Imaginez un jeune homme de 23 ans qui, sans tambour ni trompette, se retrouve propulsé au rang de leader d’une discipline française en quête de renaissance depuis des décennies. Pas de discours flamboyant, pas de promesses tonitruantes. Juste une silhouette fine qui s’élance dans le vide, encore et encore, avec une régularité qui commence à faire parler au-delà des frontières alpines. Ce jeune homme, c’est Valentin Foubert, et il s’apprête à porter les couleurs tricolores sur les tremplins de Milan-Cortina 2026.
Un patron discret aux commandes d’une équipe en reconstruction
Dans le monde souvent spectaculaire et médiatisé du saut à skis, Valentin Foubert cultive la discrétion comme une philosophie de vie. Lorsqu’il traverse le village olympique ou les zones d’arrivée, il passe presque inaperçu. Pourtant, quand il s’agit de chausser les skis et de grimper en haut du tremplin, il devient instantanément le point de repère de toute une délégation française.
Cette saison hivernale a marqué un tournant. Pour la première fois depuis très longtemps, un sauteur tricolore aligne les performances solides en Coupe du monde. Cinq entrées dans le top 10, dont deux incursions dans le top 5 : ces chiffres, dans une discipline historiquement dominée par les nations germanophones et slovènes, prennent une résonance particulière.
Une saison référence qui change la donne
La 5e place décrochée fin novembre à Ruka, en Finlande, reste gravée dans les mémoires comme le meilleur résultat français sur le circuit mondial depuis neuf années complètes. Ce n’était pas un coup d’éclat isolé. Quelques semaines plus tôt, à Klingenthal en Allemagne, il avait déjà terminé 4e. Des performances qui, mises bout à bout, dessinent les contours d’un athlète capable de rivaliser avec les meilleurs mondiaux lorsqu’il trouve la bonne carburation.
Malheureusement, la régularité reste son principal défi. Capable de signer une 4e place un week-end, il peut enchaîner avec une 44e place sept jours plus tard. Cette alternance entre très haut et très bas constitue le principal axe de travail avec son entraîneur depuis le début de l’hiver.
« Il me manque de la confiance, de faire les choses à 100 % plutôt que de vouloir toucher les 150 %. Je cherche toujours plus. »
Cette phrase, prononcée avec une honnêteté désarmante, résume parfaitement le paradoxe de Valentin Foubert : un talent évident freiné par un excès de perfectionnisme et une peur diffuse de ne pas être à la hauteur de ses propres attentes.
Le tremplin olympique comme révélateur ultime
Les Jeux olympiques d’hiver constituent traditionnellement l’épreuve reine pour les sauteurs. Le petit tremplin ouvre le bal ce lundi soir à 19 heures. C’est là que tout commence pour les Français. Derrière Foubert, Enzo Milesi et Jules Chervet visent avant tout un ticket pour la manche finale, synonyme de top 30. Un objectif qui, il y a encore deux ans, semblait presque inatteignable.
Ce qui change aujourd’hui, c’est la preuve par l’exemple. Voir un compatriote tutoyer régulièrement le top 10 mondial a modifié le regard que portent les plus jeunes sur leur propre potentiel. « Tout le monde nous a toujours dit que c’était possible. Mais nous, on est tellement loin de ça qu’on se dit que c’est compliqué. Le fait de le voir réussir nous montre que c’est possible », confie l’un de ses coéquipiers.
La quête de confiance, nerf de la guerre
Dans une discipline où quelques centimètres et quelques dixièmes de points séparent la victoire de l’anonymat, la confiance mentale joue un rôle aussi important que la technique ou la puissance physique. Valentin Foubert en est conscient. Il répète à l’envi qu’il n’a « zéro attente, ni objectif de résultat ». Il veut simplement « y aller à fond sans avoir peur ».
Des mots simples, presque banals, mais qui traduisent une volonté profonde de se libérer des chaînes invisibles du doute. Les trois sauts d’entraînement réalisés la veille de la compétition (5e, 12e et 8e) ont envoyé un signal positif à tout le staff technique. Les sensations sont là. Reste à transformer l’essai en situation de stress maximal.
Un style aérien et une technique en progrès constant
Les observateurs s’accordent à dire que le style de saut de Foubert appartient à la nouvelle génération : position aérodynamique très travaillée, recherche permanente d’un appui optimal sur les skis, fluidité dans la transition entre la table et la réception. Ce n’est pas un sauteur explosif au sens classique du terme, mais plutôt un athlète qui mise sur la précision et la constance.
Son coach, ancien vainqueur de Coupe du monde lui-même, insiste sur l’importance de cette quête de stabilité. « Il n’a pas une âme de leader et va d’abord s’occuper de ce qu’il a à faire », résume-t-il. Une manière élégante de dire que le leadership de Foubert passe par l’exemple plutôt que par la parole.
Le contexte olympique : pression et opportunité
Les Jeux de Milan-Cortina 2026 se déroulent sur des tremplins italiens bien connus des sauteurs européens. Le petit tremplin mesure 90 mètres (HS 106), le grand 125 mètres (HS 130). Deux formats différents qui exigent des ajustements techniques et tactiques. Pour une nation comme la France, qui n’a plus connu de finale olympique individuelle depuis longtemps, chaque saut compte double.
Valentin Foubert arrive avec un statut inhabituel : celui de favori interne, mais aussi de porte-drapeau involontaire d’une génération qui veut redonner ses lettres de noblesse au saut tricolore. La pression existe, même s’il refuse de l’admettre. Être malade à quelques heures du rendez-vous n’arrange rien, mais il assure se remettre rapidement.
Les attentes réalistes et l’espoir d’une surprise
Personne, dans l’entourage proche, n’ose parler de médaille. Ce serait présomptueux et contraire à l’état d’esprit actuel. Mais un top 15 mondial sur l’une des deux épreuves individuelles, ou une belle place par équipes, entrerait déjà dans la catégorie des performances historiques récentes.
Les commentateurs les plus optimistes évoquent même un top 10 possible si tout s’aligne parfaitement : conditions météo clémentes, saut d’échauffement libérateur, absence de stress paralysant. Un tel résultat aurait des répercussions importantes sur le recrutement futur et sur l’image du saut à skis en France.
Un mental à forger au feu olympique
Les grands champions partagent souvent une capacité à se transcender lors des rendez-vous planétaires. Valentin Foubert n’a pas encore vécu cette expérience. C’est sa première participation olympique. Il arrive avec un bagage technique solide, une maturité croissante et une humilité qui pourrait se révéler être sa plus grande force.
Dans les heures qui viennent, il va falloir canaliser cette énergie, accepter que le saut parfait n’existe pas, et surtout oser se faire plaisir au moment où le monde entier regarde. C’est souvent là que naissent les plus belles histoires sportives.
Vers une nouvelle ère pour le saut français ?
Quoi qu’il arrive sur ces tremplins italiens, Valentin Foubert a déjà modifié le récit du saut à skis tricolore. Il a prouvé qu’un Français pouvait exister au plus haut niveau mondial sans complexes. Il a redonné espoir à une génération entière. Et surtout, il a rappelé que le talent, lorsqu’il est accompagné de travail acharné et d’une once de folie contrôlée, peut déplacer des montagnes – ou plutôt les survoler.
Maintenant, place au sport. Place aux skis qui claquent sur la piste de départ. Place à ce moment suspendu où tout peut arriver. Les yeux du monde seront braqués sur le ciel blanc de Cortina. Et peut-être, juste peut-être, verrons-nous un jeune Savoyard de 23 ans écrire une page inattendue de l’histoire olympique française.
Le compte à rebours est lancé. Que le vent soit avec lui.









