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Ukraine : Crise Énergétique Sans Précédent Face aux Frappes Russes

Alors que l'hiver s'installe dans un froid glacial, l'Ukraine doit importer au moins la moitié de son électricité pour éviter l'effondrement total du réseau. Les frappes russes ont tout changé. Mais comment le pays compte-t-il passer la saison de chauffe 2025/26 ?

Imaginez une capitale européenne plongée dans le noir et le froid glacial, où les habitants doivent parfois marcher plusieurs kilomètres dans la nuit pour trouver un endroit chauffé. En ce début d’année 2026, cette scène n’est pas tirée d’un film post-apocalyptique, mais bien du quotidien de milliers d’Ukrainiens confrontés à une crise énergétique d’une ampleur rarement égalée.

Depuis plusieurs mois, les infrastructures énergétiques du pays subissent des attaques répétées et d’une violence extrême. Le résultat est implacable : un réseau électrique fragilisé, des coupures quotidiennes, et un hiver qui s’annonce particulièrement menaçant.

Une dépendance croissante aux importations d’urgence

Face à cette situation critique, les autorités ont pris une décision radicale. Le ministre de l’Énergie a donné des instructions très claires aux grandes entreprises publiques : elles doivent désormais importer massivement de l’électricité depuis l’étranger.

L’objectif fixé est ambitieux et surtout urgent : au moins 50 % de la consommation totale pendant toute la saison de chauffe 2025/2026 devra provenir de l’importation. Une proportion jamais vue auparavant dans l’histoire récente du pays.

Les acteurs clés de cette mobilisation énergétique

Deux entreprises publiques se retrouvent particulièrement concernées par cette nouvelle obligation. D’abord la compagnie ferroviaire nationale, dont les besoins en électricité sont colossaux pour faire circuler trains et locomotives à travers tout le territoire. Ensuite, le géant gazier et pétrolier du pays, dont certaines installations nécessitent une alimentation électrique stable et massive.

Ces deux poids lourds de l’économie ukrainienne vont donc devoir chercher activement des fournisseurs étrangers pour sécuriser l’approvisionnement nécessaire à leur survie opérationnelle durant les prochains mois.

L’annonce d’un état d’urgence énergétique

Quelques jours avant cette décision sur les importations, le président ukrainien avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Il avait annoncé son intention de déclarer officiellement l’état d’urgence dans le secteur énergétique, mesure exceptionnelle destinée à donner aux autorités des pouvoirs supplémentaires pour gérer la crise.

« Nous devons protéger notre peuple et nos infrastructures essentielles face à cette agression continue contre notre système énergétique. »

Cette déclaration officielle marque un tournant dans la gestion de la crise. Elle traduit à la fois l’ampleur des dégâts subis et la conscience que la situation risque de s’aggraver encore dans les semaines et mois à venir.

Modification du couvre-feu : une première depuis 2022

Parmi les mesures les plus visibles prises dans le cadre de cet état d’urgence, on trouve une modification importante du régime de couvre-feu en vigueur depuis le début du conflit. Jusqu’à présent, tout déplacement était strictement interdit la nuit sur l’ensemble du territoire.

Dorénavant, les citoyens auront le droit de circuler librement la nuit… mais uniquement dans le but de rejoindre les fameux « points d’invincibilité ». Ces refuges chauffés, installés dans de nombreuses villes, sont devenus des lieux de survie essentiels lorsque le froid et les coupures deviennent insupportables.

Qu’est-ce qu’un point d’invincibilité ?

Il s’agit de centres d’accueil temporaires équipés de :

  • Générateurs électriques
  • Chauffage
  • Eau chaude
  • Connexion internet (souvent via Starlink)
  • Alimentation de base (thé, nourriture chaude)
  • Possibilité de recharger téléphones et ordinateurs

Ces lieux représentent aujourd’hui l’une des rares certitudes de chaleur et de lumière pour des centaines de milliers de personnes.

Kiev au bord du gouffre énergétique

La capitale n’est pas épargnée, loin de là. Plusieurs épisodes récents ont vu près de la moitié de la ville privée de chauffage en pleine vague de froid. Les habitants témoignent d’appartements où la température descend parfois sous les 10°C, même en plein jour.

Les coupures de courant sont devenues monnaie courante. Certains quartiers peuvent rester plusieurs heures, voire plusieurs jours, sans électricité. Les feux de signalisation s’éteignent, obligeant les piétons et automobilistes à une vigilance extrême aux carrefours. De nombreux commerces et restaurants ont dû fermer ou réduire drastiquement leurs horaires d’ouverture.

Kharkiv : 400 000 personnes dans le noir

La deuxième plus grande ville du pays a également été violemment touchée récemment. Après une nouvelle série d’attaques, ce sont 400 000 habitants qui se sont retrouvés brutalement privés d’électricité en pleine période hivernale.

Dans une ville déjà martyrisée depuis le début du conflit, ces nouveaux dommages viennent s’ajouter à une situation déjà extrêmement difficile. Les habitants de Kharkiv doivent désormais composer avec un hiver sans chauffage fiable ni lumière constante, dans un contexte où les températures descendent régulièrement sous les -15°C.

Une cellule de crise renforcée à Kiev

Face à l’urgence, les autorités ont annoncé le renforcement significatif de la cellule de crise spécialement dédiée à la réparation des infrastructures essentielles de la capitale. Cette équipe travaille jour et nuit pour tenter de remettre en service les équipements endommagés le plus rapidement possible.

Malheureusement, le rythme des réparations ne parvient pas à suivre celui des destructions. Chaque nouvelle attaque vient souvent annuler des semaines, voire des mois de travail acharné des équipes de réparation.

Le secteur énergétique, cible stratégique assumée

Les autorités se montrent très discrètes sur l’état précis des installations énergétiques. Peu de chiffres officiels sont communiqués, et les informations détaillées sur les dommages sont classées comme sensibles.

Cette opacité est compréhensible : le système énergétique constitue une cible stratégique de premier plan. Chaque information précise sur l’état d’un transformateur, d’une centrale ou d’une ligne haute tension pourrait faciliter de futures attaques.

Les conséquences sur le quotidien des Ukrainiens

Au-delà des annonces officielles, c’est bien le quotidien des habitants qui se trouve profondément bouleversé. Dans de nombreux foyers, les familles organisent désormais leur vie autour des prévisions de coupures : quand le courant sera-t-il disponible ? Combien de temps durera la prochaine panne ?

Les habitants ont appris à vivre avec des bougies, des lampes torches, des couvertures chauffantes branchées sur des batteries externes, et surtout avec beaucoup de patience et de solidarité entre voisins.

Témoignages du terrain à Kiev

« Chez nous, on a trois horaires : avec électricité, sans électricité, et en train d’attendre l’électricité. »

« On dort tous dans le même salon maintenant, c’est la seule pièce qu’on arrive à chauffer un minimum quand le courant revient. »

« Le plus dur, c’est l’incertitude. On ne sait jamais si le courant va revenir dans deux heures ou dans deux jours. »

Les défis de l’hiver 2025-2026

L’hiver ukrainien est réputé pour sa rigueur. Les températures peuvent descendre jusqu’à -20°C, voire -25°C dans certaines régions. Dans ces conditions, quelques heures sans chauffage peuvent déjà devenir dangereuses, surtout pour les personnes âgées, les jeunes enfants et les malades.

Les autorités le savent : la capacité à maintenir un minimum de chaleur dans les habitations deviendra la principale mesure du succès ou de l’échec de la gestion de cette crise énergétique majeure.

Importations : une solution coûteuse et fragile

Si les importations massives permettent théoriquement de compenser les pertes de production nationale, elles posent plusieurs problèmes majeurs :

  • Coût financier très élevé pour un pays en guerre
  • Dépendance accrue vis-à-vis des pays voisins
  • Capacité limitée des interconnexions électriques existantes
  • Risques de pénurie dans les pays exportateurs eux-mêmes
  • Vulnérabilité des lignes d’importation aux attaques

Malgré ces inconvénients, cette solution semble aujourd’hui la seule capable d’éviter un effondrement complet du système pendant les mois les plus froids.

Un système énergétique à reconstruire… après la guerre

Les experts s’accordent à dire que le réseau énergétique ukrainien ne pourra jamais revenir à son état d’avant-guerre sans investissements colossaux. Beaucoup estiment que la reconstruction devra s’accompagner d’une transition énergétique profonde : plus de décentralisation, davantage d’énergies renouvelables, et une résilience accrue face aux attaques physiques.

Mais ces réflexions appartiennent à l’après-guerre. Aujourd’hui, l’objectif prioritaire reste la survie : survivre à l’hiver, survivre aux coupures, survivre aux attaques continues contre les infrastructures vitales.

Dans les rues glacées de Kiev, de Kharkiv, de Lviv ou d’Odessa, des millions d’Ukrainiens continuent pourtant de tenir bon. Avec peu de moyens, beaucoup d’ingéniosité et une solidarité remarquable, ils font face à l’une des crises les plus dures de leur histoire récente.

Et pendant que les techniciens réparent dans le froid, que les familles s’organisent, que les enfants font leurs devoirs à la lumière d’une lampe à batterie, une question demeure dans tous les esprits : jusqu’à quand ?

Personne n’a la réponse. Mais une chose est certaine : cet hiver 2025-2026 sera, pour l’Ukraine, l’un des plus difficiles de son histoire contemporaine.

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