Une grève de la faim pour briser le silence carcéral
Ce samedi 14 février, une dizaine de femmes se sont installées devant l’entrée de la prison Zone 7, à Caracas. Elles portent des masques sanitaires et s’allongent en ligne, déterminées à ne plus manger jusqu’à ce que tous les prisonniers politiques soient libérés. Leur geste radical intervient après un nouveau report de l’adoption de la loi d’amnistie, votée en première lecture début février mais bloquée en seconde discussion jeudi dernier.
Cette loi, présentée comme historique, vise à effacer les poursuites contre des centaines de personnes accusées de délits politiques depuis des années. Promise sous pression internationale, elle devait marquer un tournant après des événements majeurs survenus en janvier. Pourtant, les libérations avancent lentement, au compte-gouttes, laissant des familles dans l’angoisse permanente.
Les grévistes expriment une frustration accumulée. Elles rappellent les engagements non tenus et soulignent que la patience a des limites. Leur action symbolique vise à maintenir la pression sur les autorités pour une application immédiate et complète des promesses faites.
Les origines de la mobilisation actuelle
Tout a commencé avec des annonces fortes en janvier. Après la capture de Nicolás Maduro le 3 janvier, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a pris des mesures pour apaiser les tensions. Elle a promis une amnistie générale et des libérations massives dès le 8 janvier. Ces engagements ont suscité un espoir immense parmi les opposants et les familles concernées.
Malheureusement, les faits n’ont pas suivi le rythme annoncé. Des dizaines de familles ont campé devant les prisons, attendant des nouvelles. Selon des sources fiables sur les droits humains, environ 431 personnes ont obtenu une libération conditionnelle, mais plus de 640 restent incarcérées. Ce décalage alimente la colère et pousse à des actions plus extrêmes comme cette grève.
Ce que nous demandons, c’est qu’ils soient tous enfin libérés, comme on nous l’a promis.
Sachare Torrez, 23 ans, une des grévistes
Cette jeune femme incarne la détermination de tout un groupe. À seulement 23 ans, elle représente une génération qui refuse de voir la répression se prolonger. Sa voix, comme celle des autres, résonne dans les rues de Caracas et au-delà.
Le témoignage poignant d’une mère
Evelin Quiaro, 46 ans, est l’une des figures visibles de cette grève. Mère d’un fils de 30 ans détenu depuis novembre 2025 pour des accusations de terrorisme et d’association de malfaiteurs, elle a décidé de ne plus s’alimenter après un dernier repas dans la nuit. Allongée sous un parasol pour se protéger du soleil, elle explique son choix avec fermeté.
Nous exigeons que la libération de tous se concrétise et soit enfin réelle. Cela fait déjà énormément de temps que nous attendons. La pression a porté ses fruits, nous resterons ici jusqu’à ce qu’ils sortent tous. Avec cela, il est évident que nous allons nous épuiser bien davantage, mais c’est une mesure drastique que nous jugeons nécessaire pour en finir une bonne fois pour toutes.
Evelin Quiaro, mère d’un prisonnier politique
Son discours révèle la souffrance accumulée mais aussi une résolution inébranlable. Ces femmes savent que leur santé se dégrade rapidement, pourtant elles persistent. Leur sacrifice personnel vise à accélérer un processus jugé trop lent.
Les avancées partielles et les libérations récentes
Pendant la nuit précédant la grève, 17 prisonniers politiques ont été libérés. Cette mesure a suivi une annonce du président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodríguez. Frère de la présidente par intérim, il avait promis aux familles, lors d’une visite récente à la Zone 7, une libération immédiate une fois la loi adoptée.
Ces gestes montrent que la mobilisation porte ses fruits, même partiellement. Cependant, les familles insistent pour une libération totale, sans conditions ni délais supplémentaires. Chaque libération individuelle ravive l’espoir mais renforce aussi la détermination à obtenir plus.
Parmi les libérés récents figure Emil Brandt, coordinateur régional d’un parti d’opposition. Après deux ans de détention, il est rentré dans sa ville de Barinas. Il a déclaré publiquement que le combat continue tant que des personnes restent emprisonnées.
Il est important de souligner que nous poursuivons notre travail : nous avons encore des gens à l’intérieur et nous ne nous reposerons pas tant que justice soit faite et que la liberté soit trouvée. Le peuple mérite de vivre mieux, et ce sera le cas quand notre leader reviendra dans notre pays. Nous ne nous reposerons pas, car ce combat ne fait que commencer.
Emil Brandt, libéré après deux ans de détention
La voix de l’opposition depuis l’exil
La cheffe de l’opposition, Maria Corina Machado, s’exprime depuis Munich où elle participe à la Conférence sur la sécurité. Elle n’a pas fixé de date précise pour son retour au pays mais a insisté sur l’ampleur des changements en cours au Venezuela. Selon elle, la fin du régime actuel ouvre la voie à une transformation régionale profonde.
Ce qui se passe au Venezuela est gigantesque en termes de répercussions qu’il a déjà dans la région. Une fois que nous aurons démantelé le régime criminel au Venezuela, Cuba sera le suivant, le Nicaragua suivra. Pour la première fois de l’histoire, nous aurons des Amériques libres de communisme et de dictature.
Maria Corina Machado, à la Conférence sur la sécurité de Munich
Ses paroles résonnent comme un appel à une libération plus large, non seulement des prisonniers mais aussi des influences extérieures perçues comme oppressives. Elle symbolise l’espoir d’un renouveau démocratique pour de nombreux Vénézuéliens.
Les manifestations massives et le report controversé
Jeudi dernier, des milliers de partisans de l’opposition ont manifesté à Caracas aux cris de « On n’a pas peur ». C’était la première grande mobilisation depuis les événements de janvier. Ils réclamaient la libération immédiate de tous les prisonniers politiques avant même le débat sur la loi d’amnistie.
Le report du vote s’explique par un différend sur un article précis. Celui-ci prévoit que les personnes amnistiées doivent « se mettre en règle ». Des députés d’opposition dénoncent cette clause comme une reconnaissance implicite de culpabilité, alors que les détenus sont considérés comme des victimes de persécution judiciaire.
Cet article dit tout simplement que la personne qui va se prévaloir de la loi d’amnistie est coupable. Les détenus politiques sont des victimes persécutées par la justice.
Un député d’opposition
Ce blocage technique prolonge l’incertitude. Le débat reprendra la semaine prochaine, mais chaque jour supplémentaire accroît la tension sur le terrain.
Concessions face aux pressions internationales
Depuis janvier, les autorités vénézuéliennes ont multiplié les gestes envers Washington. Adoption d’une nouvelle loi sur le pétrole, promesse d’amnistie, réforme judiciaire, accueil du ministre de l’Énergie américain, préparation à la réouverture de l’ambassade : ces mesures indiquent un rapprochement significatif.
Ces concessions visent à stabiliser la situation interne tout en répondant à des exigences extérieures. Elles montrent que la pression internationale influence directement les décisions locales, accélérant certains processus comme les libérations partielles.
Cependant, pour les familles en grève, ces avancées restent insuffisantes. Elles veulent une application totale et rapide, sans attendre des débats parlementaires interminables. Leur détermination pourrait bien forcer une accélération dans les jours à venir.
La situation évolue rapidement. Chaque jour apporte son lot de libérations, d’annonces ou de tensions. Les grévistes de la faim incarnent la lutte pour les droits fondamentaux dans un pays en pleine transition. Leur courage rappelle que derrière les lois et les discours politiques se trouvent des vies humaines suspendues à des décisions urgentes.
Le Venezuela cherche son chemin vers une stabilité nouvelle. Les familles des détenus jouent un rôle central dans cette quête. Leur sacrifice pourrait marquer un tournant décisif pour la justice et la réconciliation nationale.









