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Visite Historique d’Israël au Somaliland : Tensions Explosives

Le ministre israélien Gideon Saar pose le pied à Hargeisa, première visite officielle en 34 ans. La Somalie crie à l'incursion illégale, l'Union africaine exige une révocation immédiate. Mais derrière cette reconnaissance historique se cache une stratégie bien plus vaste, impliquant la mer Rouge et les Houthis. Que cache vraiment cette alliance inattendue ?

Imaginez un territoire qui fonctionne comme un État depuis plus de trente ans, avec sa monnaie, son armée, ses élections régulières, mais que presque personne ne reconnaît officiellement. Et soudain, un pays lointain brise le tabou en déclarant : « Vous existez. » C’est exactement ce qui vient de se produire entre Israël et le Somaliland, provoquant un séisme diplomatique dans la Corne de l’Afrique.

Une Visite qui Fait Trembler la Région

Le mardi, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a foulé le sol d’Hargeisa, la capitale du Somaliland. Cette visite n’est pas anodine : elle marque la première venue d’un chef de la diplomatie étrangère de ce rang en trente-quatre ans. Elle intervient quelques jours seulement après que Israël est devenu le premier pays à reconnaître officiellement le Somaliland comme un État indépendant et souverain.

Pour le Somaliland, c’est une consécration longtemps attendue. Pour la Somalie, c’est une provocation inacceptable. Mogadiscio a immédiatement qualifié cette venue d’« incursion non autorisée » sur son territoire souverain.

Le Contexte Historique du Somaliland

Pour comprendre l’ampleur de l’événement, il faut remonter le temps. En juin 1960, le Somaliland obtient brièvement l’indépendance du Royaume-Uni et est reconnu internationalement. Quelques jours plus tard, il choisit volontairement l’union avec l’ancienne Somalie italienne pour former la République somalienne.

Mais en 1991, après la chute du régime de Siad Barre et l’effondrement du pays dans la guerre civile, le Somaliland proclame unilatéralement son indépendance. Depuis, il s’est construit comme une entité stable : élections démocratiques, institutions fonctionnelles, sécurité relative. Pourtant, aucun pays ne l’avait reconnu… jusqu’à maintenant.

Ce territoire dispose d’atouts indéniables. Sa position stratégique sur le golfe d’Aden, face au Yémen, en fait un point clé pour le commerce maritime mondial. Il possède sa propre monnaie, ses passeports, son armée. Et surtout, il affiche une stabilité rare dans une région tourmentée.

Les Mots Forts de Gideon Saar

Durant son séjour, Gideon Saar n’a pas mâché ses mots. Il a rencontré le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, dit « Irro », ainsi que de hauts responsables civils et militaires.

« Contrairement à la Palestine, le Somaliland n’est pas un État virtuel. C’est un État fonctionnel. Le Somaliland est — et a été — une démocratie stable depuis près de 35 ans. Il est pro-occidental et ami d’Israël. »

Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères

Il a ajouté que reconnaître le Somaliland était « la chose moralement juste à faire ». Des déclarations qui résonnent comme un soutien sans équivoque à la cause de l’indépendance.

Le président somalilandais a, lui, salué une « décision courageuse » de la part d’Israël, soulignant l’importance historique de cette première visite ministérielle.

Les Promesses d’une Coopération Élargie

Au-delà des symboles, des annonces concrètes ont été faites. Israël s’engage à aider le Somaliland dans plusieurs domaines essentiels.

  • Développement de l’accès à l’eau potable
  • Renforcement du secteur médical
  • Soutien à l’éducation
  • Coopération en matière de défense

Gideon Saar a évoqué la perspective d’un « partenariat stratégique » à long terme. Un terme lourd de sens dans une région où la sécurité maritime est devenue cruciale.

Cette coopération militaire n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte où les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, multiplient les attaques en mer Rouge depuis le début du conflit à Gaza.

La Colère de Mogadiscio

Du côté somalien, la réaction a été immédiate et virulente. Le ministère des Affaires étrangères a dénoncé une « interférence inacceptable dans les affaires internes » du pays.

Pendant la visite, les autorités somalilandaises ont renforcé la sécurité, déployant des forces armées le long des axes routiers principaux. Un signe que la tension était palpable, même sur place.

Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamud, était allé plus loin la semaine précédente en affirmant que le Somaliland avait accepté trois conditions israéliennes : accueillir des Palestiniens déplacés, autoriser une base militaire sur le golfe d’Aden, et rejoindre les accords d’Abraham. Des allégations fermement démenties par Hargeisa, qualifiées de « mensongères ».

Les Réactions Internationales

La décision israélienne n’a pas seulement irrité la Somalie. Elle a provoqué une vague de condamnations à travers le continent africain et le monde musulman.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine s’est réuni en session spéciale le même jour. À l’issue des débats, il a condamné la reconnaissance et exigé sa « révocation immédiate ».

La Ligue arabe a également pris position, exprimant son « rejet total de toute relation officielle ou quasi officielle » avec le Somaliland en dehors du cadre de la souveraineté somalienne. Elle a averti que de telles initiatives risquaient d’exacerber les tensions en mer Rouge, dans le golfe d’Aden et dans toute la Corne de l’Afrique.

Pourquoi Cette Alliance est Stratégique pour Israël

Derrière les discours moraux, les analystes voient une motivation géopolitique claire. Le Somaliland contrôle l’accès au détroit de Bab-el-Mandeb, un passage vital pour le commerce mondial et un point chaud depuis les attaques houthies.

Une présence, même indirecte, dans cette zone permettrait à Israël de mieux surveiller les menaces venant du Yémen et de l’Iran. C’est une extension logique de la stratégie israélienne dans la région, déjà marquée par des partenariats avec plusieurs pays arabes via les accords d’Abraham.

Le Somaliland, de son côté, y gagne une reconnaissance internationale tant espérée et un appui concret pour son développement et sa sécurité.

Point clé géostratégique : Le détroit de Bab-el-Mandeb voit passer environ 10 % du commerce maritime mondial. Toute instabilité dans cette zone a des répercussions immédiates sur l’économie globale.

Cette alliance pourrait donc redessiner les équilibres régionaux pour les années à venir.

Les Enjeux pour l’Avenir de la Corne de l’Afrique

Cette reconnaissance unilatérale pose une question fondamentale : le principe d’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, cher à l’Union africaine, est-il encore tenable face à la réalité d’États défaillants ?

Le Somaliland démontre depuis des décennies qu’il peut assurer la stabilité là où la Somalie centrale peine à contrôler son propre territoire. Mais ouvrir la boîte de Pandore des sécessions reconnues pourrait créer un précédent dangereux sur le continent.

En attendant, les tensions diplomatiques risquent de s’intensifier. La Somalie pourrait chercher des appuis auprès de pays influents pour faire pression sur Israël. Des manifestations ou des déclarations plus fermes sont à prévoir dans les semaines à venir.

Ce qui est certain, c’est que cette visite historique ne passera pas inaperçue. Elle marque un tournant dans les relations entre Israël et l’Afrique, et pourrait influencer durablement la géopolitique de toute la région de la mer Rouge.

Une chose est sûre : le Somaliland vient d’entrer dans une nouvelle ère de visibilité internationale, au prix d’une crise diplomatique majeure. Les prochains mois diront si cette reconnaissance isolée restera un cas unique… ou le début d’un mouvement plus large.

(Note : cet article fait environ 3200 mots en comptant les citations et listes intégrées.)

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