Imaginez un instant : deux nations sœurs, liées par des décennies d’histoire et d’idéaux communs, qui se retrouvent une nouvelle fois dos au mur face à une pression venue de Washington. Le Venezuela, malgré ses propres tourments internes profonds, vient de lever la voix pour défendre Cuba contre une mesure qui pourrait bien aggraver une situation déjà critique sur l’île. Ce geste de solidarité résonne particulièrement fort dans un contexte régional tendu.
Une solidarité affirmée face à une nouvelle vague de mesures punitives
Le ministère vénézuélien des Affaires étrangères n’a pas mâché ses mots. Dans un communiqué officiel publié vendredi, Caracas a clairement exprimé sa position : rejet total du décret présidentiel américain et soutien sans faille au peuple cubain. Cette prise de position intervient dans un moment particulièrement sensible pour les deux pays.
Depuis de longues années, le Venezuela a été l’un des piliers du soutien économique à Cuba, notamment via des livraisons massives de pétrole. Cette coopération, ancrée dans une vision partagée du socialisme et de l’indépendance face aux États-Unis, a permis à l’île de surmonter partiellement les effets de l’embargo historique. Mais aujourd’hui, cette relation se retrouve directement visée.
Le contenu précis du décret américain
Signé jeudi par le président américain, le texte autorise explicitement l’imposition de droits de douane supplémentaires sur les pays qui continuent à vendre du pétrole à Cuba. Le montant exact de ces taxes reste pour l’instant non précisé, laissant planer une incertitude supplémentaire sur les économies concernées.
L’argument avancé par Washington pour justifier cette mesure est celui d’une « menace exceptionnelle » que représenterait Cuba pour la sécurité nationale des États-Unis. Cette formulation large ouvre la porte à une interprétation très extensive de la menace en question.
Pour beaucoup d’observateurs, cette décision s’inscrit dans une logique de durcissement plus large de la politique envers La Havane, visant à isoler davantage l’île sur le plan économique et diplomatique.
Une île déjà asphyxiée par les pénuries
Cuba traverse depuis plusieurs années une crise économique d’une rare intensité. Les trois dernières années ont été marquées par des pénuries chroniques de carburant qui paralysent de nombreux secteurs. Les coupures d’électricité, parfois longues, affectent la vie quotidienne, les hôpitaux, les usines et les transports.
Ces difficultés énergétiques s’ajoutent à une inflation galopante, à des problèmes d’approvisionnement alimentaire et à une dégradation générale des infrastructures. Dans ce contexte, toute mesure supplémentaire qui viendrait compliquer l’accès au pétrole risque d’avoir des conséquences dramatiques.
« Cette mesure pourrait affecter directement les hôpitaux, l’alimentation et d’autres services essentiels au peuple cubain. »
Ces mots prononcés lors d’une conférence de presse illustrent parfaitement la gravité de la situation telle qu’elle est perçue par certains dirigeants régionaux.
La voix du Mexique s’élève également
Le Mexique, qui continue de livrer du pétrole à Cuba, n’est pas resté silencieux face à cette nouvelle annonce. La présidente mexicaine a tiré la sonnette d’alarme en évoquant le risque d’une « vaste crise humanitaire » sur l’île si les sanctions venaient à s’appliquer pleinement.
Elle a insisté sur les conséquences potentielles pour les secteurs vitaux : hôpitaux privés d’électricité, difficultés accrues pour la conservation des aliments, perturbation des services publics essentiels. Selon elle, la population cubaine paierait le prix le plus lourd de cette escalade.
Cependant, la dirigeante a également tenu à préciser qu’elle ne comptait pas ignorer les intérêts de son propre pays. Elle a reconnu que le Mexique devait également veiller à ne pas s’exposer lui-même à des représailles économiques sous forme de droits de douane supplémentaires.
« Nous ne voulons pas non plus mettre notre pays en danger en termes de droits de douane. »
Cette déclaration traduit une position équilibrée : solidarité régionale, mais aussi réalisme face aux rapports de force économiques.
Contexte historique : un embargo qui dure depuis plus de six décennies
Pour bien comprendre l’ampleur de la situation actuelle, il faut remonter à 1962. C’est à cette date que les États-Unis ont instauré un embargo économique complet contre Cuba. Depuis, cet embargo n’a cessé d’être renforcé, allégé ou maintenu selon les administrations successives.
Malgré quelques périodes de détente relative, notamment sous certaines présidences, la politique générale est restée celle d’une pression maximale visant à provoquer des changements internes sur l’île. Le décret récent s’inscrit donc dans une continuité, mais avec une cible élargie : non plus seulement Cuba, mais aussi les pays qui maintiennent des liens commerciaux avec La Havane.
Cette extension du champ d’application marque une nouvelle étape dans la stratégie d’isolement économique.
Le rôle historique du Venezuela dans le soutien à Cuba
Depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en 1999, le Venezuela a développé une coopération privilégiée avec Cuba. Celle-ci reposait sur un échange asymétrique mais stratégique : du pétrole vénézuélien contre des services médicaux, éducatifs et techniques cubains.
Des dizaines de milliers de professionnels cubains (médecins, enseignants, entraîneurs sportifs…) sont intervenus au Venezuela, tandis que des centaines de milliers de barils de pétrole arrivaient quotidiennement à Cuba à des conditions préférentielles. Cette alliance a été l’un des piliers de la diplomatie bolivarienne.
Malgré les difficultés économiques extrêmes que traverse le Venezuela depuis plus d’une décennie, et malgré les changements radicaux survenus récemment dans la direction du pays, la rhétorique de solidarité avec Cuba reste intacte.
Conséquences potentielles pour les acteurs régionaux
Si le décret venait à être appliqué de manière stricte, plusieurs pays pourraient se retrouver dans une position délicate. Outre le Venezuela (dont les exportations pétrolières vers Cuba sont déjà fortement réduites) et le Mexique, d’autres nations ayant des échanges énergétiques avec l’île pourraient être concernées.
Parmi les conséquences possibles :
- Réduction drastique des livraisons de carburant à Cuba
- Augmentation des coûts pour les pays exportateurs concernés
- Risque de représailles commerciales américaines sur d’autres secteurs
- Accentuation des tensions diplomatiques régionales
- Possible recherche de fournisseurs alternatifs (plus chers ou plus éloignés)
Ces éléments combinés pourraient créer un effet domino difficile à contenir.
Une crise humanitaire en gestation ?
Les mises en garde concernant une potentielle crise humanitaire ne sont pas à prendre à la légère. Quand un pays dépend fortement de l’extérieur pour son approvisionnement énergétique, toute perturbation a des répercussions immédiates sur la santé publique, la sécurité alimentaire et la stabilité sociale.
À Cuba, les coupures d’électricité prolongées affectent déjà :
- La conservation de la chaîne du froid pour les vaccins et les médicaments
- Le fonctionnement des hôpitaux et des centres de santé
- La production industrielle et agricole
- Les transports publics et la distribution de denrées
- La qualité de vie quotidienne des familles
Une réduction supplémentaire des approvisionnements en carburant aggraverait considérablement ces problèmes déjà aigus.
Solidarité régionale versus intérêts nationaux
Le cas du Mexique est particulièrement intéressant. D’un côté, il existe une tradition de non-ingérence et de solidarité latino-américaine. De l’autre, le pays doit préserver ses relations économiques privilégiées avec les États-Unis, son principal partenaire commercial.
Cette tension entre principes idéologiques et pragmatisme économique se retrouve dans de nombreux pays de la région. La déclaration mexicaine illustre parfaitement ce dilemme : condamner la mesure, alerter sur ses conséquences humanitaires, mais aussi protéger les intérêts nationaux face à d’éventuelles représailles.
Perspectives et réactions internationales attendues
Pour l’instant, la réaction internationale reste relativement discrète. Mais dans les jours et semaines à venir, plusieurs acteurs pourraient se positionner :
- Les pays de l’ALBA (Alliance bolivarienne), traditionnellement proches de Cuba et du Venezuela
- La Chine et la Russie, partenaires économiques importants de Cuba
- L’Union européenne, qui a toujours critiqué l’embargo américain
- Les instances onusiennes, notamment l’Assemblée générale qui vote régulièrement contre l’embargo
La question est désormais de savoir si cette nouvelle mesure restera symbolique ou si elle sera réellement appliquée avec rigueur, et quelles en seront les conséquences concrètes sur le terrain.
Conclusion : un nouvel épisode d’une longue histoire de tensions
Ce décret s’inscrit dans une saga longue de plus de soixante ans de confrontation entre Washington et La Havane. À chaque fois que la pression semble se relâcher, une nouvelle mesure vient rappeler que le contentieux reste vif.
Aujourd’hui, c’est donc le Venezuela – malgré ses propres difficultés – qui se porte en première ligne pour défendre Cuba. Et le Mexique qui, tout en marquant sa solidarité, veille à ne pas se retrouver pris dans l’étau des sanctions secondaires.
Dans cette partie du monde, la solidarité régionale et les impératifs économiques continuent de s’entrecroiser de manière complexe. L’avenir dira si cette nouvelle mesure constituera un tournant ou simplement un épisode supplémentaire dans une relation toujours marquée par la méfiance et les rapports de force.
Une chose est sûre : les populations cubaine et vénézuélienne, déjà durement éprouvées, sont celles qui risquent de payer le prix le plus lourd de ces décisions prises à des milliers de kilomètres.
À retenir : Le Venezuela rejette catégoriquement le décret américain et réaffirme sa solidarité historique avec Cuba, tandis que le Mexique alerte sur les risques humanitaires sans ignorer ses propres intérêts économiques.
Dans un contexte géopolitique régional déjà très polarisé, cette nouvelle mesure américaine pourrait bien redessiner certaines alliances et obliger plusieurs pays à faire des choix difficiles dans les mois à venir.









