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UE-Mercosur : Qui Sont les Gagnants et Perdants de l’Accord Commercial Controversé ?

L'accord commercial entre l'UE et le Mercosur cristallise les tensions. Alors que certains secteurs industriels européens se réjouissent des nouvelles opportunités, les agriculteurs redoutent une concurrence inéquitable des produits sud-américains. Qui sortira gagnant de ce pacte très décrié ?

L’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur ne laisse personne indifférent. Négocié de longue date et finalisé en 2019, ce traité commercial cristallise les passions et soulève de nombreuses interrogations quant à son impact sur l’économie des deux blocs. Si certains secteurs se frottent les mains à l’idée d’accéder à de nouveaux marchés, d’autres redoutent une concurrence jugée déloyale et des conséquences environnementales désastreuses.

Des opportunités alléchantes pour l’industrie européenne

Pour les partisans de l’accord, ce dernier ouvre d’intéressantes perspectives commerciales. L’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) y voit par exemple un « réel potentiel de croissance » pour son secteur. Il faut dire que les exportations de voitures européennes vers les pays du Mercosur sont actuellement freinées par des droits de douane pouvant aller jusqu’à 35%. L’accord prévoit de les supprimer progressivement.

D’autres filières industrielles européennes, comme le textile, la pharmacie ou la chimie, pourraient aussi tirer leur épingle du jeu grâce à un accès facilité aux marchés sud-américains. Le géant allemand BASF a ainsi salué un accord « gagnant-gagnant » pour l’industrie chimique des deux régions.

L’agriculture européenne grande perdante ?

Mais ces espoirs ne sont pas partagés par tous, loin de là. La perspective d’une ouverture du marché agricole européen aux produits sud-américains suscite une vive opposition, en particulier en France. Les agriculteurs y voient une menace pour leur survie, pointant du doigt des pratiques et des normes bien moins strictes au Brésil ou en Argentine qu’au sein de l’UE.

C’est un accord complètement déséquilibré qui met en danger notre modèle agricole et nos emplois.

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA

Le spectre d’une concurrence jugée déloyale plane en effet sur de nombreuses filières sensibles comme la viande bovine, le sucre, la volaille ou encore l’éthanol. Aux yeux des opposants, l’accord UE-Mercosur est un cheval de Troie ouvrant la porte à une invasion de produits bon marché, fabriqués selon des standards environnementaux et sociaux moins élevés.

Des garanties environnementales insuffisantes ?

Au-delà des considérations commerciales, l’accord soulève aussi d’importantes questions environnementales. Ses détracteurs dénoncent un texte au rabais sur le plan écologique, reprochant notamment à l’UE de passer outre les mises en garde sur la déforestation galopante en Amazonie.
Si le traité prévoit bien un chapitre sur le développement durable, avec des engagements sur la lutte contre le changement climatique ou la préservation de la biodiversité, beaucoup jugent ces garde-fous beaucoup trop lâches et dépourvus de mécanismes de sanctions en cas de non-respect.

Un accord bancal suspendu à un fil politique

Face à ces inquiétudes persistantes, l’avenir de l’accord UE-Mercosur reste plus que jamais suspendu à un fil politique. Bien qu’entériné en 2019, le traité doit encore être ratifié par l’ensemble des parlements nationaux européens, un chemin semé d’embûches. En France, Emmanuel Macron a haussé le ton fin 2022, jugeant le texte « pas compatible avec nos ambitions climatiques et environnementales ».

Résultat, les négociateurs tentent de renégocier certaines garanties, tandis que la Commission Européenne s’active en coulisses pour convaincre les États membres réticents. L’issue reste plus qu’incertaine et les prochains mois s’annoncent décisifs pour cet accord qui peine à convaincre de sa capacité à conjuguer commerce et développement durable. Un sacré défi à l’heure où l’urgence climatique impose de repenser en profondeur les règles du libre-échange mondial.

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