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Trump Va Gracier l’Ex-Président Hondurien Condamné

Deux jours avant l’élection présidentielle au Honduras, Donald Trump annonce qu’il va gracier totalement Juan Orlando Hernández, condamné à 45 ans de prison aux États-Unis pour avoir fait entrer des centaines de tonnes de cocaïne. Et il prévient : si la droite ne gagne pas, Washington coupera les vivres. Jusqu’où ira l’interventionnisme américain ?

Imaginez un président américain qui, à moins de quarante-huit heures d’une élection cruciale dans un pays d’Amérique centrale, annonce publiquement qu’il va libérer un ancien chef d’État condamné à quarante-cinq ans de prison pour avoir inondé les États-Unis de cocaïne. Ce n’est pas le scénario d’un thriller politique. C’est ce qui vient de se produire.

Une annonce qui fait l’effet d’une bombe

Vendredi soir, Donald Trump a publié un message clair et sans détour sur Truth Social. Il accorde une grâce totale et absolue à Juan Orlando Hernández, président du Honduras de 2014 à 2022, actuellement détenu dans une prison fédérale américaine.

Le motif avancé ? Selon le président américain, l’ex-dirigeant hondurien aurait été « traité de manière très dure et injuste » par la justice des États-Unis. Des mots qui résonnent particulièrement quand on sait que Hernández a été reconnu coupable d’avoir facilité l’entrée de centaines de tonnes de cocaïne sur le sol américain.

Un calendrier qui ne doit rien au hasard

Cette déclaration intervient à un moment stratégique. Les Honduriens votent dimanche pour élire leur prochain président lors d’un scrutin extrêmement serré. Trois candidats se tiennent dans un mouchoir de poche et s’accusent déjà mutuellement de préparer des fraudes.

Dans ce contexte tendu, Donald Trump n’a pas caché son soutien au candidat de droite Nasry Asfura, issu du même parti que Juan Orlando Hernández. Mieux : il a lié explicitement l’avenir des relations bilatérales au résultat des urnes.

« Si Asfura remporte l’élection, les États-Unis lui accorderont tout leur soutien, car ils ont une grande confiance en lui. S’il ne gagne pas, les États-Unis ne gaspilleront pas leur argent. »

Donald Trump, vendredi

Une pression à peine voilée sur les électeurs honduriens

Le message est limpide : votez pour le candidat que je soutiens, ou les aides financières américaines pourraient être revues à la baisse. Le Honduras, l’un des pays les plus pauvres et les plus violents d’Amérique latine, dépend fortement de ces fonds, notamment pour lutter contre les gangs et le trafic de drogue.

En conditionnant ainsi l’aide, Washington rappelle brutalement qui tient les cordons de la bourse dans la région. Une méthode qui n’est pas nouvelle, mais qui atteint ici un niveau rarement vu.

Juan Orlando Hernández : de président à narcotrafiquant condamné

Pour comprendre l’ampleur du scandale, il faut revenir sur le parcours de l’homme que Donald Trump s’apprête à gracier.

Juan Orlando Hernández a dirigé le Honduras pendant huit ans. Allié historique des États-Unis dans la lutte antidrogue, il recevait régulièrement des responsables américains et posait en rempart contre les cartels.

Puis tout a basculé. Après avoir quitté le pouvoir en 2022, il a été extradé vers les États-Unis. Le procès a révélé qu’il avait personnellement protégé des cargaisons de cocaïne en échange de millions de dollars de pots-de-vin. Les juges new-yorkais l’ont condamné à quarante-cinq ans de prison.

Aujourd’hui, Donald Trump balaie cette sentence d’un revers de main en parlant d’injustice.

L’Amérique latine, arrière-cour des États-Unis ?

Cette affaire illustre parfaitement la vision de Donald Trump concernant l’Amérique latine : une zone d’influence directe où Washington peut intervenir sans retenue.

On se souvient des pressions exercées sur le Mexique pour contrôler les migrations, des sanctions contre le Venezuela, ou encore du soutien affiché à certains dirigeants autoritaires tant qu’ils étaient alignés sur les intérêts américains.

Au Honduras, cette doctrine prend une forme particulièrement crue : la grâce d’un narcotrafiquant condamné devient un levier électoral.

Une démonstration de force militaire en parallèle

Et comme pour appuyer ses paroles, les États-Unis ont déployé récemment des moyens militaires impressionnants dans les Caraïbes : le plus grand porte-avions du monde, des navires de guerre, des avions de chasse… Officiellement pour des opérations antidrogue, notamment contre le Venezuela.

Mais dans le contexte actuel, difficile de ne pas y voir un message supplémentaire adressé à toute la région : Washington est prêt à tout pour défendre ses intérêts.

Quelles conséquences pour le Honduras ?

À Tegucigalpa, l’annonce a provoqué un choc. Les partisans de la gauche dénoncent une ingérence flagrante. Ceux de la droite, eux, se réjouissent discrètement de voir leur champion historique sur le point d’être blanchi.

Dimanche, les Honduriens voteront en sachant que leur choix pourrait déterminer non seulement l’avenir de leur pays, mais aussi le retour ou non d’un homme condamné pour avoir transformé l’État en narco-État.

Et quelque part dans une prison américaine, Juan Orlando Hernández attend déjà son billet retour.

Une page d’histoire se tourne. Ou plutôt, se réécrit en direct sous nos yeux.

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