Que se dit-on vraiment lorsque les ministres des Finances des grandes économies se retrouvent au pied des Appalaches, dans un complexe hôtelier collé à un golf verdoyant, alors que le pays hôte multiplie les droits de douane et cherche des alliés pour une offensive économique contre Téhéran ? La question n’est pas rhétorique. Elle résume le climat de la première d’une série de réunions du G20 organisées cette année sur le sol américain, jusqu’à mardi, dans le pays de Donald Trump. L’affiche officielle parle de croissance, de dérégulation et de « déséquilibres » commerciaux. Derrière les communiqués, d’autres dossiers s’imposent déjà, au moins en coulisses.
Une Réunion Du G20 Sous Présidence Américaine À Asheville
Les États-Unis tiennent donc, à Asheville, en Caroline du Nord, la première d’une série de réunions sur leur sol. Le cadre n’a rien d’anodin : un grand complexe hôtelier accolé à un golf verdoyant, au pied des Appalaches. Le lieu donne le ton d’une présidence qui entend maîtriser l’agenda autant que l’image. Originaire de la Caroline du Sud voisine, le ministre des Finances Scott Bessent va orchestrer les discussions, en duo avec le patron de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh. Le binôme relie le Trésor et la banque centrale sur un même plateau diplomatique.
Washington préside cette année le regroupement des grandes économies mondiales, où l’on retrouve notamment la Chine, l’Inde, le Japon ou la France. La présidence américaine veut centrer les débats sur les moyens de doper la croissance, sur la dérégulation et sur la résorption des « déséquilibres » dans les échanges commerciaux. Ces trois piliers forment le discours d’ouverture. Ils ne suffisent pourtant pas à épuiser ce qui va occuper les couloirs, les dîners et les tête-à-tête.
Ce que Washington met en avant
Croissance, dérégulation, correction des déséquilibres commerciaux : trois mots d’ordre pour une présidence qui veut imposer le tempo, alors que d’autres sujets s’invitent déjà.
Le Cadre D’Asheville Et Le Duo Bessent-Warsh
Asheville n’est pas une capitale diplomatique habituelle. C’est un décor de montagne et de fairways, choisi pour accueillir des ministres des Finances jusqu’à mardi. Le complexe hôtelier et le golf verdoyant au pied des Appalaches transforment une réunion technique en scène politique. Scott Bessent, venu de l’État voisin, y joue un rôle central. Il n’est pas seulement l’hôte protocolaire. Il est présenté comme un rouage essentiel du gouvernement du milliardaire républicain.
À ses côtés, Kevin Warsh, patron de la Réserve fédérale, donne à la séquence une dimension monétaire. Les discussions ne portent pas seulement sur des communiqués de ministres. Elles touchent aussi à la manière dont la première économie du monde veut parler de croissance pendant qu’elle mène, par ailleurs, une bataille de sanctions et une bataille tarifaire. Le duo Trésor-Fed n’efface pas les tensions. Il les encadre.
La présidence américaine du G20 sert de levier. Elle permet de fixer les thèmes visibles : doper la croissance, déréguler, s’attaquer aux déséquilibres commerciaux. Elle permet aussi d’organiser les bilatérales. C’est dans ces échanges plus étroits que le message sur l’Iran doit être répété, selon le ministère. Le format compte autant que le fond. Une assemblée plénière peut rester prudente. Un tête-à-tête peut devenir plus direct.
Croissance, Dérégulation Et « Déséquilibres » Commerciaux
Le vocabulaire officiel n’est pas neutre. Parler de croissance, c’est parler d’un objectif que chaque capitale peut signer sans se sentir immédiatement visée. Parler de dérégulation, c’est inscrire la réunion dans une orientation politique propre à l’exécutif américain. Parler de « déséquilibres » dans les échanges, c’est ouvrir la porte à une lecture des flux commerciaux que Washington entend corriger, y compris par la voie tarifaire.
Ces trois axes doivent occuper le devant de la scène. Ils donnent une cohérence à la présidence. Ils offrent aussi un abri rhétorique. On peut discuter d’investissement, de règles et de balances commerciales sans prononcer tout de suite le nom de Téhéran, ni celui d’Ottawa. Pourtant, le texte même de l’actualité le dit : d’autres sujets vont vite s’imposer, au moins en coulisses. L’agenda visible et l’agenda réel ne coïncident pas forcément.
La résorption des « déséquilibres » commerciaux n’est pas un slogan abstrait dans ce contexte. Elle rencontre la pratique des surtaxes à l’importation. Elle rencontre aussi le rappel que l’exécutif américain, malgré un recul judiciaire sur une grande partie de ses droits de douane, est loin d’avoir renoncé à taxer davantage les produits importés. Le débat économique du G20 se tient donc dans l’ombre d’une politique commerciale déjà conflictuelle.
En Coulisses, La Guerre Au Moyen-Orient Et L’Énergie
Le premier sujet qui déborde le programme affiché est la guerre au Moyen-Orient, initiée par les États-Unis il y a six mois. Selon les éléments rapportés, ce conflit a provoqué une crise énergétique et fait grimper les prix dans le monde entier. Les ministres des Finances ne peuvent pas traiter de croissance comme si cette séquence n’existait pas. L’énergie entre dans les comptes. Les prix entrent dans l’inflation. L’inflation entre dans les taux et dans la dette.
Ce n’est pas un détail de calendrier. Une crise énergétique mondiale pèse sur les ménages, sur les entreprises et sur les budgets publics. Elle change la conversation entre capitales. Celui qui préside le G20 est aussi celui qui a initié, il y a six mois, cette guerre au Moyen-Orient. Les partenaires écoutent le discours sur la croissance tout en mesurant chez eux la facture énergétique et la hausse des prix.
Les discussions délicates naissent précisément de cet écart. On peut aligner des formules sur la stabilité. On ne peut pas effacer une crise de prix déjà mondiale. Les ministres viennent avec leurs propres contraintes macroéconomiques. Ils viennent aussi avec le souvenir que l’énergie n’est pas un chapitre séparable du reste. À Asheville, le golf et la montagne n’isolent pas la réunion de cette réalité.
L’Offensive Économique Contre L’Iran
Scott Bessent est chargé de mener, à coups de sanctions, une offensive économique contre l’Iran, que la puissance militaire américaine n’a pas réussi à faire plier. La phrase est nette. Elle place le Trésor au centre d’une stratégie que les armes n’ont pas close. Washington veut convaincre les autres de rejoindre cette guerre économique. Les ministres réunis jusqu’à mardi sont donc aussi des interlocuteurs à persuader, ou à presser.
Le secrétaire au Trésor a récemment lancé un avertissement aux pays qui continuent à commercer avec Téhéran. La menace est explicite : les couper du système financier occidental. Ce n’est plus seulement une question de désaccord diplomatique. C’est une question d’accès aux canaux financiers. Dans un G20 où se croisent des économies très diverses, ce message n’a pas la même résonance pour tout le monde.
Selon le ministère, Scott Bessent va marteler son message contre l’Iran lors des tête-à-tête avec ses homologues à Asheville. Le choix du format est stratégique. Le tête-à-tête permet la pression ciblée. Il permet aussi d’éviter qu’un refus collectif ne s’affiche trop tôt en séance. Isoler davantage Téhéran suppose de réduire les partenaires commerciaux restants. Cela suppose d’obtenir, sinon une adhésion enthousiaste, du moins une prudence accrue.
Le secrétaire au Trésor a récemment lancé un avertissement aux pays continuant à commercer avec Téhéran, menaçant de les couper du système financier occidental.
La logique de l’isolement n’est pas nouvelle dans le principe. Elle prend ici une intensité particulière parce qu’elle est portée par le président du G20, dans son propre pays, au moment où il accueille les ministres. Le golf d’Asheville devient alors moins un décor de villégiature qu’un théâtre de pressions successives. Chaque bilatérale peut servir à répéter l’avertissement. Chaque silence peut être interprété.
Faire plier Téhéran par l’économie, après que la puissance militaire n’y est pas parvenue, place les sanctions au premier rang. Les ministres des Finances sont, par métier, les interlocuteurs de ce levier. Ils savent ce que signifie une coupure d’accès au système financier occidental. Ils savent aussi ce que leurs propres entreprises et leurs propres flux peuvent perdre si le commerce avec l’Iran se poursuit sous menace.
Droits De Douane, Canada Et Unité Fragile
Autre point de tension : malgré la censure par la Cour suprême d’une grande partie de ses droits de douane, l’exécutif américain est loin d’avoir renoncé à surtaxer les produits importés. Il vient de relancer les hostilités avec le voisin canadien, membre du G20 et du G7 à ses côtés. La réunion d’Asheville se tient donc pendant une guerre commerciale avec un partenaire pourtant installé dans les mêmes clubs.
Cette contradiction pèse sur la mécanique diplomatique. Le G7 est souvent présenté comme un noyau plus restreint, plus coordonné. Si ce noyau se fissure sur le commerce, le passage au G20 devient plus accidenté. Les « discussions délicates » ne sont pas seulement celles qui concernent l’Iran. Elles concernent aussi la capacité des uns et des autres à parler d’une voix à peu près commune.
Puisqu’on est maintenant en guerre commerciale avec le Canada, il n’y a pas d’unité du G7. Et sans unité du G7, il est difficile d’arriver au G20 et de mener des discussions délicates.
Josh Lipsky, Atlantic Council
Josh Lipsky, chercheur au groupe de réflexion Atlantic Council, résume ainsi le nœud. L’absence d’unité du G7, liée à la guerre commerciale avec le Canada, complique l’exercice plus large. On n’entre pas dans une salle du G20 avec la même autorité collective lorsque le cercle plus petit est déjà divisé. Les partenaires le savent. Les observateurs aussi.
Le même chercheur ajoute que la plupart des pays vont écouter respectueusement les responsables américains, mais resteront circonspects en raison des enjeux macroéconomiques chez eux comme aux États-Unis. La circonspection a des causes nommées : une inflation tenace et la récente augmentation des taux d’intérêt de la dette publique. Écouter n’est pas souscrire. Respecter le protocole n’est pas signer l’offensive.
À l’agenda officiel
Croissance, dérégulation, déséquilibres
En toile de fond
Iran, Canada, énergie, composition du club
Le Canada n’est pas un partenaire lointain dans cette architecture. Membre du G20 et du G7, voisin immédiat, il se retrouve dans une hostilité commerciale relancée au moment même où Washington demande de la cohésion sur d’autres fronts. Les ministres peuvent parler de stabilité financière mondiale tout en voyant un conflit tarifaire s’ouvrir à la frontière nord des États-Unis. Le contraste nourrit la prudence.
La censure judiciaire d’une grande partie des droits de douane n’a pas clos le chapitre. L’exécutif n’a pas renoncé à surtaxer les produits importés. Cette persistance donne aux débats sur les « déséquilibres » un contenu très concret. Derrière le mot, il y a des barrières. Derrière les barrières, il y a des représailles possibles. Derrière les représailles, il y a moins d’unité pour les dossiers que Washington voudrait faire avancer ensemble.
À Quoi Sert Le G20, Et Qui S’Y Assoit
Le G20 a été créé à la suite de la crise financière asiatique de 1997-1998 afin de renforcer la stabilité économique et financière mondiale. Ce souvenir fondateur n’est pas décoratif. Il rappelle que le club est né d’un choc, pas d’une cérémonie. Il comprend 19 pays et deux entités régionales : l’Union européenne et l’Union africaine. La composition même du groupe est donc déjà un message sur ce que l’on considère comme « grande économie » ou comme acteur régional incontournable.
Cette année, la carte n’est pas seulement celle des membres habituels. L’Afrique du Sud a été exclue des réunions par le gouvernement américain, qui accuse régulièrement, sans preuves, les autorités de Pretoria de persécuter les fermiers blancs. L’exclusion d’un membre n’est pas un détail de protocole. Elle dit que la présidence entend aussi décider qui a le droit d’être dans la pièce.
Autre pays en délicatesse avec Donald Trump : le Brésil du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva n’a pas envoyé son ministre des Finances. L’absence du titulaire du portefeuille, dans une réunion de ministres des Finances, parle d’elle-même. Elle signale une distance. Elle réduit d’autant la possibilité d’un tête-à-tête de même rang sur les thèmes que Washington veut marteler.
Sans être un membre permanent, du moins pour l’heure, la Pologne a été conviée par Washington à participer à tous les travaux. L’invitation doit couronner la solide expansion économique du pays d’Europe de l’Est. Inviter, exclure, constater une absence : trois gestes qui redessinent la table. Le G20 d’Asheville n’est pas seulement une photographie des grands balances commerciaux. C’est aussi une mise en scène de qui est le bienvenu.
La Russie doit être représentée par un émissaire du ministère des Affaires étrangères. Ce n’est pas le format d’un ministre des Finances parmi les ministres des Finances. Un responsable européen, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, s’est dit fâché de voir que le pays, en guerre contre l’Ukraine depuis 2022, n’avait pas été écarté de ce G20. La colère dite à voix basse dit la fracture. Certains auraient voulu une exclusion. La présidence a fait un autre choix de représentation.
Autour de la table, cette année
- Présidence américaine et duo Bessent-Warsh à Asheville
- Afrique du Sud exclue des réunions par Washington
- Brésil sans ministre des Finances
- Pologne invitée à tous les travaux
- Russie représentée par un émissaire diplomatique
Ces ajustements de présence changent la nature des « discussions délicates ». On ne parle pas de la même façon d’isolement, de sanctions ou de stabilité lorsque certains sièges sont vides, d’autres occupés par un émissaire d’un autre ministère, d’autres encore attribués à un invité non permanent. Le G20 reste le G20 par son nom. Sa géométrie, elle, bouge sous l’effet de la présidence.
L’Union européenne et l’Union africaine demeurent les deux entités régionales du dispositif. Leur place rappelle que le groupe n’est pas seulement une addition d’États. Mais l’exclusion sud-africaine, décidée par le gouvernement américain, crée une tension particulière avec l’idée même d’une représentation africaine élargie. Le fait est là, tel que rapporté : Pretoria n’est pas dans les réunions de cette année, sur le fondement d’accusations répétées et présentées comme étant sans preuves.
Accréditations, Presse Et Message Du Trésor
Par ailleurs, la demande d’accréditation de plusieurs journalistes travaillant pour des médias américains de premier plan a été rejetée, selon les publications. Le sujet n’est pas périphérique. Une réunion de ministres des Finances du G20 est aussi un exercice de lisibilité. Qui peut entrer dans le périmètre, qui peut questionner, qui peut relater les silences autant que les phrases, tout cela façonne le récit public.
Une agence de presse économique n’a reçu aucun laissez-passer, a indiqué un porte-parole samedi soir. Un quotidien a rapporté que son reporter chargé de couvrir le Trésor s’était aussi vu refuser l’accès. La publication a dénoncé, dans un communiqué, une atteinte à la liberté de presse. Ces éléments, repris sans les marques des titres, suffisent à montrer que l’accès n’a pas été uniforme parmi les rédactions de premier plan.
Un porte-parole du Trésor a réagi en affirmant avoir accrédité près de 300 membres des médias. Il a ajouté attendre d’eux une couverture « factuelle » et pas « sensationnaliste ». Le chiffre et l’adjectif vont ensemble. L’exécutif met en avant le volume des accréditations. Il pose aussi une norme de ton. Entre le rejet de certaines demandes et l’appel à une couverture factuelle, le conflit d’interprétation est immédiat.
Un porte-parole du Trésor a réagi en affirmant avoir accrédité près de 300 membres des médias et dit attendre d’eux une couverture factuelle et pas sensationnaliste.
Dans une séquence où Washington veut isoler davantage Téhéran, relancer des hostilités tarifaires et tenir l’agenda de la croissance, le contrôle du récit n’est pas un accessoire. Les tête-à-tête sont par nature moins visibles qu’une séance ouverte. Moins il y a de regards familiers du Trésor dans la salle, plus le compte rendu dépend des canaux choisis. Les rédactions écartées le disent comme une atteinte. L’administration le dit comme une question de volume et de ton.
La liberté de presse, invoquée par un quotidien dont le reporter dédié au Trésor n’a pas obtenu l’accès, devient ainsi l’un des dossiers collatéraux d’Asheville. Elle ne figure pas sur la liste officielle — croissance, dérégulation, déséquilibres. Elle s’impose pourtant, comme la guerre au Moyen-Orient, comme le Canada, comme l’Iran, dès que l’on quitte le communiqué d’invitation.
Inflation, Dette Et Circonspection Des Capitales
Les enjeux macroéconomiques invoqués pour expliquer la prudence des pays ne sont pas vagues. Il est question d’une inflation tenace. Il est question d’une récente augmentation des taux d’intérêt de la dette publique. Ces deux faits suffisent à comprendre pourquoi un ministre des Finances peut écouter respectueusement Scott Bessent sans s’aligner sur chaque volet de l’offensive américaine.
Une inflation qui ne cède pas réduit la marge. Elle rend plus coûteuse toute perturbation énergétique supplémentaire. Elle rend plus sensible toute mesure commerciale qui ferait encore monter des prix. Une hausse des taux d’intérêt de la dette publique alourdit le service de l’emprunt. Elle rappelle que la stabilité financière n’est pas un chapitre clos depuis 1998. Elle est une contrainte présente, y compris aux États-Unis.
C’est pourquoi la formule de Josh Lipsky sur l’écoute respectueuse et la circonspection mérite d’être lue jusqu’au bout. Le respect est diplomatique. La circonspection est budgétaire. Les homologues de Bessent rentrent chez eux avec des prix, des taux et des opinions publiques. Le G20 d’Asheville ne suspend pas ces réalités. Il les concentre pendant quelques jours dans un hôtel de Caroline du Nord.
La crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient initiée il y a six mois par les États-Unis s’ajoute à ce tableau. Prix en hausse dans le monde entier, inflation tenace, taux de la dette publique qui augmentent : la chaîne est économique avant d’être oratoire. Demander aux autres de rejoindre une guerre économique contre l’Iran, tout en menant une guerre commerciale avec le Canada, se heurte à cette chaîne.
Ce Que Les Tête-À-Tête Peuvent Et Ne Peuvent Pas Trancher
Le ministère indique que le message contre l’Iran sera martelé dans les entretiens individuels. C’est le niveau où Washington attend le plus. Pas nécessairement une déclaration collective retentissante. Une série de pressions personnelles. Une série d’avertissements répétés à ceux qui commercent encore avec Téhéran. La menace de coupure du système financier occidental donne à ces conversations une densité particulière.
Mais les tête-à-tête n’abolissent pas la géométrie du club. L’Afrique du Sud n’est pas là. Le ministre brésilien des Finances n’est pas là. La Russie est là via un émissaire diplomatique, ce qui fâche un responsable européen anonyme. La Pologne, elle, est invitée à tous les travaux pour saluer son expansion. On ne « convainc » pas un ensemble dont une partie a été écartée, une autre s’est tenue à distance, une troisième est représentée hors format.
On peut, en revanche, durcir le coût du commerce résiduel avec Téhéran pour ceux qui sont présents et exposés au système financier occidental. C’est tout l’objet de l’avertissement déjà lancé. Asheville sert à le répéter, ministre après ministre, dans un cadre que la présidence américaine contrôle. Le golf verdoyant n’adoucit pas la phrase. Il l’abrite.
Sur les droits de douane, le même réalisme s’impose. La Cour suprême a censuré une grande partie du dispositif. L’exécutif n’a pas renoncé. Les hostilités avec le Canada ont été relancées. Les débats sur les déséquilibres commerciaux se tiennent donc dans un climat déjà conflictuel. Personne autour de la table n’ignore que le mot « déséquilibre » peut précéder une surtaxe.
De La Caroline Du Nord À La Floride
Le cycle de réunions du G20 ne s’arrête pas à Asheville. Il s’achèvera mi-décembre avec un sommet des chefs d’État en Floride, dans un luxueux complexe de golf appartenant à Donald Trump à Miami. La parenté des décors frappe : golf en Caroline du Nord pour les ministres, golf en Floride pour les dirigeants. La présidence américaine ancre la séquence dans des lieux qu’elle maîtrise, jusqu’à la propriété du président pour le rendez-vous final.
Entre mardi, terme annoncé de la réunion des ministres, et la mi-décembre, le temps politique continuera de travailler les mêmes dossiers. L’offensive économique contre l’Iran. Les sanctions. L’avertissement lancé à ceux qui commercent encore avec Téhéran. Les droits de douane. Le Canada. L’inflation. Les taux de la dette. La composition contestée du club. Rien de tout cela ne sera réglé par la seule photographie d’Asheville.
Le sommet de Miami donnera aux chefs d’État le dernier mot visible du cycle. Les ministres des Finances, eux, auront eu la charge de préparer le terrain, d’encaisser les pressions et de mesurer ce qui peut être dit en public. Scott Bessent aura eu les tête-à-tête. Kevin Warsh aura incarné le pôle monétaire américain. Donald Trump aura, en décembre, le complexe de golf floridien comme théâtre de clôture.
Cette continuité des lieux de golf n’efface pas la rudesse des sujets. Elle la met en scène. Un grand hôtel au pied des Appalaches pour commencer. Un luxueux complexe à Miami pour finir. Au milieu, la tentative d’entraîner le G20 vers une isolation renforcée de Téhéran, pendant qu’une guerre commerciale avec le Canada entame l’unité du G7 et qu’une partie de la presse de premier plan se voit refuser l’accès.
Ce Que L’On Peut Retenir Sans Broder
Les faits tenus pour acquis dans cette séquence tiennent dans une liste courte, et c’est précisément pourquoi il faut les relire sans les diluer. Les ministres des Finances du G20 sont rassemblés jusqu’à mardi aux États-Unis. Washington les a assommés de droits de douane et veut les convaincre de rejoindre sa guerre économique contre l’Iran. La réunion se tient à Asheville, dans un grand complexe hôtelier accolé à un golf, au pied des Appalaches.
Scott Bessent orchestre avec Kevin Warsh. L’agenda officiel vise la croissance, la dérégulation et les déséquilibres commerciaux. La guerre au Moyen-Orient initiée il y a six mois par les États-Unis a provoqué une crise énergétique et une hausse des prix mondiale. Les sanctions doivent faire ce que la puissance militaire n’a pas fait. Les pays qui commercent encore avec Téhéran ont été prévenus d’une possible coupure du système financier occidental.
La Cour suprême a censuré une grande partie des droits de douane. L’exécutif n’a pas abandonné les surtaxes. Les hostilités avec le Canada ont repris. Sans unité du G7, les discussions délicates du G20 deviennent plus ardues. La plupart des pays écouteront, tout en restant circonspects, à cause de l’inflation tenace et de la hausse récente des taux d’intérêt de la dette publique.
Le G20 est né après la crise asiatique de 1997-1998 pour la stabilité économique et financière mondiale. Il réunit 19 pays plus l’Union européenne et l’Union africaine. L’Afrique du Sud en est exclue cette année. Le Brésil n’a pas envoyé son ministre des Finances. La Pologne est invitée. La Russie envoie un émissaire diplomatique, ce qui irrite un responsable européen anonyme, au motif de la guerre contre l’Ukraine depuis 2022.
Plusieurs journalistes de médias américains de premier plan se sont vu refuser l’accréditation. Une agence économique n’a pas obtenu de laissez-passer. Le reporter d’un quotidien chargé du Trésor non plus, ce qui a été dénoncé comme une atteinte à la liberté de presse. Le Trésor répond par le chiffre d’environ 300 médias accrédités et par l’exigence d’une couverture factuelle, non sensationnaliste. Le cycle ira jusqu’à un sommet des chefs d’État mi-décembre en Floride, dans un complexe de golf de Donald Trump à Miami.
Tout le reste n’est que manière de faire entendre ces faits, de les ordonner, de les laisser respirer. Pas d’autre conclusion que celle que les journées d’Asheville autorisent : une présidence américaine qui veut parler croissance tout en poussant l’isolement de Téhéran, dans un club dont elle a déjà déplacé certains sièges, sous le regard inégal de la presse, et à l’ombre d’une crise de prix née d’une guerre ouverte il y a six mois.
Jusqu’à mardi, les ministres peuvent encore choisir la formule prudente ou le geste d’alignement. Rien dans la séquence rapportée n’indique que le choix soit déjà fait. C’est précisément pour cela que les tête-à-tête existent. C’est précisément pour cela que le message sur l’Iran doit être martelé plutôt que donné pour acquis. Et c’est précisément pour cela que la circonspection des capitales, liée à l’inflation et à la dette, reste le contrepoint le plus net au discours de la présidence.
Au pied des Appalaches, le G20 n’est donc pas seulement une réunion de routine dans le calendrier des grandes économies. C’est le lieu où Washington teste ce que ses partenaires sont prêts à entendre sur Téhéran, ce qu’ils sont prêts à encaisser sur les droits de douane, et ce qu’ils sont prêts à taire sur la composition même du groupe. Le golf restera vert. Les phrases, elles, sortiront plus sèches des salons fermés que des communiqués.









