élite de l’état-major. C’est placer le portrait en uniforme au centre de la ville. Les deux lectures partent du même cortège. Elles n’en tirent pas la même conclusion.
Srebrenica Au Centre Du Dossier, Pas Au Centre De La Place
Le massacre de Srebrenica occupe une place particulière dans le jugement. Il n’est pas le seul élément du dossier. Il est celui qui porte la qualification de génocide. En juillet 1995, à l’est de la Bosnie, les forces placées sous l’autorité de Ratko Mladic ont tué environ 8 000 hommes et adolescents bosniaques. La justice internationale a qualifié ce crime de génocide. Cette phrase est désormais indissociable du nom de l’ancien chef d’état-major.
À Banja Luka, mardi soir, ce nom de lieu n’organise pas la scénographie. Le monument est dédié aux militaires serbes morts pendant la guerre. Le livre recueille des condoléances. La photo montre l’uniforme. Le boulevard porte un drapeau d’unité. La mémoire qui s’exprime est une mémoire de camp, une mémoire de commandement, une mémoire de deuil interne à l’entité serbe. Srebrenica reste hors champ du rituel, tout en restant au centre du dossier judiciaire.
Cette absence visuelle n’est pas une absence historique. Elle explique pourquoi les tensions montent. Dans un pays où chaque communauté lit la guerre à partir de ses morts, le choix de ce que l’on montre et de ce que l’on tait devient un acte. Montrer le commandant, taire le génocide dans le rituel, ou à l’inverse rappeler uniquement le génocide sans la foule de Banja Luka, ce sont deux manières incomplètes et opposées de parler du même homme.
Un Pays, Trois Lectures De La Même Guerre
La Bosnie n’est pas seulement le théâtre d’un hommage. C’est un État où la lecture de la guerre diverge selon l’appartenance aux communautés serbe, bosniaque et croate. Cette phrase, déjà contenue dans le récit des faits, doit être prise au sérieux. Elle signifie que les mêmes années 1992-1995 ne produisent pas le même récit scolaire, le même récit familial, le même récit politique. Les morts sont comptés. Ils ne sont pas racontés de la même façon.
Dans ce paysage, Ratko Mladic n’est pas une figure neutre qui passerait d’un camp à l’autre selon l’humeur du jour. Il est un révélateur. Chef de l’état-major des forces serbes pendant la guerre, officier formé dans l’armée yougoslave avant l’éclatement de la fédération, il incarne pour les uns la défense d’un peuple, pour les autres la responsabilité d’un génocide et de crimes contre l’humanité. Le tribunal a tranché juridiquement. Les rues, elles, continuent de diviser le sens.
Banja Luka, capitale de l’entité serbe, donne à voir une de ces lectures. Les associations de victimes bosniaques en donnent une autre. Entre les deux, il n’y a pas seulement un désaccord moral. Il y a une compétition de légitimité. Qui a le droit de parler au nom des morts ? Qui a le droit d’occuper la place principale ? Qui a le droit d’écrire « merci » sur une banderole ? Ces questions ne sont pas abstraites. Elles se jouent dans une file d’attente devant un livre de condoléances.
Ce Que L’On Sait, Et Ce Que L’On Ne Sait Pas Encore
Les faits établis de la soirée sont nets. Plusieurs milliers de personnes. Mardi soir. Banja Luka. Appel d’une association d’anciens combattants serbes. Place principale, puis boulevard principal. Banderole de remerciement. Drapeau très long d’une ancienne unité d’élite. Torches fumigènes. Drapeaux de l’entité serbe. Monument aux militaires serbes morts pendant la guerre. Bougies. Longue queue. Livre de condoléances. Photo encadrée en uniforme. Gerbe de fleurs.
Les faits établis de la biographie judiciaire sont nets aussi. Mort jeudi à 84 ans à La Haye. Centre pénitentiaire de l’ONU. Condamnation à perpétuité en 2017. Confirmation en appel en 2021. Génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité. Guerre de Bosnie, près de 100 000 morts entre 1992 et 1995. Srebrenica, juillet 1995, environ 8 000 hommes et adolescents bosniaques tués, crime qualifié de génocide par la justice internationale.
En revanche, le lieu et la date des funérailles de Ratko Mladic n’ont pas encore été annoncés. Selon certaines informations, il devrait être enterré à Belgrade. Cette incertitude laisse le récit ouvert. L’hommage de Banja Luka n’est peut-être pas le dernier geste public. Il n’est pas non plus, à ce stade, le rite funéraire officiel. Entre la prison de La Haye et une éventuelle sépulture à Belgrade, Banja Luka a occupé un entre-deux : ni tribunal, ni tombe, mais déjà mémoire de rue.
Le Portrait En Uniforme Comme Centre Symbolique
Devant le monument, le dispositif visuel se réduit à peu d’objets. Une photographie encadrée. Un uniforme. Une gerbe. Un livre. Des bougies. C’est assez pour fixer une interprétation. L’uniforme rappelle la fonction. Le cadre donne à l’image le statut d’icône de deuil. Les fleurs ritualisent. Le livre transforme la foule en suite de signatures et de phrases. On passe du collectif au manuscrit.
Le choix de l’uniforme n’est pas un détail vestimentaire. C’est le refus, dans cet espace, de montrer l’homme comme un détenu de La Haye. On ne met pas en scène la cellule. On met en scène le chef. Le même homme peut être photographié comme un condamné ou comme un général. Banja Luka a choisi la seconde image. Les associations de victimes dénoncent précisément cette préférence. Elles y voient une glorification, non un simple recueillement.
Les participants patientent dans une longue queue. Cette attente donne au geste une gravité quotidienne. On n’écrit pas en courant. On attend. On s’approche. On dépose des mots. Le temps de la file devient un temps de validation mutuelle : chacun voit que d’autres sont là, que d’autres écrivent, que l’hommage n’est pas solitaire. Plusieurs milliers de personnes ne produisent pas le même effet qu’une poignée de proches. Le nombre, ici, est déjà un message.
De L’Armée Yougoslave À L’État-Major Serbe De Bosnie
Avant l’éclatement de la fédération au début des années 1990, Ratko Mladic était officier de l’armée yougoslave. Pendant la guerre de Bosnie, il est devenu le chef de l’état-major des forces serbes. Cette bascule résume le passage d’un ordre commun en dissolution à une guerre de communautés. L’hommage de Banja Luka ne raconte pas cette transition. Il en hérite. Il parle à ceux pour qui cette transition reste une épopée de survie plutôt qu’un dossier pénal.
Le tribunal, lui, a jugé des actes commis pendant la guerre, pas une carrière d’officier considérée comme une destinée. Génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité : les qualifications portent sur des faits, des chaînes de commandement, des responsabilités. Le mot « commandant » de la banderole et le mot « coupable » du jugement ne décrivent pas deux hommes différents. Ils organisent deux grammaires autour du même nom.
C’est pourquoi la mort à 84 ans ne clôt pas le débat. Elle le déplace. Tant que l’homme était détenu à La Haye, le cadre dominant restait judiciaire. Une fois mort, le cadre redevient commémoratif. On allume des bougies. On écrit. On défile. On remercie. Les institutions internationales ont dit le droit. Les rues de l’entité serbe disent une fidélité. Les deux paroles ne se rencontrent pas.
Banja Luka, Capitale D’Une Mémoire Particulière
Le choix de Banja Luka n’est pas interchangeable avec n’importe quelle ville. Capitale de l’entité serbe de Bosnie, elle donne à l’hommage une visibilité institutionnelle de fait, même si l’initiative vient d’anciens combattants. Une place principale, un boulevard principal, un monument central : la ville offre son décor le plus officiel à un deuil contesté ailleurs dans le pays.
Le nord du pays, où se trouve Banja Luka, devient ainsi le théâtre d’une séquence plus large. Des hommages similaires ont eu lieu ces derniers jours dans plusieurs localités de la même entité. La capitale n’invente pas le phénomène. Elle l’amplifie. Elle le rend incontournable. Une cérémonie locale peut passer inaperçue. Un cortège de plusieurs milliers de personnes au centre de Banja Luka ne le peut pas.
Cette amplification a un prix politique. Elle force les autres communautés à réagir, ou du moins à commenter. Elle rappelle que l’accord de paix n’a pas unifié les récits. Elle montre qu’un verdict de 2017, confirmé en 2021, n’a pas uniformisé les rues. Le droit international et la mémoire locale avancent sur deux rails. Mardi soir, on a vu le second rail occuper toute la chaussée du boulevard.
Le Mot Génocide Et Le Mot Merci Ne Peuvent Coexister Sans Friction
Il faut relire ensemble les deux phrases les plus denses de cette actualité. D’un côté : condamné pour génocide, notamment pour Srebrenica. De l’autre : Commandant, merci pour tout ! Entre ces deux formulations, il n’y a pas de pont commode. L’une relève de la qualification juridique internationale. L’autre relève de la gratitude militante et vétérane. Les dire l’une après l’autre, comme les faits y obligent, suffit à expliquer la tension.
Les associations de victimes bosniaques ne commentent pas un deuil abstrait. Elles commentent un remerciement public adressé à un homme dont les forces ont tué, en juillet 1995, environ 8 000 hommes et adolescents bosniaques. Dans cette perspective, le livre de condoléances n’est pas seulement un registre de peine. Il devient le support d’une réhabilitation symbolique. Dénoncer une glorification, c’est refuser que le remerciement prenne le pas sur le jugement.
Les participants de Banja Luka, eux, inscrivent leur geste dans une autre chaîne : association d’anciens combattants, monument aux militaires serbes morts, drapeaux de l’entité, unité d’élite de l’époque du conflit. Ils parlent depuis leurs morts à eux. Ils parlent depuis leur hiérarchie à eux. Ils ne viennent pas débattre d’un arrêt d’appel. Ils viennent signer un livre. La friction naît de cette différence d’objet. L’un juge un crime. L’autre honore un chef.
Une Séquence Qui Dépasse Une Seule Soirée
La soirée de mardi à Banja Luka doit être lue avec les jours qui l’entourent. Des hommages similaires ont été organisés récemment dans plusieurs localités de l’entité serbe. La mort de fin août n’a donc pas produit un unique rassemblement. Elle a ouvert une série. Chaque localité ajoute une image, une gerbe, une prise de parole, un silence. Banja Luka, par sa taille et son statut de capitale de l’entité, donne à la série son point culminant visible.
Cette répétition importe autant que le nombre de plusieurs milliers de personnes. Un geste unique peut être tenu pour exceptionnel. Une série devient un climat. Or le climat, dans ce pays, se mesure à la capacité d’un nom de guerre à occuper encore l’espace public. Ratko Mladic, mort à La Haye, revient dans les rues de l’entité serbe sous la forme d’un portrait, d’une banderole et d’un drapeau trop long pour être anecdotique.
Le pays tout entier se retrouve alors face à une question qu’il n’a jamais tranchée politiquement de façon commune : que fait-on d’un condamné pour génocide lorsqu’une partie de la population continue de le remercier ? La réponse de Banja Luka, mardi soir, a été concrète. On se rassemble. On défile. On attend. On écrit. La réponse des associations de victimes a été tout aussi concrète. On dénonce. On nomme la glorification. On refuse le basculement du deuil en éloge.
Funérailles Non Annoncées, Récit Encore Ouvert
Le lieu et la date des funérailles n’ont pas encore été rendus publics. Cette phrase change la temporalité de l’article. Tout ce qui s’est passé à Banja Luka n’est pas la cérémonie finale. C’est un hommage intermédiaire. Selon certaines informations, l’inhumation devrait avoir lieu à Belgrade. Si cela se confirme, le récit géographique s’élargira encore : La Haye pour la mort en détention, Banja Luka pour l’hommage de foule, Belgrade pour la tombe.
Belgrade n’est pas Banja Luka. Une sépulture dans la capitale serbe n’aurait pas le même écho qu’un cortège dans la capitale de l’entité serbe de Bosnie. Mais les deux villes relèvent, pour une partie des acteurs, du même espace mémoriel. L’incertitude actuelle empêche d’écrire la fin. Elle oblige à s’en tenir à ce qui a déjà eu lieu : une soirée, une place, un boulevard, un monument, un livre, une photo, des bougies, des milliers de personnes.
Tant que les funérailles ne sont pas fixées, chaque hommage local peut encore grandir ou se répéter. C’est aussi pour cela que les tensions sont déjà montées d’un cran. On ne discute pas seulement d’un passé figé. On discute d’un rituel en cours, d’une dépouille dont le destin public n’est pas clos, d’un nom qui continue de produire des files d’attente et des communiqués de victimes.
Ce Que Révèle Le Contraste Entre La Haye Et La Rue
La Haye est le lieu du droit pénal international dans cette affaire. Banja Luka est le lieu d’une fidélité locale. Entre les deux, il n’y a pas seulement des kilomètres. Il y a deux conceptions de l’autorité. L’une vient d’un tribunal créé pour juger les crimes de l’ex-Yougoslavie. L’autre vient d’une association d’anciens combattants et d’une foule qui accepte de marcher derrière le mot « commandant ».
Le centre pénitentiaire de l’ONU a contenu l’homme jusqu’à sa mort, jeudi, à 84 ans. Il n’a pas contenu l’image de l’homme. Cette image circule désormais sans lui. Elle tient dans un cadre, sur une place, au pied d’un monument. Elle tient aussi dans un drapeau d’unité déployé sur plusieurs dizaines de mètres. Quand le corps disparaît, les symboles restent. Mardi soir, les symboles ont occupé le centre-ville.
On peut décrire cette scène sans la romancer. On peut aussi refuser de l’adoucir. Plusieurs milliers de personnes ont rendu hommage à un condamné à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Des associations de victimes ont dénoncé une glorification. Les deux phrases sont exactes. Les tenir ensemble, sans en effacer une, est la seule manière de rester fidèle aux faits publics de cette soirée et de ce dossier.
Une Mémoire Qui Se Mesure En Gestes Très Concrets
Les grands mots — génocide, commandant, glorification, hommage — risquent d’écraser le détail. Or le détail est précisément ce qui s’est passé. Allumer une torche fumigène. Agiter un drapeau de l’entité. Porter un drapeau d’unité trop long pour passer inaperçu. Faire la queue. Écrire. Déposer une gerbe. S’arrêter au monument des militaires serbes morts pendant la guerre. Ces gestes sont minuscules pris un à un. Ensemble, ils fabriquent une cérémonie.
La télévision publique de l’entité a rendu compte de cette cérémonie. Les images ont montré le déplacement de la place vers le boulevard, puis vers le monument. Le récit visuel confirme le récit factuel : ce n’était pas une veillée cachée. C’était un usage de la ville. Quand une capitale prête son centre à un tel usage, la mémoire sort des familles et entre dans le paysage. Elle devient visible pour ceux qui ne la partagent pas.
C’est cette visibilité qui heurte. Pas seulement le nom de Ratko Mladic. Le fait de le montrer en uniforme, au centre, avec des remerciements, après une condamnation confirmée en 2021. Le droit a parlé. La rue a répondu. Entre les deux, la Bosnie continue d’habiter un désaccord que près de 100 000 morts n’ont pas refermé, et que la mort d’un chef militaire de 84 ans n’a pas apaisé.
Ce Qu’Il Faut Retenir Sans Ajouter Au-Delà Des Faits
Mardi soir, à Banja Luka, capitale de l’entité serbe de Bosnie, plusieurs milliers de personnes ont rendu hommage à Ratko Mladic, mort fin août alors qu’il purgeait une peine de prison à vie, notamment pour génocide. L’appel venait de l’association d’anciens combattants serbes de la ville. Le parcours a relié la place principale, le boulevard principal et un monument dédié aux militaires serbes morts pendant la guerre.
La banderole disait merci au commandant. Un drapeau de plusieurs dizaines de mètres rappelait une ancienne unité d’élite de l’état-major serbe de Bosnie. Des torches fumigènes et des drapeaux de l’entité ont accompagné la marche. Des bougies ont été allumées. Une longue file s’est formée devant un livre de condoléances, une photo encadrée en uniforme et une gerbe de fleurs.
L’homme honoré là est mort jeudi à La Haye, à 84 ans, dans un centre pénitentiaire de l’ONU. Condamné à perpétuité en 2017, confirmation en 2021, il reste associé au massacre de Srebrenica de juillet 1995, dans lequel ses forces ont tué environ 8 000 hommes et adolescents bosniaques, crime qualifié de génocide par la justice internationale. Des hommages semblables ont eu lieu ces derniers jours dans l’entité serbe. Des associations de victimes bosniaques ont dénoncé la glorification d’un criminel de guerre. Les funérailles n’ont pas encore de lieu ni de date annoncés. Belgrade est évoquée. Le reste, pour l’instant, n’est pas établi.
Dans ce pays des Balkans, la lecture de la guerre continue de diverger selon que l’on appartient aux communautés serbe, bosniaque ou croate. La soirée de Banja Luka n’a pas créé cette divergence. Elle l’a rendue, une fois encore, impossible à ignorer. Une file devant un portrait. Une banderole de gratitude. Un jugement de perpétuité. Trois images pour un seul nom, et aucune n’efface les deux autres.









