Imaginez une matinée ordinaire transformée en cauchemar en quelques secondes. Des centaines de personnes défilent paisiblement dans les rues de Munich, drapeaux syndicaux au vent, discours dans les haut-parleurs, ambiance revendicative mais sereine. Et soudain, un moteur qui hurle, un véhicule qui surgit de nulle part et s’abat sur la foule comme une lame invisible. Le 13 février 2025, cette scène d’horreur est devenue réalité dans la capitale bavaroise.
Ce jour-là, l’Allemagne retenait son souffle. La ville accueillait la prestigieuse Conférence sur la sécurité de Munich, les dirigeants du monde entier étaient présents, les forces de l’ordre quadrillaient chaque artère. Dans ce climat déjà très tendu, un drame supplémentaire allait bouleverser le pays tout entier et laisser des marques profondes dans la mémoire collective.
Une attaque d’une violence inouïe au cœur de Munich
Vers la fin du cortège syndical, alors que la manifestation touchait à sa fin, une Mini Cooper noire a dépassé cinq véhicules de police qui assuraient l’escorte arrière. Le conducteur n’a pas freiné. Au contraire, il a accéléré brutalement, visant délibérément les personnes qui marchaient.
Le choc a été d’une violence extrême. Des corps projetés à plusieurs mètres, des cris de terreur, une scène de chaos indescriptible. L’engin a continué sa course folle sur environ 23 mètres avant de s’immobiliser, les roues avant littéralement soulevées par les personnes se trouvant dessous et devant le véhicule.
Deux victimes innocentes fauchées à jamais
Parmi les victimes, une femme de 37 ans et sa petite fille de seulement deux ans ont été projetées sur une dizaine de mètres. Elles succomberont toutes les deux à leurs blessures deux jours plus tard. La mère, ingénieure employée par la ville de Munich, était une figure appréciée dans son milieu professionnel.
Le syndicat qui organisait la manifestation a été profondément marqué par cette tragédie. De nombreux événements ont dû être annulés ou fortement sécurisés par la suite. La peur s’est installée durablement chez beaucoup de militants et de salariés.
44 tentatives de meurtre et une accusation très lourde
L’accusé, un jeune homme afghan de 25 ans nommé Farhad N., comparaît aujourd’hui devant la justice bavaroise pour deux meurtres et quarante-quatre tentatives de meurtre. Près de 1 400 personnes se trouvaient sur le parcours du cortège ce jour-là. Chacune aurait pu devenir une victime.
Le parquet n’a aucun doute sur l’intention : l’acte était prémédité, ciblé et revendiqué sur le moment même par des cris religieux caractéristiques.
Un profil qui interroge sur la radicalisation
Arrivé en Allemagne à l’âge de 15 ans, Farhad N. travaillait comme agent de sécurité. Passionné de musculation, il semblait mener une vie relativement discrète jusqu’à ces derniers mois. C’est précisément durant cette période qu’il aurait basculé dans une forme de radicalisation religieuse rapide et profonde.
Les enquêteurs ont établi que plusieurs prédicateurs afghans suivis sur les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant dans ce processus. L’accusé considérait les pays occidentaux comme responsables des souffrances des populations musulmanes en Afghanistan et au Moyen-Orient. Il estimait donc légitime de s’en prendre à des civils allemands choisis au hasard.
Il a crié « Allahu Akbar » et s’est mis à prier au moment de son interpellation.
Cette phrase prononcée lors de l’arrestation a immédiatement orienté les premières investigations vers la piste islamiste. Les autorités ont rapidement confirmé cette « orientation » et cette « motivation religieuse ».
Un enchaînement tragique d’attaques similaires
Malheureusement, l’attaque de Munich ne constitue pas un cas isolé. Les mois précédents ont été marqués par une série d’actes violents commis par des personnes issues de l’immigration récente, souvent originaires du Moyen-Orient ou d’Afghanistan.
Quelques jours seulement avant le drame de Munich, un autre ressortissant afghan avait attaqué au couteau un groupe d’enfants dans un parc d’Aschaffenburg, en Bavière également. Jugé irresponsable pénalement, il a été placé en internement psychiatrique.
Plus tôt encore, deux autres attaques au couteau islamistes à Mannheim et Solingen avaient fait des morts. Leurs auteurs, l’un afghan, l’autre syrien, ont été condamnés à la prison à perpétuité en septembre 2025.
Le marché de Noël de Magdebourg toujours en mémoire
Une autre attaque à la voiture-bélier avait particulièrement choqué l’opinion publique : celle du marché de Noël de Magdebourg. Un psychiatre saoudien présumé auteur de cette tuerie ayant fait six morts et plusieurs centaines de blessés est toujours jugé dans cette ville de l’est du pays.
Ces drames successifs ont créé un climat de peur diffuse et ont considérablement nourri le débat public sur la sécurité et l’immigration.
Un contexte politique et migratoire explosif
L’Allemagne traverse depuis plusieurs années une crise politique majeure autour de la question migratoire. L’arrivée massive de réfugiés syriens et afghans en 2015, sous la chancellerie d’Angela Merkel, avait suscité à la fois solidarité et crispations.
Dix ans plus tard, les difficultés d’intégration, les tensions sociales et surtout la multiplication d’actes violents graves ont fait basculer une partie importante de l’opinion.
L’essor fulgurant de l’AfD
Alternative für Deutschland (AfD), le parti d’extrême droite, a su capitaliser sur ce mécontentement. Devenu première force d’opposition après les dernières élections législatives, il n’hésite plus à mettre en cause directement la politique migratoire des vingt dernières années.
Les attaques répétées de ces derniers mois ont offert au parti un terrain particulièrement favorable pour marteler son discours sécuritaire et anti-immigration.
Des expulsions qui reprennent, même vers des zones dangereuses
Face à cette pression, les gouvernements successifs ont durci sensiblement leur position. Fin décembre 2025, pour la première fois depuis 2011, un ressortissant syrien a été expulsé vers son pays malgré la guerre civile qui y sévit toujours.
Les autorités allemandes ont également repris les renvois vers l’Afghanistan, même si les talibans sont revenus au pouvoir en 2021 et que la situation des droits humains y est catastrophique.
Un procès sous haute tension
Le procès qui s’ouvre ce vendredi à Munich est donc bien plus qu’un simple jugement pénal. Il cristallise toutes les fractures actuelles de la société allemande : sécurité intérieure, politique migratoire, intégration, montée des extrêmes, peur du terrorisme islamiste.
Trente-huit journées d’audience sont prévues jusqu’à la fin du mois de juin. La justice va devoir répondre à de très nombreuses questions : degré de préméditation, influence réelle des contenus visionnés en ligne, possibilité d’autres complices, état psychologique de l’accusé au moment des faits.
Pour les familles des victimes, ce procès représente aussi l’espoir d’une forme de justice, même si rien ne pourra jamais effacer la douleur.
Une société allemande profondément ébranlée
Derrière les chiffres et les qualifications juridiques, ce sont des vies brisées qui se trouvent au cœur de cette affaire. Une mère et sa toute petite fille fauchées sans raison apparente, des dizaines de blessés physiques et psychologiques, un syndicat marqué à jamais.
La question qui demeure est celle de la prévention. Comment éviter que d’autres jeunes, arrivés enfants dans le pays, ne basculent un jour dans une violence aveugle ? Quelles réponses apporter face à la radicalisation en ligne ? Comment concilier accueil humanitaire et impératifs de sécurité ?
Ces interrogations, bien plus larges que le seul procès de Farhad N., continueront d’animer le débat public allemand pendant de longues années.
En attendant, Munich retient son souffle, comme elle l’avait fait ce tragique 13 février 2025. Et avec elle, tout un pays qui cherche encore des réponses face à la violence aveugle.
Le verdict, quel qu’il soit, ne refermera probablement jamais totalement cette plaie ouverte dans le cœur de la Bavière et de l’Allemagne entière.









