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ZAD de Notre-Dame-des-Landes : Illégalités Persistantes

Sept ans après l’abandon de l’aéroport, la Cour des comptes révèle que l’ex-ZAD de Notre-Dame-des-Landes reste couverte de constructions totalement illégales, souvent raccordées clandestinement aux réseaux. Risques majeurs pour la santé et l’environnement… Mais qui contrôle vraiment ce territoire ?

Imaginez un territoire de 1 650 hectares, censé devenir un aéroport international il y a encore quelques années, et qui, sept ans après l’abandon du projet, ressemble toujours à une zone de non-droit urbanistique. C’est exactement ce que vient de pointer du doigt la Cour des comptes dans un rapport aussi discret que cinglant.

Un territoire toujours hors-la-loi urbanistique

Le constat est sans appel. Malgré les efforts de « normalisation » déployés depuis 2018, l’ancienne zone à défendre reste constellée de constructions qui n’ont strictement rien à faire là. Cabanes en bois, yourtes, caravanes transformées, hangars bricolés : des centaines d’habitats continuent de défier le code de l’urbanisme en toute impunité.

Ce qui choque particulièrement les magistrats financiers, c’est la persistance de ces installations alors que l’État avait pourtant promis une reprise en main rapide et efficace du terrain.

Des raccordements sauvages qui posent problème

Pire encore : nombre de ces habitats sont raccordés clandestinement aux réseaux d’électricité, d’eau potable et même d’assainissement. Des câbles tirés à travers champs, des tuyaux qui serpentent dans les haies, des fosses septiques improvisées… Le tout sans aucun contrôle technique ni respect des normes.

Ces installations pirates représentent bien plus qu’un simple désagrément administratif. Elles génèrent des risques réels et caractérisés pour la santé publique et pour l’environnement, dans une zone pourtant classée en grande partie en espaces naturels protégés.

« Des risques caractérisés en matière de salubrité publique ou de pollution, incompatibles avec l’objectif de préservation des milieux naturels »

Cour des comptes, 2025

Un manque criant de contrôle sur le terrain

Comment en est-on arrivé là ? La réponse tient en trois mots : absence de contrôle. Malgré la mise en place d’une gouvernance associant État, collectivités et organisations agricoles, personne ne semble réellement en mesure – ou avoir la volonté – de faire respecter la loi sur place.

Les services de l’État brillent par leur discrétion. Les contrôles sont rares, les verbalisations encore plus. Quant aux éventuelles destructions, elles restent lettre morte. Résultat : ceux qui respectent les règles se sentent lésés face à ceux qui continuent de faire ce qu’ils veulent.

Ce laxisme a un coût. Il entretient un sentiment d’impunité qui mine la crédibilité de l’action publique et crée des tensions permanentes avec les agriculteurs historiques du secteur.

Quand l’idéal écologique vire au cauchemar environnemental

L’ironie est cruelle. Ceux qui se présentaient comme les défenseurs absolus de la nature et du bocage sont aujourd’hui pointés du doigt pour… dégrader cet même environnement qu’ils disaient vouloir sauver.

Entre les déblais sauvages, les fuites d’hydrocarbures des groupes électrogènes, les rejets d’eaux usées directement dans les zones humides et les déchets qui s’accumulent dans certains secteurs, le bilan écologique est parfois désastreux.

La zone, qui abrite pourtant des espèces protégées et des milieux rares, se retrouve paradoxalement menacée par ceux qui en avaient fait leur combat.

Une normalisation en trompe-l’œil

Officiellement, tout va mieux. Des conventions d’occupation ont été signées, des projets agricoles alternatifs ont vu le jour, une partie des occupants historiques a été régularisée. Sur le papier, la « normalisation » est une réussite.

Mais dans les faits, une large partie du territoire échappe toujours à tout cadre légal. Certains secteurs ressemblent plus à des campements permanents qu’à des exploitations agricoles viables. Et les nouvelles arrivées continuent, profitant du vide juridique.

Le rapport parle de « conflits d’usage persistants ». Traduction : agriculteurs conventionnels et néo-ruraux se regardent en chiens de faïence, les uns reprochant aux autres de bloquer le développement agricole, les autres accusant les premiers de vouloir récupérer des terres à bas prix.

Que faire maintenant ?

La question est sur toutes les lèvres. Faut-il reprendre les expulsions là où elles s’étaient arrêtées en 2018 ? Renforcer massivement les contrôles ? Couper purement et simplement les raccordements illégaux ?

Toutes ces options ont leur lot de complications. Personne n’a oublié les images de l’opération César et les semaines de guérilla urbaine qui avaient suivi. Le traumatisme est encore vif des deux côtés.

Mais laisser perdurer la situation actuelle n’est plus tenable non plus. Entre risques sanitaires, dégradation environnementale et sentiment d’injustice, le dossier Notre-Dame-des-Landes continue de pourrir sept ans après la victoire des opposants.

Le rapport de la Cour des comptes agit comme un électrochoc. Il rappelle que l’abandon du projet d’aéroport n’a pas réglé tous les problèmes – loin de là. Il en a même créé de nouveaux, que personne n’avait vraiment anticipés.

Au-delà du cas particulier de Notre-Dame-des-Landes, c’est toute la question du respect de la loi dans les zones de forte contestation qui est posée. Peut-on accepter durablement des territoires où les règles ne s’appliquent plus ? La réponse conditionnera sans doute l’avenir d’autres conflits territoriaux à venir.

En attendant, sur les 1 650 hectares de l’ancienne ZAD, la vie continue. Entre ceux qui tentent de construire autre chose et ceux qui profitent simplement de l’aubaine, le bocage n’a pas fini de faire parler de lui.

(Article mis à jour le 30 novembre 2025 – sources institutionnelles)

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