Imaginez-vous réveillé en pleine nuit par le grondement sourd d’hélicoptères survolant votre quartier, suivi d’explosions qui secouent les vitres. C’est exactement ce qu’ont vécu des milliers de Vénézuéliens dans la nuit du 3 janvier 2026. Quelques heures plus tard, le monde apprenait la chute spectaculaire de Nicolas Maduro, emmené par une opération militaire américaine directement au cœur de Caracas. Un événement qui a laissé le pays sous le choc… et certains de ses plus fervents défenseurs, particulièrement remontés.
Dans les barrios populaires, là où les murs sont encore couverts d’effigies de Chavez, un sentiment domine aujourd’hui : la colère mêlée d’incompréhension. Comment un système de défense censé protéger le président a-t-il pu céder aussi facilement ? Pourquoi personne n’a donné l’alerte à temps ? Et surtout : qui a trahi ?
Une opération qui a sidéré tout un pays
L’intervention américaine n’a duré que quelques heures, mais ses conséquences se feront sentir pendant des années. Des hélicoptères ont pénétré l’espace aérien vénézuélien, neutralisé les défenses anti-aériennes et permis l’extraction rapide de Nicolas Maduro. Bilan officiel : au moins cent personnes tuées lors des frappes et des échanges de tirs. Un scénario digne d’un film d’action… sauf que pour les habitants de Caracas, il s’agissait bien de la réalité.
« C’était comme dans un film », confie un membre d’un collectif du centre de la capitale. Pour beaucoup, habitués à une violence quotidienne liée à l’insécurité, cette nuit-là a pourtant marqué un seuil inédit. La peur s’est installée, même chez ceux qui se disent prêts à défendre le projet chaviste jusqu’au bout.
Les colectivos : gardiens du chavisme ou milices controversées ?
Créés sous l’impulsion d’Hugo Chavez au début des années 2000, les colectivos constituent un réseau hétérogène de groupes armés et organisés au sein même des quartiers populaires. Officiellement, ils se présentent comme des organisations sociales chargées de la défense de la révolution bolivarienne, de la distribution de produits subventionnés et de la prévention de la petite délinquance.
Dans la pratique, leur rôle est bien plus complexe. Armés de fusils d’assaut, parfois cagoulés, ils patrouillent les rues, contrôlent les accès aux quartiers et n’hésitent pas à faire usage de leurs armes lorsqu’ils estiment que le pouvoir est menacé. Leurs détracteurs les qualifient de para-policiers ou de milices pro-gouvernementales. Leurs soutiens, eux, y voient les authentiques défenseurs du peuple face aux menaces internes et externes.
Une chose est sûre : depuis la chute de Maduro, ces groupes ont retrouvé une visibilité inattendue. Ils se posent désormais en rempart contre une éventuelle « recolonisation » du pays par Washington.
« Beaucoup de trahisons » : la thèse qui domine
« On ne sait toujours pas vraiment ce qui s’est passé », répète un membre du collectif Boina Roja. Pour lui comme pour beaucoup d’autres, une telle opération n’aurait jamais pu réussir sans complicités internes majeures.
Il y a eu beaucoup de trahisons. Le système de défense anti-aérienne n’a pas fonctionné. Quelqu’un a forcément laissé passer les hélicoptères.
Un membre du collectif Boina Roja
Cette conviction d’une trahison au plus haut niveau traverse tous les discours recueillis auprès des colectivos. Elle nourrit à la fois la frustration et la volonté de revanche. Certains vont jusqu’à affirmer que sans ces « failles » délibérées, l’opération américaine aurait été impossible.
Soutien unanime à Delcy Rodriguez… pour l’instant
Depuis le 3 janvier, la vice-présidente Delcy Rodriguez assure l’intérim à la tête de l’État, sur décision de la Cour suprême. Une transition de 90 jours renouvelables, immédiatement soutenue par l’appareil militaire. Les colectivos, eux aussi, ont rapidement apporté leur appui.
« Je ne crois pas que quiconque trahisse son père », lance un commandant d’un collectif influent, en référence aux liens historiques entre la famille Rodriguez et Hugo Chavez. Pour beaucoup, Delcy incarne encore la continuité du projet bolivarien. Mais cette confiance reste fragile.
Les rumeurs les plus folles circulent déjà : Delcy aurait négocié en secret avec Washington, elle préparerait une transition vers un pouvoir plus modéré… Autant d’intoxications que les colectivos disent vouloir combattre en restant vigilants.
Entre missions sociales et maintien de l’ordre armé
Dans les quartiers où ils sont implantés, les colectivos ne se contentent pas de porter des armes. Ils organisent des activités sportives pour les jeunes, distribuent des colis alimentaires, accompagnent les personnes âgées, animent des ateliers culturels. Autant d’actions qui leur valent une réelle popularité locale.
- Distribution de produits de première nécessité
- Prévention de la petite délinquance dans les rues
- Organisation de tournois de baseball et de football
- Cours d’alphabétisation et soutien scolaire
- Patrouilles nocturnes armées
Cette dualité explique pourquoi ils restent profondément ancrés dans le tissu social de nombreux barrios, même si leur image reste très controversée à l’échelle nationale et internationale.
Une colère alimentée par le sentiment d’abandon technologique
« Malgré tout le soutien que le commandant Poutine, la Chine et la Corée du Nord nous ont apporté sur le plan militaire, comment pouvons-nous réagir en temps réel face à une technologie plus avancée ? » Cette question, posée par un responsable de collectif, résume bien l’amertume actuelle.
Les systèmes russes et chinois n’ont pas suffi. Les radars n’ont pas détecté l’approche, les missiles sol-air n’ont pas été tirés à temps. Pour les militants chavistes les plus radicaux, cet échec technologique est presque plus douloureux que la perte du président lui-même.
Le spectre d’une nouvelle vague de violence
Une semaine après les faits, la situation reste extrêmement tendue. Les colectivos assurent avoir pris les rues dès les premières explosions, attendant des ordres qui ne sont jamais venus. Aujourd’hui, ils observent, analysent, et se préparent.
Nous sommes frustrés, en colère et prêts à nous battre.
Membre du collectif Boina Roja
Cette phrase résume l’état d’esprit dominant. Dans un pays déjà marqué par des années de crise économique, d’hyperinflation, de pénuries et de migrations massives, l’intervention américaine vient d’ouvrir une nouvelle séquence particulièrement incertaine.
Un avenir sous haute tension
Alors que la transition dirigée par Delcy Rodriguez commence à peine, les colectivos restent l’une des composantes les plus imprévisibles du paysage politique vénézuélien. Leur loyauté actuelle envers la vice-présidente pourrait évoluer très rapidement si de nouvelles « trahisons » venaient à être confirmées.
Dans les barrios, on continue de distribuer des denrées, d’organiser des activités, mais aussi de nettoyer et de recharger les armes. Le message est clair : la révolution bolivarienne n’est pas morte avec Maduro. Elle pourrait même devenir plus radicale.
Le pays retient son souffle. Entre les soutiens traditionnels du chavisme qui refusent de désarmer et une opposition qui espère enfin voir arriver le changement, le Venezuela se trouve à un tournant historique majeur. Et les prochains jours, voire les prochaines heures, pourraient décider de la suite des événements.
Ce qui est certain, c’est que les colectivos, ces acteurs à la fois sociaux et armés, entendent bien peser de tout leur poids dans la balance. Et ils n’ont jamais été aussi déterminés.
À retenir : Dans un contexte de crise profonde, les colectivos incarnent à la fois la mémoire vivante du chavisme et l’une des forces les plus susceptibles de faire basculer – ou de stabiliser – la transition politique actuelle. Leur colère et leur sentiment de trahison pourraient devenir les éléments déclencheurs d’une nouvelle phase de confrontation.
Le Venezuela, une fois encore, écrit une page particulièrement sombre et incertaine de son histoire contemporaine.









