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Yoweri Museveni : Le Président Inamovible de l’Ouganda Réélu pour un Septième Mandat

À 81 ans, Yoweri Museveni vient d'être réélu pour un septième mandat à la tête de l'Ouganda avec plus de 71% des voix. L'ex-guérillero qui critiquait les dirigeants accrochés au pouvoir est devenu l'exemple parfait de longévité politique. Mais face à Bobi Wine et aux accusations de fraude massive, que réserve vraiment l'avenir du pays ?

Imaginez un pays où le président est au pouvoir depuis plus longtemps que la majorité de ses citoyens n’ont vécu. En Ouganda, cette réalité s’est confirmée une fois de plus ce samedi, lorsque Yoweri Museveni a été proclamé vainqueur pour un septième mandat consécutif. À un âge officiellement de 81 ans, cet ancien combattant de la guérilla continue de dominer la scène politique, dans un contexte où les jeunes représentent les trois quarts de la population.

Ce scrutin, marqué par des tensions palpables, a vu l’opposition principale dénoncer une mascarade électorale. Pourtant, les résultats officiels affichent un score écrasant pour le chef de l’État sortant. Comment un homme qui dénonçait autrefois les dirigeants accrochés au pouvoir en est-il arrivé à incarner cette figure ?

Un parcours marqué par la lutte armée et la longévité politique

Yoweri Museveni a accédé au pouvoir en 1986 après des années de combat dans les maquis. À l’époque, il critiquait ouvertement les leaders africains qui s’éternisaient au sommet de l’État. Aujourd’hui, il détient l’un des records de durée au pouvoir sur le continent.

Seuls quelques dirigeants, comme Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale et Paul Biya au Cameroun, ont régné plus longtemps que lui. Cette longévité n’est pas le fruit du hasard, mais d’une stratégie politique implacable qui a transformé le paysage institutionnel ougandais.

Des origines de guérillero à la présidence

Né dans une famille modeste, Museveni a été formé dans un environnement intellectuel engagé. Étudiant à l’université de Dar es-Salaam en Tanzanie, il s’imprègne des idées anti-coloniales et révolutionnaires. Il participe activement à la lutte contre le régime d’Idi Amin Dada, ce dictateur sanguinaire qui terrorisa l’Ouganda entre 1971 et 1979.

Après la chute d’Amin, il reprend les armes contre le régime de Milton Obote, jugé répressif. En 1986, sa victoire militaire marque le début d’une ère nouvelle pour le pays, sortie de décennies de chaos et de conflits internes.

À ses débuts, il séduit la communauté internationale par une conversion rapide au capitalisme et une croissance économique notable. Sa lutte exemplaire contre le sida lui vaut aussi des éloges. Il se positionne comme un artisan de la paix dans une région volatile.

Comment pourrais-je partir d’une bananeraie que j’ai plantée et qui commence à porter ses fruits ?

Yoweri Museveni, il y a une dizaine d’années

Cette métaphore agricole résume bien sa vision : il se voit comme le jardinier indispensable à la prospérité du pays. Son slogan récent pour cette campagne électorale, « Protéger les acquis », renforce cette idée de continuité nécessaire.

Une santé affichée et un style théâtral

Malgré son âge avancé – certains opposants prétendent qu’il est encore plus vieux –, Museveni montre une forme physique impressionnante. Il y a quelques années, pendant le confinement lié au Covid-19, il publie une vidéo où il court dans son bureau et enchaîne les pompes, comme pour défier le temps.

Son apparence de grand-père affable, souvent coiffé d’un chapeau de safari, contraste avec une ambition politique sans faille. Il raconte volontiers sa légende : partir avec seulement 27 fusils pour bâtir une armée victorieuse, aux côtés notamment du futur dirigeant rwandais Paul Kagame.

Un système politique verrouillé

En près de quatre décennies, Museveni a consolidé son emprise. Son parti, le Mouvement de résistance nationale (NRM), s’est fondu avec l’État. Toute contestation semble vouée à l’échec face à cette machine bien huilée.

Il a modifié la Constitution à deux reprises majeures : suppression des limites de mandats en 2005, puis suppression de la limite d’âge en 2017. Ces changements ouvrent la voie à une présidence à vie.

Il ne parle jamais publiquement de succession. La seule ombre au tableau provient de son propre fils, Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée. Ce dernier publie sur les réseaux sociaux des messages oscillant entre louanges paternelles et critiques des « vieux » au pouvoir depuis 40 ans. Pourtant, durant la campagne, il s’est montré plus mesuré.

  • Contrôle étroit des institutions électorales
  • Fusion État-parti
  • Modification constitutionnelle stratégique
  • Absence de plan de succession clair

Ces éléments rendent toute alternance pacifique hautement improbable. Museveni se présente comme le « vieil homme qui a sauvé le pays », rappelant sans cesse ses victoires contre une quinzaine de mouvements rebelles, dont la tristement célèbre Armée de résistance du seigneur (LRA).

La répression de l’opposition : un mode opératoire constant

L’opposition a toujours été traitée avec fermeté. Museveni a même suspendu le multipartisme pendant un temps. Les élections se déroulent systématiquement au premier tour, mais elles sont entachées d’irrégularités, de violences et d’intimidations.

Kizza Besigye, ancien médecin de Museveni dans le maquis, a été son principal challenger pendant quatre scrutins. Il a subi arrestations, enlèvements – notamment au Kenya – et se trouve derrière les barreaux depuis fin 2024, empêché de se présenter cette fois.

En 2021, Museveni l’emporte avec environ 58,6 % des voix. Bobi Wine, déjà candidat, qualifie alors le scrutin de mascarade. Les méthodes sont similaires : menaces, arrestations, tortures, dispersions violentes de meetings.

Bobi Wine : la nouvelle figure de la contestation

Cette année, l’opposition s’incarne principalement en Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi. Il obtient un peu moins de 25 % des suffrages selon les résultats officiels. Il dénonce immédiatement une fraude massive et appelle à la résistance.

Jeune et charismatique, il représente une génération frustrée par la longévité de Museveni. Dans un pays où la jeunesse domine démographiquement, son message trouve un écho certain, même si le score reste loin derrière celui du président sortant.

Protéger les acquis

Slogan de campagne de Yoweri Museveni en 2026

Ce message tranche avec les aspirations de changement portées par l’opposition. Museveni insiste sur la stabilité et les progrès réalisés, tandis que ses détracteurs pointent l’autoritarisme croissant.

Un bilan international contrasté

Museveni a su naviguer entre séduction et controverses sur la scène internationale. Sa contribution à la lutte contre le sida et sa croissance économique initiale ont été saluées. Il s’est imposé comme un acteur de paix régional.

Mais des accusations pèsent sur ses forces : ingérence dans l’est de la République démocratique du Congo, violations d’embargos sur les armes au Soudan du Sud. En 2023, l’adoption d’une loi anti-homosexualité parmi les plus dures au monde provoque une vague de critiques mondiales.

Ces éléments ternissent l’image d’un dirigeant autrefois perçu comme réformateur. Ils illustrent la complexité de son règne : stabilité interne contre controverses externes et répression interne.

Vers un règne sans fin ?

Après presque 40 ans, Museveni repart pour cinq années supplémentaires. Les trois quarts des Ougandais ont moins de 30 ans, n’ont connu que lui comme président. Cette génération aspire souvent à du neuf, mais le système verrouillé rend le changement difficile.

La menace interne la plus sérieuse pourrait venir de son fils, dont les publications parfois critiques interrogent sur l’avenir. Pourtant, rien n’indique un départ volontaire imminent. Museveni semble déterminé à rester jusqu’au bout.

Ce septième mandat pose des questions profondes sur la démocratie en Afrique, sur les transitions pacifiques, sur le poids des institutions face à un leader charismatique et autoritaire. L’Ouganda continue son chemin sous la houlette de cet homme qui a transformé sa trajectoire personnelle en celle du pays entier.

Le contraste est saisissant : un ex-guérillero devenu symbole de permanence, dans un continent où le renouvellement des élites reste un défi majeur. L’histoire jugera si cette longévité a préservé les acquis ou freiné l’évolution nécessaire.

Pour l’instant, Museveni reste au centre du pouvoir, avec ses partisans qui célèbrent la continuité et ses opposants qui rêvent d’alternance. Le temps dira si ce septième mandat marque l’apogée ou le début d’un déclin inéluctable.

En attendant, l’Ouganda poursuit sa route, sous le regard attentif d’une jeunesse qui refuse de se contenter des promesses du passé. Le défi pour Museveni sera de maintenir l’unité nationale tout en répondant aux aspirations d’un peuple majoritairement jeune.

Ce scrutin de 2026 n’est pas seulement une réélection. Il symbolise une ère politique qui défie les normes contemporaines de la démocratie. Et dans ce pays aux multiples facettes, l’avenir reste ouvert, même si la porte du pouvoir semble fermement tenue par un seul homme depuis des décennies.

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