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Arrestation en Italie pour le Meurtre de Trois Religieuses au Burundi

Onze ans après le meurtre brutal de trois religieuses italiennes au Burundi, un proche de la police secrète vient d'être arrêté en Italie. Clés fournies, motifs occultes et refus d'aide aux milices... Mais qui a vraiment commandité ce crime sauvage ? La vérité émerge enfin...
Un triple meurtre qui hante encore les consciences : imaginez trois religieuses âgées, dévouées à l’aide humanitaire dans un quartier pauvre de Bujumbura, brutalement assassinées en l’espace de deux jours. Onze ans plus tard, une arrestation en Italie rouvre cette affaire glaçante et soulève des questions sur les liens entre pouvoir, secret et violence au Burundi.

Une arrestation inattendue qui relance l’enquête

Le 26 février 2026, le parquet de Parme a annoncé une nouvelle qui a secoué l’opinion publique : l’arrestation d’un homme d’une cinquantaine d’années, Guillaume Harushimana, originaire du Burundi et résidant en Italie depuis plusieurs années. Cet individu est soupçonné d’avoir joué un rôle central dans l’assassinat de trois religieuses italiennes survenu en septembre 2014 au Burundi.

Cette interpellation marque un tournant majeur dans une affaire qui avait été classée sans suite à deux reprises, faute d’éléments suffisants. La relance de l’enquête en 2024, stimulée par la publication d’un livre écrit par une journaliste italienne, a permis de recueillir de nouveaux témoignages et indices décisifs.

Les faits remontent au 7 et 8 septembre 2014, dans le quartier de Kamenge, au nord de Bujumbura. Trois missionnaires appartenant à la congrégation des Saveriane ont été victimes d’une violence extrême. Les circonstances de ces crimes ont toujours suscité l’effroi et l’incompréhension.

Les détails glaçants des assassinats

Le 7 septembre 2014, deux des religieuses, âgées respectivement de 83 et 75 ans, ont été attaquées dans leur résidence. Elles ont été frappées avec des objets contondants avant d’être égorgées. La sauvagerie des blessures a immédiatement choqué les premiers témoins sur place.

Le lendemain, 8 septembre, la troisième religieuse, âgée de 79 ans, a subi un sort encore plus atroce : décapitée, avec sa tête placée à côté du corps. Cette mise en scène macabre a renforcé les soupçons d’un acte prémédité et symbolique.

Ces meurtres n’étaient pas de simples actes de violence aléatoire. Les enquêteurs italiens pointent aujourd’hui vers une organisation structurée, impliquant des éléments des services de sécurité burundais de l’époque.

Le rôle présumé de Guillaume Harushimana

Selon les autorités judiciaires italiennes, Guillaume Harushimana aurait agi comme intermédiaire et facilitateur. Il est accusé d’avoir fourni les clés de l’appartement où vivaient les religieuses, permettant ainsi aux assassins d’accéder aux lieux sans difficulté.

Harushimana est décrit comme un proche collaborateur du général Adolphe Nshimirimana, qui dirigeait alors le Service national de renseignement (SNR), la police secrète burundaise. Ce général, figure influente du régime de Pierre Nkurunziza, a été assassiné par la suite en 2015.

Les procureurs de Parme estiment que Harushimana n’appartenait pas formellement aux services secrets, mais entretenait des liens étroits avec le chef du SNR, ce qui lui aurait permis de coordonner certains aspects logistiques du crime.

Les motifs invoqués par la justice italienne

L’ordre d’éliminer les trois religieuses viendrait directement du général Nshimirimana. Les missionnaires refusaient de collaborer à l’aide apportée aux milices burundaises opérant en République démocratique du Congo voisine. Ce refus aurait constitué le principal motif politique.

Mais un autre aspect, plus troublant, émerge des investigations : un motif ésotérique et religieux. Le général aurait exigé que les meurtres soient commis de manière particulière, considérée comme propice à sa future candidature à la présidence du Burundi. Cette dimension expliquerait la brutalité et la mise en scène des assassinats.

Ces éléments, combinés à des témoignages récents, ont permis de bâtir un dossier solide contre Harushimana, accusé de multiples homicides aggravés par préméditation et par la vulnérabilité des victimes âgées.

La piste burundaise initiale et ses failles

Peu après les faits, les autorités burundaises avaient arrêté un jeune homme du quartier de Kamenge. Présenté comme un individu instable, il fut accusé d’être l’unique responsable et incarcéré. Cette version officielle n’a jamais vraiment convaincu.

Les doutes étaient nombreux : comment un seul homme aurait-il pu commettre trois meurtres aussi violents en si peu de temps ? De plus, lors de l’assassinat de la troisième religieuse, une forte présence policière était signalée sur les lieux, plusieurs heures après les deux premiers crimes.

Les procureurs italiens reprennent cet argument pour souligner l’implication probable des forces de sécurité. La présence massive de policiers suggère une couverture ou une coordination venue d’en haut.

Le contexte politique au Burundi en 2014

À cette époque, le Burundi traversait une période de tensions intenses. Le régime de Pierre Nkurunziza, issu de la rébellion hutu CNDD-FDD, consolidait son pouvoir après des années de guerre civile. Le général Adolphe Nshimirimana incarnait cette frange sécuritaire dure du pouvoir.

Les religieuses, installées depuis longtemps dans le quartier populaire de Kamenge, travaillaient au service des plus démunis. Leur centre accueillait des jeunes de différentes ethnies, dans un pays encore marqué par les divisions hutu-tutsi.

Leur engagement humanitaire les plaçait parfois en porte-à-faux avec les intérêts des milices et des réseaux politico-militaires actifs dans la région des Grands Lacs.

Pourquoi l’enquête a-t-elle été relancée ?

Après deux classements sans suite, l’affaire semblait définitivement close. Mais la parution d’un ouvrage d’enquête en Italie a tout changé. L’auteure, une journaliste déterminée, a recueilli des témoignages inédits et remis en lumière des incohérences dans la version officielle burundaise.

Ces nouveaux éléments ont convaincu le parquet de Parme de rouvrir le dossier. Des auditions, des analyses et des confrontations ont progressivement dessiné le rôle présumé de Harushimana.

L’arrestation représente une victoire pour la quête de vérité, même si les procédures judiciaires s’annoncent longues et complexes.

Les implications pour la justice internationale

Ce cas illustre les défis posés par les crimes impliquant des États ou des services secrets. L’extradition, les preuves transnationales et les protections éventuelles compliquent souvent les poursuites.

Pour les familles des victimes et la congrégation des Saveriane, cet avancement apporte un espoir de justice après plus d’une décennie d’attente.

Les religieuses incarnaient l’engagement désintéressé : soigner, éduquer, réconcilier. Leur mort violente rappelle que même les plus vulnérables peuvent devenir cibles lorsque leurs actions dérangent les puissants.

Réflexions sur la mémoire et la persévérance

Onze ans après, cette affaire démontre que le temps ne dilue pas toujours la vérité. Des livres, des témoignages persistants et une justice patiente peuvent faire bouger les lignes.

Dans un monde où les conflits oubliés accumulent les impunités, chaque avancée compte. L’arrestation de Guillaume Harushimana n’est pas une conclusion, mais un pas vers la lumière.

Les familles, les congrégations religieuses et les défenseurs des droits humains attendent désormais que la procédure suive son cours, pour que justice soit rendue aux trois missionnaires dont la vie fut fauchée dans l’ombre du pouvoir.

Ce drame, au croisement de la foi, de la politique et de la violence, continue d’interpeller sur les coûts humains des luttes de pouvoir en Afrique centrale. Et sur la nécessité de ne jamais abandonner la recherche de la vérité. L’affaire reste ouverte, et les révélations futures pourraient encore réserver des surprises dans ce dossier qui unit désormais l’Italie et le Burundi dans une quête commune de justice.

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