Le football français vit parfois des séparations qui marquent les esprits, même quand elles se déroulent dans la sérénité. À Toulouse, l’annonce du départ de Carles Martinez Novell à l’issue de la saison 2025-2026 a surpris bien peu d’observateurs, mais elle invite à un regard rétrospectif sur trois années riches en apprentissages. Le technicien catalan de 41 ans, arrivé dans l’ombre avant de prendre les rênes, quitte le club haut-garonnais avec le sentiment du devoir accompli, même si le bilan reste contrasté.
Un technicien en pleine évolution au cœur du projet toulousain
Carles Martinez Novell n’était pas un inconnu lorsqu’il a été promu entraîneur principal en juin 2023. Assistant de Philippe Montanier, il avait déjà contribué activement à la belle épopée qui avait vu les Violets remporter la Coupe de France, un trophée historique pour le club. Cette victoire contre Nantes en finale avait offert à Toulouse une qualification européenne rarissime et propulsé le jeune coach vers une nouvelle responsabilité.
Dans un contexte où le club, racheté par RedBird Capital Partners, cherchait à stabiliser son projet sportif après une montée en Ligue 1, le choix de promouvoir l’intérieur s’est révélé logique. Martinez Novell connaissait la maison, ses valeurs et son effectif. Il incarnait la continuité tout en apportant sa touche personnelle, inspirée par le football de possession et d’intensité cher aux écoles espagnoles.
« C’était un immense honneur de représenter ce club, d’en apprendre les valeurs et de faire partie de cette progression. Je repars avec des souvenirs incroyables qui resteront à jamais gravés. »
— Carles Martinez Novell
Cette déclaration, prononcée peu après l’officialisation de son départ, résume bien l’état d’esprit du coach. Pas de rancœur, mais une reconnaissance mutuelle. Le club a confirmé ce mercredi 29 avril 2026 que le contrat ne serait pas prolongé, actant une séparation à l’amiable pour préparer sereinement l’avenir.
Trois maintiens successifs : la base d’un bilan honorable
Sur le plan purement comptable, le bilan de Martinez Novell à Toulouse s’établit autour de 118 matchs toutes compétitions confondues. Avec environ 42 victoires, 30 matchs nuls et 46 défaites, il affiche un pourcentage de succès proche de 35-36 % et une moyenne d’environ 1,32 point par rencontre. Des chiffres corrects pour un club qui vise avant tout le maintien dans l’élite.
Chaque saison a vu les Toulousains terminer dans la première moitié de tableau ou en milieu de classement, sans jamais flirter dangereusement avec la zone rouge. Cette régularité dans l’antichambre du danger constitue sans doute la plus grande réussite du technicien catalan. Dans un championnat français réputé pour son exigence physique et son intensité, maintenir un groupe relativement jeune et en reconstruction n’est pas une mince affaire.
La saison 2025-2026 illustre parfaitement cette stabilité. Positionné autour de la 10e place après une trentaine de journées, le TFC a montré une solidité défensive intéressante tout en peinant parfois à concrétiser ses occasions. L’élimination en demi-finale de la Coupe de France face à Lens a mis fin aux rêves de doublé, mais a aussi confirmé que l’équipe restait compétitive sur deux tableaux.
| Saison | Classement approx. | Points | Points forts |
|---|---|---|---|
| 2023-2024 | Milieu de tableau | Maintien validé | Victoire historique vs Liverpool |
| 2024-2025 | 10e-12e | Stable | Jeu de possession en progrès |
| 2025-2026 | 10e | 38 pts (31 j.) | Parcours honorable en coupes |
Ces données soulignent une progression constante, même si elle n’a pas toujours été spectaculaire. Le club a évité les montagnes russes émotionnelles que connaissent souvent les formations de milieu de tableau.
Le moment d’éclat européen : cette victoire face à Liverpool
Parmi les souvenirs impérissables que Martinez Novell emportera, la victoire 3-2 contre Liverpool en Ligue Europa, le 9 novembre 2023, trône en bonne place. Au Stadium, face à l’une des équipes les plus prestigieuses du continent, les Violets ont réalisé une performance collective aboutie, mêlant combativité et qualité technique.
Cette rencontre symbolise parfaitement ce que le coach a apporté : une capacité à faire monter en puissance un groupe face à l’adversité. Les supporters toulousains se souviennent encore de l’ambiance électrique ce soir-là et de la joie collective après le coup de sifflet final. Ce succès a aussi permis au club de terminer deuxième de son groupe, validant ainsi une campagne européenne réussie malgré un tirage compliqué.
Au-delà du résultat, cette performance a renforcé la confiance au sein de l’effectif et montré que Toulouse pouvait rivaliser avec des cadors quand les conditions étaient réunies. Martinez Novell a su préparer tactiquement ses joueurs pour neutraliser les armes offensives des Reds tout en exploitant les espaces.
Les points faibles : un Stade toulousain pas toujours conquis
Si le bilan global reste positif, il est terni par des statistiques à domicile moins flatteuses. Sur une cinquantaine de rencontres à la maison, le coach a enregistré seulement 13 victoires pour 18 nuls et 19 défaites. Un ratio qui interroge sur la capacité de l’équipe à transformer sa domination en résultats concrets devant son public.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tendance. D’abord, un effectif parfois jeune et en manque d’expérience dans les matchs à haute pression. Ensuite, une évolution du style de jeu vers plus de possession qui, si elle est séduisante sur le papier, peut exposer l’équipe aux contres rapides des visiteurs plus pragmatiques.
Des observateurs proches du club ont également noté que le technicien était progressivement passé d’un rôle purement tactique à une posture plus managériale. Cette transition, inévitable dans la carrière d’un entraîneur, a parfois généré des tensions internes, même si elles n’ont jamais dégénéré en crise ouverte.
Le coach est devenu plus manager. Ça a provoqué des réactions, c’est inévitable dans la vie d’un groupe.
Cette remarque d’un membre du staff illustre bien les défis auxquels font face les entraîneurs modernes. Entre gestion des egos, préparation physique et animation d’un vestiaire multiculturel, la tâche s’est complexifiée au fil des saisons.
Le style de jeu : entre possession et réalisme
Carles Martinez Novell a tenté d’imposer une identité de jeu claire : contrôle du ballon, sorties de balle soignées et pressing haut par séquences. Inspiré par les principes barcelonais et des expériences en Catalogne, il a cherché à faire évoluer Toulouse vers un football plus attractif.
Cependant, dans le championnat français, cette philosophie se heurte souvent à des réalités physiques et tactiques différentes. Les équipes adverses, mieux armées athlétiquement ou plus directes, ont parfois mis en difficulté les Violets. Le coach a dû adapter son approche, alternant phases de possession et moments de transitions rapides.
Cette flexibilité tactique constitue l’une de ses qualités reconnues. Plutôt que de s’entêter dans un schéma rigide, il a su faire preuve de pragmatisme selon les matchs et les adversaires. Des ajustements qui ont souvent permis d’arracher des points précieux en fin de saison.
La relation avec le vestiaire et la direction
Olivier Cloarec, président du club, a tenu à saluer l’engagement et la loyauté du technicien. « Les décisions que nous prenons aujourd’hui s’inscrivent dans la continuité de notre projet, sans rien enlever au respect et à la reconnaissance que nous avons pour son travail », a-t-il déclaré.
De son côté, le directeur sportif a longtemps qualifié le travail réalisé de succès. Pourtant, ces dernières semaines, une évolution dans la perception a semblé se dessiner. Sans remettre en cause les idées de jeu, la méthode managériale a fait l’objet de discussions internes.
Le désir du coach de relever un nouveau défi, probablement en Liga et notamment du côté de Gérone, a pesé dans la balance. Sa famille vivant dans la région catalane, le retour aux sources apparaît comme une opportunité naturelle à ce stade de sa carrière.
Qui pour succéder à Martinez Novell ? Les pistes se dessinent
Le départ acté, Toulouse doit désormais trouver son quatrième entraîneur depuis le rachat par RedBird en 2020. Après Patrice Garande, Philippe Montanier et le Catalan, le profil recherché semble pencher vers un technicien expérimenté capable d’apporter une nouvelle dynamique.
Le nom d’Olivier Pantaloni, en partance de Lorient, revient avec insistance. Âgé de 59 ans, ce Corse connaît parfaitement la Ligue 1 et a déjà démontré sa capacité à stabiliser des clubs en difficulté. Cependant, selon certaines sources, il n’aurait pas encore été officiellement contacté par le TFC.
Autre piste interne : Jordan Galtier, adjoint actuel sous contrat jusqu’en 2027. Jeune et ambitieux, il prépare le BEPF et pourrait être prêt à prendre les rênes d’une équipe de l’élite. Un ticket Pantaloni-Galtier, reformant la paire ayant fonctionné à Ajaccio, est parfois évoqué dans les coulisses.
Christophe Pelissier, originaire du Sud-Ouest et libre de tout engagement prochainement, correspond également au profil discret et efficace que semble apprécier la direction toulousaine. Son expérience en Ligue 1 et son attachement régional pourraient jouer en sa faveur.
L’héritage laissé par le coach catalan
Au-delà des chiffres, Carles Martinez Novell aura permis à plusieurs jeunes talents d’éclore ou de se confirmer. Le travail sur la formation et l’intégration des éléments du centre de formation a été constant. Dans un club qui mise sur l’intelligence économique, cette dimension revêt une importance capitale.
Il laisse également une équipe structurée tactiquement, capable de rivaliser avec des formations plus huppées lors de matchs référence. La victoire contre Liverpool restera comme l’étendard de cette période, mais les nombreux points arrachés dans la douleur comptent tout autant pour la survie en Ligue 1.
Sur le plan humain, le technicien a toujours affiché un engagement sans faille et une loyauté appréciée par la direction. Même si sa méthode a parfois créé des remous, ces derniers n’ont jamais remis en cause la cohésion globale du groupe.
Le contexte plus large du football français
Le cas Martinez Novell s’inscrit dans une tendance plus large du football hexagonal. De nombreux clubs de Ligue 1 font aujourd’hui le choix de techniciens étrangers pour apporter une touche différente, notamment dans la préparation tactique et la gestion des effectifs.
Cependant, le turnover reste élevé et la patience parfois limitée. Toulouse, en officialisant rapidement ce départ, évite une fin de saison sous tension et prépare déjà l’intersaison. Après les turbulences de l’été précédent, cette anticipation témoigne d’une maturité croissante dans la gestion du projet.
Le championnat français continue d’attirer des profils comme le Catalan, formés dans des écoles exigeantes. Son passage à Toulouse aura été une étape formatrice avant, probablement, un retour dans son pays natal où le style de jeu correspond davantage à sa philosophie.
Perspectives pour le Toulouse FC de demain
Avec ce changement à venir, le club entre dans une nouvelle phase de son développement. Le projet RedBird vise à long terme une stabilisation en haut de tableau, voire une qualification européenne régulière. Le prochain entraîneur devra donc combiner stabilité et ambition.
Le recrutement estival sera déterminant. Garder les cadres tout en apportant du sang neuf permettra de maintenir la dynamique positive observée ces dernières années. La formation restera un pilier, avec l’espoir de voir émerger de nouveaux talents capables de franchir le cap.
Pour les supporters, l’heure est à la gratitude envers un coach qui aura contribué à écrire quelques belles pages de l’histoire récente des Violets. La victoire en Coupe de France sous Montanier, prolongée par la campagne européenne sous Martinez Novell, restera gravée dans les mémoires.
Un adieu sans amertume pour un nouveau chapitre
Carles Martinez Novell s’en va sans bruit, fidèle à sa personnalité discrète et professionnelle. À 41 ans, il possède encore de belles années devant lui pour continuer à grandir dans le métier. Un retour en Liga, peut-être à Gérone ou ailleurs, semble être la suite logique d’un parcours cohérent.
Pour Toulouse, cette page tournée doit être l’occasion d’une nouvelle impulsion. Le club a démontré sa capacité à se structurer et à attirer des talents. Reste maintenant à transformer cette stabilité en ambitions plus élevées.
Le football est fait de cycles. Celui de Martinez Novell aura été marqué par la rigueur, quelques éclats de génie collectif et une loyauté sans faille. Dans une ère où les entraîneurs sont souvent sacrifiés sur l’autel des résultats immédiats, cette séparation à l’amiable fait figure d’exception.
Les trois dernières rencontres de la saison offriront une dernière occasion de saluer le travail accompli. Les supporters toulousains, connus pour leur ferveur, devraient réserver un accueil chaleureux à leur coach lors des ultimes matchs à domicile.
En définitive, le bilan de Carles Martinez Novell à Toulouse s’apparente à une réussite mesurée mais réelle. Trois maintiens, une campagne européenne mémorable et le développement d’une identité de jeu propre. Pas flamboyant, certes, mais solide et porteur d’avenir pour un club qui continue sa progression tranquille dans l’élite française.
Le chapitre se referme, un autre s’ouvre. Le football toulousain, fidèle à son histoire, sait que les plus belles histoires s’écrivent souvent dans la continuité et la patience. La suite dira si ce départ marque le début d’une nouvelle ère encore plus ambitieuse pour les Violets.
Dans un paysage footballistique français en pleine mutation, avec des enjeux économiques croissants et une concurrence accrue, la gestion sereine de cette transition témoigne de la maturité atteinte par le Toulouse FC. Un club qui, malgré sa taille modeste, continue d’écrire son histoire avec intelligence et détermination.









