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Viols sur Personnes Âgées : Silence Médiatique et Failles de l’État

Des femmes de 83 à 95 ans violées chez elles par des inconnus en situation irrégulière et sous OQTF non exécutée. Pourquoi les grands médias hésitent-ils autant à en parler franchement ? Ce silence cache-t-il une réalité plus lourde encore ?

Imaginez une femme de 90 ans, seule chez elle à Nice, qui ouvre sa porte à un inconnu en pleine nuit. Quelques heures plus tard, elle est victime d’un viol d’une violence inouïe. Quelques jours plus tôt, une nonagénaire à Clichy-la-Garenne subissait le même sort. À La Courneuve, une octogénaire handicapée n’a pas pu se défendre. Ces drames, qui se répètent avec une régularité glaçante, ne sont plus seulement des faits divers : ils deviennent le symptôme d’un malaise profond dans notre société.

Ce qui choque le plus, au-delà de l’horreur des actes eux-mêmes, c’est la manière dont ils sont traités – ou plutôt, dont ils peinent à être traités – dans l’espace public. Une gêne palpable traverse les rédactions, un silence qui en dit long sur les dilemmes auxquels font face les journalistes aujourd’hui. Pourquoi tant d’hésitation ? Pourquoi tant de précautions quand les faits sont établis ?

Quand la réalité devient trop lourde à porter

Chaque nouvelle affaire suit presque le même scénario : une personne très âgée, souvent seule, agressée sexuellement à son domicile par un individu inconnu. Les enquêteurs identifient rapidement le suspect : ressortissant maghrébin, en situation irrégulière sur le territoire, et surtout sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) non exécutée. Ce détail administratif, loin d’être anodin, devient central dans le débat qui ne veut pas dire son nom.

Pourtant, dans les grands médias, l’information circule au compte-gouttes. On parle d’« agression sexuelle », on évoque « un individu en situation irrégulière », mais on évite soigneusement de relier les différents cas entre eux. On se garde bien de poser la question qui fâche : pourquoi ces hommes, déjà signalés comme devant quitter le pays, se trouvent-ils encore ici, libres de leurs mouvements ?

La peur de « faire le jeu de »

Les responsables éditoriaux le savent : aborder frontalement la nationalité ou le statut administratif du suspect, c’est risquer immédiatement d’être accusé de stigmatisation. C’est craindre de voir son article repris, déformé, instrumentalisé par des comptes qui militent pour des positions radicales sur l’immigration. Alors on préfère le silence, ou du moins l’euphémisation maximale.

Mais ce calcul a un coût. À force de contourner le sujet, on laisse le champ libre à ceux qui, eux, n’hésitent pas une seconde. Des sites, des comptes influents sur les réseaux sociaux s’emparent des faits bruts, les relient entre eux, pointent du doigt les incohérences de la politique migratoire. Et paradoxalement, leur discours gagne en crédibilité précisément parce que les médias traditionnels se taisent ou minimisent.

« Le silence des uns fait le bruit des autres. »

Cette formule résume parfaitement la mécanique à l’œuvre. En refusant de traiter le sujet avec la franchise qu’il mérite, on alimente la défiance. On donne l’impression – fausse ou vraie – qu’il y aurait quelque chose à cacher. Et dans un climat déjà tendu sur les questions d’insécurité et d’immigration, ce soupçon devient explosif.

Les OQTF : une mesure qui ne mesure rien ?

Revenons aux fameuses obligations de quitter le territoire français. Prononcées par milliers chaque année, elles concernent des personnes jugées indignes de rester en France : soit pour des raisons de sécurité publique, soit parce que leur demande d’asile a été définitivement rejetée. Dans la très grande majorité des cas, elles ne sont jamais exécutées.

Les raisons sont multiples : manque de places en centre de rétention, difficultés diplomatiques pour obtenir des laissez-passer consulaires, recours en cascade déposés par les intéressés, surcharge des services préfectoraux… Résultat : des individus restent sur le territoire, souvent sans ressources, sans suivi, parfois dans une grande précarité. Certains sombrent dans la délinquance. D’autres, plus rares mais plus visibles, commettent des faits graves.

Dans les affaires récentes de viols sur personnes âgées, le point commun est précisément là : le suspect était déjà connu des services, déjà sous OQTF, déjà censé ne plus être en France. Alors pourquoi y est-il encore ? Pourquoi personne n’a pu – ou voulu – l’éloigner ?

La vulnérabilité des aînés : un angle mort de la sécurité

Les victimes ont toutes un point commun : leur grand âge, leur isolement, leur fragilité physique. Elles vivent souvent seules, dans des quartiers populaires où la mixité sociale est forte, mais où la solidarité de proximité s’est effritée. Elles ouvrent parfois leur porte par politesse, par confiance naïve, ou simplement parce qu’elles ne peuvent plus se déplacer rapidement.

Ces profils sont particulièrement exposés aux prédateurs opportunistes. Et quand le prédateur est un individu en errance administrative, sans attaches, sans contrôle, le risque devient exponentiel. Protéger les plus vulnérables devrait être une priorité absolue. Or, force est de constater que les dispositifs actuels ne suffisent pas.

  • Renforcer massivement les capacités d’éloignement effectif
  • Créer des filières prioritaires pour les profils à risque
  • Mieux coordonner police, justice et préfectures
  • Instaurer un suivi renforcé des personnes sous OQTF
  • Améliorer les partenariats consulaires pour obtenir les documents de voyage

Ces mesures ne sont pas nouvelles. Elles reviennent régulièrement dans les débats. Mais elles se heurtent toujours aux mêmes obstacles : manque de moyens, complexité juridique, réticences diplomatiques. Pendant ce temps, les drames s’accumulent.

Parler franchement sans stigmatiser

Il est possible – et même nécessaire – de parler de ces sujets sans verser dans la xénophobie. Reconnaître qu’une partie significative des auteurs de ces crimes appartient à un profil migratoire précis n’est pas faire preuve de racisme : c’est constater une réalité statistique. Nier cette réalité, en revanche, c’est refuser de comprendre les mécanismes à l’œuvre et donc de pouvoir y remédier.

La protection des personnes âgées ne devrait pas être un sujet clivant. Elle devrait unir au contraire toutes les sensibilités politiques autour d’un objectif clair : plus jamais ça. Cela passe par une politique migratoire plus ferme sur les cas à risque, mais aussi par une meilleure prise en charge des personnes en grande précarité, qu’elles soient françaises ou étrangères.

La spirale du silence et de la colère

Plus les médias généralistes tardent à traiter ces affaires avec la gravité qu’elles méritent, plus ils perdent en légitimité. Plus ils perdent en légitimité, plus les discours radicaux gagnent du terrain. C’est une spirale infernale : le silence engendre la défiance, la défiance engendre la radicalisation du débat, la radicalisation empêche le dialogue rationnel.

Sortir de cette spirale suppose du courage éditorial. Cela suppose aussi que l’État assume pleinement ses responsabilités. Tant que les OQTF resteront des vœux pieux, tant que les angles morts administratifs persisteront, la colère continuera de monter. Et ce sont toujours les plus fragiles qui en paieront le prix.

Une femme de 90 ans a été violée à Nice. Une autre de 95 ans à Clichy. Une handicapée de 83 ans à La Courneuve. Derrière chaque nom, chaque âge avancé, il y a une vie brisée, une confiance anéantie, une peur qui ne s’effacera jamais complètement. Ces femmes méritent mieux que des faits divers relégués en bas de page. Elles méritent une réponse forte, rapide, cohérente.

Elles méritent surtout que l’on cesse de détourner le regard.

Le vrai scandale n’est pas seulement le crime. C’est notre incapacité collective à en parler sans tabou et à agir sans délai.

Combien d’autres drames faudra-t-il encore pour que les choses bougent vraiment ?

La réponse appartient à tous : citoyens, médias, responsables politiques. Il est temps de sortir du déni et d’affronter la réalité, aussi inconfortable soit-elle.

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