InternationalPolitique

Venezuela : Colère et Détermination des Colectivos Après la Chute de Maduro

Une semaine après le coup spectaculaire américain qui a renversé Nicolas Maduro, les redoutés colectivos sont en ébullition. Trahisons internes, colère sourde et armes prêtes : vont-ils plonger le pays dans le chaos ?

Imaginez-vous réveillé en pleine nuit par des explosions assourdissantes au cœur de Caracas. Des hélicoptères étrangers survolent la ville, les défenses antiaériennes semblent impuissantes, et en quelques heures, le président en exercice disparaît. C’est exactement ce qui s’est produit au Venezuela au début du mois de janvier 2026. Une opération militaire d’une audace rare a mis fin au pouvoir de Nicolas Maduro, laissant derrière elle un pays sous le choc et des milliers de questions sans réponse.

Un pays sous le choc : quand la forteresse tombe en une nuit

La soudaineté de l’opération a pris tout le monde de court, même ceux qui étaient censés constituer le dernier rempart du pouvoir chaviste. Parmi eux, les colectivos, ces groupes à la fois sociaux et armés qui patrouillent dans de nombreux quartiers populaires depuis plus de deux décennies. Eux qui se présentaient comme les gardiens ultimes de la révolution bolivarienne se retrouvent aujourd’hui désemparés, furieux, et surtout très déterminés.

« On ne comprend toujours pas comment c’est possible », confie un membre du collectif Boina Roja qui se fait appeler Willians. Selon lui, les failles dans le système de protection du président étaient inimaginables. Comment des hélicoptères ont-ils pu pénétrer aussi profondément dans l’espace aérien protégé de la capitale ? Pourquoi les batteries antiaériennes n’ont-elles pas fonctionné comme prévu ? Autant de questions qui alimentent la colère et la suspicion.

Les premières heures du chaos : la stupeur puis la rage

Les explosions ont retenti vers deux heures du matin. Dans les barrios, les habitants sont sortis dans les rues, armes à la main pour certains, simples curieux pour d’autres. Jorge Suarez, membre d’un autre collectif, raconte : « On aurait dit un film américain. On n’est pas habitués à ça ici. » La peur s’est mêlée à l’incrédulité. Puis très vite, la peur a laissé place à la colère.

Les colectivos, habitués à imposer leur loi dans leurs zones d’influence, se sont sentis humiliés. Eux qui contrôlent les rues depuis des années, voilà qu’une puissance étrangère venait leur démontrer leur vulnérabilité en direct. Ce sentiment d’impuissance face à une technologie militaire largement supérieure continue de les ronger.

« Malgré tout le soutien que le commandant Poutine, la Chine et la Corée du Nord nous ont apporté sur le plan militaire, comment pouvons-nous réagir en temps réel alors qu’ils disposent d’une technologie plus avancée que la nôtre ? »

Un commandant de colectivo, dans son bureau décoré des portraits de Bolívar, Chavez et Maduro

Cette phrase résume parfaitement le désarroi stratégique qui domine actuellement au sein de ces groupes. Ils se savent dépassés technologiquement, et cette réalité les rend encore plus imprévisibles.

Qui sont vraiment les colectivos ? Héritiers de Chavez ou milices redoutées ?

Apparus sous l’impulsion d’Hugo Chavez au début des années 2000, les colectivos étaient initialement conçus comme des organisations communautaires chargées de défendre la révolution dans les quartiers populaires. Progressivement, ils ont pris une dimension plus militaire, s’armant pour « protéger » le processus révolutionnaire contre ses ennemis intérieurs et extérieurs.

Aujourd’hui, leur rôle est ambivalent. Dans leurs bastions, beaucoup les considèrent comme des protecteurs efficaces contre la criminalité ordinaire. Ils organisent des activités sportives, culturelles, distribuent des aides alimentaires et veillent sur les personnes âgées. Mais dans d’autres zones, ou selon d’autres points de vue, ils sont perçus comme des groupes violents pratiquant l’extorsion et imposant leur loi par la force.

Ce qui est certain, c’est qu’ils constituent une force non négligeable sur le terrain, surtout dans les quartiers populaires de l’ouest de Caracas comme le célèbre 23 de Enero. Là-bas, ils sont chez eux.

Ralliement rapide à Delcy Rodriguez : fidélité ou calcul ?

Quelques heures seulement après la chute de Maduro, la Cour suprême a désigné Delcy Rodriguez comme présidente intérimaire pour une période de 90 jours renouvelables. Le lendemain, l’armée apportait officiellement son soutien à cette décision. Les colectivos, eux, n’ont pas attendu pour afficher leur ralliement.

« Je ne crois pas que quiconque trahisse son père », lance Alfredo Canchica, commandant de la Fundación 3 Raíces, en référence au lien filial symbolique qui unit Delcy Rodriguez à Hugo Chavez. Pour beaucoup de ces militants, la fille de l’ancien maire de Caracas incarne une forme de continuité révolutionnaire plus crédible que d’autres figures actuelles.

Mais derrière cette apparente unité, le doute s’installe. Les rumeurs les plus folles circulent : Delcy Rodriguez aurait négocié en secret avec Washington, Trump préparerait un nouveau bombardement… Willians affirme filtrer toutes ces informations : « Je résiste aux intox. »

Le spectre des trahisons : le vrai traumatisme

Si une chose semble réunir la quasi-totalité des membres de colectivos interrogés, c’est la conviction qu’il y a eu des trahisons internes. Comment expliquer autrement qu’une opération aussi complexe ait pu être menée avec un tel succès ?

Pour beaucoup, quelqu’un de haut placé a nécessairement facilité l’entrée des forces étrangères. Cette idée d’une cinquième colonne au sein même de l’appareil d’État ou de l’armée hante les conversations dans les quartiers contrôlés par les colectivos.

Cette suspicion généralisée crée un climat de paranoïa. Chaque officier, chaque responsable politique est potentiellement suspect. Dans un tel environnement, la moindre décision peut être interprétée comme une nouvelle trahison.

Que s’est-il passé le 28 juillet 2024 ? Le précédent qui marque encore

Les colectivos gardent un souvenir très vif des événements qui ont suivi l’élection présidentielle de juillet 2024. Alors que des dizaines de milliers de personnes descendaient dans la rue pour contester la réélection de Maduro, les collines de Caracas auraient pu s’embraser complètement.

« Le 28 juillet, nous avons empêché que les collines se soulèvent », affirme Canchica avec une certaine fierté. Pour les colectivos, cette mobilisation massive contre la fraude électorale présumée a constitué un test grandeur nature de leur capacité à maintenir l’ordre révolutionnaire par la force si nécessaire.

Cette expérience les a renforcés dans leur conviction qu’ils représentent la véritable ligne de défense du chavisme, au-delà même des institutions officielles.

Armés, organisés et prêts à en découdre

Dans le bureau d’un des chefs de colectivo, le contraste est saisissant : des livres d’histoire révolutionnaire, un portrait de Simon Bolívar, des photos de Chavez et Maduro… et sur la table : des munitions, une grenade à effet sonore. Le message est clair : on discute politique, mais on reste armés jusqu’aux dents.

« Nous avons pris les rues dès les premières explosions, en attendant les instructions », raconte Jorge Suarez. Cette réactivité démontre que malgré la surprise, ces groupes conservent une chaîne de commandement opérationnelle et une capacité de mobilisation rapide.

La question que tout le monde se pose désormais est simple : jusqu’où sont-ils prêts à aller pour défendre ce qu’ils considèrent comme les restes de la révolution bolivarienne ?

Entre légitimité locale et rejet national

Dans les quartiers où ils opèrent depuis longtemps, les colectivos jouissent souvent d’une réelle popularité. Ils y assurent une forme de sécurité là où l’État est absent, distribuent des aides, organisent des activités pour la jeunesse. Cette présence quotidienne leur confère une forme de légitimité locale que les gouvernements successifs n’ont jamais réussi à égaler dans ces zones.

Mais cette acceptation locale contraste violemment avec la perception nationale. Pour une grande partie de la population, et surtout pour l’opposition, les colectivos incarnent la face la plus sombre du chavisme : violence, intimidation, justice parallèle.

Vers une nouvelle phase de confrontation ?

Une semaine après les faits, la situation reste extrêmement tendue. Les colectivos observent, attendent, mais surtout s’arment de patience… et de munitions. Leur frustration est palpable, leur sentiment d’avoir été trahis aussi.

Leur discours est clair : ils sont « frustrés, en colère et prêts à se battre ». Dans un pays déjà fracturé, où l’armée a choisi son camp mais où la population reste divisée, ces groupes pourraient constituer la variable la plus imprévisible des prochaines semaines, voire des prochains mois.

Le Venezuela se trouve à un tournant historique. Entre la nouvelle direction politique mise en place, les forces armées qui ont fait un choix, la communauté internationale qui observe et ces colectivos qui refusent de déposer les armes, l’avenir du pays s’annonce particulièrement incertain.

Une chose est sûre : les hommes et femmes qui patrouillent encore aujourd’hui dans les ruelles du 23 de Enero, fusil à l’épaule, n’ont pas l’intention de laisser la révolution bolivarienne s’éteindre sans combattre. Et c’est peut-être là le véritable défi que devra relever le nouveau pouvoir en place dans les jours et semaines à venir.

À suivre de très près.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.