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Yémen : Offensive Saoudienne Fait Plus de 80 Morts chez les Séparatistes

Depuis vendredi, une offensive soutenue par l'Arabie saoudite vise les séparatistes du sud du Yémen. Plus de 80 combattants tués, des camps bombardés, des provinces reprises… mais à quel prix cette reconquête ? Les tensions entre Riyad et Abou Dhabi s'intensifient et le bilan continue de s'alourdir…

Le sud du Yémen s’embrase à nouveau. En quelques jours seulement, une opération militaire d’envergure a fait voler en éclats le fragile équilibre qui prévalait dans cette région stratégique. Des frappes aériennes intenses, des combats au sol acharnés, des camps détruits : le bilan humain est déjà très lourd et les conséquences géopolitiques s’annoncent profondes.

Une offensive éclair qui change la donne au sud

Depuis vendredi, les forces loyalistes au gouvernement reconnu internationalement, appuyées par une puissante coalition menée par l’Arabie saoudite, ont lancé une contre-offensive d’envergure contre les positions du Conseil de transition du Sud. Ce mouvement séparatiste, qui revendique plus d’autonomie voire l’indépendance pour le sud du pays, avait profité de la fin d’année pour prendre le contrôle de vastes territoires dans deux provinces clés : Hadramout et Mahra.

En quelques heures, l’aviation saoudienne a frappé plusieurs camps stratégiques. Les bilans qui circulent font état de lourdes pertes dans les rangs des séparatistes. Une source militaire proche des forces gouvernementales évoque au moins quatre-vingts combattants tués depuis le début de l’opération, sans compter les très nombreux blessés et prisonniers.

Des frappes ciblées sur des sites sensibles

Les premiers coups ont visé des installations militaires bien identifiées. Le camp d’al-Khasha, situé dans l’Hadramout, a été particulièrement touché. Selon plusieurs témoignages concordants, une frappe massive a causé à elle seule une vingtaine de morts parmi les rangs séparatistes. Quelques heures plus tard, un autre site, Barshid, à l’ouest de la grande ville d’al-Mukalla, subissait un bombardement d’une rare intensité.

Ces frappes aériennes n’ont pas seulement visé des infrastructures : elles ont aussi semé la panique et désorganisé les chaînes de commandement adverses. Rapidement, les forces pro-gouvernementales ont pu avancer et consolider des positions stratégiques, notamment dans la capitale provinciale d’al-Mukalla.

Hadramout et Mahra : des provinces au cœur des enjeux

L’Hadramout n’est pas une province comme les autres. Riche en hydrocarbures, frontalière de l’Arabie saoudite, elle représente un enjeu économique et géostratégique majeur. Sa reconquête rapide par les forces loyalistes constitue donc une victoire symbolique et concrète pour le camp de Riyad.

Dans la province voisine de Mahra, la situation a évolué encore plus vite. Les autorités locales, après avoir initialement basculé du côté des séparatistes, ont finalement renouvelé leur allégeance au gouvernement central sans combattre. Ce revirement illustre à quel point les rapports de force peuvent changer brutalement dans cette région où les loyautés sont multiples et souvent changeantes.

Le Conseil de transition du Sud en grande difficulté

Le Conseil de transition du Sud (STC), soutenu en grande partie par les Émirats arabes unis, accuse le coup. Outre les pertes humaines très élevées, plusieurs centaines de combattants auraient été blessés et plus d’une centaine faits prisonniers. Ces chiffres, s’ils se confirment, représentent un revers majeur pour un mouvement qui avait réussi, en décembre, à s’imposer sur le terrain par la force.

Du côté des forces pro-saoudiennes, le bilan est bien plus léger : une quinzaine de soldats tués et une trentaine de blessés. Cette asymétrie dans les pertes traduit à la fois la supériorité aérienne écrasante de la coalition et la capacité des forces loyalistes à mener une opération coordonnée et rapide.

Derrière l’opération militaire, une crise entre Riyad et Abou Dhabi

Ce qui se joue actuellement dans le sud du Yémen dépasse largement le simple cadre d’une reconquête territoriale. Depuis plusieurs années, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, pourtant alliés au sein de la coalition anti-Houthis, soutiennent des agendas parfois divergents.

Riyad cherche avant tout à préserver l’unité du Yémen sous l’autorité du gouvernement reconnu internationalement et à sécuriser sa frontière sud. Abou Dhabi, en revanche, a longtemps appuyé les forces séparatistes du sud, voyant dans un Yémen fédéralisé ou même divisé un moyen de contrer l’influence iranienne tout en sécurisant ses propres intérêts stratégiques, notamment dans le détroit de Bab el-Mandeb et dans les îles voisines.

L’offensive actuelle, qui cible directement les alliés émiratis, marque donc un tournant. Elle révèle au grand jour les tensions croissantes au sein même de la coalition censée soutenir le même gouvernement.

Un gouvernement yéménite plus que jamais fracturé

Le gouvernement yéménite officiellement reconnu par la communauté internationale est en réalité une coalition hétéroclite. Il rassemble des forces très diverses, parfois ouvertement hostiles les unes aux autres, unies avant tout par leur opposition commune aux rebelles houthis du nord.

Depuis 2015 et l’intervention de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, cette alliance de circonstance n’a cessé de se fissurer. Les événements récents montrent que les rivalités internes peuvent parfois prendre le dessus sur la lutte contre les Houthis.

Que reste-t-il de la coalition arabe en 2026 ?

Plus de dix ans après le début de la guerre, la coalition arabe dirigée par Riyad apparaît fragilisée. Si elle a réussi à empêcher la chute totale du gouvernement et à contenir les Houthis dans le nord, elle peine à imposer une paix durable et encore moins une réelle réconciliation nationale.

Aujourd’hui, l’intervention militaire massive au sud risque d’alimenter encore davantage les rancœurs et de compliquer tout processus de négociation. Les séparatistes du sud, même affaiblis militairement, conservent un fort soutien populaire dans certaines régions et pourraient opter pour une guérilla prolongée.

Les populations civiles prises en étau

Comme souvent dans ce conflit, ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd. Les frappes aériennes, même ciblées, provoquent des dommages collatéraux. Les déplacements de populations s’intensifient, les infrastructures déjà fragiles sont touchées, l’accès à l’aide humanitaire devient encore plus compliqué.

Dans les zones reprises par les forces gouvernementales, la question de la gouvernance locale se pose immédiatement. Les populations sauront-elles accepter le retour des autorités centrales après des mois de contrôle séparatiste ? Les rancœurs accumulées risquent de perdurer longtemps.

Perspectives : vers une escalade ou un retour à la table des négociations ?

Pour l’instant, les combats semblent ralentir et les forces pro-gouvernementales consolident leurs gains. Mais la situation reste extrêmement volatile. Les séparatistes pourraient tenter une contre-attaque, soutenus discrètement par leurs alliés émiratis. À l’inverse, une victoire décisive des loyalistes pourrait les pousser à accepter une forme de compromis.

Dans tous les cas, le Yémen reste un pays profondément fracturé, où les agendas régionaux (saoudien, émirati, iranien) continuent de s’entrecroiser et de s’opposer. La guerre n’est pas près de s’achever.

Ce nouvel épisode sanglant rappelle cruellement que la paix au Yémen passe nécessairement par un dialogue inclusif intégrant toutes les composantes du pays, y compris celles qui, aujourd’hui, s’affrontent militairement dans le sud. Mais entre les ambitions des puissances régionales et les blessures accumulées par plus d’une décennie de guerre, la route vers la réconciliation paraît encore très longue.

Le sud du Yémen, jadis considéré comme une zone relativement épargnée par les combats les plus violents, est désormais au cœur de la tempête. Et personne ne sait encore combien de temps elle durera ni combien de vies elle emportera avant que les armes ne se taisent vraiment.

À suivre de très près dans les prochains jours, car chaque heure compte dans cette partie du monde où les équilibres sont aussi fragiles que précieux.

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