Fin de la mission onusienne à Hodeida : un chapitre qui se ferme sur fond de tensions persistantes
Imaginez un port vital pour l’approvisionnement d’un pays entier, où les navires chargés d’aide humanitaire côtoient des zones de friction militaire constante. Hodeida, cette ville côtière stratégique à l’ouest du Yémen, représente depuis des années l’un des enjeux centraux du conflit qui déchire la nation. C’est précisément là que l’ONU avait déployé une mission spécifique pour veiller au respect d’un accord de cessation des hostilités. Aujourd’hui, cette mission touche à sa fin.
La résolution adoptée récemment par le Conseil de sécurité acte la clôture de l’UNMHA, la Mission des Nations unies pour appuyer l’accord de Hodeida, à compter du 31 mars. Treize membres ont voté en faveur, tandis que deux se sont abstenus. Cette décision n’intervient pas dans un vide : elle reflète une évolution profonde des réalités sur le terrain.
Les origines de la mission et son rôle initial
Créée en 2019, l’UNMHA avait pour objectif principal de soutenir l’application d’un accord clé négocié à Stockholm en 2018. Cet accord visait à instaurer un cessez-le-feu dans la province de Hodeida, à organiser le redéploiement des forces armées hors de la ville et des ports voisins, et à assurer la sécurité locale par des forces yéménites. Pendant plusieurs années, la mission a contribué à stabiliser une zone explosive.
Elle a facilité le dialogue entre les parties, surveillé le respect du cessez-le-feu et empêché un retour à des combats d’envergure. Des observateurs neutres ont souvent souligné que cette présence onusienne a joué un rôle dissuasif précieux, évitant que le port ne devienne le théâtre d’affrontements majeurs qui auraient pu aggraver la crise humanitaire.
Malgré ces efforts, les conditions ont changé. L’environnement opérationnel s’est dégradé progressivement, rendant la poursuite de la mission de plus en plus difficile.
Les obstacles rencontrés par la mission
Parmi les raisons invoquées pour justifier cette fin, l’obstructionnisme répété de certains acteurs locaux figure en bonne place. Les autorités en place dans la zone ont entravé le travail des observateurs onusiens, limitant leurs déplacements et leurs capacités d’observation.
L’obstructionnisme des Houthis a privé la mission de sa raison d’être, et celle-ci doit donc être close.
Représentante américaine au Conseil de sécurité
Cette déclaration illustre le sentiment partagé par plusieurs délégations : sans coopération effective, la mission perd son utilité. Depuis 2021, des membres du personnel onusien ont été détenus arbitrairement, certains encore retenus aujourd’hui. Ces actes ont créé un climat de méfiance et réduit drastiquement l’espace d’action.
La représentante d’un pays européen a ajouté que les dynamiques du conflit ont évolué, rendant l’environnement opérationnel beaucoup plus restreint. Le personnel international est devenu une cible, ce qui contredit les principes mêmes de neutralité et d’impartialité que l’ONU cherche à préserver.
Le contexte du conflit au Yémen
Le Yémen reste profondément divisé. D’un côté, les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, contrôlent la capitale Sanaa depuis 2014 et une grande partie du nord du pays. De l’autre, le gouvernement reconnu internationalement, composé de diverses forces, s’est replié à Aden dans le sud. Cette fracture territoriale alimente un conflit complexe, marqué par des alliances changeantes et des ingérences régionales.
Hodeida, avec ses ports essentiels, constitue une artère vitale pour l’importation de denrées alimentaires, de carburant et d’aide humanitaire. Contrôler ce point stratégique signifie influencer directement la survie de millions de personnes. Toute perturbation dans cette zone peut avoir des répercussions immédiates sur la sécurité alimentaire nationale.
La guerre a transformé le pays en l’une des pires crises humanitaires contemporaines. Des millions de personnes dépendent de l’aide extérieure pour survivre, mais les restrictions et les combats compliquent constamment les livraisons.
Les conséquences humanitaires attendues
La fermeture de la mission risque d’accentuer les vulnérabilités existantes. Sans présence onusienne dédiée à la surveillance du cessez-le-feu local, les tensions pourraient resurgir plus facilement autour des ports. Cela pourrait entraîner des interruptions dans les flux commerciaux et humanitaires.
Les Nations unies anticipent déjà une détérioration supplémentaire en 2026. La sécurité alimentaire se dégrade rapidement, aggravée par la disparition progressive de certaines aides internationales. Des facteurs comme les restrictions d’accès, les coûts logistiques élevés et les incertitudes politiques contribuent à ce tableau sombre.
Des millions de Yéménites font face à une insécurité alimentaire aiguë. Les enfants, en particulier, souffrent de malnutrition chronique. Toute escalade à Hodeida pourrait précipiter des milliers de personnes vers une situation catastrophique.
Les positions des acteurs internationaux
Le vote au Conseil de sécurité révèle des nuances. Treize pays ont soutenu la résolution, reconnaissant que la mission ne pouvait plus remplir son mandat dans les conditions actuelles. Deux abstentions montrent toutefois que certains préfèrent une approche plus prudente, peut-être dans l’espoir d’une reprise du dialogue.
Certains pays ont rappelé le rôle stabilisateur joué par l’UNMHA pendant six ans. Malgré les défis, elle a activement contribué à empêcher un retour à un conflit à grande échelle dans la région. Cette reconnaissance contraste avec la décision finale de retrait.
La présentation de la résolution par un membre permanent européen souligne l’importance accordée à la stabilité régionale. Pourtant, l’évolution sur le terrain a forcé une réévaluation pragmatique.
Perspectives pour l’avenir de Hodeida
Avec la fin de l’UNMHA, la responsabilité de maintenir la stabilité repose davantage sur les parties yéménites elles-mêmes. L’accord de Stockholm, bien qu’affaibli, reste une référence pour tout futur arrangement. Les ports doivent continuer à fonctionner pour éviter une catastrophe humanitaire plus large.
Les observateurs craignent que l’absence de médiateurs neutres ne favorise des incidents isolés qui dégénèrent rapidement. La coopération locale devient cruciale, mais les antécédents montrent des difficultés persistantes à établir une confiance mutuelle.
Parallèlement, d’autres mécanismes onusiens pourraient ajuster leur approche pour compenser ce retrait partiel. Le focus pourrait se déplacer vers des initiatives plus globales pour le pays, en tenant compte des réalités sécuritaires changeantes.
Impact sur la crise humanitaire globale
Le Yémen, nation la plus pauvre de la péninsule arabique, subit les effets cumulés d’années de guerre. Les infrastructures sont dévastées, l’économie exsangue, et les services de base presque inexistants dans de nombreuses régions. L’aide internationale a permis d’éviter le pire à plusieurs reprises, mais elle s’essouffle.
La fin de la mission à Hodeida s’inscrit dans un contexte plus large de réduction des financements et de fatigue des donateurs. Chaque port bloqué ou chaque convoi retardé se traduit par des familles privées de nourriture ou de soins médicaux.
Les experts estiment que sans mesures correctives rapides, la situation pourrait empirer sensiblement dès cette année. La malnutrition, les maladies infectieuses et les déplacements forcés risquent de s’intensifier.
Vers une nouvelle approche internationale ?
La décision de clore l’UNMHA invite à repenser l’engagement onusien au Yémen. Plutôt qu’une présence physique limitée par les obstacles, peut-être faut-il privilégier des médiations régionales ou des incitations économiques pour encourager la désescalade.
Les parties impliquées doivent trouver des voies de dialogue plus robustes. Les ports de Hodeida restent une priorité absolue pour la stabilité nationale et régionale. Toute solution durable passera par un respect mutuel des engagements pris.
En attendant, la communauté internationale observe avec inquiétude. Le retrait de la mission marque la fin d’une ère, mais ouvre aussi la porte à des adaptations nécessaires face à un conflit qui mute constamment.
Le Yémen a besoin de paix durable, et Hodeida en est l’un des symboles les plus concrets. Espérons que cette décision, aussi douloureuse soit-elle, incite tous les acteurs à redoubler d’efforts pour protéger les populations civiles.









