On est neutre ou on ne l’est pas. La phrase a circulé samedi devant le Palais fédéral comme une évidence brandie à bout de bras. Un millier de personnes se sont rassemblées à Berne à l’appel des promoteurs d’une initiative populaire qui veut graver une neutralité stricte dans la Constitution. Le texte sera soumis au vote des Suisses dans un mois, le 27 septembre. La foule, globalement grisonnante, est venue dire que cette ligne n’est pas un détail diplomatique. Elle la présente comme un fondement de l’identité suisse.
Un samedi à Berne pour une ligne sans exception
Les pancartes ne laissaient pas beaucoup de place au sous-entendu. « Non à l’Otan ! », « Oui à la neutralité suisse ! », « Donnons une chance à la paix », « La neutralité est notre force ». Le décor est celui du siège du gouvernement et du Parlement. Le message est celui d’un attachement affiché à une tradition que les organisateurs jugent menacée par la coopération avec l’Otan et par l’alignement sur les sanctions de l’Union européenne contre la Russie.
Les promoteurs de l’initiative « Sauvegarder la neutralité suisse » ne parlent pas d’un ajustement technique. Ils parlent d’une rupture. Selon eux, le gouvernement a pris position alors qu’il ne le devrait pas. La scène de samedi sert à rendre visible ce grief avant le référendum. Elle sert aussi à rappeler que, depuis 1815, la Suisse est reconnue comme pays neutre par la communauté internationale, avec une neutralité permanente et armée.
La guerre menée par la Russie en Ukraine a relancé les débats sur la non-participation aux conflits étrangers. C’est dans ce climat que l’organisation souverainiste Pro Suisse a recueilli suffisamment de signatures pour déclencher une votation populaire. Le texte réclame que la Constitution garantisse désormais une application « sans exception ». Derrière ces deux mots, tout le différend se concentre.
Ce que la foule est venue montrer
Le rassemblement n’avait pas l’allure d’une fête de quartier. Il avait celle d’une démonstration de fidélité. Les visages décrits sur place sont ceux d’une génération qui a grandi avec l’idée que la Suisse ne choisit pas de camp. Les slogans répètent la même idée sous plusieurs formes : pas d’Otan, oui à la neutralité, une chance donnée à la paix, une force puisée dans le refus d’entrer dans les coalitions.
Eric Lehman, ingénieur de 61 ans venu de Lugano, dans le canton du Tessin, résume le malaise d’une phrase simple. Il dit ne pas comprendre où va le gouvernement. Il dit que le gouvernement prend position alors qu’il ne pense pas qu’il le devrait. Face au Palais fédéral, l’ombre du bâtiment sert de décor à cette incompréhension. L’homme ne se présente pas comme un partisan de Moscou. Il dit l’inverse.
Je suis totalement opposé à Poutine et à ce qu’il a fait. Mais malgré tout, je pense que le gouvernement, il doit rester neutre.
La citation compte parce qu’elle isole deux plans. D’un côté, un jugement moral sur la guerre. De l’autre, une exigence adressée à Berne : ne pas transformer ce jugement en bascule diplomatique. C’est exactement le nœud que l’initiative veut trancher par le droit constitutionnel plutôt que par le débat d’opportunité.
Barbara, comptable de 51 ans venue de Winterthur, près de Zurich, formule une autre version du même attachement. Pour elle, l’important est d’avoir la paix partout dans le monde. La Suisse doit, selon elle, y contribuer. La phrase est large. Dans le contexte du rassemblement, elle sert à relier la neutralité à une utilité qui dépasserait les frontières du pays.
Des voix à la tribune, toujours le même fil
Face à la foule se succèdent des experts, un ancien officier des renseignements, un politologue ainsi que plusieurs élus. Le plateau n’est pas anodin. Il dit que les organisateurs veulent habiller le texte d’une autorité professionnelle, pas seulement d’une émotion identitaire. Parmi eux, l’ancien expert de l’ONU Alfred de Zayas porte un diagnostic net.
La politique étrangère suisse a pour conséquence que la Suisse n’est plus perçue dans le monde comme un État neutre.
La phrase déplace le débat. Il ne s’agit plus seulement de ce que Berne croit faire. Il s’agit de ce que le monde croit voir. Si la perception s’érode, affirment les promoteurs, la Suisse perd un capital diplomatique qu’elle a mis deux siècles à consolider. L’ancien diplomate Jean-Daniel Ruch insiste sur le même terrain, avec une formule qui relie identité et utilité.
La neutralité fait partie de l’identité suisse, or la neutralité est utile à la Suisse et est utile aussi à l’Europe et au monde.
Utile à la Suisse. Utile à l’Europe. Utile au monde. Le triple registre sert à contrer l’accusation de repli. Dans la bouche des orateurs, la ligne stricte n’est pas un refus du monde. C’est une manière d’y rester disponible comme intermédiaire. Jean-Daniel Ruch le dit autrement : la Suisse doit redevenir le pays des bons offices et des pourparlers de paix. Là, selon lui, on a l’occasion de redonner de la crédibilité à la neutralité.
Il ajoute une boussole. Le respect du droit international devrait, d’après lui, orienter la politique. Il affirme que cette boussole a été perdue ces dernières années. Le grief est précis dans sa dissymétrie : des positions très fortes contre la Russie, des positions extrêmement faibles contre Israël, qui viole selon lui le droit international autant que la Russie. L’argument ne crée pas un nouveau dossier. Il sert à dire que la neutralité, si elle n’est pas égale, n’est plus une neutralité.
Ce que le texte veut verrouiller
Une neutralité constitutionnelle « sans exception ». Pas de liens plus étroits avec l’Otan. Pas d’alliance militaire, sauf en cas d’attaque extérieure. Pas de sanctions, sauf si elles sont décidées par les Nations unies.
Le contenu exact de l’initiative
L’initiative ne se contente pas d’un hymne. Elle veut changer la règle du jeu. En inscrivant la neutralité « sans exception » dans la Constitution, elle réduirait la marge d’interprétation du Conseil fédéral et du Parlement. Les promoteurs y voient une garantie. Le gouvernement y voit un carcan. Les deux lectures partent du même constat : depuis l’offensive russe en Ukraine, Berne a bougé.
Le premier verrou vise l’Otan. Le texte empêcherait de nouer des liens plus étroits avec l’Alliance. Le deuxième verrou vise les coalitions. Toute alliance militaire serait exclue, sauf en cas d’attaque extérieure. Le troisième verrou vise l’outil économique et diplomatique des sanctions. Celles-ci seraient interdites, sauf décision des Nations unies. Autrement dit, l’alignement autonome sur un régime européen de sanctions cesserait d’être une option ordinaire.
Ces trois points tiennent ensemble. Si l’on accepte l’idée que la Suisse n’est plus perçue comme neutre, alors chaque coopération, chaque sanction, chaque déclaration devient une preuve. Si l’on accepte l’idée inverse, celle du gouvernement, alors ces mêmes gestes restent des instruments d’une politique étrangère adaptable. Le 27 septembre, les citoyennes et citoyens auront à choisir laquelle de ces deux grilles l’emporte.
Pro Suisse a fait le travail institutionnel : assez de signatures pour forcer le vote. Le rassemblement de samedi n’ajoute pas une signature. Il ajoute une image. Un millier de personnes, des drapeaux d’idées plus que des drapeaux de parti, un Palais fédéral en toile de fond. L’image dit : le sujet n’appartient pas seulement aux commissions. Il appartient à une mémoire collective que les organisateurs veulent réveiller.
1815, une reconnaissance plus ancienne que le débat actuel
Depuis 1815, la Suisse est reconnue comme pays neutre par la communauté internationale. La date n’est pas un ornement. Elle sert de socle à presque tous les discours entendus samedi. La neutralité n’y est pas présentée comme une humeur récente. Elle est présentée comme un statut permanent et armé. Permanent, parce qu’il ne se met pas entre parenthèses selon l’actualité. Armé, parce qu’il n’équivaut pas à l’impuissance.
Le retour de la guerre sur le continent a rouvert une question que beaucoup croyaient close. Peut-on rester à l’écart des conflits étrangers tout en parlant, en sanctionnant, en coopérant plus étroitement avec des organisations militaires ? Les promoteurs répondent non. Le gouvernement et le Parlement répondent que la formule actuelle, trop dogmatique à leurs yeux, priverait le pays d’une marge précisément au moment où les tensions géopolitiques s’intensifient.
Le contraste est donc moins une querelle de souvenirs qu’une querelle d’usage. D’un côté, la neutralité comme identité à protéger contre l’exception. De l’autre, la neutralité comme cadre à interpréter selon la gravité du moment. Les deux camps parlent de la même tradition. Ils n’en tirent pas la même conséquence pratique.
Le gouvernement dit non, la plupart des partis aussi
Si les Suisses sont très largement attachés à leur neutralité, le gouvernement et le Parlement ont rejeté la proposition. Le motif officiel tient en deux mots : trop dogmatique. Un troisième motif s’y ajoute : elle limiterait la marge de manœuvre du pays. Le moment choisi pèse lourd dans cette appréciation. Les tensions géopolitiques s’intensifient. Berne ne veut pas, dit-elle, se lier les mains.
La plupart des grands partis politiques se sont également prononcés contre. Leur argument n’est pas que la neutralité n’aurait plus de valeur. Il est que l’initiative affaiblirait la capacité de la Suisse à adapter sa politique étrangère. Adapter, ici, veut dire conserver la possibilité de coopérer, de sanctionner hors cadre onusien, de calibrer le rapport à l’Otan sans passer par une interdiction constitutionnelle aussi large.
La seule exception est l’Union démocratique du centre, l’UDC, droite populiste, première force politique du pays, étroitement associée à la proposition depuis son lancement. Cette exception compte double. Elle donne au texte un relais partisan puissant. Elle donne aussi aux adversaires un angle d’attaque : présenter l’initiative comme le projet d’un camp plutôt que comme le bien commun d’une identité partagée.
Les organisateurs du rassemblement jouent l’inverse. Ils multiplient les formules d’appartenance nationale. Ils insistent sur la paix. Ils insistent sur la force que donnerait le refus des blocs. Ils insistent sur les bons offices. Le désaccord n’en devient que plus lisible. Même attachement déclaré à la neutralité. Lecture opposée de ce que cette neutralité autorise encore.
Un meeting co-organisé, et déjà un soupçon
Le rassemblement de samedi a été co-organisé par l’ONG « Public Eye on science », critique des sanctions contre la Russie et des restrictions sanitaires et de l’obligation vaccinale durant la pandémie de Covid-19. Cette co-organisation élargit le portrait du cortège. Elle mêle la question diplomatique à d’autres contestations d’autorité publique déjà visibles ces dernières années.
Ces dernières semaines, les médias suisses se sont inquiétés d’une possible influence russe derrière cette campagne. Certains opposants ont même qualifié le texte d’« initiative Poutine ». Ils s’alarment de constater que plusieurs de ses promoteurs sont connus pour leurs positions prorusses. L’accusation pèse. Elle vise à déplacer le débat du principe vers la captation.
Jean-Daniel Ruch écarte le soupçon d’un geste sec. Franchement, dit-il, il croit que le peuple suisse n’a pas besoin des conseils de la Russie. Il appelle à ne pas « diaboliser le débat ». La formule est devenue le contre-feu des organisateurs. Elle reconnaît que le climat est chargé. Elle refuse que cette charge interdise la discussion sur la Constitution.
Franchement, je crois que le peuple suisse n’a pas besoin des conseils de la Russie.
Entre la « diabolisation » dénoncée à la tribune et l’étiquette d’« initiative Poutine » brandie par des adversaires, le débat public se durcit. Or le calendrier ne laisse plus beaucoup de place à l’esquive. Dans un mois, le même pays qui se dit très largement attaché à la neutralité devra dire s’il veut la figer sans exception.
Sanctions, Otan, Nations unies : trois leviers, une seule question
Reprenons les trois leviers du texte, car c’est là que le vote cessera d’être symbolique. Premier levier : les liens plus étroits avec l’Otan. Les pancartes de samedi ont tranché par le slogan. Le gouvernement, lui, a déjà choisi une voie de coopération que les promoteurs jugent incompatible avec la perception d’un État neutre. Le référendum demandera si cette voie doit être constitutionnellement refermée.
Deuxième levier : les alliances militaires. L’exception prévue par l’initiative est étroite. Elle ne s’ouvre qu’en cas d’attaque extérieure. Hors cette hypothèse, le pays ne pourrait plus s’engager dans une alliance. Les défenseurs du texte y voient la traduction fidèle de la non-participation aux conflits étrangers. Ses opposants y voient une rigidité dangereuse quand les menaces changent de forme.
Troisième levier : les sanctions. Aujourd’hui, la Suisse s’est alignée sur celles de l’Union européenne contre la Russie. Demain, si le texte passait, cet alignement autonome ne serait plus possible hors décision onusienne. Les promoteurs parlent de cohérence. Le gouvernement parle de marge de manœuvre. Les deux lectures se disputent le même mot : responsabilité.
Les deux lectures en présence
D’un côté : identité, sans exception, bons offices, crédibilité retrouvée.
De l’autre : dogmatisme, marge réduite, politique étrangère moins adaptable, tensions qui montent.
Identité contre marge, le vrai conflit du 27 septembre
Les Suisses sont très largement attachés à leur neutralité. Cette phrase, reprise telle quelle du débat public autour du texte, empêche de caricaturer le camp du « non » comme un camp de l’abandon. Le désaccord porte sur le mode d’emploi. Faut-il écrire « sans exception » dans la Constitution pour protéger un bien déjà populaire ? Ou faut-il refuser cette inscription pour ne pas casser l’outil diplomatique au moment où le monde se durcit ?
Alfred de Zayas répond par la perception internationale. Si la Suisse n’est plus vue comme neutre, l’identité proclamée à l’intérieur ne suffit plus. Jean-Daniel Ruch répond par les bons offices. Sans crédibilité, pas de rôle d’intermédiaire. Eric Lehman répond par le refus de la prise de position gouvernementale. Barbara répond par la paix partout dans le monde. Quatre voix, une même direction : ramener Berne vers une ligne qu’ils estiment perdue.
En face, le gouvernement, le Parlement et la plupart des grands partis tiennent l’autre bout. Trop dogmatique. Trop limitant. Trop risqué alors que les tensions s’intensifient. L’UDC reste l’exception partisane. Public Eye on science reste le partenaire de rue. Les soupçons d’influence russe restent le poison du débat. Ruch demande qu’on ne le diabolise pas. Les opposants demandent qu’on ne soit pas naïf.
Le Palais fédéral a donc servi, samedi, de théâtre à une question plus ancienne que cette législature. La reconnaissance de 1815 n’efface pas le présent. La guerre en Ukraine n’efface pas la tradition. Entre les deux, l’initiative veut trancher par une phrase constitutionnelle. Le gouvernement veut conserver la faculté d’interpréter. Dans un mois, le corps électoral dira laquelle de ces deux conceptions l’emporte.
Ce que les slogans disent vraiment
« Non à l’Otan » n’est pas seulement un refus d’adhésion. Dans la logique des promoteurs, c’est un refus de l’attraction progressive, celle des liens plus étroits. « Oui à la neutralité suisse » n’est pas un slogan creux : il désigne une neutralité qu’ils estiment déjà entamée. « Donnons une chance à la paix » relie le statut du pays à une vocation médiatrice. « La neutralité est notre force » inverse le soupçon de faiblesse souvent associé au non-alignement.
Ces quatre formules organisent le récit du meeting. Elles permettent à une foule globalement grisonnante de se reconnaître sans passer par un jargon juridique. Elles permettent aussi aux orateurs de glisser ensuite vers le détail : Constitution, exceptions, Nations unies, alliances, sanctions. Le passage du carton au code, de la pancarte à l’article, est tout l’objet du 27 septembre.
On peut relire le rassemblement comme une répétition générale. Les arguments sont déjà connus. Les camps sont déjà dessinés. Les citations sont déjà prêtes à circuler. Ce qui reste ouvert, c’est l’effet de ces images sur un électorat qui aime la neutralité sans forcément aimer qu’on la verrouille. C’est là que le texte peut passer ou échouer, sans que l’attachement déclaré au principe ait changé d’un pouce.
Bons offices, droit international, crédibilité
Jean-Daniel Ruch place la Suisse dans un rôle qu’il juge en voie d’effacement : pays des bons offices et des pourparlers de paix. Redonner de la crédibilité à la neutralité, dit-il, est l’occasion du moment. L’occasion, dans sa bouche, n’est pas militaire. Elle est diplomatique. Elle suppose qu’un État perçu comme juge et partie cesse d’être un toit disponible pour des négociations.
Sa boussole déclarée est le respect du droit international. Il affirme que le pays l’a perdue ces dernières années. L’exemple qu’il choisit est comparatif. Positions très fortes contre la Russie. Positions extrêmement faibles contre Israël. Même accusation de violation du droit international, traitement inégal. Que l’on partage ou non le parallèle, il sert une thèse unique : une neutralité à géométrie variable n’en est plus une.
Alfred de Zayas abonde sur le terrain de l’image. La politique étrangère suisse aurait pour conséquence que la Suisse n’est plus perçue dans le monde comme un État neutre. Perception contre intention. C’est le cœur argumentatif du camp du « oui » à l’initiative. On peut proclamer la tradition. Si les autres capitales n’y croient plus, la tradition ne produit plus les mêmes effets.
De ce point de vue, le millier de personnes rassemblées samedi ne parle pas seulement à Berne. Il parle à une galerie internationale imaginaire. Il dit : regardez, une partie du pays refuse le basculement. Reste à savoir si le bulletin de vote confirmera la scène ou la relativisera comme un théâtre d’une minorité mobilisée.
Une foule, un palais, un mois
Le Palais fédéral n’est pas un lieu neutre pour parler de neutralité. C’est le siège de ceux que les manifestants viennent contredire. Se tenir à son ombre, comme Eric Lehman, c’est placer la critique au plus près de la décision. Venir de Lugano ou de Winterthur, c’est dire que le sujet n’est pas bernois. Il traverse les cantons, les langues, les métiers.
Ingénieur. Comptable. Ancien expert de l’ONU. Ancien diplomate. Ancien officier des renseignements. Politologue. Élus. La liste des profils entendus samedi sert à occuper tout l’espace social du débat. Elle dit que le texte n’est pas seulement l’affaire d’un parti, même si l’UDC demeure la seule grande formation à le soutenir. Elle dit aussi que l’expertise est disputée, puisque le gouvernement oppose sa propre lecture des risques.
Dans un mois, le même pays passera de la pancarte à l’urne. Les slogans ne disparaîtront pas. Ils deviendront des arguments de fin de campagne. Les citations non plus. Elles circuleront comme preuves d’un attachement ou comme signes d’un alignement. Les soupçons d’influence étrangère continueront de peser, tout comme l’appel à ne pas diaboliser. Rien de tout cela n’est extérieur au texte. Tout cela est déjà le texte, tel qu’il vit dans l’espace public.
Ce qui restera après le meeting
Un millier de personnes, ce n’est pas le pays entier. C’est une photographie. Elle montre un attachement à l’un des fondements de l’identité suisse. Elle montre une colère contre la coopération avec l’Otan et contre l’alignement sur les sanctions européennes. Elle montre une demande de retour vers les bons offices. Elle montre enfin un débat déjà chargé d’accusations.
Le gouvernement a dit que le texte était trop dogmatique. Le Parlement a dit non. La plupart des grands partis ont dit que l’initiative affaiblirait la capacité d’adaptation. L’UDC a dit oui depuis le début. Public Eye on science a co-organisé la scène. Des opposants ont parlé d’« initiative Poutine ». Ruch a répondu que le peuple suisse n’avait pas besoin des conseils de la Russie. Voilà le plateau, sans rien y ajouter.
La suite n’est plus une affaire de tribune. Elle est une affaire de Constitution. Soit la neutralité s’applique désormais sans exception, avec les interdits qui suivent. Soit elle reste un principe interprété par les autorités, avec la marge que le gouvernement veut conserver. Samedi, Berne a entendu la première option scandée à ciel ouvert. Le 27 septembre, le pays tranchera si cette option doit devenir la règle.
On est neutre ou on ne l’est pas. La formule ferme la phrase. Elle n’a pas encore fermé le vote. Entre les deux, il reste un mois, des camps déjà campés, et une tradition reconnue depuis 1815 que chacun revendique sans en accepter le même mode d’emploi.









