Une nouvelle panne électrique frappe Cuba, plongeant une grande partie de l’île dans l’obscurité au cœur d’une crise énergétique qui s’aggrave jour après jour. Imaginez des millions de personnes, dont les habitants de La Havane, confrontés à une nuit entière sans électricité, alors que les coupures quotidiennes font déjà partie de leur routine. Cette situation, loin d’être isolée, reflète un effondrement progressif du système énergétique cubain, exacerbé par des facteurs internes et externes.
Une panne massive qui révèle une crise profonde
Mercredi, une déconnexion soudaine du réseau électrique national a touché l’ouest et le centre du pays, laissant les deux tiers du territoire sans courant. La cause principale ? Une sortie inattendue de la centrale thermoélectrique Antonio Guiteras, l’une des installations les plus importantes de l’île. Située dans l’ouest, cette centrale a connu un incident technique majeur vers midi, provoquant une réaction en chaîne dans le système interconnecté.
Les autorités ont rapidement communiqué sur les réseaux sociaux pour expliquer la situation, mais pour les citoyens, l’annonce n’apporte guère de réconfort. Les efforts pour rétablir le service se heurtent à la complexité des réparations, qui pourraient prendre plusieurs jours. Pendant ce temps, les rues de La Havane se vident de leur animation habituelle, les feux de circulation s’éteignent, et la vie quotidienne s’arrête net.
Un quotidien marqué par les délestages prolongés
Depuis plus de deux ans, les Cubains font face à des coupures d’électricité récurrentes et massives. Certaines ont même concerné l’ensemble du territoire national par le passé. Mais aujourd’hui, la situation est particulièrement critique. Les délestages quotidiens s’étendent souvent sur plus de quinze heures dans la capitale, et encore davantage en province.
Pour de nombreuses familles, conserver les aliments au frais devient une mission impossible. La viande se gâte rapidement, le lait pour les bébés tourne, et les médicaments sensibles à la température perdent leur efficacité. Un père de famille raconte comment il court acheter des bougies pour affronter la nuit, conscient que tout ce qu’il possède au réfrigérateur risque de finir à la poubelle.
« C’est le coup de grâce. Tout ce que tu as au frais se gâte : la viande, le lait du bébé, tout. »
Un habitant de La Havane
Une employée du secteur touristique abonde dans le même sens, soulignant la difficulté à préserver la nourriture dans ces conditions extrêmes. Le tourisme, déjà fragilisé, subit de plein fouet ces interruptions qui rendent les hôtels et les services imprévisibles.
La pénurie de carburant au cœur du problème
La crise s’est brutalement aggravée depuis janvier, lorsque les livraisons de pétrole vénézuélien ont cessé sous la pression extérieure. Aucun bateau chargé de combustible n’a accosté depuis cette date, forçant les autorités à adopter des mesures draconiennes.
La vente de diesel a été suspendue, l’essence rationnée sévèrement, et les transports publics réduits au minimum. Les prix du transport privé et des denrées alimentaires ont explosé, rendant la vie encore plus chère pour une population déjà éprouvée.
- Suspension totale de la vente de diesel
- Rationnement strict de l’essence
- Réduction de l’offre de soins dans les hôpitaux
- Cours universitaires basculés en distanciel
- Télétravail généralisé pour limiter les déplacements
Ces restrictions touchent tous les secteurs. Les hôpitaux fonctionnent au ralenti, les étudiants suivent leurs leçons depuis chez eux, et les entreprises adaptent leurs horaires pour survivre.
Impact sur les liaisons aériennes internationales
La pénurie de kérosène a des répercussions directes sur le trafic aérien. Plusieurs compagnies ont annoncé la suspension de leurs vols vers La Havane. Récemment, une grande compagnie européenne a décidé d’arrêter ses dessertes à partir de fin mars et au moins jusqu’à mi-juin, rejoignant d’autres transporteurs qui avaient pris des mesures similaires plus tôt.
Cette décision isole davantage l’île, compliquant les arrivées de touristes et de marchandises essentielles. Le secteur du voyage, vital pour l’économie, en souffre énormément.
Un réseau électrique vieillissant et fragile
Les huit centrales thermoélectriques du pays datent majoritairement des années 1980 et 1990. Elles tombent en panne fréquemment ou nécessitent de longues périodes de maintenance. Le manque de pièces de rechange et de financement aggrave le problème.
Entre le début de l’année et mi-février, la disponibilité d’électricité a chuté de 20 % par rapport à l’année précédente. Déjà en 2025, l’île peinait à couvrir la moitié de ses besoins énergétiques. Cette tendance s’accélère, rendant les pannes plus fréquentes et plus longues.
Le manque de carburant amplifie ces dysfonctionnements. Sans fuel suffisant, les centrales ne peuvent tourner à plein régime, et les incidents techniques deviennent inévitables.
Contexte géopolitique tendu
Les autorités cubaines pointent du doigt les sanctions américaines, en place depuis 1962 et renforcées ces dernières années. Elles accusent Washington de vouloir asphyxier l’économie de l’île par un embargo renforcé.
De son côté, l’administration américaine justifie sa politique par des considérations de sécurité nationale, Cuba étant située à seulement 150 km des côtes de la Floride.
La Havane dénonce une volonté d' »asphyxier » l’économie cubaine.
Cette tension se répercute sur la scène régionale. Récemment, un pays voisin allié des États-Unis a expulsé l’ambassadeur cubain et l’ensemble de la mission diplomatique, sans donner de motif officiel. Le gouvernement cubain a qualifié cet acte d’inamical et sans précédent, évoquant de fortes pressions exercées sur des États tiers pour qu’ils se joignent à la politique américaine.
Conséquences humaines et sociales
Au-delà des chiffres et des annonces officielles, ce sont les Cubains ordinaires qui paient le prix fort. Les familles improvisent avec des bougies, des lampes torches et des générateurs de fortune quand ils en ont les moyens. Les enfants étudient à la lumière des téléphones, les malades attendent dans des hôpitaux aux capacités réduites.
La population exprime sa frustration face à cette accumulation de difficultés. La perte de nourriture, l’impossibilité de cuisiner, les nuits étouffantes sans ventilateur : tout cela érode le moral d’une nation déjà confrontée à de multiples défis économiques.
Dans les quartiers populaires, les discussions tournent autour de la survie quotidienne. Comment préserver les réserves alimentaires ? Comment organiser les journées sans électricité ? Ces questions simples deviennent existentielles quand elles se répètent jour après jour.
Perspectives d’avenir incertaines
Les experts s’accordent à dire que la situation reste précaire. Les infrastructures nécessitent des investissements massifs que l’île peine à mobiliser. Le manque de carburant persistant et les pannes techniques récurrentes laissent craindre d’autres incidents similaires dans les prochains mois.
Les autorités tentent de relancer certaines unités de production, mais les délais de réparation s’allongent souvent. La centrale Antonio Guiteras, une fois remise en service, pourrait prendre plusieurs jours pour synchroniser pleinement avec le réseau.
En attendant, les Cubains s’adaptent comme ils peuvent, dans une résilience forcée par les circonstances. Mais jusqu’où cette adaptation peut-elle aller avant que la fatigue ne prenne le dessus ?
La crise énergétique cubaine n’est pas seulement une question technique ; elle touche au cœur de la vie quotidienne, à la santé, à l’éducation et à l’économie. Elle met en lumière les vulnérabilités d’un système sous pression constante, où chaque panne supplémentaire ajoute une couche de difficulté à une population épuisée.
Pour l’instant, l’île reste dans l’attente d’un rétablissement progressif, mais les leçons de cette nouvelle crise seront sans doute tirées pour tenter d’éviter les pires scénarios à venir.









