Dimanche prochain, le Costa Rica s’apprête à vivre un moment crucial de son histoire démocratique. Les électeurs sont appelés aux urnes pour choisir leur prochain président lors d’un premier tour qui s’annonce particulièrement disputé. Au cœur de cette élection, une figure émerge nettement des sondages : une candidate de droite qui promet une réponse musclée à la montée de la violence liée au narcotrafic.
Le pays, traditionnellement reconnu pour sa stabilité et son pacifisme, fait face aujourd’hui à des défis sécuritaires inédits. Cette consultation électorale pourrait redéfinir les priorités nationales, entre continuité d’une ligne dure et propositions plus modérées ou progressistes. Avec plus de vingt candidats en lice, la fragmentation du paysage politique rend l’issue incertaine.
Une favorite qui domine largement les intentions de vote
Laura Fernández se positionne comme la grande favorite de cette élection. À seulement 39 ans, cette politologue et ancienne ministre incarne la continuité du gouvernement actuel. Elle bénéficie d’une avance confortable dans les sondages, flirtant parfois avec les 40 % nécessaires pour l’emporter dès le premier tour.
Son discours résolument ferme sur les questions de sécurité séduit une partie importante de l’électorat inquiet face à l’évolution de la criminalité. Inspirée par des modèles régionaux audacieux, elle propose des mesures qui sortent des sentiers battus dans un pays habitué à une approche plus mesurée.
Malgré cette domination apparente, un tiers des électeurs reste indécis. Cette incertitude, combinée à la marge d’erreur des enquêtes, maintient le suspense jusqu’au bout. Un second tour le 5 avril n’est pas totalement exclu.
Le parcours et les promesses de Laura Fernández
Née dans une province côtière du Pacifique, Laura Fernández est mère d’une petite fille de trois ans. Spécialiste des politiques publiques, elle se définit comme libérale sur le plan économique et conservatrice sur les questions sociétales. Son style direct et parfois sarcastique rappelle celui du président sortant, dont elle fut une proche collaboratrice.
Elle promet de s’attaquer frontalement à la violence liée au narcotrafic, phénomène relativement nouveau dans le pays. Parmi ses mesures phares : la construction d’une prison de haute sécurité calquée sur des modèles étrangers, l’alourdissement de certaines peines et même la possibilité de suspendre temporairement certains droits dans les zones les plus touchées.
J’appliquerai des mesures sévères qui permettront de mettre hors d’état de nuire les délinquants et les envoyer là où ils doivent être, c’est-à-dire en prison.
Cette rhétorique musclée plaît à ceux qui aspirent à un retour rapide à l’ordre. Ses détracteurs, eux, la présentent comme une simple exécutante, affirmant que son mentor continuerait à diriger dans l’ombre. Elle revendique pourtant pleinement son indépendance et sa vision pour le pays.
Alvaro Ramos, l’économiste au parcours inspirant
Face à elle, Alvaro Ramos représente le Parti de libération nationale, formation historique de centre droit. Âgé de 42 ans, cet économiste social-démocrate met en avant un parcours personnel hors norme pour convaincre les électeurs.
Né sourd, il a appris à lire et à écrire dès l’âge de trois ans, puis à parler grâce à un centre public d’éducation spécialisée. Son handicap, loin d’être un frein, est devenu pour lui une source de force et de résilience. Il aime répéter que le Costa Rica lui a appris à écouter les besoins du pays.
Docteur en économie de l’université de Berkeley, il affiche un palmarès académique impressionnant, dont un score parfait à l’examen d’entrée de l’Université du Costa Rica. Ancien vice-ministre des Finances et président de la caisse de sécurité sociale, il connaît parfaitement les rouages de l’État.
Père de deux filles, originaire de San José, il met l’accent sur la paix sociale, la lutte contre la violence et la valorisation de l’éducation. Son message porte sur la reconstruction d’un pays apaisé et inclusif.
Claudia Dobles, l’ex-Première dame au profil atypique
Claudia Dobles apporte une touche originale à cette campagne. Âgée de 45 ans, architecte de formation, elle a exercé les fonctions de Première dame durant le mandat de son époux entre 2018 et 2022. Elle refuse cependant le rôle traditionnel assigné à cette position.
Spécialiste de l’urbanisme et des mobilités, elle a piloté des projets ambitieux de planification territoriale et de transports durables. Ses études à Harvard et au MIT en environnement et urbanisme renforcent sa crédibilité sur ces thématiques.
Mère d’un garçon de 12 ans, native de San Carlos dans le nord du pays, elle incarne une approche plus technique et progressiste. Sa coalition de centre mise sur des solutions concrètes pour améliorer le quotidien des Costariciens.
Les autres prétendants marquants
Le paysage électoral compte également des figures plus clivantes. Fabricio Alvarado, 51 ans, porte les couleurs du Parti Nouvelle République, très conservateur. Journaliste et député, il s’est déjà présenté en 2018 et 2022. Opposé au mariage pour tous et à l’avortement, il reste une voix influente dans un pays globalement conservateur sur les questions sociétales. Il fait face à des accusations récentes qu’il conteste fermement.
Ariel Robles, 34 ans, représente la gauche avec le Frente Amplio. Député, il aspire à devenir le premier candidat de gauche à atteindre un second tour. Il dénonce fermement l’autoritarisme dans la région et place l’environnement ainsi que l’égalité de genre au cœur de son programme.
Enfin, José Aguilar, 46 ans, sociologue et candidat du Parti Avanza, entretient un lien familial avec une figure régionale controversée. Marié à une cousine germaine d’un président voisin, il tente de se démarquer tout en soutenant des mesures d’urgence pour contrer la criminalité.
Les enjeux majeurs de cette élection
La sécurité publique domine largement les préoccupations des électeurs. L’arrivée du narcotrafic a modifié la donne dans un pays longtemps épargné par ce fléau. Les promesses de fermeté rencontrent un écho important, même si elles soulèvent des débats sur les libertés individuelles.
L’économie reste un sujet sensible. Entre libéralisme assumé et protection sociale, les candidats proposent des visions parfois opposées. L’éducation, la santé et l’environnement complètent le tableau des priorités nationales.
Le scrutin majoritaire à deux tours impose une stratégie claire : convaincre au-delà de son camp traditionnel. Les alliances potentielles et les reports de voix seront décisifs en cas de second tour.
Un contexte régional influent
Les références à des expériences étrangères, notamment salvadoriennes, traversent la campagne. Les mesures exceptionnelles prises ailleurs inspirent certains candidats, tandis que d’autres appellent à la prudence pour préserver les équilibres démocratiques du Costa Rica.
Cette élection s’inscrit dans un moment où plusieurs pays de la région font face à des défis similaires. La réponse costaricienne pourrait influencer les débats voisins.
Vers un verdict historique ?
Avec une participation attendue massive, ce scrutin pourrait marquer un tournant. Une victoire dès le premier tour conforterait une ligne dure et continuité. Un second tour ouvrirait la porte à des négociations et recompositions inattendues.
Les Costariciens devront peser entre fermeté sécuritaire et préservation des valeurs démocratiques traditionnelles. Les prochaines heures seront décisives pour dessiner l’avenir du pays.
Quelle que soit l’issue, cette présidentielle restera dans les annales pour sa densité et ses contrastes. Les électeurs ont rendez-vous avec leur destin ce dimanche.
Points clés à retenir :
- Plus de 20 candidats en lice pour la présidence
- Laura Fernández domine largement les sondages
- La sécurité et la lutte contre le crime au cœur des débats
- Possibilité d’un premier tour décisif à 40 %
- Un tiers d’indécis maintient le suspense
Le Costa Rica, petit pays d’Amérique centrale, continue de surprendre par la vitalité de sa démocratie. Cette élection en est une nouvelle illustration éclatante. Rendez-vous dimanche pour connaître le nom du prochain dirigeant.
Les semaines à venir seront riches en analyses et en rebondissements potentiels. L’avenir du pays se joue maintenant, et chaque voix comptera double.









