Les rues d’Iran brûlent à nouveau. Depuis plusieurs semaines, des manifestations massives secouent le pays, réprimées dans le sang avec un bilan tragique dépassant les 600 morts selon les organisations qui suivent la situation au jour le jour. Face à cette vague de colère populaire, Donald Trump, depuis Washington, multiplie les déclarations fortes : les États-Unis sont « parés à intervenir » et prêts à venir en aide aux manifestants si la répression s’aggrave encore. Mais derrière ces mots lourds de conséquences, quelles sont réellement les cartes que le président américain peut jouer ?
Un arsenal d’options aux conséquences imprévisibles
Donald Trump se trouve aujourd’hui devant un dilemme stratégique complexe. D’un côté, la tentation d’agir fermement contre un régime qu’il qualifie régulièrement d’ennemi juré depuis 1979 ; de l’autre, la crainte de répéter les erreurs coûteuses du passé, notamment l’intervention en Irak en 2003 qui a laissé des séquelles durables dans l’opinion publique américaine. Le président a d’ailleurs répété à plusieurs reprises son opposition de principe aux changements de régime forcés par la force extérieure.
Cette position crée une tension permanente dans sa rhétorique : menaces répétées d’une intervention militaire d’un côté, réticence affichée à s’engager dans une guerre longue de l’autre. Entre ces deux extrêmes, plusieurs leviers intermédiaires existent, chacun portant ses propres risques et opportunités.
La menace militaire : entre frappes ponctuelles et escalade incontrôlable
L’option la plus visible et la plus spectaculaire reste bien entendu l’action militaire. Donald Trump a déjà démontré par le passé sa préférence pour des opérations rapides et ciblées, qu’il peut ensuite présenter comme des victoires claires et nettes. On se souvient notamment des frappes menées contre des installations liées au programme nucléaire iranien, réalisées dans un contexte de tensions exacerbées avec Israël.
Une telle approche pourrait être renouvelée aujourd’hui. Cibler directement les infrastructures des Gardiens de la Révolution, cette force idéologique qui dirige la répression actuelle, serait une manière de frapper au cœur du dispositif répressif sans pour autant lancer une invasion terrestre massive. L’idée serait de « influencer les indécis », comme l’expliquent certains analystes spécialisés dans la région : montrer que le régime n’est pas intouchable et encourager ainsi une partie de la population à basculer du côté des contestataires.
Une intervention américaine pourrait influencer les indécis à rejoindre ou non les protestations.
Mais ce calcul est loin d’être garanti. D’autres voix expertes mettent en garde : une frappe extérieure, même limitée, risque de provoquer l’effet inverse. Le régime, déjà paranoïaque, pourrait se servir de cette agression pour rallier la population autour de lui en brandissant la menace étrangère. L’unité nationale, même fragile, pourrait se reformer temporairement face à « l’ennemi américain ».
De plus, frapper les forces de sécurité dans des dizaines de villes simultanément dépasse largement le cadre d’une opération chirurgicale. Cela nécessiterait une campagne aérienne soutenue, avec tous les risques d’erreurs, de dommages collatéraux et d’escalade que cela implique. Un simple « symbole » militaire pourrait donc sembler plus en phase avec le style du président : fort en communication, limité dans les conséquences à long terme.
La pression économique : l’arme des sanctions renforcées
Parallèlement à la menace militaire, l’administration Trump dispose d’un levier économique puissant : les sanctions. L’Iran souffre déjà énormément des mesures restrictives mises en place ces dernières années. Récemment, le président a franchi une nouvelle étape en annonçant que tout pays continuant à commercer avec Téhéran serait frappé de droits de douane supplémentaires de 25 % par les États-Unis.
Cette mesure vise à asphyxier encore davantage l’économie iranienne et, indirectement, à accentuer la pression sur le régime. L’objectif affiché est double : priver les autorités des ressources nécessaires pour maintenir la répression et montrer aux manifestants que la communauté internationale, du moins la partie dirigée par Washington, ne les abandonne pas complètement.
Cependant, cette stratégie a aussi ses limites. Les sanctions, même très dures, ont historiquement renforcé la résilience du régime iranien, qui a développé des circuits parallèles et des alliances avec d’autres puissances pour contourner les restrictions. De plus, elles touchent durement la population civile, alimentant parfois le ressentiment contre l’Occident plutôt que contre les autorités en place.
La voie diplomatique : un pari risqué sur le court terme
Alors que les frappes et les sanctions dominent le débat, une autre piste existe, plus discrète : la négociation. Des contacts indirects ont récemment été confirmés entre les deux gouvernements, passant par un émissaire proche de Donald Trump. Cette ouverture surprend dans un contexte de haute tension, mais elle n’est pas inédite.
Certains observateurs estiment qu’un accord pragmatique, même limité, qui assouplirait les sanctions en échange de concessions iraniennes, pourrait être perçu positivement par une partie importante de la population. Beaucoup d’Iraniens aspirent aujourd’hui à une sortie de crise, à une levée de la menace de guerre et à un allègement des difficultés économiques quotidiennes.
De nombreux Iraniens accueilleraient favorablement un accord qui assouplisse les sanctions et dissipe la menace de guerre.
Mais ce chemin est semé d’embûches. Les opposants les plus radicaux au régime accusent toute forme de dialogue de venir en aide aux autorités, de leur offrir une bouée de sauvetage au moment où elles vacillent. Pour eux, négocier équivaut à trahir les manifestants qui risquent leur vie dans la rue.
Le rôle des figures de l’opposition en exil
Parmi les voix qui influencent le débat à Washington, celle de Reza Pahlavi, fils de l’ancien chah, occupe une place particulière. Installé aux États-Unis, il appelle ouvertement Donald Trump à soutenir activement les contestataires, contrastant avec la prudence affichée par l’administration précédente lors des manifestations de 2009.
Selon lui et certains membres influents du Parti républicain, toute forme de diplomatie ne ferait que prolonger l’agonie du régime. Ils militent pour une ligne dure, combinant pression maximale et soutien visible aux forces démocratiques en Iran.
Cette position n’est pas sans écho au sein de l’appareil américain, mais elle divise également. D’autres analystes estiment que l’ingérence trop visible d’une puissance étrangère pourrait discréditer le mouvement populaire aux yeux d’une partie de la population.
Les risques d’inaction
Ne rien faire n’est pas non plus une option neutre. Plusieurs experts soulignent que l’inaction pourrait renforcer le narratif du régime, qui présente régulièrement les États-Unis comme une puissance incapable de tenir ses promesses. Lorsque Donald Trump affirme que Washington viendra au secours des manifestants en cas de massacre massif, l’absence de réaction concrète risquerait de miner durablement la crédibilité américaine dans la région.
De plus, l’inaction pourrait décourager les protestataires. Si les Iraniens ont aujourd’hui l’impression que la République islamique est condamnée à disparaître un jour, ils pourraient aussi craindre que toute mobilisation supplémentaire soit vaine face à un pouvoir qui semble intouchable.
Un choix dicté par l’objectif final
En définitive, la décision de Donald Trump dépendra largement de l’objectif qu’il poursuit réellement. S’agit-il de soutenir concrètement les manifestants jusqu’à un possible changement de régime ? De punir le pouvoir en place sans aller jusqu’à une guerre ouverte ? Ou simplement de maintenir une pression constante pour obtenir des concessions diplomatiques ?
Chaque option porte en elle des risques majeurs : escalade militaire incontrôlable, renforcement paradoxal du régime, perte de crédibilité internationale, ou au contraire abandon perçu des forces démocratiques. Le président américain navigue donc sur un fil tendu, entre posture musclée et retenue stratégique.
Les prochains jours et les prochaines semaines seront décisifs. Les images des manifestations, les bilans quotidiens des victimes, les déclarations des uns et des autres continueront d’alimenter le débat. Une chose est sûre : l’Iran est à un tournant historique, et la posture américaine pèsera lourd dans la balance des événements à venir.
Quelle que soit la voie choisie, elle marquera durablement les relations entre Washington et Téhéran, mais aussi l’image des États-Unis dans tout le Moyen-Orient. Une décision lourde de sens, dans un contexte où chaque mot, chaque geste, peut changer le cours des choses.
À retenir : Les options de Donald Trump en Iran oscillent entre action militaire ciblée, asphyxie économique renforcée et contacts diplomatiques discrets. Chaque chemin comporte des risques élevés et des effets potentiellement contradictoires sur le mouvement de contestation.
Le monde observe, retient son souffle. L’avenir de l’Iran, et peut-être d’une partie de la stabilité régionale, se joue en ce moment même, à des milliers de kilomètres de Washington, mais sous le regard attentif du président américain.









