Un projet de réforme qui suscite la controverse
Le cabinet a récemment approuvé un projet de loi constitutionnelle qui vise à modifier plusieurs aspects fondamentaux de la loi fondamentale du pays. Parmi les changements les plus marquants figure l’allongement du mandat présidentiel, passant de cinq à sept ans. Cette mesure, si elle est adoptée, pourrait avoir des conséquences directes sur la durée du pouvoir actuel.
Le président, âgé de 83 ans, est arrivé au pouvoir en 2017 suite à un événement majeur impliquant l’armée, qui a conduit à la fin du long règne de son prédécesseur. Élu ensuite en 2018, puis réélu en 2023, il approche de la fin de son second mandat, fixé à 2028 selon les règles en vigueur depuis le référendum de 2013. Le parti au pouvoir, dominant la scène politique depuis des décennies, a clairement exprimé son intention de le maintenir en poste jusqu’en 2030.
Ce projet intervient dans un contexte où l’opposition voit une tentative de contourner les limites constitutionnelles. Les voix critiques s’élèvent pour qualifier cette initiative de véritable coup d’État constitutionnel, soulignant que ces modifications interviennent sans consultation populaire directe.
Les détails du projet de réforme constitutionnelle
Le texte proposé inclut non seulement l’extension du mandat présidentiel, mais aussi d’autres ajustements significatifs. Par exemple, il envisage que le président soit élu par le parlement plutôt que par un suffrage direct populaire. Cela représenterait un changement profond dans le système électoral, transférant le choix du chef de l’État des citoyens vers les élus.
Le gouvernement justifie ces réformes par la nécessité de promouvoir la stabilité politique, de réduire les perturbations liées aux élections fréquentes et de permettre une meilleure continuité des politiques publiques. Selon les explications officielles, des mandats plus longs offriraient le temps nécessaire pour mener à bien des projets de développement à long terme.
Cependant, ces arguments ne convainquent pas tout le monde. L’opposition insiste sur le fait que toute modification touchant aux limites de mandats ou au mode d’élection doit passer par un référendum, conformément aux principes démocratiques et aux exigences constitutionnelles.
Les réactions vives de l’opposition
Les figures de l’opposition n’ont pas tardé à réagir avec fermeté. Un opposant influent a déclaré que ce processus constituait un coup d’État perpétré par le président pour prolonger son mandat contre la volonté du peuple. Il a pointé du doigt les tendances qu’il qualifie de tyranniques et dictatoriales du régime en place.
Le processus en cours au Zimbabwe est un coup d’Etat perpétré par le président sortant pour prolonger son mandat contre la volonté du peuple.
Cet opposant a annoncé que son mouvement avait saisi l’Union africaine pour demander une intervention face à ce qu’il perçoit comme une dérive autoritaire. D’autres leaders ont rejoint ce concert de critiques, affirmant que ces changements visent à consolider le pouvoir sans le consentement libre et direct des citoyens.
Un dirigeant d’un parti d’opposition majeur a créé une plateforme dédiée à la défense de la constitution, accusant le pouvoir d’utiliser des procédés institutionnels pour contourner la volonté populaire. Sur les réseaux sociaux, il a qualifié l’initiative de coup d’État constitutionnel pur et simple.
Ce qui se passe au Zimbabwe n’est pas une réforme constitutionnelle. C’est un coup d’Etat constitutionnel.
L’unanimité semble régner parmi les opposants sur un point essentiel : un référendum doit être organisé pour valider ou rejeter ces réformes. Sans cette consultation populaire, les changements risquent d’être perçus comme illégitimes par une grande partie de la population.
Le contexte historique et politique du Zimbabwe
Pour comprendre l’ampleur de la controverse, il faut remonter dans l’histoire récente du pays. Le président actuel a succédé à un dirigeant qui a exercé le pouvoir pendant trois décennies, jusqu’à son éviction par l’armée en 2017. Ce changement, souvent décrit comme un coup d’État militaire, a été suivi d’élections en 2018 qui ont porté l’actuel chef de l’État au pouvoir.
La constitution de 2013, adoptée par référendum, a introduit la limite de deux mandats présidentiels de cinq ans chacun. Cette règle visait précisément à empêcher le retour à des règnes prolongés et à favoriser l’alternance démocratique. Aujourd’hui, ce principe fondamental est remis en cause par le projet en discussion.
Le surnom du président, le Crocodile, reflète sa réputation de ruse politique et de longévité dans les sphères du pouvoir. Son parcours, marqué par des décennies au sein du parti dominant, illustre la continuité d’une élite politique qui a su se maintenir au sommet malgré les défis.
Les défis économiques et les droits humains en toile de fond
Le bilan du pouvoir actuel fait l’objet de vives critiques. Sur le plan économique, le pays a connu une inflation extrêmement élevée pendant plusieurs années consécutives, atteignant souvent des niveaux à trois chiffres entre 2019 et 2024. Cette instabilité a affecté le quotidien des citoyens, aggravant la pauvreté et les difficultés d’accès aux biens essentiels.
En matière de droits humains, les accusations se multiplient. Les opposants dénoncent une répression accrue, des arrestations arbitraires et des tentatives d’intimidation. Un exemple souvent cité concerne un ancien député arrêté à l’étranger pour possession d’explosifs, qu’il affirme avoir été placés dans son véhicule dans le cadre d’une tentative d’élimination physique.
Ces éléments contribuent à alimenter le sentiment que les réformes constitutionnelles visent moins à améliorer la gouvernance qu’à consolider un pouvoir contesté sur plusieurs fronts.
Le processus législatif et les perspectives d’adoption
Le projet de loi doit maintenant suivre un parcours parlementaire. Avec la majorité confortable du parti au pouvoir dans les deux chambres, l’approbation par les deux tiers requis semble probable. Le ministre de la Justice a présenté le processus sans mentionner explicitement la tenue d’un référendum, ce qui renforce les craintes de l’opposition.
Une fois adopté par le parlement, le texte pourrait entrer en vigueur sans consultation populaire, bien que les experts constitutionnels soulignent que des changements aussi profonds exigent normalement un référendum pour être légitimes.
La communauté internationale suit de près ces développements. L’appel à l’Union africaine lancé par certains opposants pourrait ouvrir la voie à une médiation ou à des déclarations officielles sur la nécessité de respecter les principes démocratiques.
Quelles implications pour l’avenir du pays ?
Si ce projet aboutit, le Zimbabwe pourrait connaître une prolongation significative du mandat actuel, repoussant les élections et modifiant le paysage politique pour les années à venir. Cela soulève des questions sur la succession au sein du parti dominant, où des tensions internes existent déjà autour de l’avenir du leadership.
Pour les citoyens, ces changements pourraient signifier une continuité des politiques actuelles, mais aussi un renforcement des critiques sur la démocratie et les libertés. L’absence de consensus national risque d’accroître les divisions sociales et politiques dans un pays déjà marqué par des défis multiples.
Les opposants appellent à une mobilisation pour défendre la constitution telle qu’elle est. Ils insistent sur le droit du peuple à décider directement de son avenir institutionnel. Cette bataille s’annonce intense, dans un contexte où la confiance dans les institutions est déjà fragile.
Le Zimbabwe se trouve donc face à un choix crucial : poursuivre sur la voie d’une réforme controversée ou privilégier un dialogue inclusif pour préserver les acquis démocratiques. L’issue de ce débat influencera durablement la trajectoire du pays en Afrique australe.
Alors que les débats se poursuivent, une chose est claire : l’avenir politique du Zimbabwe dépendra largement de la capacité des acteurs à trouver un équilibre entre stabilité et respect des principes fondamentaux. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si ce projet de réforme renforcera ou affaiblira la démocratie dans la nation.









