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Tunisie : Chroniqueurs Condamnés à 3 Ans et Demi de Prison

Deux célèbres chroniqueurs tunisiens, déjà détenus depuis presque deux ans pour leurs critiques, viennent d'écoper de trois ans et demi de prison supplémentaires pour des accusations financières. Une affaire qui interroge sur...
La Tunisie vient de frapper un nouveau coup dur à la liberté d’expression. Deux figures bien connues du paysage médiatique, Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, viennent d’être condamnées à trois ans et demi de prison. Cette décision judiciaire, rendue ce jeudi, ravive les inquiétudes sur l’espace accordé à la critique dans le pays.

Une condamnation qui suscite de vives réactions

Les deux chroniqueurs, reconnus pour leurs interventions incisives à la radio et à la télévision, se retrouvent au cœur d’une affaire qui mélange accusations financières et contexte politique sensible. Condamnés pour blanchiment d’argent et évasion fiscale, ils purgent déjà une longue période de détention. Cette nouvelle peine prolonge leur incarcération bien au-delà de ce qui était initialement prévu.

Depuis presque deux ans, Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies se trouvent derrière les barreaux. Leur arrestation remonte à des déclarations jugées critiques envers les autorités en place. Des émissions radiophoniques, des passages télévisés et des posts sur les réseaux sociaux ont motivé les premières poursuites. Aujourd’hui, une seconde procédure financière maintient leur emprisonnement.

Le parcours judiciaire des deux chroniqueurs

Initialement condamnés à un an de prison pour leurs propos publics, ils ont bénéficié d’une réduction en appel. La peine est passée à huit mois. Théoriquement, leur libération aurait dû intervenir en janvier 2025. Pourtant, ils n’ont jamais quitté la prison.

Une nouvelle enquête les vise pour des infractions liées à l’argent. Selon la famille et la défense, une déclaration fiscale incomplète serait à l’origine des charges. L’avocat de Mourad Zeghidi affirme que la situation a été régularisée, ce qui rendrait caduques les accusations de blanchiment.

Lors de la dernière audience, les deux hommes ont exprimé leur frustration. L’un a réclamé sa libération immédiate, l’autre a demandé simplement que justice soit rendue. Leur voix, rapportée par des proches, résonne comme un cri dans un système qui semble inflexible.

Trois ans et demi pour Mourad et Borhen.

Message de la sœur de Mourad Zeghidi sur les réseaux sociaux

Ce message simple, posté sur Facebook, résume le désarroi de l’entourage. Il illustre aussi la mobilisation familiale face à une décision perçue comme disproportionnée.

Un contexte de détentions multiples en Tunisie

L’affaire des deux chroniqueurs ne survient pas isolément. Leur arrestation, en mai 2024, a coïncidé avec celle d’autres personnalités. L’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani, par exemple, a été libérée fin novembre après une période de détention. Une dizaine de militants impliqués dans l’aide aux migrants ont connu le même sort à la même période.

Ces arrestations s’inscrivent dans une vague plus large. Depuis juillet 2021, date à laquelle le président s’est octroyé des pouvoirs exceptionnels, les observateurs notent une restriction accrue des libertés. Des opposants politiques, des militants associatifs et des journalistes font face à des poursuites judiciaires.

Des procès massifs ont visé des chefs de l’opposition. Accusés de complot contre la sûreté de l’État, plusieurs ont écopé de lourdes peines. Ces affaires alimentent le débat sur l’indépendance de la justice et l’usage des outils légaux pour museler les voix dissidentes.

Le rôle controversé du décret présidentiel

Un texte en particulier cristallise les critiques : le décret visant à combattre les fausses informations. Présenté comme un moyen de protéger l’espace public, il est accusé d’une interprétation trop large. Des défenseurs des droits humains dénoncent son utilisation pour sanctionner des opinions divergentes.

Les premières condamnations de Zeghidi et Bsaies reposaient sur ce cadre légal. Leurs propos, diffusés dans des médias ou en ligne, ont été qualifiés de mensongers ou diffamatoires. Cette base juridique a permis de les maintenir en détention même après la fin de la peine initiale.

La seconde affaire, financière, apparaît aux yeux de certains comme un prolongement de cette stratégie. La défense insiste sur le caractère administratif du litige fiscal, loin d’un blanchiment organisé. Pourtant, la justice a opté pour une peine ferme et cumulative.

La chute de la Tunisie dans les classements internationaux

En 2025, le pays a enregistré une dégradation notable dans le domaine de la presse. Le classement mondial de la liberté de la presse l’a vu perdre 11 places. Passant de la 118e à la 129e position sur 180 pays, cette chute reflète les préoccupations grandissantes.

Des organisations internationales suivent de près l’évolution. Elles pointent une régression des droits et libertés depuis le changement politique de 2021. Les arrestations de journalistes, les procès d’opposants et les restrictions sur les médias indépendants alimentent ce constat.

Dans ce paysage, l’affaire Zeghidi et Bsaies devient emblématique. Deux professionnels des médias, connus pour leur ton direct, se retrouvent condamnés sur des bases financières alors qu’ils purgeaient déjà une peine liée à leurs expressions publiques. Le cumul des peines pose question sur la proportionnalité des sanctions.

Les arguments de la défense face aux accusations

Les avocats des deux hommes maintiennent que le dossier repose sur une irrégularité fiscale mineure. Une déclaration incomplète, selon eux, ne saurait justifier des charges aussi graves que le blanchiment d’argent. La régularisation effectuée invaliderait selon eux l’accusation principale.

La détention prolongée empêche, disent-ils, la finalisation des démarches administratives nécessaires. Cette situation crée un cercle vicieux : incarcérés pour des raisons fiscales, ils ne peuvent pas régler pleinement leur situation fiscale.

Les demandes de libération provisoire ont été rejetées à plusieurs reprises. Les audiences se succèdent, les reports aussi, jusqu’à ce verdict final qui fixe la peine à trois ans et demi.

Impact sur la liberté d’expression en Tunisie

Cette condamnation envoie un message fort aux professionnels des médias. Les chroniqueurs, animateurs et commentateurs qui critiquent le pouvoir risquent non seulement des poursuites pour leurs propos, mais aussi des enquêtes financières prolongées.

Le maintien en détention après la fin d’une première peine renforce l’impression d’acharnement. Des voix s’élèvent pour dénoncer une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Le climat général incite à l’autocensure chez certains.

Pourtant, la Tunisie a longtemps été citée en exemple pour ses avancées démocratiques après 2011. La période récente marque un tournant que beaucoup regrettent. Les affaires comme celle-ci contribuent à ce sentiment de recul.

Réactions de l’entourage et mobilisation

La sœur de Mourad Zeghidi n’a pas hésité à partager publiquement sa tristesse et son indignation. Son message sur les réseaux sociaux a touché de nombreux internautes. Il symbolise la souffrance des familles confrontées à une longue séparation.

Des soutiens internationaux émergent également. Des personnalités politiques et des organisations de défense des droits humains suivent l’affaire. Elles appellent à la libération des deux hommes, considérant les charges comme infondées ou disproportionnées.

Dans les cercles médiatiques tunisiens, l’émotion est palpable. Les collègues rappellent le rôle joué par Zeghidi et Bsaies dans le débat public. Leurs émissions offraient un espace de discussion franche sur les enjeux du pays.

Perspectives et questions ouvertes

Que réserve l’avenir pour Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies ? La peine de trois ans et demi marque une étape, mais des recours en appel restent possibles. La durée effective de la détention dépendra des procédures futures.

Cette affaire soulève des interrogations plus larges sur l’équilibre entre lutte contre la corruption financière et protection de la liberté d’expression. Où trace-t-on la ligne entre sanction légitime et répression ?

Les observateurs attendent de voir si d’autres dossiers similaires émergeront. Le traitement réservé aux voix critiques continuera d’être scruté. La Tunisie traverse une phase délicate où chaque décision judiciaire résonne au-delà des prétoires.

Pour l’heure, deux hommes restent en prison. Leurs familles espèrent une issue plus clémente. La société tunisienne, elle, observe avec attention l’évolution de ces événements qui touchent au cœur de ses libertés fondamentales.

Le débat ne fait que commencer. Les mois à venir diront si cette condamnation marque un point de non-retour ou si des ajustements viendront apaiser les tensions. Une chose est sûre : l’histoire de Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies restera gravée dans les mémoires comme un symbole des défis actuels pour la parole libre en Tunisie.

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