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Gemini Affiche Une Perte De 107 Millions Au Deuxième Trimestre

Gemini vient de publier ses résultats du deuxième trimestre : 107,7 millions de dollars de perte nette alors que le volume de trading s’effondre. Mais derrière les chiffres rouges se cache une stratégie de diversification bien plus ambitieuse que prévu…

Quatre trimestres consécutifs dans le rouge. Depuis son introduction en Bourse sur le Nasdaq en septembre 2025, Gemini Space Station enchaîne les pertes. Le deuxième trimestre 2026 ne fait pas exception : 107,7 millions de dollars de déficit net. Un chiffre qui interpelle, surtout quand on regarde la chute brutale du volume de trading spot. Pourtant, derrière cette nouvelle déception se dessine une transformation profonde de l’entreprise. Les revenus progressent, les services se diversifient, et la direction tente de se détacher de la dépendance au simple échange de cryptomonnaies. Alors, simple accroc conjoncturel ou signe d’un modèle en pleine mutation ?

Une perte nette qui se répète, mais se réduit légèrement

Le 13 août, le dépôt réglementaire auprès de la SEC a confirmé ce que beaucoup redoutaient. Pour le trimestre clos le 30 juin, Gemini affiche une perte nette de 107,7 millions de dollars. C’est moins qu’au même trimestre de 2025, où le déficit atteignait 133,2 millions. La perte d’exploitation s’établit à 76,9 millions, en amélioration de 18 % par rapport au premier trimestre. Les dépenses opérationnelles ont diminué de 15 % en séquentiel, pour s’établir à 122,4 millions de dollars. Ces économies découlent principalement des suppressions de postes annoncées en février et du retrait de plusieurs marchés internationaux.

Le contexte de marché n’a pas aidé. Les cryptomonnaies ont connu une période de relative faiblesse, ce qui a pesé lourdement sur l’activité principale de la plateforme. Pourtant, le chiffre d’affaires total a progressé de 37 % en glissement annuel, pour atteindre 45,5 millions de dollars. Ce paradoxe mérite qu’on s’y attarde. La croissance ne vient plus du trading, mais d’autres sources de revenus. Gemini tente clairement de se transformer.

Le volume de trading spot s’effondre de 66 %

Le cœur historique de l’activité a souffert. Le volume total de trading spot est tombé à 3,8 milliards de dollars, contre 11,3 milliards un an plus tôt. Soit une baisse de 66 %. Les revenus issus des transactions d’échange ont reculé de 38 %, pour s’établir à 12,5 millions de dollars. Du côté des particuliers, le volume a chuté de 53 % à 700 millions. Les institutions ont encore plus ralenti, avec un volume en baisse de 68 % à 3,1 milliards de dollars.

Cette contraction n’est pas propre à Gemini. Le marché crypto a traversé une phase de moindre appétit pour le risque. Les volumes globaux ont ralenti, et les plateformes purement orientées vers le trading en ont payé le prix. Pour une société encore très dépendante de ces commissions, le choc est rude. Pourtant, la direction communique ouvertement sur cette faiblesse, tout en soulignant les efforts de diversification.

Chiffre clé : le volume de trading spot a chuté de 11,3 milliards à 3,8 milliards de dollars en un an. Une baisse qui illustre parfaitement la difficulté des pure players dans un marché atone.

Les services prennent le relais et tirent la croissance

Face à l’effondrement du trading, d’autres activités ont compensé. Les revenus de services ont bondi de 149 % pour atteindre 23,5 millions de dollars. C’est désormais le principal moteur de croissance. À l’intérieur de ce poste, la carte de crédit a particulièrement brillé. Ses revenus ont progressé de 231 %, pour s’établir à 16,2 millions de dollars. Le staking a augmenté de 50 % à 4 millions, et l’activité de gré à gré (OTC) est passée de 611 000 dollars à 4,7 millions.

Cette bascule n’est pas anodine. Gemini commence à ressembler davantage à une plateforme de services financiers qu’à une simple bourse de cryptomonnaies. La carte de crédit, en particulier, génère des revenus récurrents et permet de fidéliser une base d’utilisateurs plus large. Le premier trimestre avait déjà montré cette tendance. Le deuxième confirme qu’il ne s’agit pas d’un accident.

Cependant, cette diversification a un coût. Les pertes liées aux transactions se sont envolées à 20,1 millions de dollars, contre seulement 3,6 millions un an plus tôt. Sur ce montant, 16,1 millions correspondent à une provision pour pertes de crédit attendues sur le portefeuille de cartes. Environ 10 millions de cette provision concernent des comptes ouverts au premier trimestre, victimes d’une fraude identifiée. La direction assure avoir renforcé les contrôles et estime que le phénomène reste concentré sur cette cohorte précise, sans détérioration généralisée du portefeuille.

Des marques de crypto qui pèsent encore lourd

Au-delà des pertes de crédit, Gemini a enregistré 60,7 millions de dollars de pertes réalisées et non réalisées sur ses actifs crypto et créances. Ces marques ont été partiellement compensées par un gain de 35,7 millions lié à des prêts crypto accordés à des parties liées. Le résultat net reste donc largement négatif, même si la perte opérationnelle s’améliore.

La volatilité des actifs numériques continue de peser sur le bilan. Tant que l’entreprise détient d’importantes positions en crypto, les variations de prix se répercutent directement sur le compte de résultat. C’est l’une des particularités du secteur, et l’une de ses fragilités structurelles.

Les actifs sous gestion s’effondrent de 54 %

Autre indicateur préoccupant : les actifs présents sur la plateforme ont chuté de 54 % en un an, passant de 18,2 milliards à 8,4 milliards de dollars. La direction attribue cette baisse à la dépréciation des valorisations crypto et à des sorties ciblées de clients institutionnels en custody. Malgré tout, le nombre d’utilisateurs mensuels actifs a progressé de 11 % pour atteindre 580 000. Ce chiffre a toutefois légèrement reculé de 2 % par rapport au premier trimestre.

La combinaison d’une base d’utilisateurs en légère progression et d’actifs en forte baisse révèle un changement de profil de la clientèle. Les volumes moyens par utilisateur diminuent, et les grands comptes institutionnels semblent plus sélectifs. Gemini doit convaincre à la fois les particuliers et les professionnels que sa plateforme reste attractive dans un environnement concurrentiel intense.

Point d’attention : les actifs sous gestion ont été divisés par deux en un an. Dans un secteur où la taille des dépôts reste un signal de confiance, cette évolution ne peut être ignorée.

Les marchés de prédiction et les actions comme nouveaux leviers

Pour réduire sa dépendance au trading spot, Gemini multiplie les initiatives. Les marchés de prédiction ont généré 524 000 dollars de revenus au deuxième trimestre. Le nombre de contrats d’événements échangés a progressé de 93 % par rapport au premier trimestre, et le cumul dépasse désormais 225 millions de contrats. En juillet, la société a également lancé le trading d’actions sans commission pour les clients américains éligibles.

Ces mouvements s’inscrivent dans une stratégie claire : élargir l’offre au-delà des cryptomonnaies. Les marchés de prédiction, en particulier, bénéficient d’un engouement croissant. En s’appuyant sur une infrastructure réglementée, Gemini espère capturer une part de ce marché émergent. L’ouverture au trading d’actions permet quant à elle de toucher une clientèle plus traditionnelle, moins exposée à la volatilité crypto.

Une infrastructure réglementée pour soutenir l’expansion américaine

L’entreprise a renforcé son dispositif réglementaire. La CFTC a désigné Gemini Titan comme marché de contrats désigné. Gemini Olympus est devenue une organisation de compensation de dérivés enregistrée le 29 avril. La chambre de compensation a démarré ses activités le 4 août, permettant à la société de régler ses propres contrats de prédiction et d’envisager d’autres produits dérivés aux États-Unis.

Cette infrastructure ouvre la porte à une offre plus large de produits financiers réglementés. Dans un environnement où la clarté réglementaire reste un atout concurrentiel majeur, Gemini positionne ses atouts. La capacité à compenser ses propres contrats réduit les frictions et les coûts, tout en renforçant le contrôle sur l’expérience client.

Les défis qui restent à relever

Malgré les progrès en diversification, plusieurs questions demeurent. Les pertes de crédit liées à la carte doivent-elles se normaliser rapidement ? La direction affirme que les contrôles ont été renforcés et que le phénomène reste isolé. Les investisseurs jugeront sur les prochains trimestres. Le volume de trading peut-il se redresser si le marché crypto retrouve de la vigueur ? Ou la société a-t-elle déjà basculé durablement vers un modèle de services ?

Gemini reste également confrontée à une action collective d’investisseurs portant sur les informations diffusées lors de l’introduction en Bourse et sur le changement de stratégie. Le dossier reste actif. Cette procédure judiciaire ajoute une couche d’incertitude, même si elle n’a pas empêché l’entreprise de poursuivre ses projets d’expansion.

La conférence téléphonique des résultats, prévue le 14 août à 8 h 30 (heure de l’Est), devait permettre à la direction de préciser ses perspectives. Les analystes scruteront particulièrement la trajectoire des revenus de services, l’évolution des provisions de crédit et les ambitions dans les dérivés et les marchés de prédiction.

Une transformation en cours dans un marché difficile

Le deuxième trimestre 2026 de Gemini illustre parfaitement les tensions du secteur. D’un côté, le trading traditionnel souffre d’un manque d’appétit pour le risque. De l’autre, les acteurs qui parviennent à diversifier leurs sources de revenus montrent une certaine résilience. La progression de 37 % du chiffre d’affaires, portée par les services, prouve que le pivot est déjà bien engagé.

Pourtant, la rentabilité reste lointaine. Quatre trimestres de pertes consécutives depuis l’IPO ne rassurent pas les marchés. Les économies de coûts ont permis d’améliorer la perte d’exploitation, mais les provisions de crédit et les marques de crypto continuent de grever le résultat net. La capacité de Gemini à faire baisser durablement ces postes déterminera en grande partie sa trajectoire future.

Dans un environnement où les valorisations crypto restent volatiles et où la concurrence s’intensifie, la diversification apparaît comme une nécessité plus que comme un choix. Les marchés de prédiction, le trading d’actions et l’infrastructure de compensation constituent autant de pistes pour élargir le modèle économique. Reste à savoir si ces nouvelles activités pourront compenser, à moyen terme, la faiblesse structurelle du trading spot.

Les prochains trimestres seront décisifs. Si les revenus de services poursuivent leur progression et si les pertes de crédit se normalisent, Gemini pourrait commencer à convaincre que son modèle évolue réellement. Dans le cas contraire, la série de pertes risque de peser durablement sur la confiance des investisseurs. L’entreprise a engagé sa transformation. Elle doit maintenant prouver qu’elle peut la mener à bien tout en limitant les saignées financières.

Ce que révèlent ces résultats sur le secteur crypto

Au-delà du cas Gemini, ces chiffres illuminent plusieurs tendances de fond. Premièrement, la dépendance au volume de trading devient un risque majeur dès que le marché ralentit. Les plateformes qui n’ont pas développé d’autres sources de revenus se retrouvent rapidement sous pression. Deuxièmement, les services annexes – cartes de crédit, staking, OTC, marchés de prédiction – gagnent en importance relative. Ils offrent une récurrence et une diversification bienvenues.

Troisièmement, la régulation américaine continue de structurer le paysage. La capacité à obtenir des agréments CFTC et à opérer une chambre de compensation propre constitue un avantage compétitif réel. Enfin, la volatilité des actifs crypto reste un facteur de risque bilan incontournable pour les acteurs qui détiennent d’importantes positions.

Gemini n’est pas isolée dans cette situation. D’autres acteurs du secteur traversent des phases similaires de compression des volumes et de recherche de nouveaux relais de croissance. Ceux qui parviendront à pivoter le plus rapidement tout en maîtrisant leurs coûts et leurs risques de crédit auront un avantage. Pour l’instant, Gemini montre qu’elle a engagé le mouvement. La question reste de savoir à quelle vitesse elle pourra atteindre l’équilibre.

Les points de vigilance pour les prochains mois

Plusieurs indicateurs méritent une attention particulière. L’évolution des provisions de crédit sur la carte sera scrutée de près. Une normalisation rapide rassurerait. Le rythme de croissance des revenus de services devra se maintenir pour compenser la faiblesse du trading. Les sorties d’actifs institutionnels devront se stabiliser. Enfin, le succès des marchés de prédiction et du trading d’actions devra se confirmer dans les chiffres des prochains trimestres.

La direction a déjà pris des mesures : réduction d’effectifs, sortie de certains marchés internationaux, renforcement des contrôles anti-fraude. Ces décisions montrent une volonté de s’adapter. Mais dans un secteur aussi cyclique, l’exécution reste déterminante. Gemini dispose désormais d’une base réglementaire solide et d’une offre élargie. Il lui reste à transformer ces atouts en rentabilité durable.

Le deuxième trimestre 2026 restera comme un moment de vérité. La perte est encore lourde, le volume de trading a chuté, mais les contours d’un nouveau modèle commencent à apparaître. Reste à voir si cette mutation sera suffisamment rapide et profonde pour convaincre les marchés. L’histoire de Gemini, comme celle de nombreuses plateformes crypto, se joue désormais sur sa capacité à devenir autre chose qu’une simple bourse d’échange.

Dans les mois qui viennent, les regards resteront fixés sur la trajectoire des revenus hors trading et sur la maîtrise des risques de crédit. Si ces deux leviers progressent, Gemini pourrait sortir progressivement du cycle de pertes. Dans le cas contraire, la pression s’accentuera. L’entreprise a engagé sa transformation. Le marché attend maintenant les preuves que cette transformation porte ses fruits.

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