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Rafah Rouvert : Clé Humanitaire pour Gaza en 2026

Après des mois de fermeture totale, le passage de Rafah entre Gaza et l’Égypte vient de rouvrir partiellement. Un axe vital pour l’aide humanitaire et les civils, mais sous haute surveillance. Quelles conditions strictes imposent désormais Israël et l’Égypte ?

Imaginez un étroit corridor de béton et de métal, coincé entre le désert aride du Sinaï et les ruines d’une ville martyrisée, qui devient soudain la seule bouffée d’oxygène pour plus de deux millions de personnes. Depuis dimanche, le passage de Rafah, fermé depuis mai 2024, a timidement repris vie. Ce n’est pas encore la liberté totale, loin de là, mais c’est un premier souffle après des mois d’asphyxie complète.

Ce petit poste-frontière, à peine visible sur certaines cartes, porte sur ses épaules tout l’espoir d’acheminer nourriture, médicaments et carburant dans la bande de Gaza. Il symbolise aussi les innombrables contraintes qui continuent de peser sur la population palestinienne. Aujourd’hui, alors que les premiers camions s’ébranlent et que quelques civils préparent leurs maigres bagages, revenons sur ce lieu stratégique qui cristallise tant de drames et d’enjeux géopolitiques.

Rafah : le poumon vital d’une enclave asphyxiée

Le passage de Rafah n’est pas un point de passage ordinaire. Situé à l’extrême sud de la bande de Gaza, il constitue la seule frontière directe avec un pays arabe, l’Égypte. Depuis des années, il représente l’unique fenêtre vers l’extérieur pour une population soumise à un blocus strict imposé par Israël depuis 2007. Quand Kerem Shalom, le principal point d’entrée depuis Israël, est saturé ou fermé, Rafah devient l’artère indispensable.

Des milliers de tonnes d’aide humanitaire transitent normalement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d’Al-Arich avant de converger vers ce poste-frontière. Une fois franchi, le convoi doit encore affronter les contrôles israéliens à Kerem Shalom, à seulement quelques kilomètres. Ce double filtrage explique pourquoi l’aide met parfois des semaines à atteindre les familles qui en ont désespérément besoin.

Une histoire marquée par les changements de pouvoir

Entre 2005 et 2007, Rafah était géré par l’Autorité palestinienne. C’était l’époque où l’on parlait encore d’une possible souveraineté partagée. Puis, en 2007, le Hamas a pris le contrôle total de la bande de Gaza. Le passage est alors devenu l’un des symboles les plus visibles de cette autorité de fait. L’Égypte, soucieuse de sa propre sécurité, a multiplié les restrictions, allant même jusqu’à fermer le point de passage pendant de longues périodes.

En mai 2024, l’armée israélienne a franchi une étape supplémentaire en s’emparant du côté gazaoui du passage. Officiellement, l’opération visait à empêcher l’utilisation du site à des fins militaires. Depuis cette date, Rafah est resté fermé à presque tout trafic, hormis une très courte réouverture au début de l’année 2025 lors d’une trêve de six semaines. Cette fermeture prolongée a aggravé la crise humanitaire déjà catastrophique.

La réouverture de 2026 : un plan américain en arrière-plan

La réouverture actuelle s’inscrit dans un cadre plus large : le plan présenté par le président américain Donald Trump pour mettre fin au conflit déclenché le 7 octobre 2023. Ce plan, qui prévoit plusieurs phases, inclut notamment un retrait progressif des forces israéliennes d’une partie importante de la bande de Gaza. Rafah se trouve précisément dans la zone où l’armée israélienne reste présente en deçà de ce qui est appelé la « Ligne jaune ».

Les autorités israéliennes insistent sur le fait que toute entrée ou sortie devra recevoir une autorisation sécuritaire préalable. Cette clause s’applique aussi bien aux personnes qu’aux marchandises. L’objectif affiché est clair : empêcher toute infiltration d’éléments armés ou de matériel considéré comme dangereux.

« Il faudra une autorisation sécuritaire préalable pour sortir de Gaza et y entrer, en coordination avec l’Égypte et sous la supervision de la mission européenne à Rafah. »

Cette phrase, prononcée par des responsables israéliens, résume parfaitement le ton très prudent adopté pour cette phase pilote.

Des conditions draconiennes pour les civils

Les Palestiniens qui souhaitent rentrer à Gaza après un exil forcé devront se plier à des règles très strictes. Selon les informations transmises par l’ambassade palestinienne au Caire, chaque personne ne pourra emporter qu’un nombre limité de bagages. Les objets métalliques et électroniques sont interdits. Même les médicaments seront soumis à des quantités maximales autorisées.

Ces restrictions, bien que compréhensibles du point de vue sécuritaire pour Israël, compliquent énormément le retour des familles. Beaucoup ont fui avec presque rien ; revenir avec des restrictions aussi lourdes signifie repartir presque de zéro, une fois encore.

  • Bagages limités en volume et en poids
  • Interdiction des objets métalliques
  • Interdiction des appareils électroniques
  • Quantité plafonnée de médicaments autorisés

Ces mesures s’appliquent dès lundi, date à laquelle le passage des personnes dans les deux sens doit normalement commencer.

Retour de la mission européenne EUBAM

Pour superviser cette réouverture fragile, la mission d’assistance aux frontières de l’Union européenne (EUBAM) a été réactivée. Créée en 2005, elle avait été suspendue en 2007 après la prise de pouvoir du Hamas. Une brève réactivation avait eu lieu en janvier 2025, avant une nouvelle suspension en mars.

Aujourd’hui, des policiers italiens, espagnols et français sont de retour sur place. Leur rôle est de coordonner avec les autorités palestiniennes et égyptiennes, tout en veillant au respect des procédures convenues. Le côté palestinien du passage devrait être administré conjointement par l’EUBAM et une délégation de l’Autorité palestinienne.

Cette présence européenne vise à apporter une certaine neutralité et à rassurer les différentes parties. Elle constitue aussi un gage de transparence pour les donateurs internationaux qui financent l’aide humanitaire.

Le parcours chaotique de l’aide humanitaire

L’acheminement de l’aide reste un véritable parcours du combattant. Les camions arrivent d’abord en Égypte par la mer. Ils stationnent ensuite près d’Al-Arich, où des centaines de véhicules chargés de denrées, de matériel médical et de carburant attendent parfois des semaines.

Une fois le feu vert donné, ils franchissent Rafah puis se dirigent immédiatement vers Kerem Shalom. Là, les Israéliens procèdent à des inspections très poussées. Les produits autorisés sont déchargés, inspectés, puis rechargés sur d’autres camions palestiniens autorisés à pénétrer dans Gaza. Tout ce qui est jugé sensible ou interdit repart en sens inverse.

ÉtapeLieuContrôle principal
ArrivéePort-Saïd / Al-ArichÉgyptien
FranchissementRafahÉgyptien + EUBAM
InspectionKerem ShalomIsraélien
RedistributionIntérieur GazaAutorités locales

Ce circuit, bien que lourd, reste la seule voie viable pour faire entrer des volumes significatifs d’aide dans l’enclave.

Pourquoi Rafah reste un symbole si puissant

Au-delà des aspects logistiques, Rafah incarne les espoirs et les frustrations d’une population enfermée depuis trop longtemps. Chaque réouverture, même partielle, est vécue comme une victoire symbolique. Chaque fermeture prolongée, comme une sentence supplémentaire.

Les images de familles séparées, de malades qui ne peuvent être évacués, de camions bloqués à quelques kilomètres de leur destination, ont fait le tour du monde. Rafah n’est pas seulement un poste-frontière ; c’est le miroir grossissant des souffrances endurées depuis plus de deux ans de guerre intense.

La phase pilote lancée dimanche pourrait marquer un tournant. Ou au contraire, rester une parenthèse vite refermée si la situation sécuritaire se dégrade à nouveau. L’avenir dira si ce fragile corridor deviendra réellement une porte vers la reconstruction ou s’il restera un goulet d’étranglement sous haute tension.

Pour l’instant, les regards du monde entier se tournent une fois de plus vers ce petit bout de désert où se joue, à chaque passage de camion ou de personne, une partie de l’espoir de survie et de dignité pour Gaza.

Dans un contexte où chaque jour compte, la réouverture de Rafah rappelle cruellement que l’accès à l’aide humanitaire ne devrait jamais être une question géopolitique, mais un droit fondamental.

Les prochains jours seront décisifs. Observera-t-on une augmentation progressive du trafic humanitaire ? Les retours de familles s’organiseront-ils sans incident majeur ? Ou bien les exigences sécuritaires viendront-elles rapidement gripper à nouveau la machine ?

Une chose est sûre : tant que Rafah restera sous une surveillance aussi étroite, il continuera d’être bien plus qu’un simple point sur une carte. Il restera le symbole vivant des espoirs les plus ténus et des contraintes les plus lourdes qui pèsent sur la bande de Gaza en ce début d’année 2026.

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