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UBS Sous Pression au Sénat Américain sur les Biens Juifs Spoliés

Au Sénat américain, les dirigeants d’UBS ont été sévèrement interrogés sur des centaines de documents bloqués concernant les biens juifs spoliés par les nazis. Pourquoi la banque refuse-t-elle toujours l’accès malgré les promesses de transparence ? La réponse pourrait changer la donne…

Imaginez un instant : des décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale, des familles entières cherchent encore des traces de ce qui leur a été volé par le régime nazi. Des comptes bancaires, des œuvres d’art, des objets précieux disparus dans les méandres de l’histoire… Et aujourd’hui, une grande banque suisse se retrouve au cœur d’un affrontement judiciaire retentissant outre-Atlantique. Que se passe-t-il réellement lorsque le passé refuse de rester enterré ?

Un interrogatoire tendu qui ravive les plaies de l’Histoire

La scène se déroule dans une salle du Sénat américain. Les regards sont lourds, les questions incisives. Les dirigeants d’une des plus grandes institutions financières mondiales font face à une commission judiciaire déterminée à obtenir des réponses claires. Au centre du débat : des documents que la banque refuse obstinément de transmettre, documents qui pourraient lever le voile sur un chapitre sombre de la collaboration financière pendant la guerre.

Ces archives concernent directement le Crédit Suisse, absorbé récemment par la banque en question. Elles évoquent des comptes ouverts par des hauts responsables du régime national-socialiste, des flux financiers suspects, et même le parcours de certains fonds ayant transité vers l’Amérique du Sud après 1945. L’enjeu dépasse largement le cadre bancaire : il touche à la mémoire collective, à la justice pour les victimes et à la responsabilité des institutions qui ont profité – ou du moins fermé les yeux – sur ces spoliations massives.

Un enquêteur tenace face à un mur administratif

Neil Barofsky, ancien procureur fédéral chargé d’une mission indépendante sur ces actifs spoliés, n’a pas mâché ses mots. Selon lui, pas moins de 150 documents essentiels restent inaccessibles. Ces pièces contiendraient des listes de clients allemands de l’époque, des détails sur des œuvres d’art et des biens de valeur pillés à travers l’Europe occupée.

L’histoire de cet enquêteur est déjà mouvementée. Initialement mandaté par le Crédit Suisse pour faire la lumière sur son passé, il avait été écarté en 2022 dans des circonstances controversées. Après le rachat par la nouvelle entité, il a été réintégré… jusqu’à ce que le vent tourne à nouveau en novembre dernier. Depuis, c’est le blocage total sur ces fameuses archives.

« La coopération était exemplaire jusqu’à ce différend récent. »

Neil Barofsky

Cette phrase résume à elle seule la frustration croissante des enquêteurs et des élus américains. Ce qui était perçu comme une volonté de transparence semble s’être transformé en une résistance active dès que des éléments sensibles ont refait surface.

La défense de la banque : un accord historique menacé

De son côté, la directrice juridique de la banque a tenu à rappeler le contexte juridique qui encadre toute cette affaire. En l’an 2000, un accord majeur a été signé entre plusieurs établissements suisses et plus d’un demi-million de plaignants. Montant global : 1,25 milliard de dollars. Cet accord était censé clore définitivement toutes les réclamations liées aux biens spoliés pendant la guerre.

Selon la représentante de la banque, cet arrangement constitue un règlement final et irrévocable. Révéler de nouvelles informations aujourd’hui exposerait l’institution à des menaces de poursuites supplémentaires de la part d’ONG et d’associations, menaces jugées contraires à l’esprit et à la lettre de cet accord historique.

« Il n’est pas possible qu’à chaque nouvelle information révélée, nous soyons menacés de litige. Quel serait alors l’intérêt pour une institution financière d’enquêter sur son passé et de rendre ces informations publiques ? »

Directrice juridique de la banque

La position est claire : transparence oui, mais pas au prix d’une réouverture indéfinie des contentieux. La banque affirme vouloir coopérer, tout en protégeant les termes d’un compromis qui a déjà coûté très cher à l’industrie financière helvétique.

Des sénateurs des deux bords unanimes dans leur condamnation

Ce qui frappe dans cette audition, c’est la rare unanimité entre élus démocrates et républicains. Le sénateur Sheldon Whitehouse a qualifié le différend de « querelle inutile » qui freine l’avancée de l’enquête et abîme durablement l’image de la banque. De son côté, Charles Grassley, qui présidait la séance, n’a pas hésité à parler de « honte historique ».

Ces déclarations croisées montrent à quel point le sujet reste sensible aux États-Unis, pays où la mémoire de l’Holocauste et la quête de justice pour ses victimes occupent une place particulière dans le débat public.

Un recours judiciaire pour sortir de l’impasse

Face à cette situation bloquée, la banque a choisi la voie judiciaire. Le 28 janvier, une demande d’ordonnance a été déposée auprès du juge fédéral Edward Korman. L’objectif : obtenir une clarification officielle sur la portée réelle de l’accord de 2000. Une audience est prévue le 12 mars.

Cette procédure pourrait permettre de trancher une bonne fois pour toutes la question : les nouvelles découvertes doivent-elles être couvertes par le règlement antérieur, ou ouvrent-elles la porte à de nouvelles investigations et réparations ?

Pourquoi ce dossier continue de hanter la Suisse bancaire

Plus de quatre-vingts ans après les faits, les actifs spoliés pendant la Shoah demeurent un sujet brûlant. Les banques suisses ont longtemps été accusées d’avoir profité du secret bancaire pour conserver des fonds dont les propriétaires légitimes avaient disparu dans les camps. Les révélations successives, les commissions d’enquête internationales et les accords amiables n’ont jamais totalement éteint les soupçons.

Chaque nouvelle archive qui refait surface ravive les débats sur la responsabilité morale et juridique des institutions financières. Dans le cas présent, le rachat du Crédit Suisse a ramené au premier plan des dossiers que certains pensaient définitivement classés.

Les listes de clients allemands, les transferts vers l’Argentine, les œuvres d’art non réclamées… Tous ces éléments suggèrent que le travail d’inventaire et de restitution est loin d’être achevé. Et tant que des documents restent sous clé, les familles des victimes et les organisations de défense des droits humains continueront de réclamer la pleine lumière.

La transparence à l’épreuve du droit

Le cœur du conflit réside dans cette tension entre deux principes : d’un côté, le devoir de mémoire et de justice ; de l’autre, la sécurité juridique offerte par un accord global signé il y a plus de vingt ans. Peut-on réellement tourner la page lorsque de nouvelles preuves émergent ?

Pour beaucoup d’observateurs, la réponse est non. Chaque document supplémentaire représente potentiellement une famille lésée, un héritage volé, une injustice non réparée. Pourtant, du point de vue des institutions financières, rouvrir indéfiniment les procédures risquerait de créer un précédent dangereux et coûteux.

Ce bras de fer illustre parfaitement les défis auxquels sont confrontées les grandes banques lorsqu’elles tentent de faire face à leur passé. Entre impératifs légaux, pressions politiques et attentes éthiques, la route vers une véritable transparence reste semée d’embûches.

Un symbole plus large de la quête de justice post-Holocauste

Au-delà du cas spécifique de cette banque, cette affaire rappelle que la restitution des biens spoliés reste un combat inachevé. Des œuvres d’art exposées dans des musées, des comptes dormants dans des coffres-forts, des terrains ou des immeubles dont les titres ont changé de mains plusieurs fois… Le puzzle est immense et complexe.

Les États-Unis, en tant que nation d’accueil de nombreux rescapés et de leurs descendants, jouent souvent un rôle moteur dans ces investigations. Les auditions publiques, les commissions d’enquête, les pressions exercées sur les institutions étrangères font partie de cet arsenal juridique et médiatique.

Dans ce contexte, le blocage actuel apparaît comme un nouveau chapitre d’une saga qui dure depuis plus de trois quarts de siècle. Chaque rebondissement, chaque audition, chaque document dévoilé contribue à maintenir vivante la mémoire des victimes et la nécessité de rendre des comptes.

Vers une clarification judiciaire décisive ?

L’audience du 12 mars pourrait constituer un tournant. Si le juge fédéral donne raison à la banque, cela renforcerait la portée « définitive » de l’accord de 2000 et limiterait les futures investigations. À l’inverse, une décision favorable aux enquêteurs ouvrirait potentiellement la voie à de nouvelles révélations et à des réclamations supplémentaires.

Dans tous les cas, l’affaire aura déjà eu le mérite de remettre sur le devant de la scène une question fondamentale : jusqu’où doit aller la transparence quand l’histoire est en jeu ?

Les familles attendent toujours, les archives dorment encore dans des coffres, et le débat, lui, ne semble pas près de s’éteindre. L’Histoire, décidément, ne se laisse pas facilement ranger dans les tiroirs du passé.

À retenir : Ce conflit dépasse le cadre d’une simple querelle bancaire. Il interroge notre rapport collectif à la mémoire, à la justice et à la responsabilité des acteurs économiques face aux crimes contre l’humanité.

Le chemin vers la vérité reste long, mais chaque audition, chaque document exhumé, est une pierre supplémentaire posée sur ce chemin. Reste à savoir si les institutions concernées choisiront de l’emprunter pleinement, ou si elles continueront de dresser des barrières administratives et juridiques.

L’avenir nous le dira. Mais une chose est sûre : tant que des familles chercheront des réponses, tant que des archives resteront cachées, ce dossier ne sera jamais vraiment clos.

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