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Vietnam et UE : un partenariat stratégique face à l’incertitude américaine

Alors que les États-Unis deviennent imprévisibles sur le plan commercial, le Vietnam accélère son rapprochement avec l’Union européenne. Un nouvel accord de partenariat stratégique vient d’être signé à Hanoï, couvrant commerce, technologie, sécurité… Mais que cache vraiment cette alliance ?

Imaginez un pays en pleine ascension économique, coincé entre deux géants aux comportements de plus en plus imprévisibles, qui décide soudain de consolider une alliance inattendue avec un bloc lointain mais stable. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui entre le Vietnam et l’Union européenne. Dans un monde où les règles du commerce international vacillent, Hanoï et Bruxelles viennent de franchir une étape majeure.

Jeudi dernier, les dirigeants des deux entités ont officialisé un partenariat stratégique renforcé. L’objectif ? Se protéger mutuellement contre les soubresauts venus de Washington et construire une relation plus solide, plus prévisible, plus tournée vers l’avenir. Ce n’est pas une simple formalité diplomatique : c’est une réponse concrète à un environnement géopolitique qui change à une vitesse folle.

Un rapprochement accéléré dans un contexte d’incertitude mondiale

Le timing de cette signature n’est pas anodin. Moins d’une semaine après la confirmation de la reconduction du principal dirigeant du Parti communiste vietnamien, cet accord marque une volonté claire de diversification stratégique. Le Vietnam, qui a longtemps navigué entre grandes puissances, cherche désormais à équilibrer ses dépendances.

La croissance fulgurante du pays ces dernières années repose en grande partie sur ses exportations vers les États-Unis. Mais les hausses de droits de douane américaines, récemment portées à 20 % sur certains produits, ont rappelé brutalement la vulnérabilité d’une telle dépendance. Face à cela, ouvrir de nouveaux fronts commerciaux devient une priorité nationale.

Les fondations déjà solides de la relation Vietnam-UE

Les liens entre Hanoï et Bruxelles ne partent pas de zéro. Depuis 2019 et la mise en place d’un accord de libre-échange ambitieux, les échanges commerciaux ont bondi d’environ 40 %. Les entreprises européennes ont investi massivement dans le pays, attirées par une main-d’œuvre qualifiée et des coûts compétitifs.

Malgré ce dynamisme, des frictions subsistent. L’excédent commercial vietnamien vis-à-vis de l’UE continue de croître, ce qui irrite certains capitales européennes. Les responsables du bloc réclament depuis longtemps la levée de barrières non tarifaires, notamment sur les automobiles et certains produits agricoles. Le nouvel accord devrait permettre d’aborder ces sujets de manière plus constructive.

« Nous devons nous tenir côte à côte en tant que partenaires fiables et prévisibles » à un moment où « l’ordre international fondé sur des règles est menacé ».

Président du Conseil européen

Cette phrase résume parfaitement l’état d’esprit actuel. Dans un monde où les certitudes s’effritent, l’UE cherche des alliés partageant son attachement aux règles multilatérales. Le Vietnam, de son côté, veut des partenaires stables pour accompagner sa trajectoire de développement.

Les domaines clés du nouveau partenariat

Le communiqué conjoint liste des priorités très concrètes. Le commerce reste central, mais il est désormais complété par des volets beaucoup plus stratégiques : technologie, énergie, sécurité des chaînes d’approvisionnement, minéraux critiques, semi-conducteurs et intelligence artificielle.

La science, la technologie et l’innovation sont érigées au rang de piliers des relations bilatérales. Pour un pays qui ambitionne de passer du statut d’atelier du monde à celui d’acteur technologique régional, cette orientation est cruciale. Le Vietnam veut attirer des investissements européens dans les secteurs de pointe.

La sécurité n’est pas oubliée. Coopération en matière de défense, particulièrement en mer et dans le cyberespace, figure explicitement parmi les engagements. Dans une région où les tensions maritimes restent vives, ce signal est loin d’être anodin.

  • Sécurité des chaînes d’approvisionnement
  • Minéraux critiques et semi-conducteurs
  • Intelligence artificielle et technologies émergentes
  • Énergie verte et transition écologique
  • Sécurité maritime et cybersécurité

Ces cinq axes montrent à quel point le partenariat dépasse le simple cadre commercial pour toucher des enjeux stratégiques de long terme.

La « diplomatie du bambou » en action

Le Vietnam pratique depuis des décennies ce que ses dirigeants appellent la « diplomatie du bambou » : souple, résistant, capable de plier sans rompre face aux vents contraires. Cette approche se traduit par le maintien simultané de relations équilibrées avec les grandes puissances.

Aujourd’hui, le pays entretient des partenariats stratégiques avec la Chine, la Russie, les États-Unis… et désormais l’Union européenne vient s’ajouter à cette liste prestigieuse. Depuis 2022, Hanoï a multiplié ce type d’accords avec une dizaine de pays.

Chaque partenariat apporte quelque chose de différent : marchés, technologies, expertise diplomatique, contrepoids géopolitique. L’accord avec l’UE s’inscrit parfaitement dans cette logique de diversification tous azimuts.

Un signal fort envoyé à Washington

Personne n’ose le dire ouvertement, mais le timing et le contenu de l’accord envoient un message clair outre-Atlantique. Face à une politique commerciale américaine plus protectionniste et moins prévisible, le Vietnam accélère sa diversification vers d’autres horizons.

Les hausses tarifaires américaines n’ont pas freiné la croissance vietnamienne, qui a atteint 8 % l’an dernier. Mais elles ont servi de rappel : dépendre trop d’un seul marché, même le plus important, comporte des risques majeurs.

« Le Vietnam veut maintenir un environnement international ouvert au commerce, et l’UE peut y contribuer. »

Chercheur spécialiste du Vietnam

Cette phrase résume bien la stratégie hanoïenne : ne pas rompre avec Washington, mais multiplier les options pour réduire les vulnérabilités.

Les défis à relever pour faire vivre ce partenariat

Si les ambitions sont grandes, les obstacles le sont aussi. Côté vietnamien, il faudra continuer à améliorer l’environnement des affaires, réduire les barrières non tarifaires et renforcer la protection de la propriété intellectuelle pour vraiment attirer les investisseurs européens de pointe.

Côté européen, il faudra surmonter les réticences de certains États membres face à l’excédent commercial vietnamien et aux préoccupations sociales et environnementales liées à certaines productions. La transparence et le respect des engagements pris dans l’accord de libre-échange de 2019 seront scrutés de près.

Enfin, les deux parties devront trouver un équilibre entre coopération économique et considérations géopolitiques. Le Vietnam ne veut pas être perçu comme un pion dans un jeu anti-chinois ou anti-américain. L’UE, de son côté, cherche des partenaires partageant ses valeurs sans pour autant exiger une conversion idéologique.

Vers un rôle international accru pour le Vietnam

Ce partenariat s’inscrit dans une ambition plus large : celle de voir le Vietnam jouer un rôle croissant sur la scène internationale. En élevant les affaires étrangères au rang de fonction nationale « essentielle », au même titre que la défense et la sécurité intérieure, le Parti communiste vietnamien marque clairement ses priorités.

Le pays ne veut plus seulement être un bénéficiaire de la mondialisation ; il veut en façonner les règles, du moins à son niveau. Multiplier les partenariats stratégiques, participer activement aux forums régionaux et mondiaux, attirer des technologies de pointe : tout cela participe de cette même stratégie.

Quelles perspectives concrètes pour les entreprises ?

Pour les entreprises européennes, cet accord ouvre potentiellement de nouvelles opportunités. Les secteurs de l’énergie verte, des technologies numériques, des semi-conducteurs et des équipements industriels de précision devraient particulièrement bénéficier de ce rapprochement.

Les entreprises vietnamiennes, de leur côté, espèrent accéder plus facilement aux marchés européens et aux technologies nécessaires à leur montée en gamme. La coopération sur les minéraux critiques pourrait également permettre au Vietnam de mieux valoriser ses ressources naturelles.

  1. Renforcement des échanges commerciaux existants
  2. Investissements accrus dans les secteurs technologiques
  3. Coopération renforcée sur les chaînes d’approvisionnement critiques
  4. Partenariats universitaires et de recherche
  5. Projets communs en matière de cybersécurité et de sécurité maritime

Ces perspectives restent toutefois conditionnées à la capacité des deux parties à concrétiser rapidement les engagements pris.

Un test pour l’influence européenne en Asie du Sud-Est

Pour l’Union européenne, ce partenariat représente également un test. Dans une région traditionnellement dominée par les influences américaine et chinoise, Bruxelles cherche à affirmer sa présence en tant que partenaire fiable et non menaçant.

Si le partenariat avec le Vietnam réussit, il pourrait servir de modèle pour d’autres pays de la région. À l’inverse, un échec ou une stagnation renforcerait l’idée que l’UE reste un acteur secondaire en Asie du Sud-Est.

Les prochains mois seront donc déterminants. La mise en œuvre concrète des différents volets de l’accord, les premiers investissements croisés, les dialogues sectoriels : tout cela contribuera à donner corps à cette nouvelle relation stratégique.

Conclusion : une alliance pragmatique pour temps incertains

Dans un monde où les certitudes d’hier s’effacent, le Vietnam et l’Union européenne choisissent de construire une relation basée sur la prévisibilité, le respect mutuel et des intérêts économiques convergents. Ni alliance militaire, ni simple partenariat commercial, ce nouvel accord se veut avant tout pragmatique.

Il reflète la capacité du Vietnam à adapter sa « diplomatie du bambou » aux réalités du XXIe siècle. Il montre aussi que l’Union européenne, malgré ses divisions internes, peut encore séduire des pays émergents par sa stabilité et son attachement aux règles multilatérales.

Reste maintenant à transformer ces belles déclarations en résultats concrets. Les entreprises, les chercheurs, les diplomates des deux côtés ont du pain sur la planche. Mais les bases posées jeudi à Hanoï semblent solides. Dans un monde qui en manque cruellement, la prévisibilité et la fiabilité pourraient bien devenir les nouvelles monnaies de l’influence internationale.

« Se tenir côte à côte en tant que partenaires fiables et prévisibles » : cette formule pourrait bien résumer l’esprit du moment dans les relations internationales. Quand les vents contraires soufflent, mieux vaut avoir des alliés solides que des amis temporaires.

Le chemin sera long, mais le premier pas est fait. À suivre avec attention dans les mois qui viennent.

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