Imaginez un adolescent de 16 ans qui poste une simple vidéo montrant le tressage de cheveux accompagné d’une chanson engagée. Quelques jours plus tard, il se retrouve menotté, fouillé à nu et interrogé sans avocat. Cette scène, loin d’être isolée, s’est répétée des dizaines de fois en Turquie au début de l’année 2026. Un chiffre choc circule aujourd’hui : 99 mineurs interpellés en un seul mois pour avoir manifesté leur solidarité avec les Kurdes de Syrie.
Ce qui a commencé comme un geste symbolique sur les réseaux sociaux s’est transformé en une vague d’arrestations qui soulève de graves questions sur la liberté d’expression des plus jeunes en Turquie. Derrière ces chiffres se cachent des histoires individuelles troublantes et un contexte géopolitique explosif.
Une vague d’arrestations sans précédent chez les mineurs
En janvier 2026, la police turque a procédé à l’interpellation d’au moins 99 personnes âgées de moins de 18 ans. Toutes sont accusées d’avoir pris position contre l’offensive militaire menée par Damas dans le nord-est de la Syrie, région contrôlée en grande partie par des forces kurdes. Ce mouvement de répression a été dénoncé publiquement par des députés d’un parti politique kurde.
Sur ces 99 jeunes, 25 ont été placés en détention provisoire par décision judiciaire. Les 74 autres, après une garde à vue, ont finalement été libérés. Mais même ceux qui ont retrouvé leur liberté portent les marques d’une expérience traumatisante.
Des accusations lourdes pour des gestes symboliques
Les procureurs ont ouvert des enquêtes pour « propagande organisée » contre la plupart de ces mineurs. Un chef d’accusation qui peut sembler disproportionné quand on découvre les faits reprochés : publication de vidéos, partage de chansons, ou simple expression de soutien sur les réseaux sociaux.
Le symbole qui a cristallisé cette vague de répression ? Le tressage des cheveux. Ce geste anodin est devenu, en quelques jours, un signe fort de solidarité avec les femmes kurdes syriennes. Tout a commencé avec une vidéo virale prétendant montrer un soldat syrien exhibant une tresse coupée sur une combattante kurde. Vrai ou faux, peu importe : l’image a choqué et provoqué une réaction massive sur internet.
« Des milliers de femmes, puis d’hommes et même d’adolescents, ont publié des photos et vidéos d’eux en train de se tresser les cheveux en signe de soutien. »
En Turquie, ce geste pacifique a été interprété comme une provocation par les autorités. Résultat : des interpellations en cascade, y compris chez les plus jeunes.
Un cas emblématique à Izmir
Parmi les histoires qui ressortent, celle d’un jeune de 16 ans arrêté à Izmir frappe particulièrement les esprits. Il avait publié une vidéo et une chanson évoquant le tressage des cheveux. Rien de plus. Pourtant, il a été conduit dans un centre de détention pour mineurs où il a subi une fouille à nu.
Ce traitement, loin d’être exceptionnel selon les témoignages recueillis, soulève une question essentielle : les droits des enfants sont-ils respectés lors de ces interpellations ?
Des conditions de détention dénoncées
Les allégations sont graves et concordantes. Plusieurs mineurs auraient été privés du droit de consulter un avocat pendant les premières 24 heures de garde à vue. D’autres rapportent avoir subi des violences physiques, des insultes, ou encore des pressions pour signer des documents sans comprendre leur contenu.
La fouille à nu semble avoir été systématiquement pratiquée à l’entrée des centres de détention. Certains jeunes ont également vu leurs cheveux coupés de force, geste perçu comme une humiliation supplémentaire et une atteinte directe au symbole qu’ils défendaient.
- Privation d’accès à un avocat pendant 24 heures
- Violences physiques signalées pendant la détention
- Interrogatoires sans représentant légal
- Fouilles à nu imposées
- Cheveux coupés sans consentement
- Insultes et pressions psychologiques
Ces pratiques, si elles sont avérées, contreviennent aux conventions internationales sur les droits de l’enfant auxquelles la Turquie a souscrit.
Un appel à l’ouverture d’une enquête parlementaire
Face à cette situation, huit députés ont adressé une pétition officielle à la commission des droits de l’homme du Parlement turc. Ils demandent l’ouverture d’une enquête approfondie sur les circonstances de ces arrestations et sur les conditions de détention des mineurs concernés.
Cette démarche vise à établir les faits, à identifier d’éventuels abus et à garantir que les droits fondamentaux des enfants soient respectés, même dans un contexte politique tendu.
Le contexte géopolitique qui explique la tension
Pour comprendre pourquoi un simple tressage de cheveux a pu déclencher une telle réaction, il faut remonter au mois précédent. Damas a lancé une opération militaire d’envergure dans le nord-est de la Syrie pour reprendre le contrôle de zones tenues par des forces kurdes depuis plusieurs années.
Ces territoires, administrés de facto par des institutions kurdes, représentent une ligne rouge pour Ankara qui y voit une menace pour sa sécurité nationale. Toute expression de soutien à ces forces, même symbolique, est donc scrutée avec la plus grande attention par les autorités turques.
Dans ce climat de haute tension, les réseaux sociaux sont devenus un espace de mobilisation rapide mais aussi de répression immédiate. Les autorités semblent avoir décidé de frapper fort, y compris sur les plus jeunes, pour envoyer un message clair.
La jeunesse kurde au cœur de la tourmente
Les mineurs interpellés ne sont pas des cas isolés. Ils font partie d’une génération qui a grandi avec le conflit kurde, les opérations militaires transfrontalières et les tensions permanentes entre Ankara et les populations kurdes.
Pour beaucoup d’entre eux, exprimer leur solidarité avec les Kurdes de Syrie n’est pas un acte politique calculé, mais une réaction émotionnelle face à des images qui les ont choqués. Cette spontanéité rend d’autant plus choquante la réponse sécuritaire qui leur a été opposée.
Les implications pour les droits humains en Turquie
Cette affaire soulève des interrogations profondes sur la manière dont la Turquie traite les mineurs dans des dossiers politiquement sensibles. La Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par Ankara, impose des garanties spécifiques : accès immédiat à un avocat, protection contre les mauvais traitements, respect de la dignité.
Les témoignages recueillis suggèrent que plusieurs de ces principes ont été bafoués. Si les faits sont confirmés, ils pourraient constituer de graves violations des engagements internationaux de la Turquie.
« La privation de liberté d’un enfant doit être une mesure de dernier ressort et pour la durée la plus courte possible. »
Convention internationale relative aux droits de l’enfant, article 37
Avec 25 mineurs toujours détenus, la question de la proportionnalité de la réponse judiciaire se pose avec acuité.
Un symbole qui dépasse les frontières
Le tressage des cheveux, geste simple et universel, est devenu bien plus qu’une mode passagère. Il incarne aujourd’hui la solidarité transfrontalière, la résistance féminine et la capacité des réseaux sociaux à transformer un symbole en mouvement mondial.
Mais quand ce geste entraîne l’arrestation d’enfants, il révèle aussi la fragilité des libertés dans certains contextes. Ce qui était censé être un acte de soutien pacifique s’est transformé en motif d’accusation pénale.
Vers une mobilisation plus large ?
La pétition déposée auprès de la commission parlementaire pourrait n’être que la première étape. Si l’affaire prend de l’ampleur, elle pourrait attirer l’attention des organisations internationales de défense des droits humains et des instances européennes.
Pour l’instant, les 25 mineurs toujours détenus restent au cœur d’un débat qui dépasse largement leur cas personnel : jusqu’où peut aller la répression quand il s’agit de questions touchant à l’identité kurde et à la politique syrienne ?
Cette affaire met en lumière les tensions persistantes entre sécurité nationale et libertés fondamentales, entre générations et entre communautés. Elle rappelle surtout qu’en 2026, même un geste aussi anodin que se tresser les cheveux peut avoir des conséquences judiciaires dramatiques pour des adolescents.
Le sort de ces 99 mineurs continuera d’être scruté. Leur histoire est loin d’être terminée.
Quelques chiffres clés à retenir
- 99 mineurs interpellés en janvier 2026
- 25 placés en détention provisoire
- 74 libérés après garde à vue
- Âge minimum connu : 16 ans
- Chef d’accusation principal : propagande organisée
Le silence ou l’indifférence face à ces arrestations reviendrait à accepter qu’un État puisse traiter des enfants comme des menaces sécuritaires pour un simple geste capillaire. La réponse apportée à cette affaire dira beaucoup sur l’état de droit en Turquie aujourd’hui.
Et pendant ce temps, quelque part dans une cellule, un adolescent de 16 ans attend peut-être toujours de comprendre pourquoi le fait de soutenir des femmes qui se battent lui a valu d’être traité comme un criminel.









