La traque des gangs en Haïti se poursuit, avec son lot de succès mitigés pour les forces de l’ordre. D’après une source proche de la police haïtienne, Jimmy Chérisier, l’un des chefs de gang les plus recherchés du pays, connu sous le nom de « Barbecue », a réussi à échapper à une opération policière menée jeudi dernier dans son fief de Bas de Delmas, un quartier de la capitale Port-au-Prince. Cependant, les autorités affirment que deux de ses principaux lieutenants ont été tués lors d’intenses échanges de tirs.
Selon des informations recueillies par notre rédaction, le redoutable « Barbecue », ancien policier devenu chef de la coalition de gangs « Viv ansanm » (Vivre ensemble), a abandonné une kalachnikov dans sa fuite. Malgré ce coup dur pour son organisation, il a tenu à réagir dans une vidéo publiée vendredi, assurant avoir affronté lui-même les forces de l’ordre, sans donner plus de détails.
Une situation sécuritaire catastrophique
Cette nouvelle opération illustre la détermination affichée par la police haïtienne face à la recrudescence des violences des gangs, qui plongent le pays dans le chaos depuis plusieurs mois. Haïti, nation la plus pauvre des Caraïbes déjà durement éprouvée par des années de crise multiforme, subit une véritable terreur imposée par ces groupes criminels lourdement armés. Selon des ONG sur place, meurtres, enlèvements et viols sont devenus leur sinistre quotidien.
Au-delà de leurs exactions contre la population, les gangs défient ouvertement l’État haïtien. Ils contrôleraient maintenant environ 80% de la capitale Port-au-Prince, paralysant institutions et activité économique. Face à cette situation explosive, le gouvernement a fait appel à la communauté internationale. Une mission de soutien à la police, dirigée par le Kenya et soutenue par l’ONU, a été déployée cette année, mais ses premiers résultats semblent encore limités.
Jimmy Chérisier, l’ennemi public numéro un
Le gang de Jimmy Chérisier, « Viv ansanm », est considéré comme l’un des principaux responsables de cette escalade de violence. Réunissant plusieurs groupes armés de la capitale sous sa bannière, il a multiplié ces derniers mois les actions spectaculaires et les revendications politiques, exigeant notamment le départ du Premier ministre Ariel Henry, très impopulaire. Des sources sécuritaires soulignent son rôle central dans la déstabilisation en cours.
Bien que recherché depuis des années, « Barbecue » a jusqu’ici toujours échappé aux forces de l’ordre en se fondant dans les quartiers défavorisés de Port-au-Prince qui constituent son fief. Cette nouvelle opération de police montre que sa traque est devenue une priorité absolue pour un État haïtien pourtant affaibli et contesté.
Une transition politique sur fond de crise sécuritaire
Privé de président depuis l’assassinat de Jovenel Moïse en 2021, Haïti peine à trouver la voie vers une stabilité politique. Ariel Henry, qui en avril a dû démissionner de son poste de Premier ministre sous la pression des gangs de « Viv ansanm » et d’une partie de la population, a été remplacé par Garry Conille. Mais celui-ci vient à son tour d’être limogé par le Conseil présidentiel de transition, qui a nommé Alix Didier Fils-Aimé à sa place.
Ce nouveau Premier ministre, le troisième en quelques mois, a promis de s’attaquer en priorité au problème sécuritaire pour permettre la tenue d’élections, les premières depuis 2016. Mais la tâche s’annonce immense face à des gangs qui semblent plus déterminés que jamais. Les récents affrontements à Port-au-Prince auraient fait au moins 150 morts en une semaine et 20 000 déplacés d’après l’ONU.
Vers une intervention internationale ?
Face à cette détérioration continue de la situation, de plus en plus de voix appellent à une intervention militaire internationale en Haïti pour épauler police et armée et mettre fin à la violence des gangs. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a réclamé une action internationale « robuste » pour permettre un retour à l’ordre, tout en continuant à encourager le dialogue politique inter-haïtien.
Mais une telle option reste pour l’instant controversée, tant en Haïti que dans les chancelleries occidentales échaudées par les expériences passées. Beaucoup craignent qu’une force étrangère ne soit perçue comme une occupation et finisse par servir de bouc émissaire, voire attise les tensions. Alternative proposée, une aide financière et logistique accrue à la police et à l’armée haïtienne pour leur permettre de reprendre la main.
En attendant que la communauté internationale tranche, le gouvernement haïtien tente de serrer la vis. Selon nos informations, 28 membres de gangs auraient été abattus cette semaine lors d’opérations de police, épaulées par des groupes d’auto-défense formés par des citoyens excédés. Une répression qui démontre la gravité de la crise, mais qui pose aussi question alors que de nombreuses zones échappent au contrôle de l’État de droit.
La fuite de « Barbecue » montre que le chemin sera long pour restaurer l’autorité publique en Haïti. Mais la détermination affichée par les autorités, malgré les problèmes politiques et les moyens limités, entretient malgré tout l’espoir d’une sortie de crise. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si le pays peut enfin vaincre ses vieux démons de la violence et de l’instabilité pour se reconstruire.