Une flambée des prix sans précédent en 2025
L’inflation au Venezuela a explosé en 2025, atteignant 475 % sur l’année, selon les données officielles publiées par la Banque centrale du Venezuela (BCV). Après une relative accalmie avec seulement 48 % en 2024, cette flambée place le pays en tête du classement mondial des inflations les plus élevées, devant toutes les autres nations d’après les projections internationales.
Cette hausse brutale n’est pas survenue par hasard. Elle résulte principalement d’un dérapage massif du taux de change, lui-même provoqué par le renforcement des sanctions américaines contre l’ancien régime. Ces mesures ont restreint les entrées de devises, accentuant la pression sur les prix et rendant la vie quotidienne insoutenable pour des millions de Vénézuéliens.
Imaginez une comptable de 58 ans obligée de courir d’un supermarché à l’autre pour trouver des produits à des prix qui changent plusieurs fois par jour. C’est la réalité d’Alix Aponte, qui exprime sa frustration face à cette valse des prix incessante. Comme elle, beaucoup espèrent une augmentation de salaire pour survivre, mais les revenus restent désespérément bas.
Le revenu moyen mensuel oscille entre 100 et 300 dollars, alors que le panier alimentaire de base nécessite environ 700 dollars selon les estimations. Cette écart abyssal pousse les familles à des choix douloureux : réduire les portions, se priver de médicaments ou sacrifier d’autres besoins essentiels.
Les secteurs les plus touchés par la flambée des prix
Certains domaines ont connu des augmentations encore plus spectaculaires que l’inflation générale. Les aliments et boissons ont bondi de 532 % sur un an, rendant l’accès à la nourriture de plus en plus difficile. L’éducation n’est pas épargnée avec une hausse de 570 %, tandis que les loyers ont grimpé de 340 % et les dépenses de santé de 445 %.
Ces chiffres illustrent à quel point la crise touche tous les aspects de la vie quotidienne. Les familles doivent jongler constamment avec des budgets qui fondent comme neige au soleil, tandis que les petits salaires ne suivent plus du tout la cadence infernale des prix.
Je dois passer sans cesse d’un supermarché à l’autre.
Une habitante vénézuélienne interrogée
Cette citation résume parfaitement le désarroi généralisé. Les Vénézuéliens répètent souvent que l’argent ne suffit plus, même pour les besoins les plus basiques.
Retour sur une histoire d’hyperinflation récurrente
Le Venezuela n’en est pas à son premier épisode d’inflation galopante. En 2018, le pays avait connu un pic historique à 130 000 %, marquant le sommet d’une période hyperinflationniste qui a duré de 2017 à 2021. Cette crise avait dévasté l’économie, provoquant une émigration massive et une paupérisation généralisée.
Par la suite, l’équipe économique en place avait réussi à juguler l’inflation en stoppant l’impression massive de monnaie et en autorisant officiellement l’usage du dollar. Ce dernier est rapidement devenu la monnaie de facto dans de nombreux échanges quotidiens, apportant une certaine stabilité relative pendant quelques années.
Malgré ces mesures, la fragilité structurelle est restée intacte. Le gel du taux de change décidé en 2024, en pleine période électorale contestée, a créé les conditions d’un nouveau dérapage. Dévaluation et inflation vont en effet de pair dans ce contexte.
Les facteurs externes aggravants
Une experte en économie pointe du doigt un contexte externe défavorable. La baisse des prix internationaux du pétrole a réduit les rentrées de devises, tandis que le retour à une politique de pression maximale sur le secteur pétrolier vénézuélien a aggravé la situation.
Les sanctions renforcées ont limité les flux financiers, forçant une hausse généralisée des prix des biens et services importés ou liés aux importations. Ce cercle vicieux a alimenté l’inflation tout au long de 2025, rendant la reprise économique encore plus ardue.
Pourtant, des signes d’amélioration émergent avec les changements politiques récents. La capture de l’ancien président le 3 janvier par les forces américaines a ouvert la voie à une transition. Sa vice-présidente a pris le pouvoir et opéré un virage majeur dans les relations avec Washington.
Les annonces récentes et le rétablissement diplomatique
Jeudi, les deux pays ont officialisé le rétablissement de leurs relations diplomatiques, rompues depuis 2019. Ce geste symbolique marque un tournant après des années de tensions extrêmes. Les sanctions commencent à être levées progressivement, ce qui pourrait soulager la pression sur l’économie.
La nouvelle dirigeante a lancé plusieurs réformes ambitieuses, soutenues par les autorités américaines. Parmi elles, une modification de la loi sur les hydrocarbures pour ouvrir le secteur aux investissements privés, une amnistie générale visant à libérer les prisonniers politiques, ainsi que des promesses de réforme judiciaire et minière.
Ces mesures visent à stabiliser le pays et à attirer des capitaux étrangers. Elles interviennent dans un contexte où la croissance économique a atteint près de 9 % en 2025, portée notamment par le secteur pétrolier malgré l’embargo assoupli récemment.
Perspectives pour 2026 et au-delà
Les économistes anticipent une décélération significative de l’inflation cette année, autour de 108 %. La capture de l’ancien dirigeant et le changement de cap politique améliorent les perspectives, en réduisant l’incertitude et en favorisant un assouplissement des contraintes externes.
Cependant, le chemin reste long. La dollarisation informelle persiste, et la reconstruction des institutions prendra du temps. Les Vénézuéliens espèrent que ces évolutions se traduiront rapidement par une stabilisation des prix et une amélioration du pouvoir d’achat.
Pour l’instant, la vigilance reste de mise. Les mois à venir seront décisifs pour savoir si le Venezuela parvient à sortir durablement de cette spirale inflationniste qui a tant fait souffrir sa population.
La publication de ces chiffres par la BCV après un long silence marque une forme de transparence retrouvée. Elle permet aussi de mesurer l’ampleur des défis à relever. Entre croissance pétrolière encourageante et inflation encore très élevée, le pays navigue en eaux troubles, mais avec un horizon potentiellement plus clair grâce aux réformes en cours.
Les habitants continuent de témoigner de leur résilience face à ces chocs répétés. Leur quotidien reste marqué par l’incertitude, mais beaucoup espèrent que les changements politiques récents ouvriront enfin une période de stabilisation et de reconstruction économique.









