Dans les ruelles poussiéreuses de Gaza-ville, le calme espéré après un cessez-le-feu récent avec Israël a vite laissé place à une nouvelle vague de violence. Des affrontements armés entre les forces du Hamas et les membres du clan Doghmoush, une influente famille palestinienne, ont ensanglanté le quartier Sabra. Ces événements, survenus en fin de semaine, soulèvent des questions brûlantes : comment un moment de trêve peut-il engendrer un tel chaos ? Cet article plonge au cœur de cette crise interpalestinienne, explorant ses origines, ses acteurs et ses conséquences.
Une Trêve Fragile Ébranlée par les Tensions
Le cessez-le-feu, entré en vigueur vendredi, devait ramener un semblant de paix dans la bande de Gaza après des mois de conflit avec Israël. Pourtant, à peine deux jours plus tard, des échanges de tirs ont éclaté dans le quartier Sabra, opposant les forces de sécurité du Hamas à des membres du clan Doghmoush. Selon des témoins, l’atmosphère était tendue, marquée par une méfiance mutuelle. Les combats, qui ont duré plusieurs heures, ont fait des morts et des blessés dans les deux camps, transformant un moment d’espoir en une nouvelle tragédie.
Les récits des habitants, bien que livrés sous le couvert de l’anonymat par peur de représailles, convergent. Environ 200 membres des forces du Hamas, lourdement armés, auraient encerclé le quartier pour maîtriser leurs adversaires. Les affrontements, d’une rare intensité, se sont prolongés jusqu’à 21h30, heure à laquelle le calme est revenu, mais à quel prix ? Les pertes humaines et les arrestations massives laissent planer un sentiment d’insécurité.
Les Racines du Conflit : Le Clan Doghmoush dans la Tourmente
Le clan Doghmoush, une grande famille influente de Gaza, est au centre de cette crise. Accusée par le Hamas d’être affiliée à l’occupation israélienne et d’être impliquée dans plusieurs meurtres, la famille se retrouve dans une position délicate. Le ministère de l’Intérieur de Gaza, sous contrôle du Hamas, a annoncé l’arrestation d’une soixantaine de ses membres, une mesure perçue comme une tentative de démanteler leur influence.
Il suffisait d’appartenir à la famille Doghmoush pour se faire tirer dans les jambes, se faire tuer, arrêter ou brûler sa maison.
Abou al-Hassan Doghmoush, figure du clan
La famille, de son côté, rejette catégoriquement les accusations de collaboration avec Israël. Dans un communiqué, elle a admis que certains de ses membres avaient commis des écarts, sans toutefois préciser la nature de ces actes. Elle dénonce une campagne indiscriminée menée par le Hamas, visant à punir l’ensemble du clan sans distinction. Cette situation ravive des tensions historiques, notamment celles remontant à 2007, lorsque le Hamas a pris le contrôle de Gaza par la force, s’opposant à plusieurs grandes familles, dont les Doghmoush.
Le Hamas et la Quête de Contrôle
Depuis sa prise de pouvoir, le Hamas cherche à consolider son autorité sur la bande de Gaza. Les forces de sécurité du mouvement islamiste, déployées massivement dans les rues après le cessez-le-feu, témoignent de cette volonté de contrôle. Leur présence, observée sur les marchés et les routes principales, vise à la fois à maintenir l’ordre et à affirmer leur domination face à des clans familiaux influents. Mais cette stratégie semble avoir attisé les tensions plutôt que de les apaiser.
Les affrontements avec le clan Doghmoush ne sont pas un cas isolé. Ils s’inscrivent dans une longue histoire de rivalités entre le Hamas et les grandes familles palestiniennes, souvent perçues comme des contre-pouvoirs. Ces conflits internes fragilisent davantage une société déjà éprouvée par des années de blocus et de guerre. Les habitants, pris entre deux feux, craignent que ces violences ne deviennent un obstacle à la reconstruction promise après le cessez-le-feu.
Une Amnistie Controversée
Face à l’escalade des violences, le ministère de l’Intérieur de Gaza a annoncé une période d’amnistie générale pour les membres de ce qu’il qualifie de bandes criminelles, à condition qu’ils n’aient pas commis de meurtres pendant la guerre. Cette mesure, présentée comme un geste de réconciliation, soulève pourtant des doutes. Pour beaucoup, elle ressemble davantage à une tentative de légitimer les opérations du Hamas contre ses opposants.
Les faits clés de l’amnistie :
- Concerne les individus n’ayant pas commis de meurtres.
- Viserait à désamorcer les tensions avec les clans.
- Critiquée comme une manœuvre politique du Hamas.
Cette initiative intervient dans un contexte où la population aspire à la stabilité. Pourtant, les arrestations massives et les accusations mutuelles entre le Hamas et le clan Doghmoush laissent peu de place à l’optimisme. Les habitants de Sabra, encore sous le choc, décrivent des scènes de chaos où les tirs résonnaient dans la nuit, transformant leur quartier en champ de bataille.
Les Répercussions sur la Population
Pour les résidents de Gaza-ville, ces affrontements sont une nouvelle épreuve. Les combats ont non seulement causé des pertes humaines, mais aussi accentué le sentiment d’insécurité. Les témoignages recueillis évoquent une peur constante, les habitants hésitant à sortir de chez eux. Les blessures par balle et les destructions de maisons signalées par le clan Doghmoush illustrent l’ampleur de la répression.
La situation est d’autant plus préoccupante que Gaza reste sous pression économique et humanitaire. Le cessez-le-feu, censé ouvrir la voie à une aide internationale, risque d’être éclipsé par ces violences internes. Les habitants se demandent si la trêve tiendra face à ces divisions, ou si elle ne sera qu’une parenthèse dans un cycle de conflits.
Un Conflit Ancré dans l’Histoire
Les tensions entre le Hamas et les clans familiaux ne datent pas d’aujourd’hui. En 2007, lors de la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, de nombreuses familles influentes, dont les Doghmoush, ont été marginalisées. Ces clans, souvent structurés autour de réseaux économiques et sociaux puissants, représentent une menace pour l’hégémonie du mouvement islamiste. Les accusations de collaboration avec Israël, bien que niées, sont un outil fréquemment utilisé pour discréditer ces familles.
Ce conflit illustre également les défis auxquels fait face Gaza dans sa quête de cohésion. Les divisions internes, exacerbées par des années de blocus et d’isolement, compliquent la reconstruction d’une société unie. Les habitants, épuisés par les combats, aspirent à une paix durable, mais les rivalités de pouvoir rendent cet objectif difficile à atteindre.
Vers une Issue Possible ?
Alors que le calme est revenu dans le quartier Sabra, la situation reste précaire. Les arrestations massives et les accusations mutuelles risquent d’attiser les rancœurs, rendant toute réconciliation improbable à court terme. Le Hamas, en renforçant son contrôle, pourrait apaiser les tensions à court terme, mais au prix d’une polarisation accrue.
Pour les observateurs, la clé d’une sortie de crise réside dans un dialogue inclusif, impliquant toutes les parties, y compris les clans familiaux. Cependant, dans un contexte de méfiance généralisée, cette perspective semble lointaine. Les habitants de Gaza, eux, continuent de vivre dans l’incertitude, espérant que la trêve avec Israël ne sera pas compromise par ces luttes internes.
| Aspect | Détails |
|---|---|
| Lieu | Quartier Sabra, Gaza-ville |
| Acteurs | Hamas, clan Doghmoush |
| Conséquences | Morts, blessés, arrestations |
| Mesures | Amnistie controversée |
En conclusion, les affrontements à Gaza-ville révèlent les profondes fractures qui traversent la société palestinienne. Alors que le cessez-le-feu avec Israël offrait une lueur d’espoir, les tensions internes menacent de plonger la région dans une nouvelle spirale de violence. Seule une approche concertée, respectant les différentes composantes de la société, pourrait permettre de surmonter ces défis. Mais dans un climat de défiance, la route vers la paix reste semée d’embûches.









