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Référendum En Guinée-Bissau Pour Un Régime Présidentiel Renforcé

Dimanche, la Guinée-Bissau tranche un oui ou un non sur une Constitution écrite par la junte. L'opposition boycotte, les frontières ferment, et décembre approche déjà trop vite.

Et si un seul dimanche suffisait à redessiner, pour longtemps, l’équilibre des pouvoirs dans un petit État côtier d’Afrique de l’Ouest ? En Guinée-Bissau, les électeurs sont appelés à dire oui ou non à une nouvelle Constitution. Le texte, déjà adopté par un organe nommé par les militaires, promet un régime présidentiel fort à la place du système semi-parlementaire en vigueur. Derrière l’urne se profile aussi le rendez-vous du 6 décembre, présenté comme le retour des civils aux affaires. Le climat, lui, n’a rien d’un dimanche ordinaire.

Un scrutin de sept heures pour changer la loi fondamentale

Les bureaux doivent ouvrir à 07H00 locales, heure également GMT, et fermer à 17H00. Dix heures d’ouverture, une question unique, deux réponses possibles. La formulation retenue ne laisse aucune place à l’ambiguïté de surface : « Êtes-vous d’accord sur l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution approuvée par le Conseil national de transition ? » Oui. Non. Rien d’autre.

Ce vote n’est pas présenté comme une formalité. Les autorités de transition en font une étape clé avant les élections générales prévues le 6 décembre. L’objectif affiché est de « stabiliser les institutions » avant cette présidentielle destinée, officiellement, à rendre le pouvoir aux civils. Dans le même temps, le pays reste dirigé par une junte depuis le 26 novembre dernier, veille du jour où devaient être annoncés les résultats provisoires des élections présidentielle et législatives. Les militaires ont alors suspendu le processus électoral.

La Guinée-Bissau est un pays lusophone, ouvert sur l’Atlantique, à l’histoire politique heurtée. Depuis l’indépendance, cinq coups d’État et une kyrielle de tentatives de putsch ont rythmé la vie publique. Le référendum de dimanche s’inscrit dans cette mémoire courte et lourde. Il s’inscrit aussi dans une séquence africaine plus large : après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l’Ouganda ou le Tchad ces dernières années, voici encore un pays qui souhaite modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer des limites d’âge ou, ici surtout, renforcer les prérogatives de l’exécutif.

La question posée

« Êtes-vous d’accord sur l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution approuvée par le Conseil national de transition ? »

Ce que le texte change vraiment dans les institutions

Le projet vise principalement à abandonner le système semi-parlementaire. Dans le schéma actuel, le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement. Ce mécanisme a produit des cohabitations difficiles, notamment après les législatives de 2023. Le nouveau modèle donne au chef de l’État le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre, de nommer et de révoquer le gouvernement, et de dissoudre le Parlement.

Autrement dit, le centre de gravité se déplace vers la présidence. Les promoteurs du texte y voient un remède aux blocages. Les critiques y voient une concentration. Les deux lectures s’appuient sur la même phrase institutionnelle : davantage de leviers entre les mains d’un seul homme, moins de dépendance vis-à-vis d’une majorité parlementaire.

Nelson Moreira, membre du Conseil national de transition, défend l’architecture proposée. Selon lui, le projet permettrait d’éviter les conflits entre la présidence et la Primature, conflits qui ont miné la stabilité du pays par le passé. Il présente aussi la consultation populaire comme un outil pour « réécrire la loi fondamentale truffée de lacunes ».

Cette consultation populaire sert d’outil pour réécrire la loi fondamentale truffée de lacunes.

Nelson Moreira, membre du Conseil national de transition

L’analyste politique Malam Fati formule une lecture proche, mais plus distante. Les dirigeants de la transition, dit-il, estiment que cette réforme permettra de mettre un terme aux fréquents blocages institutionnels qui ont marqué la vie politique du pays. L’argument de la stabilité revient donc en boucle : moins de frictions entre palais et Primature, moins d’impasses, davantage de continuité.

Le souvenir immédiat des cohabitations et des ordonnances

Pour comprendre pourquoi le texte insiste tant sur la nomination et la révocation du chef du gouvernement, il faut revenir à 2023. Les législatives avaient débouché sur une configuration où le Parlement n’était pas aligné sur la présidence. Les cohabitations se sont révélées difficiles. En décembre 2023, le président Umaro Sissoco Embalo a dissous le Parlement dominé par l’opposition, à la suite de ce qu’il a présenté comme une tentative de putsch. Il a ensuite dirigé par ordonnances jusqu’à sa destitution en novembre 2025.

Le 26 novembre, des militaires ont pris le relais. C’était la veille de l’annonce prévue des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives. Le processus électoral a été suspendu. Depuis cette date, le pays est dirigé par une junte. Le Conseil national de transition, organe législatif de 65 membres nommés par cette junte, a adopté en janvier 2026, à l’unanimité, une modification de la Constitution. Un mois et demi seulement après le coup d’État qui a renversé Umaro Sissoco Embalo.

La chronologie est serrée. Coup de fin novembre. Texte constitutionnel adopté à l’unanimité en janvier. Référendum un dimanche. Présidentielle affichée au 6 décembre. Chaque date pèse sur la suivante. Chaque date nourrit aussi la contestation : qui écrit la loi fondamentale, et au nom de qui, quand l’organe qui l’adopte n’est pas issu du suffrage ?

Repère Ce qui s’est passé
Législatives 2023 Majorité parlementaire source de cohabitations difficiles
Décembre 2023 Dissolution du Parlement par le président Embalo
Jusqu’en novembre 2025 Gouvernance par ordonnances, puis destitution
26 novembre Prise du pouvoir par les militaires, processus électoral suspendu
Janvier 2026 Adoption unanime du texte par le CNT (65 membres nommés)
Dimanche du référendum Oui ou non à l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution
6 décembre Élections générales annoncées pour un retour des civils

La junte parle d’exercice démocratique, l’opposition de boycott

Avant le scrutin, le chef de la junte, le général Horta N’Tam, a exhorté ses compatriotes à « une participation massive et ordonnée » lors de « cet important exercice démocratique ». Le message est clair : venir voter, venir nombreux, venir dans le calme. Il a ajouté une formule tournée vers l’avenir institutionnel du pays.

Votez pour une nouvelle étape, pour renforcer les institutions et pour une Guinée-Bissau stable, unie et confiante dans le futur.

Général Horta N’Tam, chef de la junte

En face, l’opposition a appelé à boycotter le référendum. Le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l’indépendance en 1974, figure au premier rang de cet appel. Le parti dénonce l’organisation d’un référendum « dans un contexte de restriction des libertés publiques ». Dans un communiqué, il fustige un paysage figé : les activités politiques sont suspendues, les sièges des partis politiques fermés, et les formations politiques ont interdiction de participer à la campagne.

Le contraste est net. D’un côté, l’invitation à remplir les urnes pour « renforcer les institutions ». De l’autre, le refus de légitimer un vote préparé sans campagne ouverte des partis. Le climat politique est décrit comme tendu. Cette tension n’est pas un détail de coulisse : elle conditionne la lecture que chacun fera du taux de participation, du oui et du non, dès la fermeture des bureaux.

Libertés publiques, sièges fermés, campagne interdite

Le grief du PAIGC ne porte pas seulement sur le fond du texte. Il porte sur le cadre. Un référendum constitutionnel suppose, dans l’idéal d’une compétition ouverte, que les arguments circulent. Or les activités politiques sont suspendues. Les sièges des partis sont fermés. Les formations n’ont pas le droit de participer à la campagne. Le parti historique de l’indépendance présente ces mesures comme le décor même du scrutin, et non comme un accident de calendrier.

Cette contestation dépasse le seul PAIGC. Une partie de la classe politique et de la société civile conteste avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu. Le point de friction n’est pas seulement le régime présidentiel. C’est aussi la légitimité de la plume qui rédige, et celle de l’assemblée qui vote le texte avant le peuple.

Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l’Homme, a récemment déclaré à la presse que le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. « Cela est dangereux pour notre démocratie », a-t-il ajouté. La formule est devenue l’un des contrepoints les plus cités du débat public autour du dimanche de vote.

Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie.

Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l’Homme

Frontières fermées le temps du bulletin

Le ministère de l’Intérieur a indiqué que les frontières du pays ont été fermées depuis dimanche 00H00 locales et durant toute la journée, pour « garantir l’ordre et la sécurité pendant le référendum ». La mesure encadre le scrutin comme un événement d’ordre public autant que comme un exercice constitutionnel. Entrées et sorties à l’arrêt. Urnes ouvertes. Question unique.

Fermer les frontières le jour d’un vote n’est pas un geste anodin dans un État où les ruptures de légalité ont été fréquentes depuis 1974. Les autorités y voient une garantie. D’autres y liront un signe de nervosité. Le texte officiel, lui, s’en tient à l’ordre et à la sécurité. Rien de plus n’est avancé dans les éléments publics disponibles sur cette décision.

Sur le terrain, la journée se joue donc entre trois contraintes visibles : un horaire strict de 07H00 à 17H00, une consigne de participation massive et ordonnée lancée par le général Horta N’Tam, et un appel au boycott porté par le PAIGC et une partie de l’opposition. Le résultat chiffré, quel qu’il soit, devra se lire à la lumière de ces trois contraintes.

Pourquoi le régime présidentiel fort est devenu le cœur du débat

Le mot « fort » n’est pas décoratif. Il désigne un basculement de compétences. Nommer le Premier ministre. Le révoquer. Faire et défaire le gouvernement. Dissoudre le Parlement. Dans l’ancien modèle, le chef du gouvernement tirait sa force d’une majorité parlementaire. Dans le nouveau, il la tiendrait du président. Les promoteurs estiment que cette verticalité évite les confrontations stériles. Les opposants estiment qu’elle efface les contre-pouvoirs.

Le pays a déjà expérimenté la friction. Après 2023, la cohabitation a mal tourné. La dissolution de décembre 2023, justifiée par ce que le président d’alors présentait comme une tentative de putsch, a ouvert une période d’ordonnances. Cette période s’est achevée par la destitution de novembre 2025, puis par l’intervention des militaires le 26 novembre. Le référendum prétend refermer cette séquence en changeant la règle du jeu, plutôt qu’en restaurant seulement les acteurs d’avant.

Nelson Moreira insiste sur la fin des conflits entre présidence et Primature. Malam Fati rappelle que c’est précisément l’espoir affiché des dirigeants de la transition : en finir avec les blocages institutionnels fréquents. Abubacar Ture répond que concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme est dangereux pour la démocratie. Trois phrases, trois positions, un même objet : la nouvelle Constitution.

Arguments des partisans du texte

Stabiliser les institutions avant le 6 décembre. Éviter les cohabitations conflictuelles. Corriger une loi fondamentale jugée pleine de lacunes. Mettre fin aux blocages répétés entre palais et gouvernement.

Arguments des contestataires

Pouvoir de transition non élu. Libertés publiques restreintes. Campagne interdite aux partis. Concentration des leviers sur une seule personne. Risque pour la démocratie.

Un pays marqué par cinq coups d’État depuis l’indépendance

La Guinée-Bissau n’aborde pas ce dimanche comme un État dont les institutions auraient toujours tenu debout. Cinq coups d’État. Une kyrielle de tentatives de putsch. L’indépendance de 1974, portée par le PAIGC, n’a pas débouché sur une continuité pacifique du pouvoir civil. Chaque génération politique a vu le palais basculer, le Parlement se vider, l’armée revenir au centre.

C’est dans cette mémoire que le général Horta N’Tam parle de « nouvelle étape » et d’institutions à renforcer. C’est dans cette même mémoire que le PAIGC, parti de l’indépendance, refuse de cautionner le calendrier. L’histoire officielle du pays et l’histoire du parti fondateur se croisent donc le jour du vote, sans se confondre.

Le caractère lusophone du pays, souvent rappelé pour le situer sur la carte de l’Afrique de l’Ouest, n’efface pas cette instabilité interne. Côte atlantique, langue portugaise héritée, institutions sans cesse reprises. Le référendum prétend offrir un cadre plus net. Il ne peut pas, à lui seul, effacer le récit des putschs. Il peut seulement proposer une autre répartition des compétences pour l’avenir immédiat.

Le 6 décembre comme horizon, et comme test

Les autorités de transition répètent que le référendum prépare les élections générales du 6 décembre et le retour au pouvoir des civils. Le scrutin de dimanche n’est donc pas présenté comme une fin. Il est présenté comme un sas. Entrer dans une Constitution nouvelle, puis voter pour des dirigeants civils dans ce cadre neuf.

Encore faut-il que le sas soit reconnu. Le boycott de l’opposition, les sièges fermés, l’interdiction de campagne et la fermeture des frontières composent un décor que les observateurs politiques internes, comme Malam Fati ou Abubacar Ture, ne séparent pas du bulletin. Un oui massif dans une participation contestée n’aurait pas la même signification qu’un oui obtenu après un débat ouvert. Un non, s’il advenait, interrogerait le calendrier de décembre. Un boycott réussi interrogerait la légitimité du chiffre, quel qu’il soit.

Le Conseil national de transition a voté à l’unanimité en janvier 2026. L’unanimité d’un organe nommé n’est pas l’unanimité d’un peuple. D’où l’insistance des autorités sur la « consultation populaire ». D’où, aussi, l’insistance des contestataires sur le caractère non élu du pouvoir qui a rédigé et adopté le texte avant de le soumettre aux urnes.

Ce que recouvre, concrètement, le pouvoir de dissoudre le Parlement

Parmi les prérogatives nouvelles, la dissolution du Parlement mérite d’être isolée. Elle n’est pas abstraite dans l’histoire récente du pays. En décembre 2023, le président Embalo a déjà dissous une assemblée dominée par l’opposition. Il l’a fait après ce qu’il a présenté comme une tentative de putsch. Il a ensuite gouverné par ordonnances jusqu’à sa chute.

Le nouveau texte ne se contente pas de constater cette pratique. Il l’inscrit dans une architecture où le président nomme aussi le Premier ministre et le gouvernement. La dissolution n’est plus seulement un geste de crise. Elle devient l’un des outils ordinaires d’un régime présidentiel fort. C’est précisément ce glissement que les défenseurs du projet justifient par la recherche de stabilité, et que les défenseurs des droits humains jugent dangereux.

Nommer, révoquer, dissoudre : trois verbes. Ils résument le basculement. Dans le système semi-parlementaire, le Parlement pesait sur le choix du chef du gouvernement. Dans le système proposé, le président pèse sur le Parlement autant que sur le gouvernement. La flèche de la responsabilité change de sens.

Une séquence africaine de réécritures constitutionnelles

Le texte bissau-guinéen n’arrive pas dans un vide continental. Ces dernières années, le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l’Ouganda ou le Tchad ont souhaité modifier ou changer leur Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d’âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif. La Guinée-Bissau fournit le dernier exemple en date de cette série.

Chaque pays a ses motifs locaux. Ici, le motif mis en avant n’est pas d’abord l’âge ou la durée du mandat, mais la fin des blocages entre présidence et Primature. Le résultat institutionnel, toutefois, appartient à la même famille : un exécutif plus armé, un Parlement plus exposé, une loi fondamentale réécrite dans un moment de bascule politique.

Relier Bissau à cette liste n’est pas une manière d’effacer les spécificités du pays. C’est une manière de rappeler que le geste constitutionnel de dimanche sera lu, hors des frontières fermées pour la journée, comme un nouvel épisode d’une tendance déjà observée. À l’intérieur, il sera lu d’abord à travers le PAIGC, la junte, Embalo, le 6 décembre et la Ligue des droits de l’Homme.

Ce que les électeurs ont réellement entre les mains

Le bulletin ne demande pas si l’on approuve le général Horta N’Tam. Il ne demande pas si l’on approuve le boycott. Il ne demande pas si l’on souhaite le retour des civils le 6 décembre. Il demande si l’on est d’accord sur l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution déjà approuvée par le Conseil national de transition. La question est juridique. Les enjeux, eux, sont politiques.

Voter oui, c’est accepter le basculement vers un régime où le chef de l’État nomme et révoque le Premier ministre et le gouvernement, et peut dissoudre le Parlement. Voter non, c’est refuser l’entrée en vigueur de ce texte-là. Boycotter, c’est refuser de donner à la consultation la légitimité d’une participation pleine, au motif que les libertés publiques sont restreintes et que la campagne est interdite aux partis.

Trois attitudes possibles, une seule question imprimée. C’est dans cet écart que se joue la journée. Les autorités appellent à remplir l’urne. Le PAIGC appelle à l’ignorer. La Ligue des droits de l’Homme alerte sur la concentration du pouvoir. Le CNT affirme corriger les lacunes de la loi fondamentale. Toutes ces voix parlent du même dimanche.

Stabiliser, un mot que chacun charge différemment

Le mot revient partout. Stabiliser les institutions avant la présidentielle du 6 décembre. Stabiliser pour éviter les conflits entre présidence et Primature. Stabiliser pour une Guinée-Bissau « stable, unie et confiante dans le futur », selon le chef de la junte. Stabiliser, encore, pour mettre un terme aux blocages fréquents, selon la lecture qu’en donne Malam Fati des intentions des dirigeants de la transition.

Mais la stabilité n’a pas le même visage selon que l’on se place du côté de Nelson Moreira ou du côté d’Abubacar Ture. Pour le premier, elle passe par une réécriture nette des compétences. Pour le second, une stabilité achetée par la concentration des pouvoirs n’en est plus une : elle devient un danger pour la démocratie. Le désaccord n’est pas sémantique. Il porte sur le prix institutionnel que l’on accepte de payer pour sortir des impasses de 2023-2025.

Entre 2023 et 2025, le pays a vu une assemblée dissoute, un gouvernement par ordonnances, une destitution, puis une junte. Le référendum prétend tirer une leçon de cette chaîne. La leçon officielle est : trop de dualité exécutive, trop de dépendance vis-à-vis du Parlement. La leçon contestataire est : trop de pouvoir déjà concentré, trop peu de garanties lorsque le pouvoir n’est plus élu.

Le PAIGC, mémoire de 1974 et acteur du boycott

On ne peut pas raconter ce scrutin sans nommer le PAIGC. Parti historique de l’indépendance, il n’est pas un commentaire extérieur. Il est un acteur central de l’appel au boycott. Son communiqué fixe trois faits qu’il juge incompatibles avec une consultation sincère : activités politiques suspendues, sièges fermés, interdiction de participer à la campagne.

En 1974, ce parti a mené le pays hors de la tutelle coloniale. En 2026, il refuse le cadre du référendum. L’écart des dates ne dit pas que le parti est resté immobile. Il dit que la légitimité historique n’empêche pas un conflit aigu avec le pouvoir du moment. Le boycott n’est pas une absence. C’est une stratégie publique, assumée, adressée aux électeurs comme aux observateurs.

Les autorités, elles, continuent de parler d’exercice démocratique et de participation massive. Deux langages coexistent donc jusqu’à 17H00. Après 17H00, les chiffres — s’ils sont publiés selon le calendrier prévu — devront habiter l’un ou l’autre de ces langages, ou les deux à la fois, dans une lecture forcément disputée.

Ce que l’on sait, et seulement cela

On sait l’horaire. On sait la question. On sait que le CNT, 65 membres nommés par la junte, a adopté le texte à l’unanimité en janvier 2026. On sait que le chef de l’État, dans le projet, nommerait et révoquerait le Premier ministre et le gouvernement, et pourrait dissoudre le Parlement. On sait que le 6 décembre est la date affichée des élections générales. On sait que les frontières ferment pour la journée. On sait que le PAIGC boycotte. On sait les citations de Horta N’Tam, de Nelson Moreira, de Malam Fati et d’Abubacar Ture.

On ne dispose pas, dans les éléments de cette séquence, d’un décompte des bureaux, d’un pronostic chiffré, ni d’un résultat. Le récit s’arrête au seuil des urnes. Il peut décrire le cadre, les arguments, la mémoire des coups d’État, la destitution de novembre 2025, la dissolution de 2023, la suspension du processus électoral le 26 novembre. Il ne peut pas inventer le soir du dépouillement.

Reste le geste des électeurs qui se déplaceront, et le geste de ceux qui resteront à l’écart. Entre 07H00 et 17H00, dans un pays aux frontières closes, la loi fondamentale est suspendue à une phrase courte. Oui ou non à l’entrée en vigueur d’un texte déjà voté par un conseil nommé. Derrière cette phrase, un régime présidentiel fort. Devant elle, un décembre déjà daté, déjà chargé, déjà contesté.

La journée dira si la « nouvelle étape » invoquée par le général Horta N’Tam trouve un écho dans les files d’attente, ou si le silence organisé du boycott pèse davantage que les bulletins. Elle ne dira pas, à elle seule, si les institutions seront plus stables. Elle dira seulement si la Constitution écrite par la transition franchit le cap populaire que ses auteurs ont choisi de lui imposer, dans un climat que tous, partisans comme adversaires, décrivent comme tendu.

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