Imaginez un pays où une femme de 85 ans ou un enfant d’un an peut devenir la cible d’une violence sexuelle d’une brutalité inimaginable. Au Soudan, depuis avril 2023, la guerre qui oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR) a transformé des régions entières en zones de non-droit où les femmes paient le prix le plus lourd.
Les récits qui émergent de ce conflit dépassent souvent l’entendement. Viols collectifs, esclavage sexuel, trafic vers les pays voisins, mariages forcés pour étouffer la honte : ces pratiques ne sont pas des incidents isolés, mais font partie d’une stratégie plus large pour terroriser, humilier et déplacer des populations entières.
Une guerre où le corps des femmes devient un champ de bataille
Le conflit soudanais, qui a déjà provoqué des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, concentre aujourd’hui certaines des pires atrocités enregistrées dans les guerres contemporaines. Les violences sexuelles ne sont pas un effet secondaire du chaos : elles sont délibérées, organisées et revendiquées avec une forme de fierté macabre par certains combattants.
Les chiffres qui font froid dans le dos
Selon les données recueillies par le ministère des Affaires sociales jusqu’en octobre 2025, plus de 1 800 cas de viols ont été documentés depuis le début de la guerre. Ce chiffre, déjà effarant, ne prend pas en compte les exactions survenues au Darfour et au Kordofan après cette période.
Un rapport récent d’un réseau de défense des droits des femmes dans la Corne de l’Afrique indique que 77 % des violences sexuelles recensées sont des viols, et que 87 % de ces actes sont attribués aux Forces de soutien rapide. Ces statistiques, bien qu’incomplètes en raison des difficultés d’accès aux zones de combat, donnent une idée de l’ampleur du phénomène.
Les victimes n’ont pas d’âge. Des nourrissons aux personnes âgées, toutes les tranches de la population féminine sont concernées. Cette absence totale de limite révèle une déshumanisation complète des cibles choisies.
Une arme de guerre assumée et systématique
Les paramilitaires des FSR utilisent la violence sexuelle comme un outil stratégique. L’objectif déclaré ou implicite est multiple : humilier les communautés, les forcer à fuir, briser leurs structures sociales et semer les graines d’une vengeance sans fin qui alimente le conflit.
Les témoignages concordent : les viols sont souvent commis devant les familles, parfois filmés, parfois célébrés par les auteurs eux-mêmes. Cette mise en scène de la cruauté vise à maximiser la terreur et à marquer durablement les esprits.
« Il s’agit d’humilier les gens, de les forcer à quitter leurs maisons. Et aussi de briser le tissu social. »
Une ministre soudanaise aux Affaires sociales
Cette analyse est partagée par plusieurs observateurs internationaux qui voient dans ces actes une volonté de prolonger indéfiniment la guerre en nourrissant un cycle de haine intercommunautaire.
Le calvaire particulier du Darfour
La région du Darfour, déjà meurtrie au début des années 2000, connaît aujourd’hui une nouvelle vague de violences d’une intensité encore supérieure. La prise d’el-Facher par les FSR fin octobre a marqué un tournant particulièrement sombre.
Les Nations Unies et la Cour pénale internationale décrivent une campagne organisée de viols, d’exécutions de masse et de déplacements forcés visant principalement les communautés non arabes. Certains auteurs vont jusqu’à expliquer à leurs victimes qu’ils les « honorent » en les agressant, prétendant appartenir à un groupe ethnique ou social supérieur.
Cette rhétorique raciste et déshumanisante rappelle les discours tenus par les milices Janjawid il y a vingt ans, dont les FSR sont considérées comme les héritières directes.
Mercenaires étrangers et réseaux de trafic
Parmi les auteurs des violences, des survivantes ont identifié des combattants venus d’Afrique de l’Ouest (Mali, Burkina Faso, Nigeria, Tchad), mais aussi de Libye et même de Colombie. Ces mercenaires francophones ou hispanophones combattraient aux côtés des FSR, profitant du chaos pour commettre des exactions en toute impunité.
L’instabilité et les frontières poreuses favorisent également l’émergence de réseaux de trafic d’êtres humains. Certaines femmes enlevées sont gardées comme esclaves sexuelles pendant des mois, d’autres sont vendues à l’étranger. Documenter ces cas reste extrêmement difficile en raison du danger et du silence imposé aux victimes.
Le poids du silence et des mariages forcés
L’une des tragédies les plus insidieuses réside dans la réponse sociétale à ces violences. Par peur de la honte ou du déshonneur familial, certaines victimes sont contraintes à des mariages arrangés, parfois très jeunes, pour « réparer » la situation et cacher une grossesse issue d’un viol.
Ces unions forcées sont vécues comme une seconde torture par les femmes concernées. Elles se retrouvent enchaînées à leurs agresseurs ou à des hommes choisis par leur entourage, sans possibilité de reconstruction personnelle.
« Nous considérons cela comme une forme de torture. »
La ministre en charge des Affaires sociales
Libérer la parole reste l’un des plus grands défis. La peur, la stigmatisation et le manque de structures d’accueil empêchent la plupart des victimes de témoigner et de chercher de l’aide.
Un sentiment d’impunité total
Les auteurs de ces crimes semblent convaincus d’agir en toute impunité. Certains se filment en train de commettre des atrocités, d’autres les célèbrent ouvertement. Cette absence de crainte de représailles renforce encore la spirale de violence.
La Cour pénale internationale a ouvert une enquête pour crimes de guerre visant les deux camps. Une ancienne figure des milices Janjawid a récemment été condamnée pour des viols et d’autres atrocités datant des années 2000, mais la justice internationale avance lentement face à l’ampleur actuelle des exactions.
Un condensé de toutes les horreurs du monde
Le Soudan est aujourd’hui décrit comme un concentré de toutes les pires choses qu’a connues l’humanité en matière de conflits armés. Entre nettoyage ethnique, utilisation systématique du viol comme arme de guerre, esclavage sexuel moderne, recrutement de mercenaires étrangers et crise humanitaire majeure, le pays cumule les tragédies.
La communauté internationale, bien qu’alertée à plusieurs reprises par les Nations Unies et la CPI, peine à faire cesser ces atrocités. Les appels à un cessez-le-feu durable et à une protection réelle des civils restent lettre morte pour l’instant.
Que faire face à une telle horreur ?
Face à l’ampleur des violences, plusieurs pistes émergent. Renforcer les mécanismes de documentation des crimes pour permettre de futures poursuites judiciaires, soutenir les organisations locales qui tentent de recueillir la parole des victimes, et surtout exercer une pression diplomatique beaucoup plus forte sur les parties au conflit pour qu’elles cessent d’utiliser la violence sexuelle comme arme stratégique.
Mais au-delà des institutions, c’est aussi une prise de conscience collective qui est nécessaire. Comprendre que ces viols ne sont pas des « dommages collatéraux » mais des actes délibérés visant à détruire des communautés entières doit pousser chacun à exiger des actions concrètes.
Les femmes soudanaises ne sont pas seulement victimes d’une guerre : elles en sont devenues l’un des principaux champs de bataille. Leur calvaire, loin d’être une fatalité, est le résultat de choix politiques et militaires qui continuent d’être faits chaque jour.
Leur courage à témoigner, malgré tout, doit nous obliger à ne pas détourner le regard. Car tant que ces violences resteront impunies et systématiques, le Soudan continuera de sombrer dans un cycle de destruction dont les femmes paieront le prix le plus lourd.
Le conflit soudanais nous confronte à une réalité brutale : dans certaines guerres modernes, le viol n’est plus un crime de guerre parmi d’autres, mais une stratégie centrale, assumée et parfois même célébrée. Briser ce silence et cette impunité représente l’un des défis les plus urgents de notre époque.
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