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Irak : Élection Présidentielle et Retour Possible de Maliki

Le Parlement irakien se réunit mardi pour élire le président de la République, étape décisive avant le probable retour de Nouri al-Maliki à la tête du gouvernement. Une nomination soutenue par la puissante coalition chiite qui pourrait redessiner les équilibres politiques du pays, mais le processus risque de s’enliser durablement…

Dans les couloirs du pouvoir à Bagdad, une nouvelle page de l’histoire politique irakienne s’apprête à s’écrire. Mardi, les députés se réuniront pour élire le président de la République, une fonction symbolique mais essentielle dans le délicat équilibre confessionnel du pays. Cette étape ouvre officiellement la course à la formation du prochain gouvernement, avec en ligne de mire le nom d’une figure familière et controversée : Nouri al-Maliki.

Un scrutin présidentiel sous haute tension

Le système politique irakien repose sur un fragile consensus communautaire instauré après 2003. La présidence revient traditionnellement à un Kurde, la présidence du Parlement à un Sunnite et le poste de Premier ministre à un Chiite. Cette règle non écrite structure toutes les négociations post-électorales et conditionne la stabilité du pays.

Dimanche, le président du Parlement a officialisé la tenue de la session décisive pour mardi. Les regards se tournent désormais vers les partis kurdes, qui peinent encore à s’entendre sur un candidat commun capable de rassembler les deux tiers des voix nécessaires au Parlement.

Le rôle clé mais limité du président

Une fois élu, le nouveau chef de l’État disposera de quinze jours pour désigner le Premier ministre. Ce délai court place une pression immédiate sur les tractations en coulisses. Traditionnellement, le choix se porte sur le candidat du plus grand bloc parlementaire chiite, formé après les alliances post-électorales.

Le poste reste largement honorifique : le président ratifie les lois, représente l’unité nationale et nomme formellement le chef du gouvernement. Pourtant, dans le contexte irakien, chaque nomination présidentielle influence directement la physionomie du futur exécutif.

La coalition chiite désigne son champion

Le Cadre de coordination, puissante alliance de factions chiites aux liens variés avec l’Iran, a tranché. Par un vote majoritaire interne, ses membres ont officiellement désigné Nouri al-Maliki comme candidat au poste de Premier ministre. À 75 ans, l’ancien dirigeant fait ainsi un retour spectaculaire sur le devant de la scène.

Cette annonce marque un tournant. Elle confirme la prééminence actuelle du Cadre de coordination parmi les forces chiites et ouvre la voie à une investiture rapide dès que le président nouvellement élu entérinera la proposition.

« Nous avons décidé, à la majorité des voix, de désigner M. Maliki en tant que candidat du plus grand bloc parlementaire. »

Déclaration du Cadre de coordination

Ce soutien massif illustre la capacité de mobilisation de l’ancien Premier ministre au sein des cercles chiites influents. Il souligne également la fragmentation persistante de l’espace politique irakien, où les alliances se font et se défont au gré des rapports de force.

Nouri al-Maliki : un parcours marqué par deux mandats

Nouri al-Maliki n’est pas un inconnu. Il détient le record de longévité à la tête du gouvernement depuis la chute de Saddam Hussein : deux mandats consécutifs entre 2006 et 2014. Période durant laquelle il a dirigé le pays au plus fort de la violence sectaire, de l’émergence d’Al-Qaïda en Irak puis de l’État islamique.

Proche de Téhéran tout en ayant collaboré étroitement avec Washington durant son premier mandat, Maliki incarne les paradoxes de la politique irakienne post-2003. Accusé par ses détracteurs d’avoir favorisé une gouvernance sectaire, il conserve néanmoins une base solide parmi les Chiites.

Son retour intervient dans un contexte régional profondément transformé. L’influence iranienne connaît un relatif déclin tandis que les tensions entre Téhéran et Washington restent vives. Maliki devra naviguer entre ces pôles antagonistes tout en répondant aux attentes internes d’une population épuisée par des décennies de crises.

Les défis qui attendent le futur gouvernement

Une fois nommé, le Premier ministre dispose d’un mois pour composer son équipe et obtenir la confiance des députés. Ce délai paraît court au regard de la complexité des négociations. Chaque ministère devient un enjeu de pouvoir, chaque portefeuille un levier de patronage.

Historiquement, la formation des gouvernements irakiens traîne souvent plusieurs mois. Les précédents exécutifs ont mis entre huit et treize mois pour voir le jour après les élections. Rien ne garantit que le scénario actuel déroge à cette règle.

  • Obtenir l’accord des principales forces politiques sur la répartition des ministères
  • Apaiser les tensions entre factions chiites rivales
  • Intégrer des représentants sunnites et kurdes pour respecter l’équilibre communautaire
  • Répondre aux attentes populaires en matière de services publics et de lutte contre la corruption

Chacune de ces étapes représente un obstacle potentiel. Un simple veto d’un groupe important peut bloquer l’ensemble du processus pendant des semaines, voire des mois.

Un contexte régional en pleine mutation

Le Moyen-Orient traverse une période de bouleversements majeurs. L’affaiblissement relatif de l’influence iranienne dans plusieurs dossiers régionaux contraste avec la fermeté renouvelée de la posture américaine. Bagdad se trouve au cœur de cet échiquier.

Le futur dirigeant devra jongler avec ces pressions externes tout en consolidant sa légitimité interne. La capacité de Maliki à maintenir des relations équilibrées avec Téhéran et Washington constituera l’un des tests les plus révélateurs de son retour au pouvoir.

Les Kurdes face à l’épreuve de l’unité

Côté kurde, la situation reste incertaine. Les principaux partis n’ont pas encore réussi à dégager une candidature consensuelle pour la présidence. Cette division interne fragilise leur position de négociation dans les tractations gouvernementales.

Une fois le président élu, les Kurdes espèrent obtenir des garanties sur le partage des revenus pétroliers, le statut de Kirkouk et l’autonomie de leur région. Tout retard dans l’élection présidentielle retarde également ces discussions cruciales.

La communauté sunnite dans l’attente

Les Sunnites, représentés à la présidence du Parlement, observent attentivement l’évolution de la situation. Ils souhaitent conserver une influence significative dans le prochain gouvernement, notamment sur les questions de sécurité et de reconstruction des zones autrefois contrôlées par l’État islamique.

Leur soutien ou leur opposition pourrait peser lourd dans la balance lors du vote de confiance final. Une marginalisation perçue risquerait de raviver les tensions communautaires.

Les attentes populaires au cœur des enjeux

Au-delà des tractations politiciennes, la population irakienne aspire avant tout à la stabilité, à des services publics dignes de ce nom et à une réduction massive de la corruption. Les manifestations massives de 2019 avaient déjà mis en lumière ce profond malaise social.

Le prochain gouvernement héritera de ces revendications pressantes. Sa capacité à y répondre rapidement conditionnera sa légitimité et sa pérennité.

Un retour sous surveillance

Le probable retour de Nouri al-Maliki suscite des réactions contrastées. Ses partisans y voient l’opportunité de retrouver une gouvernance forte et expérimentée. Ses opposants craignent un retour en arrière vers les pratiques sectaires et autoritaires de son précédent mandat.

Quoi qu’il en soit, sa désignation marque un moment charnière dans l’histoire récente de l’Irak. Elle illustre la résilience des réseaux politiques établis depuis 2003 et la difficulté persistante à renouveler profondément la classe dirigeante.

Vers une nouvelle ère ou un enlisement prolongé ?

L’élection présidentielle de mardi constitue donc bien plus qu’une formalité. Elle lance officiellement le compte à rebours vers la formation du prochain gouvernement irakien. Un processus qui, selon toute vraisemblance, s’annonce long, complexe et semé d’embûches.

Dans un pays où chaque nomination peut bouleverser les équilibres internes et régionaux, les semaines à venir seront déterminantes. L’Irak se trouve à un nouveau carrefour. Le choix du président et du Premier ministre influencera durablement sa trajectoire politique, économique et sécuritaire.

Pour l’instant, tous les regards restent fixés sur Bagdad. Mardi, les députés entreront dans l’hémicycle avec, entre leurs mains, une part importante de l’avenir immédiat du pays. Quelle que soit l’issue, cette journée marquera un tournant dans la vie politique irakienne contemporaine.

La suite des événements dira si ce retour annoncé de Nouri al-Maliki permettra de stabiliser le pays ou s’il ouvrira au contraire une nouvelle période d’incertitude et de marchandages prolongés. L’histoire récente de l’Irak incite à la prudence. Mais elle rappelle aussi que, parfois, les surprises les plus inattendues émergent précisément quand tout semble joué d’avance.

Points clés à retenir

  • Élection présidentielle mardi au Parlement irakien
  • Poste de Premier ministre promis à Nouri al-Maliki par la coalition chiite dominante
  • Système de partage communautaire toujours en vigueur : Kurde à la présidence, Chiite au gouvernement, Sunnite au Parlement
  • Délai de 15 jours pour le président afin de nommer le Premier ministre
  • Un mois ensuite pour former le gouvernement et obtenir la confiance
  • Contexte régional marqué par le déclin relatif de l’influence iranienne

L’Irak continue donc d’écrire son histoire politique au rythme lent et souvent chaotique de ses institutions. Chaque scrutin, chaque nomination, chaque alliance redessine temporairement les rapports de force. Et dans ce jeu complexe, Nouri al-Maliki fait aujourd’hui figure de personnalité incontournable, pour le meilleur comme pour le pire.

Les prochains jours et semaines seront riches en rebondissements. Bagdad reste, plus que jamais, au centre de l’attention régionale et internationale.

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