Sara Duterte entre officiellement en lice pour 2028
Mercredi, la vice-présidente Sara Duterte a prononcé des mots forts devant les médias : elle se présente comme candidate à la présidence des Philippines pour l’élection de 2028. Cette décision n’est pas une surprise totale pour les observateurs, mais elle arrive à un moment particulièrement sensible de sa carrière politique.
En déclarant « J’offre ma vie, ma force et mon avenir au service de notre nation », elle a affiché une détermination claire. Elle a immédiatement ajouté : « Je suis Sara Duterte, et je suis candidate à la présidence des Philippines ». Ces phrases résonnent comme un appel direct à ses partisans, tout en marquant une rupture définitive avec l’administration actuelle.
Cette annonce survient alors que des menaces de destitution planent sur elle. Plusieurs plaintes ont été déposées récemment, et une condamnation pourrait l’empêcher de se présenter. Pourtant, elle choisit ce timing pour se lancer, démontrant une stratégie audacieuse face aux obstacles.
Un parcours politique marqué par les alliances et les ruptures
Sara Duterte n’en est pas à sa première grande scène politique. Fille de l’ancien président Rodrigo Duterte, elle a longtemps été vue comme la successeure naturelle de son père. En 2022, elle était pressentie pour la présidence, mais elle a choisi de se retirer au profit de Ferdinand Marcos Jr., formant une alliance entre deux dynasties puissantes.
Cette union a permis une victoire écrasante : elle a été élue vice-présidente avec un score record. Cependant, l’entente n’a pas tenu longtemps. Les premiers mois du mandat ont révélé des divergences profondes, menant à des critiques publiques récurrentes.
Elle a pointé du doigt un manque de sincérité chez le président, utilisant son surnom « Bongbong Marcos Jr. » pour souligner ses reproches. Selon elle, les promesses de campagne n’ont pas été tenues, et le devoir envers la nation a été négligé. Ces accusations marquent le début d’une rivalité ouverte.
Les tensions avec l’administration Marcos Jr.
Les relations entre Sara Duterte et Ferdinand Marcos Jr. se sont détériorées rapidement. Des affrontements publics ont ponctué les derniers mois, transformant une alliance stratégique en opposition frontale.
En novembre 2024, lors d’une conférence de presse, elle avait déclaré avoir donné l’ordre de tuer le chef de l’État si elle-même était tuée. Par la suite, elle a nuancé ses propos, les présentant comme une expression de consternation face aux échecs présumés du président. Cette sortie controversée a alimenté les débats sur la sécurité et la stabilité politique.
Le président Marcos Jr., limité à un seul mandat par la Constitution, ne peut se représenter. Son administration semble fragilisée par un scandale de corruption majeur impliquant des projets de lutte contre les inondations, qualifiés de « fantômes » et ayant coûté des milliards au contribuable. Marcos a échappé à des plaintes en destitution, mais ces affaires continuent d’affaiblir sa position.
Les plaintes en destitution : un obstacle majeur
La vice-présidente fait face à une pression judiciaire et politique intense. Début février, une troisième plainte en destitution a été déposée en peu de temps. Ces procédures s’ajoutent à une précédente qui avait abouti à une mise en accusation par la Chambre des représentants.
Cette mise en accusation avait été annulée par la Cour suprême pour des raisons procédurales. Les nouvelles plaintes portent sur des allégations similaires, incluant des menaces et d’autres griefs. Si une condamnation intervient, Sara Duterte ne pourrait pas concourir en 2028.
Selon la Constitution philippine, l’adoption d’une plainte par la Chambre déclenche un procès au Sénat, qui peut destituer l’officiel concerné. Les partisans de Duterte estiment que Marcos orchestre ces actions pour l’écarter. L’administration actuelle pourrait pousser en coulisses pour accélérer ces procédures.
« Sara Duterte prend un gros risque en annonçant son départ en campagne, même si les sondages sont en sa faveur. »
Un chercheur en politique
Cette citation illustre le pari osé de la vice-présidente. Les sondages la placent souvent en tête pour 2028, mais les risques judiciaires restent élevés. Une destitution pourrait tout changer.
Le contexte familial et l’héritage Duterte
L’annonce intervient juste avant une audience préliminaire importante pour Rodrigo Duterte à La Haye. L’ancien président fait face à des accusations liées à sa répression brutale contre la drogue pendant son mandat de 2016 à 2022.
De nombreux partisans de Sara Duterte croient que Marcos a orchestré l’arrestation de son père et son transfert à la Cour pénale internationale. Cette perception renforce le soutien à la famille Duterte, particulièrement à Mindanao, où leur influence reste forte.
Sara Duterte incarne cet héritage : une ligne dure sur la sécurité, une critique des élites traditionnelles, et un discours populiste qui résonne auprès de nombreux Philippins frustrés par la pauvreté et la corruption persistantes.
Les enjeux pour l’élection de 2028
L’élection présidentielle de 2028 s’annonce comme un affrontement entre dynasties. Avec Marcos hors course, le champ est ouvert, mais la rivalité Duterte-Marcos domine déjà le paysage.
Les analystes soulignent que cette annonce précoce vise à consolider les soutiens et à décourager les défections. Elle durcit les lignes politiques pour une campagne qui s’étendra sur deux ans.
Les thèmes centraux incluront la lutte contre la corruption, la gestion économique, les relations internationales (notamment en mer de Chine méridionale), et la justice sociale. Sara Duterte mise sur son image de leader forte et accessible.
- Critique du bilan actuel : pauvreté, coût de la vie élevé, corruption.
- Promesse de service dédié à la nation.
- Appel au pardon pour son soutien passé à Marcos.
Ces éléments forment le cœur de son message de campagne naissante. Elle cherche à reconquérir ceux qui pourraient douter de son virage.
Un risque calculé dans un climat incertain
En se déclarant candidate si tôt, Sara Duterte prend un pari majeur. Les sondages lui sont favorables, mais les procédures en cours pourraient tout balayer.
Les experts estiment que l’administration Marcos poussera pour une destitution. Le Sénat deviendrait alors l’arène décisive. Les alliances politiques joueront un rôle crucial.
Malgré cela, son annonce galvanise ses bases. Elle positionne sa candidature comme un acte de résistance face à ce qu’elle perçoit comme des injustices.
Perspectives pour l’avenir politique philippin
Cette candidature ouvre une nouvelle ère de polarisation. Les dynasties Duterte et Marcos incarnent deux visions contrastées du pouvoir.
Pour les Philippins, l’enjeu est de taille : continuité ou rupture ? Stabilité ou confrontation ? La campagne de 2028 s’annonce intense, avec des répercussions sur la démocratie et la gouvernance.
Sara Duterte, en se lançant maintenant, force le débat national. Son parcours, ses alliances passées et ses défis actuels en font une figure centrale pour les années à venir.
Restez attentifs : les prochains mois révéleront si cette candidature résistera aux tempêtes judiciaires et politiques. L’archipel philippin entre dans une phase décisive de son histoire contemporaine.










