Qui contrôle vraiment le sous-sol lorsqu’un pays, détenteur des plus grandes réserves de pétrole au monde, signe un pacte dont presque personne ne connaît le détail ? Vendredi, l’annonce est tombée comme une pierre dans l’eau déjà trouble de Caracas : les États-Unis auraient la maîtrise de 65 milliards de barils issus des réserves vénézuéliennes. L’expression employée côté américain, « le plus grand accord pétrolier de l’histoire », a circulé plus vite que les clauses elles-mêmes. Sur place, la population oscille entre une méfiance tenace et un espoir presque physique, celui de voir enfin l’économie se redresser après des années de crise.
Un Pacte Immense Dont Les Contours Restent Flous
Le Venezuela a précisé, de son côté, que l’entente portait sur 17 « champs stratégiques » et sur un investissement privé de 100 milliards de dollars. L’objectif affiché est de revitaliser une industrie nationale en déclin. Peu de détails ont été rendus publics. C’est précisément cet hermétisme qui nourrit les soupçons. Neuf mois après la capture de Nicolas Maduro par l’armée américaine, l’absence de transparence inquiète notamment les partisans du pouvoir et les militants chavistes, héritiers de la doctrine d’inspiration socialiste du feu président Hugo Chavez.
Jesus Salazar, agent de sécurité privée de 68 ans, résume le sentiment d’une partie de la rue avec une phrase simple, presque fatiguée.
On ne sait pas qui ça va avantager ! Si c’est le Venezuela ou eux.
Jesus Salazar, 68 ans
Il ajoute qu’il a des doutes, mais qu’il faut attendre pour voir ce qui va se passer. Cette phrase, banale en apparence, dit beaucoup. Elle dit l’attente. Elle dit aussi le souvenir d’un État qui, longtemps, a présenté le pétrole comme un bien jalousement national, presque sacré.
Ce Que L’Annonce Américaine Change Dans Le Récit Officiel
Le président Donald Trump a présenté le contrôle de 65 milliards de barils comme un basculement historique. Le chiffre impressionne. Il s’agit d’un volume immense, associé à un pays dont le nom reste, dans l’imaginaire mondial, synonyme de richesse enfouie et de pénurie quotidienne. L’accord, tel qu’il est décrit depuis Caracas, ne se limite pas à une formule diplomatique. Il désigne 17 champs dits stratégiques. Il évoque 100 milliards de dollars d’investissement privé destinés à relancer une machine industrielle usée.
La présidente par intérim Delcy Rodriguez gouverne sous forte pression de Washington. Ces derniers mois, elle a promulgué des réformes ouvrant au capital privé, y compris étranger, les secteurs du pétrole et des mines. Ces secteurs étaient autrefois jalousement contrôlés par l’État. Parallèlement, les États-Unis ont assoupli les sanctions pétrolières imposées sous Maduro. Le décor institutionnel a donc changé avant même que les détails contractuels ne soient pleinement connus du public.
Repères issus de l’annonce
65 milliards de barils évoqués côté américain • 17 champs stratégiques • 100 milliards de dollars d’investissement privé • 204 milliards de dollars de recettes fiscales promises, sans détail sur les redevances ni les contrats.
Ces chiffres circulent. Ils ne dissipent pas, à eux seuls, la question centrale que pose Jesus Salazar : qui en sort réellement avantagé ? Le Venezuela, ou « eux » ? L’interrogation n’est pas seulement patriotique. Elle est concrète. Elle touche au salaire, au panier alimentaire, au prix du transport, à la valeur du dollar au quotidien.
Pétrole Et Pauvreté, Deux Faces Du Même Pays
Le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole au monde. Cette phrase a été répétée pendant des décennies. Elle n’a pas empêché une crise brutale entre 2014 et 2021, une crise qui a plongé des millions de Vénézuéliens dans la pauvreté. L’accord actuel est présenté comme un levier possible de reprise. Il est aussi reçu, dans les files d’attente et les conversations de palier, comme une promesse trop souvent entendue.
De nombreux habitants survivent à peine avec un salaire minimum mensuel équivalant à quelques centimes de dollars. Des primes d’État peuvent atteindre 240 dollars par mois. Le panier alimentaire, selon des estimations privées, coûte 730 dollars. L’écart n’est pas un détail statistique. Il décrit une vie où « tout augmente », selon les mots d’un fonctionnaire de 74 ans.
Carlos Baco, précisément, espère que les revenus pétroliers amélioreront l’économie. Il n’a pas encore ressenti les effets de la hausse de production des derniers mois. Son verdict est sec.
S’ils veulent le pétrole d’ici, du Venezuela, ils doivent le payer au prix où il est, parce que ce n’est pas le Venezuela qui va leur offrir.
Carlos Baco, fonctionnaire, 74 ans
Il poursuit en décrivant ce que sa journée voit déjà : la consommation et la nourriture plus chères, le dollar qui monte, les produits qui montent, les transports qui montent. « C’est impossible ici », résume-t-il. Cette impossibilité quotidienne pèse plus lourd, pour beaucoup, que le prestige d’un accord qualifié d’historique.
Une Production Qui Remonte, Mais Reste Loin Du Souvenir
La production pétrolière a augmenté de 29,8 % entre janvier et juillet, pour atteindre 1,2 million de barils par jour. Le chiffre est réel. Il reste loin des 3 millions produits il y a un quart de siècle. L’accord vise à retrouver une production similaire. Les experts s’accordent à dire qu’il faudra du temps.
Oswaldo Felizzola, ingénieur et professeur à l’Institut des hautes études en administration, estime que l’augmentation de la production ne se verra pas avant au moins trois, quatre ans. Ce délai explique, en partie, pourquoi Carlos Baco dit n’avoir « encore rien vu ». Une courbe de production n’est pas un ticket de marché. Elle ne remplit pas immédiatement un sac de riz.
| Indicateur mentionné | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Production récente | 1,2 million de barils par jour après +29,8 % de janvier à juillet |
| Référence d’il y a un quart de siècle | Environ 3 millions de barils par jour |
| Horizon évoqué par un spécialiste | Trois à quatre ans avant qu’une hausse durable soit visible |
| Sans capitaux extérieurs | Champs éventuellement inexploités pendant 10 à 15 ans, selon le même spécialiste |
Felizzola voit d’un bon œil que les États-Unis jouent le rôle de « garant » des investissements au Venezuela. Le pays n’a pas réussi à attirer de grands capitaux depuis plus d’une décennie. Sans cela, affirme-t-il, ces champs ne seraient pas exploités au cours des 10 ou 15 prochaines années, parce que PDVSA, Petróleos de Venezuela, la compagnie nationale, n’a pas les ressources économiques pour le faire.
Cette remarque technique est aussi politique. Elle dit que l’outil public, longtemps central, n’a plus les moyens d’ouvrir seul les champs concernés. Elle dit que l’arrivée d’argent privé, sous un parrainage américain, est présentée comme la condition même de l’extraction. Pour les militants chavistes, le mot « garant » peut sonner comme une tutelle. Pour d’autres, il sonne comme la seule planche restante.
L’État Qui S’Ouvre Après S’Être Refermé
Les réformes récentes ouvrent le pétrole et les mines au capital privé, y compris étranger. Ce n’est pas un ajustement mineur dans un pays où le contrôle étatique de la rente a longtemps structuré le discours officiel. Delcy Rodriguez a promulgué ces textes dans un contexte de pression américaine. L’assouplissement des sanctions pétrolières accompagne le mouvement. Les deux gestes avancent ensemble : ouverture intérieure, relâchement extérieur.
Le résultat immédiat n’est pas une prospérité visible dans les rues. C’est une architecture juridique nouvelle, encore mal expliquée au plus grand nombre. Les 17 champs stratégiques restent, pour l’instant, une formule. Les 100 milliards d’investissement privé restent un montant annoncé. Les 204 milliards de recettes fiscales promises par Mme Rodriguez restent une projection sans détail sur les redevances ou les contrats.
Cet écart entre le volume des chiffres et la rareté des clauses alimente les réseaux sociaux. Un flot de commentaires a envahi ces espaces, avec des critiques portant sur la perte de souveraineté, les faibles bénéfices et les coûts politiques. On y retrouve, sous d’autres mots, la même question que celle de Jesus Salazar. On y retrouve aussi la fermeté de Carlos Baco : le pétrole d’ici doit être payé au prix où il est.
Souveraineté, Redevances, Coût Politique
La souveraineté n’est pas un concept abstrait dans ce débat. Elle désigne le sentiment que le sous-sol, après avoir été brandi comme un bien collectif, pourrait échapper à la maîtrise nationale. Les faibles bénéfices redoutés désignent autre chose : la crainte que l’investissement soit réel, mais que la part restant au pays soit mince. Les coûts politiques, enfin, concernent ceux qui ont défendu pendant des années un modèle d’État propriétaire et qui voient ce modèle s’ouvrir sous pression.
Elias Ferrer, analyste et fondateur du groupe de réflexion Orinoco Research, refuse de s’arrêter à la seule indignation. Pour lui, la simple existence de ces investissements est une bonne nouvelle.
Avant, ce pétrole n’était pas exploité. Si personne ne l’exploite, personne ne paie de redevances et personne n’en tire profit.
Elias Ferrer, Orinoco Research
Il souligne toutefois que Trump a certainement usé de son poids pour obtenir un accord probablement très favorable. La phrase tient les deux bouts. D’un côté, un sous-sol inerte ne nourrit personne. De l’autre, un rapport de force inégal peut laisser au partenaire le plus puissant la plus grande part. L’analyste ne nie ni l’opportunité ni le déséquilibre possible.
Dolores Dobarro, avocate et ex-vice-ministre vénézuélienne de l’Énergie, place la condition au milieu de la phrase. Si tout est fait correctement, estime-t-elle, ce sera une grande opportunité pour le Venezuela de voir renaître son secteur pétrolier. Le « si » compte autant que l’espoir. Il renvoie à la transparence manquante, aux contrats non détaillés, aux redevances non précisées, à la manière dont les 204 milliards promis pourraient, ou non, rejoindre le budget réel.
Ce Que Dit La Rue Quand Les Chiffres Restent Loin
Entre l’annonce de 65 milliards de barils et le salaire de quelques centimes de dollars, il y a une distance que les communiqués ne comblent pas. Jesus Salazar parle d’attente. Carlos Baco parle d’augmentation générale des prix. L’un doute de la destination des avantages. L’autre exige un prix juste pour la ressource. Tous deux vivent dans un pays où les primes d’État, même lorsqu’elles atteignent 240 dollars, restent très loin des 730 dollars du panier alimentaire estimé par le secteur privé.
La hausse de 29,8 % de la production entre janvier et juillet n’a pas encore modifié, selon Baco, le coût de la vie. Cela ne contredit pas le chiffre de production. Cela rappelle seulement qu’une statistique extractive et un ticket de caisse n’avancent pas au même rythme. Felizzola situe le vrai saut de production dans trois ou quatre ans. Autrement dit, le temps politique de l’annonce n’est pas le temps économique du foyer.
Cette discordance explique le mélange de méfiance et d’espoir. L’espoir, parce qu’une opération d’une telle ampleur pourrait accélérer la reprise tant attendue. La méfiance, parce que l’État paraît hermétique et que le partenaire est précisément la puissance qui a capturé Maduro il y a neuf mois, assoupli ensuite les sanctions, et pèse désormais comme garant des investissements.
PDVSA Sans Ressources, Champs En Attente
Le nom de PDVSA revient comme un rappel. La compagnie nationale n’a pas, selon Felizzola, les ressources économiques pour exploiter seule les champs concernés. Sans garant américain, ces gisements resteraient en sommeil dix ou quinze ans. L’argument est brutal. Il transforme l’accord en alternative à l’inaction. Il ne dit pas que l’accord est généreux. Il dit qu’il est, dans cette lecture, le seul chemin vers l’extraction.
Ferrer pousse la logique plus loin : un baril non extrait ne génère ni redevance ni profit. Dobarro ajoute la prudence du juriste : encore faut-il que tout soit fait correctement pour que le secteur renaisse. Trois voix professionnelles, trois accents. L’ingénieur parle de capacité. L’analyste parle de rente nulle en l’absence d’exploitation. L’avocate parle de méthode. Aucune de ces voix ne remplace le silence sur les clauses.
C’est ce silence que les militants chavistes et une partie des partisans du pouvoir trouvent inquiétant. Le chavisme a longtemps associé souveraineté et contrôle public de la ressource. Voir 17 champs stratégiques entrer dans un montage d’investissement privé de 100 milliards de dollars, sous un récit américain de « plus grand accord de l’histoire », bouscule cette grammaire. Même ceux qui admettent l’épuisement de PDVSA peuvent refuser l’opacité.
Les Mines Aussi, Pas Seulement Le Pétrole
Les réformes ne touchent pas uniquement l’or noir. Les mines, autrefois jalousement contrôlées par l’État, s’ouvrent elles aussi au capital privé, y compris étranger. Le geste élargit le périmètre. Il dit qu’il ne s’agit pas seulement de réparer une industrie pétrolière en déclin, mais de modifier le rapport de l’État à l’ensemble du sous-sol. Dans un pays meurtri par la crise de 2014-2021, cette ouverture est présentée comme un appel d’air. Elle peut aussi être lue comme un abandon de doctrine.
Le public, lui, mesure d’abord le prix des transports et des aliments. « Tout augmente », répète Carlos Baco. Le dollar augmente. Les produits augmentent. L’accord, aussi vaste soit-il, n’a pas encore inversé cette sensation. Les 1,2 million de barils quotidiens restent un palier intermédiaire. Les 3 millions d’autrefois restent un souvenir. Les trois ou quatre années évoquées par Felizzola restent un calendrier trop long pour qui achète aujourd’hui de quoi manger.
Promesse Fiscale Et Zone D’Ombre Contractuelle
Delcy Rodriguez promet 204 milliards de dollars de recettes fiscales liées à l’accord. Le montant est considérable. Il n’est accompagné d’aucun détail sur les redevances ou les contrats. Cette absence est devenue le cœur du soupçon. On peut annoncer un flux. On peut même croire qu’un flux finira par exister. On ne peut pas, sans barème public, savoir quelle part restera réellement au Trésor, quelle part ira aux investisseurs, quelle durée liera les champs aux opérateurs.
Les réseaux sociaux ont saisi cette brèche. Les critiques y portent sur la perte de souveraineté, les faibles bénéfices possibles et le coût politique de l’alignement. Elles ne constituent pas une étude de contrat, puisque le contrat n’est pas étalé. Elles constituent une lecture politique d’un vide. Le vide, en matière de rente, n’est jamais neutre. Il laisse chacun projeter le scénario qu’il redoute.
Salazar choisit l’attente prudente. Baco choisit l’exigence de prix. Ferrer choisit le rappel que l’inexploitation ne paie personne. Dobarro choisit la condition de la correction. Felizzola choisit le délai et le rôle de garant. Rodriguez choisit le chiffre fiscal. Trump choisit la formule historique et le volume de 65 milliards de barils. Toutes ces voix parlent du même objet. Elles ne parlent pas le même langage.
Espérer Une Relance Sans En Voir Encore La Trace
Une opération d’une telle ampleur pourrait accélérer la reprise économique tant espérée. Le conditionnel est dans la matière même du dossier. Le pays reste marqué par la crise qui a duré de 2014 à 2021. Des millions de personnes ont basculé dans la pauvreté. Le salaire minimum se compte en centimes de dollar. Les primes d’État, jusqu’à 240 dollars, ne rattrapent pas un panier alimentaire à 730 dollars. Dans cet écart, l’espoir n’est pas naïf. Il est une nécessité. Il cohabite avec la mémoire des déceptions.
La production a déjà augmenté de 29,8 % sur sept mois. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas encore le basculement vers les 3 millions d’hier. L’accord vise ce niveau. Les spécialistes répètent qu’il faudra du temps. Le temps, pour un agent de sécurité de 68 ans ou un fonctionnaire de 74 ans, se mesure au marché du coin, pas à la courbe d’un champ stratégique.
Ce que retiennent beaucoup d’habitants
- Un accord présenté comme historique, mais peu détaillé.
- Des champs stratégiques et un investissement privé colossal.
- Une production qui remonte sans que les prix du quotidien reculent.
- Une ouverture au capital étranger après des années de contrôle d’État.
- Une attente de recettes, sans barème public de redevances.
Ces points ne sont pas des conclusions inventées. Ils sont le résumé de ce qui a été dit, annoncé, chiffré et contesté. Ils laissent entière la question de la répartition. Ils laissent entière la question du calendrier. Ils laissent entière la question de la souveraineté, non comme slogan, mais comme crainte que « eux » emportent l’avantage.
Le Poids Américain Dans Un Accord « Probablement Très Favorable »
Ferrer le dit sans détour : Trump a certainement usé de son poids. L’accord serait probablement très favorable au partenaire le plus fort. Cette lecture n’annule pas son autre phrase, celle de l’investissement mieux que le puits fermé. Elle la complète. On peut juger utile qu’un champ soit enfin travaillé, et juger rude la distribution des fruits. Les deux jugements tiennent dans le même dossier.
Le rôle de garant que Felizzola attribue aux États-Unis va dans le même sens. Un garant rassure l’argent. Il ne dit pas que l’argent sera partagé à parts égales. Il dit que, sans cette caution, le capital n’entre pas. Le Venezuela n’a pas attiré de grands capitaux depuis plus d’une décennie. La phrase est un constat d’échec d’attractivité. Elle sert aussi d’argument à ceux qui défendent l’ouverture.
Neuf mois après la capture de Maduro, la séquence est lisible même lorsque les contrats ne le sont pas : changement de tête à Caracas, pression américaine, réformes d’ouverture, assouplissement des sanctions, annonce d’un accord géant, promesses fiscales, doutes dans la rue. Chaque étape prépare la suivante. Aucune n’éclaire encore le détail des 17 champs.
Attendre, Oui, Mais Attendre Quoi Exactement ?
Salazar conclut qu’il faut attendre pour voir. L’attente, ici, n’est pas passive. Elle est un mode de survie politique autant qu’économique. Attendre de savoir qui bénéficie. Attendre de voir si le pétrole sera payé « au prix où il est », comme l’exige Baco. Attendre que la production, déjà en hausse, finisse par se sentir dans les assiettes. Attendre que les 204 milliards promis prennent une forme vérifiable. Attendre que « si tout est fait correctement », selon Dobarro, cesse d’être un conditionnel.
En attendant, le pays reste celui des plus grandes réserves et d’un quotidien étriqué. Il reste celui d’une compagnie nationale à court de moyens et d’un partenaire extérieur désormais central. Il reste celui d’une présidence par intérim sous pression et d’une opinion partagée entre le souvenir du contrôle public et le besoin d’une relance. L’accord n’a pas tranché ce conflit. Il l’a rendu plus visible.
Le plus grand accord pétrolier de l’histoire, s’il correspond à la formule américaine, se jugeera moins à la solennité du vendredi qu’à la trajectoire des trois ou quatre prochaines années. C’est le délai que donne l’ingénieur. C’est aussi, pour des millions de personnes, un temps trop long si « tout augmente » chaque semaine. Entre le baril annoncé et le marché réel, le Venezuela tout entier retient son souffle, sans savoir encore si l’air qui reviendra sera le sien.
Les 65 milliards de barils, les 100 milliards d’investissement, les 17 champs, les 204 milliards de recettes fiscales, le 1,2 million de barils quotidiens, les 3 millions d’autrefois, les 240 dollars de prime et les 730 dollars du panier : ces nombres sont désormais collés les uns aux autres. Ils racontent un pays qui cherche une issue extractive à une crise sociale. Ils ne racontent pas encore si l’issue sera partagée. Tant que les contrats resteront dans l’ombre, la méfiance aura autant de matière que l’espoir. Et tant que le salaire quotidien ne bougera pas, l’histoire officielle du plus grand accord restera, pour beaucoup, une histoire écrite trop loin des files d’attente.









