À quelques semaines seulement de l’ouverture de la COP17 sur la biodiversité, un constat glacial s’impose : le monde n’est pas sur la bonne voie. Les engagements pris il y a quatre ans à Montréal risquent de rester lettre morte si le rythme actuel se poursuit. L’organisatrice de cette réunion sous l’égide des Nations unies le dit sans détour, et le message résonne comme un avertissement solennel.
Un avertissement clair avant Erevan
La Convention sur la diversité biologique, plus connue sous le sigle CBD, a résumé la situation en une phrase dense : les parties reconnaissent que le monde n’est pas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de biodiversité. Ce n’est plus une hypothèse, c’est un diagnostic partagé. Après près de trois semaines de réunions préparatoires à Nairobi, Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la CBD, a fixé le ton. La tâche qui attend les délégations à Erevan dans neuf semaines exigera toute l’endurance et la détermination que les parties pourront rassembler.
La COP17 se tiendra du 19 au 30 octobre en Arménie. Elle réunira la quasi-totalité des pays du monde pour faire le point sur les promesses formulées à la COP15 de Montréal. À l’époque, les États s’étaient engagés à protéger 30 % de la planète d’ici 2030 et à porter à 30 milliards de dollars l’aide annuelle destinée à la biodiversité dans les pays en développement. Quatre ans plus tard, le chemin restant paraît encore long.
Des progrès visibles mais insuffisants
Astrid Schomaker le reconnaît : des progrès sont réalisés sur l’ensemble des cibles. Pourtant, la mise en œuvre ne se fait pas encore au rythme et à l’échelle nécessaires. Cette nuance est essentielle. Il ne s’agit pas d’un échec total, mais d’une trajectoire trop lente face à l’urgence. Le rapport mondial de la Convention dresse un bilan nuancé des engagements nationaux pour l’horizon 2030.
Les éléments contenus dans ce rapport montrent des efforts prometteurs concernant les objectifs de conservation. Les aires protégées s’étendent, certaines espèces bénéficient de mesures renforcées, des stratégies nationales voient le jour. Mais d’autres volets, relatifs aux moyens de mise en œuvre, ont progressé lentement. La mobilisation des ressources, la réorientation des subventions néfastes ou la gouvernance inclusive restent en retrait.
Ces retards ne sont pas anodins. Sans financements à la hauteur, sans suppression des aides qui détruisent la nature, sans inclusion réelle des communautés locales et des peuples autochtones, les objectifs de conservation risquent de rester des déclarations d’intention. La CBD insiste sur ce déséquilibre entre les ambitions affichées et les outils concrets déployés.
Les divergences qui freinent l’accélération
La Convention reconnaît l’existence de divergences entre les pays sur la manière d’accélérer les efforts pour atteindre les objectifs à l’horizon 2030. Ces désaccords ne portent pas seulement sur les chiffres. Ils touchent à la répartition des responsabilités, à la justice entre nations du Nord et du Sud, à la question de savoir qui doit payer et comment.
Les discussions se sont montrées particulièrement intenses autour du Fonds Cali. Ce mécanisme, créé lors de la dernière COP16 en Colombie, vise à redistribuer une petite part des immenses bénéfices réalisés par des entreprises des pays riches grâce aux plantes ou aux animaux prélevés dans le monde en développement. Derrière cette formulation technique se cache un enjeu de justice écologique et économique.
Les ressources génétiques issues de la biodiversité des pays du Sud alimentent depuis des décennies les industries pharmaceutiques, cosmétiques et agroalimentaires des pays industrialisés. Le Fonds Cali tente d’instaurer un partage minimal de ces bénéfices. Pourtant, sa mise en place suscite des debates vifs. Certains États y voient un outil indispensable de solidarité. D’autres craignent des charges nouvelles pour leurs entreprises ou des mécanismes trop contraignants.
Le poids symbolique d’Erevan
Choisir l’Arménie pour accueillir la COP17 n’est pas anodin. Ce pays, situé à la croisée de l’Europe et de l’Asie, symbolise à la fois la fragilité des écosystèmes montagnards et la volonté de petits États de peser dans les grandes négociations internationales. La quasi-totalité des 196 parties à la Convention sur la diversité biologique sera présente, y compris l’Union européenne. Les États-Unis, eux, ne sont pas parties à la CBD.
Cette absence américaine pèse. Elle prive les discussions d’un acteur économique majeur et complique la portée universelle des décisions. Pourtant, le reste du monde avance, conscient que la biodiversité ne connaît pas de frontières. Les neuf semaines qui séparent les réunions de Nairobi de l’ouverture d’Erevan seront décisives pour préparer les positions nationales et tenter de rapprocher les points de vue.
La mobilisation des ressources, talon d’Achille
Parmi les retards les plus préoccupants figure la mobilisation des ressources financières. L’objectif de 30 milliards de dollars d’aide annuelle pour la biodiversité dans les pays en développement reste loin d’être atteint. Les contributions stagneraient ou progresseraient trop lentement par rapport aux besoins identifiés. Sans argent, les plans d’action nationaux restent des documents sans force.
La réorientation des subventions néfastes constitue un autre chantier sensible. Des milliards continuent d’être versés chaque année à des activités qui dégradent les écosystèmes : agriculture intensive, extraction de ressources, infrastructures mal conçues. Transformer ces flux vers des pratiques positives demande du courage politique et une coordination internationale encore insuffisante.
La gouvernance inclusive, enfin, peine à s’imposer partout. Les communautés locales, les peuples autochtones, les femmes et les jeunes restent trop souvent exclus des processus de décision alors même qu’ils sont les premiers gardiens de la biodiversité. Leur participation effective conditionne la réussite des objectifs de conservation.
Un appel à l’endurance collective
Les mots d’Astrid Schomaker résonnent comme un appel. L’endurance et la détermination seront nécessaires. Pas seulement pour les deux semaines de négociations à Erevan, mais pour les années qui suivront. La COP17 ne sera pas un point d’arrivée. Elle devra servir de moment de vérité et de relance.
Les parties savent désormais que le monde n’est pas sur la bonne voie. Ce diagnostic partagé pourrait devenir un levier. En reconnaissant l’écart entre les ambitions et la réalité, les États se donnent peut-être les moyens de corriger le tir. Encore faut-il que les divergences s’apaisent et que les moyens de mise en œuvre rattrapent enfin les objectifs de conservation.
Le rapport mondial de la CBD montre que des efforts prometteurs existent. Ils prouvent que le changement est possible. Mais ils prouvent aussi que le changement reste trop lent. À Erevan, les délégations auront la responsabilité de transformer ce constat en accélération concrète. Neuf semaines pour préparer le terrain. Deux semaines pour décider. Puis six années pour tenir les engagements de 2030.
La pression du calendrier 2030
L’horizon 2030 n’est plus lointain. Chaque année qui passe sans accélération significative rapproche le risque d’échec. Protéger 30 % de la planète d’ici cette date demande des décisions rapides sur le classement des aires protégées, leur connectivité, leur financement et leur gestion effective. Les chiffres actuels montrent des avancées, mais pas encore à l’échelle requise.
Le même constat vaut pour le financement. Porter l’aide annuelle à 30 milliards de dollars suppose une augmentation nette et durable des contributions. Les pays en développement attendent des engagements chiffrés et prévisibles. Sans eux, la confiance s’érode et les efforts nationaux s’essoufflent.
Le Fonds Cali pourrait jouer un rôle complémentaire. En captant une part des bénéfices tirés de l’utilisation des ressources génétiques, il offrirait une source de revenus nouvelle. Mais sa mise en œuvre concrète dépendra des arbitrages qui seront rendus à Erevan et des règles qui seront adoptées pour garantir transparence et équité.
Ce que révèle le rapport de la CBD
Le document présenté par la Convention dresse un panorama complet des engagements nationaux. Il met en lumière à la fois les réussites et les angles morts. Sur le volet conservation, plusieurs pays ont multiplié les annonces d’aires protégées. Certains ont renforcé leurs législations. D’autres ont lancé des programmes de restauration d’écosystèmes dégradés.
Ces avancées sont réelles. Elles méritent d’être saluées. Pourtant, elles ne suffisent pas à inverser la trajectoire globale. La biodiversité continue de décliner à un rythme préoccupant. Les pressions anthropiques – changement d’usage des terres, surexploitation, pollution, espèces invasives, changement climatique – restent trop fortes.
Le rapport insiste donc sur la nécessité d’agir simultanément sur tous les fronts. Conservation sans moyens de mise en œuvre reste incomplète. Moyens de mise en œuvre sans volonté politique restent inopérants. C’est cette double exigence qui pèsera sur les épaules des négociateurs à Erevan.
Nairobi, laboratoire des tensions
Les trois semaines de réunions préparatoires à Nairobi ont servi de révélateur. Elles ont permis de mesurer l’état d’esprit des parties et d’identifier les points de blocage. Les divergences sur le Fonds Cali en sont l’illustration la plus visible, mais elles ne sont pas isolées. D’autres sujets – transparence des financements, indicateurs de suivi, rôles des acteurs non étatiques – ont également nourri des échanges intenses.
Ces discussions préparatoires sont essentielles. Elles permettent d’éviter que la COP elle-même ne s’enlise dans des débats techniques. Elles offrent aussi l’occasion de tester des formulations de compromis. Pourtant, le temps presse. Neuf semaines seulement séparent la fin des travaux de Nairobi de l’ouverture d’Erevan. Ce délai est court pour résoudre des divergences structurelles.
Astrid Schomaker a choisi de souligner l’exigence d’endurance. Ce mot n’est pas anodin. Il rappelle que les négociations sur la biodiversité s’inscrivent dans le temps long. Elles demandent de la constance, de la patience et une capacité à dépasser les intérêts immédiats. L’endurance sera nécessaire autant dans les salles de conférence qu’après le retour des délégations dans leurs capitales.
La place particulière de l’Union européenne
Parmi les 196 parties à la CBD figure l’Union européenne. Sa présence confère un poids particulier aux positions qu’elle défendra. L’UE s’est souvent présentée comme un moteur des ambitions élevées en matière de biodiversité. Elle a adopté des stratégies internes ambitieuses et pousse pour des engagements internationaux robustes. À Erevan, son rôle pourrait s’avérer déterminant pour faciliter les compromis.
Pourtant, même au sein de l’Union, les priorités ne sont pas uniformes. Les États membres ont des réalités économiques et écologiques différentes. Certains mettent l’accent sur le financement, d’autres sur la simplification des règles, d’autres encore sur la compétitivité de leurs industries. Ces nuances internes devront être gérées avec soin pour que la voix européenne reste claire et cohérente.
L’absence des États-Unis ajoute une dimension géopolitique. Sans la participation américaine, la CBD reste un cadre presque universel mais incomplet. Les décisions prises à Erevan n’engageront pas Washington. Cela limite la portée de certains mécanismes, notamment ceux qui touchent aux entreprises multinationales dont le siège se trouve aux États-Unis.
Vers une accélération indispensable
Le message de la CBD est net. Des progrès existent, mais ils ne suffisent pas. La mise en œuvre doit changer d’échelle. Cela suppose des décisions courageuses sur le financement, sur les subventions, sur la gouvernance et sur le partage des bénéfices. Le Fonds Cali n’est qu’un élément parmi d’autres, mais il cristallise les tensions parce qu’il touche à la question de la justice distributive.
À Erevan, les parties auront l’occasion de transformer le diagnostic en feuille de route. Elles pourront décider d’accélérer la mobilisation des ressources, de fixer des calendriers plus stricts pour la réorientation des subventions néfastes, de renforcer les mécanismes de participation inclusive. Elles pourront aussi clarifier les règles du Fonds Cali pour qu’il devienne opérationnel rapidement.
Rien n’est acquis. Les divergences sont réelles. L’endurance sera mise à l’épreuve. Mais le constat partagé que le monde n’est pas sur la bonne voie constitue déjà un point de départ. Il force les regards à se tourner vers l’écart entre les paroles et les actes. Cet écart, s’il est pleinement assumé, peut devenir le moteur d’une accélération.
Les enjeux concrets pour les écosystèmes
Derrière les formulations diplomatiques se cachent des réalités tangibles. Protéger 30 % de la planète signifie sauver des forêts, des zones humides, des récifs coralliens, des steppes et des montagnes. Cela signifie aussi garantir la connectivité entre ces espaces pour que les espèces puissent migrer et s’adapter. Les efforts prometteurs recensés dans le rapport de la CBD montrent que certains pays avancent. D’autres restent en retrait.
Les moyens de mise en œuvre conditionnent tout. Sans ressources financières prévisibles, les aires protégées restent des lignes sur une carte. Sans réorientation des subventions, les pressions économiques continuent de l’emporter sur la conservation. Sans gouvernance inclusive, les mesures prises risquent de manquer de légitimité locale et donc d’efficacité à long terme.
Le Fonds Cali, s’il aboutit, pourrait injecter des ressources nouvelles issues des bénéfices de l’économie mondiale de la biodiversité. Ces fonds seraient destinés aux pays qui abritent les ressources génétiques utilisées. Le principe est simple : ceux qui tirent profit de la nature doivent contribuer à sa préservation. Sa mise en œuvre, elle, est complexe et polarise encore les discussions.
Un moment de vérité pour la communauté internationale
La COP17 d’Erevan arrive à un moment charnière. Quatre ans après Montréal, le temps des bilans a sonné. Les parties savent désormais où elles en sont. Elles savent aussi que le rythme actuel ne permettra pas d’atteindre les objectifs de 2030. Ce savoir partagé crée une responsabilité collective. Ignorer le diagnostic reviendrait à accepter l’échec par avance.
Astrid Schomaker a rappelé que la tâche exigera endurance et détermination. Ces qualités ne s’improvisent pas. Elles se construisent dans la durée, à travers des négociations patientes et des engagements tenus. Les neuf semaines qui restent avant l’ouverture de la COP seront mises à profit pour tenter de rapprocher les positions. Les deux semaines de conférences elles-mêmes décideront si l’accélération devient réalité ou reste un vœu.
La Convention sur la diversité biologique regroupe 196 parties. C’est presque le monde entier. Cette quasi-universalité confère une force particulière aux décisions qui seront prises. Elle confère aussi une lourde responsabilité. L’avenir de la biodiversité dépend en partie de ce qui se jouera à Erevan. Le monde n’est pas sur la bonne voie. Reste à savoir s’il saura changer de trajectoire à temps.
Les efforts prometteurs recensés dans le rapport mondial prouvent que le changement est possible. Les retards sur les moyens de mise en œuvre prouvent qu’il n’est pas encore à la hauteur. Entre ces deux constats, la COP17 aura pour mission de réduire l’écart. L’endurance sera nécessaire. La détermination aussi. Et le temps, lui, continue de compter.
En Arménie, sous le regard de la communauté internationale, les parties devront montrer qu’elles ont entendu l’avertissement. Elles devront prouver que le diagnostic partagé peut se transformer en action collective accélérée. Neuf semaines pour se préparer. Deux semaines pour décider. Puis le long chemin jusqu’en 2030 pour tenir les promesses faites à Montréal. Le monde n’est pas sur la bonne voie. À Erevan, il aura l’occasion de le prouver – ou de le confirmer.









