Imaginez une organisation modeste, née dans un petit pays balte, qui parvient à tendre la main à des centaines de femmes brisées par la violence, et ce, jusque dans une zone de guerre voisine. Cette réalité existe bel et bien. Le 6 mars 2026, à Paris, une telle structure a été honorée par l’un des prix les plus symboliques en matière d’égalité et de lutte contre les violences faites aux femmes.
Ce moment fort, survenu à seulement deux jours de la Journée internationale des droits des femmes, rappelle à quel point ces combats restent brûlants d’actualité. Il met en lumière des actrices de terrain souvent discrètes, mais dont l’impact dépasse largement les frontières de leur pays d’origine.
Une distinction prestigieuse pour un engagement sans frontières
Chaque année depuis 2019, le Prix Simone Veil de la République française récompense une personne ou un collectif qui agit concrètement contre les violences et les discriminations visant les femmes. Cette récompense porte le nom d’une figure emblématique de la lutte pour l’égalité en Europe. En 2026, c’est une organisation lettonne qui a été choisie pour incarner cette cause.
Le Centre Marta, l’une des principales ONG de défense des droits des femmes en Lettonie, a ainsi reçu cette distinction dans la capitale française. Cette reconnaissance vient saluer un travail de longue haleine, réalisé dans un contexte national et régional particulièrement complexe.
Un accompagnement essentiel pour les victimes en Lettonie
En 2025, le Centre Marta a soutenu plus de 700 femmes et filles confrontées à des violences ou à des exploitations sexuelles sur le territoire letton. Ce chiffre impressionnant témoigne de l’ampleur du problème, même dans un pays souvent perçu comme progressiste sur les questions sociales.
L’organisation propose un accompagnement complet : aide juridique pour faire valoir ses droits, soutien psychologique pour reconstruire son estime de soi, et assistance sociale pour retrouver une stabilité quotidienne. Ces trois piliers forment un filet de sécurité indispensable pour celles qui osent franchir le pas et demander de l’aide.
Derrière chaque cas se cache une histoire unique, souvent marquée par la peur, la honte et l’isolement. Le fait de pouvoir compter sur une structure professionnelle et bienveillante change radicalement la trajectoire de ces femmes.
Une solidarité active envers les Ukrainiennes depuis 2022
L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a provoqué un afflux massif de personnes déplacées, parmi lesquelles de très nombreuses femmes et enfants. Le Centre Marta n’a pas hésité à étendre son action au-delà de ses frontières pour venir en aide à ces victimes de guerre.
En collaboration avec des partenaires locaux ukrainiens, l’ONG aide à trouver des solutions d’hébergement d’urgence, accompagne dans les démarches judiciaires et propose un suivi psychologique adapté aux traumatismes de guerre. Ces interventions représentent un véritable pont humanitaire entre la Lettonie et l’Ukraine.
Dans un contexte où les violences sexuelles sont parfois utilisées comme arme de guerre, ce type d’accompagnement prend une dimension encore plus cruciale. Il s’agit non seulement d’apporter une aide immédiate, mais aussi de contribuer à documenter les faits et à préparer l’avenir judiciaire.
« Ce prix nous donne de la force et les moyens pratiques de continuer »
Iluta Lāce, fondatrice du Centre Marta
Ces mots prononcés par la fondatrice traduisent parfaitement l’état d’esprit de l’équipe. Recevoir une telle reconnaissance internationale représente bien plus qu’un trophée : c’est une bouffée d’oxygène pour une organisation qui agit souvent dans des conditions difficiles.
La Convention d’Istanbul au cœur d’un débat politique virulent
Le jury du Prix Simone Veil a particulièrement tenu à saluer l’engagement du Centre Marta en faveur de la pérennité de la Convention d’Istanbul. Ce traité du Conseil de l’Europe, adopté en 2011, constitue l’instrument juridique le plus complet pour prévenir et combattre les violences à l’égard des femmes.
Pourtant, ce texte fait l’objet de vives controverses dans plusieurs pays européens. En Lettonie, la tension est montée d’un cran à l’automne 2025 lorsque la majorité des députés a voté en faveur du retrait du pays de cette convention, seulement un an après sa ratification.
Les arguments avancés par les partisans du retrait portaient principalement sur la notion de « genre » (opposée à celle de « sexe biologique ») et sur ce qu’ils décrivaient comme une « idéologie étrangère » s’immisçant dans la vie quotidienne des Lettons.
Un processus politique suspendu in extremis
Le président letton a utilisé son droit de véto en renvoyant le texte au Parlement pour réexamen. Face à cette décision, les députés ont finalement choisi de reporter toute nouvelle discussion sur le sujet jusqu’au 1er novembre 2026, c’est-à-dire après les prochaines élections législatives.
Cette mise en attente constitue une victoire temporaire pour les défenseurs de la convention. Elle laisse cependant planer une incertitude importante sur l’avenir de cet instrument juridique dans le pays.
Le jury du Prix Simone Veil a explicitement voulu adresser un message de soutien à toutes les organisations qui se battent pour le maintien de la Convention d’Istanbul face à ce qu’il a qualifié d’« instrumentalisation réactionnaire » de ce traité.
Pourquoi ce prix résonne particulièrement en 2026 ?
Dans un monde où les droits des femmes font parfois l’objet de reculs, même au sein de l’Union européenne, cette récompense prend une signification particulière. Elle rappelle que la lutte pour l’égalité n’est jamais définitivement acquise et qu’elle nécessite une vigilance constante.
Elle met également en lumière le rôle crucial des organisations de la société civile. Ce sont souvent elles qui pallient les insuffisances des pouvoirs publics, qui innovent dans les méthodes d’accompagnement et qui maintiennent la pression pour que les engagements internationaux soient respectés.
Le choix du Centre Marta illustre parfaitement cette réalité : une structure de taille modeste, ancrée localement, peut avoir un rayonnement international lorsqu’elle agit avec détermination et cohérence.
Les multiples facettes de la violence faite aux femmes
Les violences auxquelles le Centre Marta apporte une réponse ne se limitent pas aux coups portés au sein du foyer. Elles englobent aussi les exploitations sexuelles, les mariages forcés, le harcèlement, les mutilations génitales, les crimes d’honneur et, dans le contexte ukrainien, les violences sexuelles liées au conflit armé.
Chaque forme de violence nécessite une approche spécifique. C’est pourquoi l’accompagnement multidisciplinaire proposé par l’organisation représente une réponse adaptée aux réalités complexes vécues par les victimes.
Le soutien psychologique, en particulier, joue un rôle fondamental. Les traumatismes subis peuvent laisser des séquelles profondes qui affectent la santé mentale sur le long terme. Pouvoir bénéficier d’un suivi professionnel constitue souvent le premier pas vers la reconstruction.
L’impact concret d’une reconnaissance internationale
Au-delà de l’aspect symbolique, ce prix apporte des ressources supplémentaires à l’organisation. Ces moyens permettront sans doute d’intensifier les actions, de former davantage de professionnels et d’étendre éventuellement le champ d’intervention.
La visibilité accrue générée par cette distinction devrait également faciliter les partenariats avec d’autres structures, tant au niveau national qu’international. Dans le domaine humanitaire, la notoriété facilite souvent la mobilisation de fonds et de compétences.
Pour les bénéficiaires des services du Centre Marta, cette reconnaissance publique constitue aussi une forme de validation. Savoir que leur situation est prise au sérieux au plus haut niveau peut renforcer leur détermination à poursuivre leur parcours de reconstruction.
Un message d’espoir dans un contexte difficile
Alors que la guerre en Ukraine continue de générer son lot de souffrances, et que certains pays européens questionnent les engagements pris en matière de droits des femmes, cette remise de prix envoie un signal fort : le combat pour l’égalité et contre les violences faites aux femmes demeure une priorité.
Il montre également que même dans les moments les plus sombres, des initiatives locales peuvent faire la différence et être reconnues à leur juste valeur. Le Centre Marta incarne cette capacité de résistance et d’engagement qui force le respect.
En cette veille de Journée internationale des droits des femmes, cette actualité rappelle que chaque action compte, chaque vie sauvée ou reconstruite a de la valeur, et que la solidarité internationale reste une force puissante face à l’adversité.
Le parcours du Centre Marta, de ses modestes débuts à cette reconnaissance parisienne, illustre parfaitement comment une détermination sans faille peut transformer des vies et influencer le débat public bien au-delà des frontières nationales.
Cette histoire nous invite à réfléchir à notre propre rôle dans la défense des droits humains fondamentaux. Car si des organisations comme celle-ci reçoivent aujourd’hui des prix, c’est aussi parce que des milliers de personnes, anonymes, continuent jour après jour de soutenir ces combats essentiels.
Et demain ? Les défis resteront nombreux, mais des structures comme le Centre Marta montrent qu’il est possible d’agir efficacement, même quand le vent souffle dans le mauvais sens.









