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Rentrée Des Lycéens Sans Portable Une Règle Qui Bouleverse L École

Les cartables sont de sortie, les téléphones doivent disparaître. Mardi, les lycéens français découvrent une rentrée où le portable n a plus sa place, même à la cantine. Derrière l affichage officiel, les réactions explosent déjà.

Les cartables ressortent du placard. Les casiers se rouvrent. Les emplois du temps se croisent dans les couloirs. Et pourtant, un geste habituel manque déjà : celui de sortir le téléphone dès que la sonnerie libère un intercours. Mardi, les lycéens français font leur rentrée privés de portable. L interdiction, jusqu ici limitée de la maternelle au collège depuis 2018, s étend désormais au lycée. Elle ne s arrête plus à la salle de classe. Elle concerne aussi les couloirs et la cantine. Le président Emmanuel Macron, qui a promulgué il y a tout juste une semaine la loi interdisant l usage du téléphone portable au lycée, a défendu mardi ce texte devant des élèves de seconde d un établissement de Mende, dans le sud de la France.

Une rentrée où le téléphone n a plus sa place

Le décor est simple et presque solennel. Dans une classe de seconde du lycée Chaptal, chaque élève a dû déposer un à un son téléphone. Trente-trois appareils au total. Ils ont rejoint un espace dédié, numéroté, accroché au mur de la classe. Le geste n a rien d anecdotique. Il matérialise une règle nouvelle : pendant le temps scolaire, le téléphone n accompagne plus la journée comme un objet ordinaire. Il est mis de côté. Il n circule plus d une poche à l autre. Il n apparaît plus à la pause. Il ne sert plus à retrouver une camarade d une autre classe entre deux cours.

Devant ces élèves, le président a résumé la logique du texte. Selon lui, à cet âge, les lycéens sont là pour apprendre des contenus, des matières, apprendre l esprit critique, pour se construire. Dans ce cadre, les téléphones, les écrans et encore plus les réseaux sociaux écartent de cet objet. Le propos est direct. Il ne présente pas le portable comme un simple outil pratique. Il le décrit comme un élément qui détourne de la mission scolaire. L argument avancé est présenté comme scientifique. Il insiste sur l âge des élèves et sur la nature du travail attendu au lycée.

Scientifiquement, on a établi que, à votre âge et compte tenu du fait que vous êtes là pour apprendre des contenus, des matières, apprendre l esprit critique, pour vous construire, les téléphones, les écrans et encore plus les réseaux sociaux écartent de cet objet.

Plusieurs élèves de cette classe ont pris la parole. Certains disent comprendre l interdiction nouvelle. D autres la jugent infantilisante dans un monde où les portables sont devenus indispensables. Le désaccord n est pas abstrait. Il se dit dans la même pièce, après le dépôt des trente-trois téléphones. D un côté, l idée qu un cadre plus strict peut aider à se concentrer. De l autre, le sentiment d un recul, comme si le lycée refusait de reconnaître une réalité déjà installée dans la vie quotidienne.

Ce que la loi change vraiment dans l établissement

Jusqu à cette rentrée, l interdiction dans les espaces communs existait déjà au collège. Au lycée, le paysage était différent. Le téléphone pouvait encore s inviter dans un couloir, à la cantine, pendant un intercours. La nouveauté tient précisément à cet élargissement. Le portable n est plus seulement écarté pendant le cours. Il doit rester hors d usage dans l enceinte scolaire au sens large. Les cartables peuvent revenir. Les téléphones, eux, doivent rester cachés, ou plutôt mis de côté selon les modalités prévues par chaque établissement.

Des dérogations à la loi pourront être prévues. Le ministre de l Education, Édouard Geffray, l avait précisé lundi. Elles concernent notamment les élèves handicapés ou les étudiants. Elles concernent aussi les cas où le portable sert à régler le repas à la cantine ou à des usages pédagogiques. La règle n est donc pas présentée comme un mur sans ouverture. Elle pose un principe d interdiction. Elle laisse ensuite des exceptions ciblées. Le téléphone peut encore exister dans l établissement, mais seulement dans des situations définies.

Cette distinction compte. Elle explique pourquoi l interdiction peut sembler totale dans les discours, puis plus nuancée dans l organisation concrète. Un élève handicapé peut avoir besoin d un appareil. Un paiement à la cantine peut passer par un téléphone. Un usage pédagogique peut justifier une exception. Le reste du temps, le principe demeure : pas d usage libre du portable, ni dans les couloirs, ni à la cantine.

Ce qui est désormais visé

L usage du téléphone au lycée, y compris hors de la salle de classe, dans les couloirs et à la cantine, avec des dérogations prévues pour le handicap, certains usages étudiants, le règlement du repas et le travail pédagogique.

À Mende, le premier geste de la rentrée

La scène de Mende fixe l image de cette rentrée. Une classe de seconde. Un mur. Un espace dédié et numéroté. Trente-trois téléphones déposés un à un. Le rituel a une force visuelle. Il transforme une règle juridique en un acte collectif. Personne ne range son appareil dans un sac en silence. Chacun s avance. Chacun laisse le téléphone. La classe commence ensuite sans cet objet à portée de main.

C est dans ce cadre que le président a défendu le texte. Il s adresse à des élèves qui viennent d accepter, au moins pour la durée du cours, de se séparer de leur téléphone. Le message porte sur l apprentissage, l esprit critique, la construction de soi. Les écrans et les réseaux sociaux sont présentés comme ce qui écarte de cet objet. La formulation est nette. Elle ne discute pas d abord le confort. Elle discute la finalité du lycée.

Les réactions dans la classe montrent que le débat ne s arrête pas à la promulgation. Comprendre n est pas forcément approuver. Approuver n est pas forcément se sentir respecté. Le mot qui revient chez une partie des élèves est celui d une mesure infantilisante. L autre partie insiste sur le fait que le portable est devenu indispensable. Entre les deux, la règle s applique quand même. Mardi, elle s applique dès le premier jour.

À Paris, le rappel dans la cour avant les premiers écarts

À Paris, le ton est différent, mais le fond est le même. Dans la cour du lycée Maurice Ravel, les élèves de première écoutent leur proviseure. Elle leur rappelle le bannissement des portables. C est la principale nouveauté de la rentrée. Le discours n attend pas la première heure de cours. Il se tient dehors, au moment où les groupes se reforme, où les sacs s ouvrent, où les habitudes de l an passé pourraient reprendre.

Ce rappel n empêche pas de premiers rappels à l ordre, quelques minutes plus tard à peine. La règle est dite. Puis elle est déjà testée. L intervalle est court. Il dit quelque chose de la difficulté concrète : le téléphone n est pas seulement un objet réglementé. Il est décrit par la cheffe d établissement comme parfois le prolongement de la main. L objectif, explique Julie Bouvry, c est de décentrer les élèves de leurs téléphones.

L objectif, c est de vous décentrer de vos téléphones qui sont parfois le prolongement de votre main.

L établissement regroupe 1 700 élèves au total, au collège et au lycée. La taille compte. Une interdiction dans un petit groupe n a pas la même logistique que dans un ensemble de cette ampleur. Il faut une organisation. Il faut un passage à la vie scolaire. Il faut un moyen d éviter que chaque écart devienne une confiscation longue et conflictuelle. C est précisément ce que le lycée a prévu.

Des pochettes pour éviter les confiscations

Le lycée Maurice Ravel a acheté une centaine de pochettes. Le dispositif est pensé pour éviter les confiscations. Les enseignants pourront prendre le téléphone, le glisser dans la pochette et la rendre à l élève. L élève, lui, sera obligé de passer au bureau de la vie scolaire pour la faire déverrouiller et reprendre son smartphone. Le téléphone n disparaît pas dans un tiroir sans retour immédiat. Il est neutralisé. Il reste avec l élève, mais inutilisable tant que la pochette n a pas été ouverte selon la procédure.

Cette solution raconte la manière dont un établissement traduit une loi. Le texte pose l interdiction. L établissement invente un geste. La pochette devient un objet intermédiaire. Elle évite l affrontement trop brutal de la confiscation classique. Elle impose pourtant une démarche. Aller à la vie scolaire. Faire déverrouiller. Récupérer l usage. Le portable n est plus un réflexe. Il redevient une formalité.

Océanne Thouret, l une des quatre conseillers principaux d établissement chargés de l organisation de la vie scolaire, situe aussi l interdiction du côté des familles. Selon elle, cette interdiction était réclamée par certains parents, qui essaient d interdire le téléphone chez eux et ne comprenaient pas que ce soit autorisé à l école. Le lycée n apparaît plus seulement comme le lieu de la contrainte. Il apparaît aussi comme le lieu où une exigence déjà tentée à la maison trouve enfin un relais.

Infantilisante pour les uns, utile pour les autres

Pauline, 16 ans, est très opposée. Elle s agace. Pour elle, la mesure infantilise de fou. La formule est brutale. Elle dit le sentiment d un écart entre l âge lycéen et le traitement reçu. Magda renchérit. Selon elle, ça ne sert à rien. Au collège, où l interdiction dans les espaces communs était déjà la règle, on allait aux toilettes on le regardait en cachette. L argument ne nie pas la règle. Il doute de son efficacité. Il rappelle qu une interdiction peut se déplacer plutôt que disparaître.

Ça nous infantilise de fou.

Assise à une table, Elaïa, 16 ans, dessine un autre parcours. L an passé, elle utilisait son téléphone pour retrouver ses amies d autres classes à l intercours. Aujourd hui, elle discute avec l une d entre elles. Elle est plutôt favorable à l interdiction. Le détail suivant est presque banal, et c est pour cela qu il frappe. Faute de montre au poignet, elle finit par sortir de son sac son téléphone pour regarder l heure. Même une élève plutôt favorable se heurte à un usage minuscule, concret, difficile à remplacer immédiatement.

Ces voix ne s annulent pas. Elles coexistent dans la même cour, dans le même établissement, dans la même rentrée. L une insiste sur la dignité d un âge où l on se sent déjà adulte. L autre insiste sur le contournement déjà observé au collège. La troisième accepte le cadre, puis ressort le téléphone pour une information aussi simple que l heure. La loi unifie la règle. Elle n unifie pas le vécu.

Ce que disent les élèves cités Pauline juge la mesure infantilisante. Magda doute de son efficacité en rappelant les contournements au collège. Elaïa se dit plutôt favorable, tout en ressortant son téléphone pour l heure.

Du côté des professeurs, un certain soulagement

Côté professeur, Romain Labrousse confie un certain soulagement avec l élargissement de l interdiction dans l enceinte du lycée. Le mot est mesuré. Ce n est pas une victoire proclamée. C est un apaisement. L interdiction ne concerne plus seulement le temps du cours. Elle concerne l établissement. Le téléphone cesse d être un objet qui réapparaît dès que l on quitte la salle.

Un autre point pratique apparaît. Les élèves pouvaient sortir leur téléphone pour consulter l application de l Education nationale où sont indiqués les changements d emplois du temps. Pour éviter cela, l enseignant va anticiper les changements. Il formule aussi un espoir simple : le retour en grâce de l agenda papier. L outil analogique revient dans la conversation au moment même où le numérique est écarté du quotidien scolaire.

J espère le retour en grâce de l agenda papier.

Cet espoir n est pas un détail décoratif. Il montre comment une interdiction en entraîne une autre, plus discrète : celle de s appuyer sur l écran pour savoir où aller, à quelle heure, dans quelle salle. Si le téléphone n est plus là pour afficher un changement, il faut qu un adulte anticipe. Il faut qu un support papier reprenne une fonction. La rentrée sans portable n est pas seulement une affaire de discipline. C est aussi une affaire d organisation de l information.

Onze millions d élèves, et des outils numériques à l arrêt

Au total, 11,6 millions d élèves ont fait mardi leur rentrée en France. Le chiffre donne l échelle. La scène de Mende, la cour parisienne, les pochettes, les dérogations, tout cela s inscrit dans un mouvement national. Le lycée n est plus à part. Il entre dans un cadre déjà connu plus tôt dans la scolarité, depuis 2018, de la maternelle au collège.

Mais dans certaines régions, les enseignants étaient surtout accaparés par des perturbations engendrées par l importante cyberattaque ayant visé l Education nationale, révélée fin juillet. Le piratage a entraîné la suspension préventive de nombreux outils numériques. Des difficultés sont apparues dans les académies de Toulouse, dans le sud-ouest, et de Nantes, dans l ouest. La rentrée du téléphone interdit croise ainsi une autre rentrée : celle des outils numériques absents.

Les personnels doivent composer avec l absence d accès aux messageries professionnelles, aux bases de données des élèves et des familles ou à certaines applications administratives. L école qui demande aux lycéens de se passer de portable est, dans ces académies, elle-même privée d une partie de son infrastructure numérique. Le contraste n a pas besoin d être forcé. Il est déjà dans les faits de cette rentrée.

L appel sur listes papier, un retour forcé

Joeffrey Renaud, professeur d histoire-géographie dans l académie de Nantes et représentant du Snes-FSU, principal syndicat dans le second degré, résume la situation d une phrase ironique. Les équipes feront l appel à partir de listes papier. C est, dit-il, un retour vers le futur. L image est claire. On avance dans le calendrier scolaire. On recule dans les outils. Le papier revient, non par choix pédagogique d abord, mais par nécessité technique.

Nous ferons l appel à partir de listes papier. C est retour vers le futur.

Dans le même temps, un enseignant comme Romain Labrousse parle d agenda papier pour remplacer la consultation de l application des emplois du temps. D un côté, une interdiction volontaire du téléphone élève. De l autre, une indisponibilité subie des outils de l institution. Les deux mouvements ne sont pas de même nature. Ils se rencontrent pourtant le même mardi. Ils donnent à cette rentrée une texture particulière : moins d écrans du côté des élèves, moins d accès numériques du côté de certains personnels.

Les dérogations, zone sensible de la nouvelle règle

Le ministre de l Education a donc ouvert des exceptions. Élèves handicapés. Étudiants. Règlement du repas à la cantine. Usages pédagogiques. Ces quatre portes empêchent de lire la loi comme un refus total de l objet. Elles obligent les établissements à départager ce qui relève de l usage libre et ce qui relève de l usage justifié. La cantine n est plus seulement un lieu de pause. Elle peut rester un lieu où le téléphone sert à payer. La classe n est plus seulement un lieu sans écran. Elle peut le redevenir si l usage est pédagogique.

Cette frontière sera observée de près, précisément parce que les élèves les plus critiques parlent d infantilisation et d inutilité. Si le téléphone réapparaît pour payer, pour un aménagement, pour un exercice, la règle devra rester lisible. Sinon, le sentiment d arbitraire peut s ajouter au sentiment de contrainte. Le texte promet un cadre. L établissement doit le rendre praticable.

À Maurice Ravel, la pochette est une réponse à l écart. À Chaptal, le dépôt mural numéroté est une réponse au temps de classe. Deux lycées, deux gestes, une même loi. L un neutralise l appareil trouvé hors cadre. L autre l enlève dès l entrée en salle. Dans les deux cas, le téléphone cesse d être disponible immédiatement. C est tout l enjeu décrit par Julie Bouvry : décentrer.

Ce que le collège a déjà montré, selon les élèves

Magda ancre son scepticisme dans une expérience antérieure. Au collège, l interdiction dans les espaces communs existait déjà. Cela n a pas empêché, dit-elle, de regarder le téléphone en cachette aux toilettes. Le lycée hérite donc d un précédent. La nouveauté juridique pour le lycée n est pas une nouveauté absolue dans le parcours des élèves. Beaucoup ont déjà connu un régime de restriction. Beaucoup ont déjà vu comment une restriction se contourne.

Ce rappel pèse dans le débat interne à la rentrée. Il ne dit pas que la loi est appliquée ou non. Il dit que l application visible n épuise pas les usages réels. Pauline y ajoute la question de l âge. Ce qui pouvait sembler acceptable plus tôt devient, à seize ans, une atteinte. Elaïa, elle, accepte davantage le principe, tout en révélant qu un besoin minime, regarder l heure, suffit à faire réapparaître l appareil. Trois lectures, un même objet.

Parents, vie scolaire et demande d alignement

Le propos d Océanne Thouret déplace encore le regard. Certains parents réclamaient cette interdiction. Ils tentent d interdire le téléphone chez eux. Ils ne comprenaient pas que l école l autorise. L établissement devient alors le prolongement d une règle domestique, et non son contraire. La vie scolaire n est plus seulement l espace du règlement intérieur. Elle est aussi l espace où une attente familiale trouve une traduction publique.

Quatre conseillers principaux d établissement sont chargés de l organisation de la vie scolaire dans ce lycée parisien. Le chiffre rappelle que la règle nouvelle n est pas un simple affichage. Elle suppose des adultes disponibles pour déverrouiller une pochette, recevoir un élève, rappeler un cadre, absorber les premiers écarts survenus quelques minutes après le discours dans la cour. La rentrée commence par une annonce. Elle continue par une file, un bureau, une procédure.

Apprendre, se construire, écarter l écran

Le discours tenu à Mende relie trois verbes : apprendre, se construire, écarter. Apprendre des contenus. Apprendre des matières. Apprendre l esprit critique. Se construire. Puis écarter ce qui détourne. Les téléphones. Les écrans. Plus encore les réseaux sociaux. La hiérarchie est explicite. Ce n est pas seulement l objet technique qui est visé. C est aussi l univers social qui s ouvre dès que l écran s allume.

Dans la classe, ce raisonnement rencontre des élèves qui viennent de poser trente-trois téléphones contre un mur numéroté. Le symbole précède l argument. L argument justifie ensuite le symbole. La rentrée se joue dans cet ordre. D abord le geste. Ensuite la parole. Ensuite les réserves. Ensuite la reprise du cours sans l objet que beaucoup décrivent comme indispensable.

Le président s adresse à des élèves de seconde. L âge n est pas neutre. C est l entrée au lycée. C est le moment où le portable a souvent gagné encore plus de place. C est aussi le moment où le texte nouveau s applique. La promulgation date d une semaine. L application commence le jour de la rentrée. Le calendrier est serré. Il ne laisse pas le temps d une accoutumance longue avant le premier dépôt, le premier rappel dans la cour, la première pochette.

Une journée nationale, des réalités locales

Onze virgule six millions d élèves. Un lycée à Mende. Un lycée à Paris. Des académies de Toulouse et de Nantes perturbées. La rentrée unique dans le calendrier n est pas unique dans l expérience. Ici, on parle surtout du téléphone. Là, on parle surtout des messageries inaccessibles, des bases de données coupées, des applications administratives suspendues. Les deux sujets occupent le même mardi. Ils ne demandent pas le même effort.

Dans l académie de Nantes, l appel se fera sur listes papier. Dans un lycée parisien, une centaine de pochettes attend les téléphones sortis trop tôt. À Mende, le mur numéroté a déjà reçu trente-trois appareils. Ces images tiennent ensemble parce qu elles appartiennent à la même date. Elles se séparent dès que l on regarde la tâche du moment : convaincre, contrôler, remplacer un outil manquant, recommencer une liste à la main.

Ce que change le passage du collège au lycée

Depuis 2018, de la maternelle au collège, le cadre existait déjà. Le lycée restait l espace où le téléphone pouvait encore circuler davantage. Cette rentrée referme cet écart. Le lycéen n est plus dans une exception. Il entre dans la continuité du parcours scolaire antérieur. Pour une partie des élèves, cela paraît cohérent. Pour une autre, cela paraît contradictoire avec l idée que l on grandit en passant au lycée.

Le mot indispensable revient dans la bouche de ceux qui contestent. Il désigne un monde déjà organisé autour du téléphone : retrouver quelqu un, regarder l heure, consulter un changement d emploi du temps, payer à la cantine. La loi elle-même reconnaît une partie de ces usages, puisqu elle prévoit des dérogations pour la cantine et pour le pédagogique. Le conflit porte moins sur l existence de l objet que sur l étendue de son droit de cité.

Le téléphone comme prolongement de la main

La formule de Julie Bouvry reste l une des plus précises de cette rentrée. Le téléphone est parfois le prolongement de la main. Décentrer, dès lors, ne consiste pas seulement à interdire. Cela consiste à rompre un geste automatique. Sortir l appareil. Le déverrouiller. Regarder. Ranger. Recommencer. La pochette interrompt cette chaîne. Le dépôt mural l interrompt autrement. L agenda papier propose une autre chaîne. L heure lue sur une montre, absente au poignet d Elaïa, aurait pu en proposer une troisième.

Quelques minutes après le rappel dans la cour, les premiers rappels à l ordre arrivent. Le prolongement de la main n attend pas. Il reprend dès que le discours s arrête. L établissement le savait assez pour acheter des pochettes. La vie scolaire se prépare à déverrouiller. La règle n est pas imaginée comme un silence immédiat. Elle est imaginée comme une série de microconflits dès le premier matin.

Ce que cette rentrée laisse voir

Elle laisse voir une loi promulguée une semaine plus tôt et appliquée dès le mardi de rentrée. Elle laisse voir un président face à une classe de seconde après le dépôt des téléphones. Elle laisse voir une proviseure dans une cour de 1 700 élèves. Elle laisse voir des pochettes, un mur numéroté, un agenda papier, des listes d appel manuscrites. Elle laisse voir Pauline, Magda, Elaïa, un professeur soulagé, une conseillère qui parle des parents, un enseignant de Nantes privé d outils numériques.

Elle laisse aussi voir une tension stable. D un côté, l objectif affiché : apprendre, former l esprit critique, se construire, se décentrer. De l autre, le sentiment d une mesure infantilisante, déjà contournée au collège, difficile à vivre dans un monde où le portable sert à l heure, aux amies, à l emploi du temps, au repas. La loi tranche. Les voix, elles, restent multiples.

Mardi, les lycéens français sont donc rentrés dans un établissement où le téléphone n a plus la même place. Les cartables sont là. Les portables doivent rester hors d usage, hors des couloirs, hors de la cantine, sauf dérogation. Dans certaines académies, le papier revient pour d autres raisons. Dans les classes, le premier geste a parfois consisté à poser l appareil contre un mur. Le reste de l année dira comment cette consigne tiendra, minute après minute, intercours après intercours, sans rien ajouter à ce que cette première journée a déjà rendu visible.

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