InternationalPolitique

Trump Prêt à Abroger le Pilier des Réglementations Climatiques US

Le gouvernement Trump s'apprête à supprimer un texte fondamental adopté en 2009 qui permet de réglementer les gaz à effet de serre aux États-Unis. Scientifiques et ONG dénoncent une attaque sans précédent contre la lutte climatique, tandis que l'EPA célèbre une déréglementation historique. Mais que va-t-il vraiment se passer ensuite ?

Imaginez un instant : un simple document administratif, rédigé il y a seize ans, qui a servi de socle à des décennies de mesures destinées à protéger la planète. Aujourd’hui, ce texte pourrait disparaître d’un trait de plume. Aux États-Unis, une décision imminente fait trembler le monde environnemental et scientifique.

Une décision qui pourrait tout changer

Le gouvernement actuel prépare activement l’abrogation d’un texte clé adopté en 2009 par l’Agence de protection de l’environnement. Ce document, connu sous le nom de constat de mise en danger, reconnaît officiellement que six gaz à effet de serre – dont le dioxyde de carbone et le méthane – représentent un danger réel pour la santé publique et le bien-être des Américains.

Ce constat n’était pas une simple déclaration symbolique. Il a constitué la base juridique indispensable pour que l’agence fédérale puisse réglementer ces émissions à l’échelle nationale. Sans lui, la plupart des normes limitant la pollution climatique perdent leur fondement légal.

Les origines d’un texte décisif

En 2007, une décision importante de la plus haute juridiction du pays avait ouvert la voie. Les juges avaient alors estimé que l’agence devait examiner si les gaz à effet de serre pouvaient être considérés comme des polluants dangereux. Deux ans plus tard, le constat de 2009 répondait précisément à cette injonction.

Depuis cette date, ce texte a servi de pilier à une série impressionnante de réglementations : normes d’émissions pour les véhicules légers et lourds, limitations sur les centrales électriques au charbon, contrôles accrus sur les fuites de méthane dans l’industrie pétrolière et gazière… Autant de mesures qui, directement ou indirectement, s’appuyaient sur cette reconnaissance scientifique et juridique.

Aujourd’hui, l’abroger reviendrait à retirer la pierre angulaire de tout cet édifice réglementaire. Une fois ce fondement disparu, de nombreuses règles existantes pourraient être contestées et annulées beaucoup plus facilement.

Une annonce célébrée par l’administration

Lors d’une visite récente dans une usine automobile du Midwest, le responsable de l’agence fédérale n’a pas caché son enthousiasme. Il a qualifié cette future abrogation de « plus grand acte de déréglementation de l’histoire des États-Unis ». Selon lui, cette mesure libère l’économie américaine des contraintes excessives imposées par les réglementations environnementales.

« Si elle est finalisée, ce serait le plus grand acte de déréglementation de l’histoire des États-Unis d’Amérique »

Ces propos reflètent une vision très claire : réduire les contraintes sur les secteurs industriels traditionnels, en particulier ceux liés aux énergies fossiles, pour favoriser la croissance économique et l’emploi dans ces domaines.

La consternation du monde scientifique

De l’autre côté du spectre, la réaction est tout aussi forte, mais dans le sens inverse. Des milliers de scientifiques et d’experts ont exprimé leur profonde inquiétude face à cette perspective. Ils rappellent que les preuves accumulées depuis 2009 n’ont fait que renforcer la certitude autour des impacts du changement climatique d’origine humaine.

En 2009 déjà, les données étaient jugées solides. Aujourd’hui, elles sont décrites comme « encore plus alarmantes et convaincantes ». Les vagues de chaleur extrêmes, les incendies dévastateurs, les inondations record, la montée du niveau des mers… tous ces phénomènes se multiplient et s’intensifient.

Pour ces chercheurs, retirer la reconnaissance officielle du danger posé par les gaz à effet de serre équivaut à nier une réalité scientifique établie. Ils y voient une décision politique qui prime sur les faits établis par des décennies de travaux scientifiques internationaux.

Une administration résolument pro-fossiles

Depuis son retour au pouvoir, l’administration actuelle mène une politique systématique en faveur des industries extractives. Pétrole, gaz naturel, charbon : ces secteurs bénéficient d’un soutien marqué, tandis que les mesures environnementales héritées des précédentes décennies sont méthodiquement démantelées.

Cette approche ne date pas d’hier. Déjà lors du premier mandat, plusieurs réglementations climatiques avaient été assouplies ou supprimées. Le mouvement s’accélère aujourd’hui avec une volonté affichée de revenir sur les engagements pris en matière de réduction des émissions.

Les partisans de cette ligne défendent l’idée que les États-Unis doivent prioriser leur souveraineté énergétique et leur compétitivité économique face à des concurrents internationaux moins regardants sur les normes environnementales.

Un contexte climatique préoccupant

Cette décision intervient alors que les indicateurs climatiques continuent de s’aggraver. L’année 2025 vient d’être confirmée comme la troisième plus chaude jamais mesurée à l’échelle planétaire. Les records de température se succèdent, les événements extrêmes se multiplient sur tous les continents.

Aux États-Unis même, les impacts sont visibles et coûteux : sécheresses prolongées dans l’Ouest, ouragans plus intenses dans le Sud-Est, inondations dévastatrices dans le Midwest, feux de forêt records en Californie… La liste s’allonge chaque année.

Paradoxalement, alors que ces signaux d’alerte s’accumulent, les investissements dans les technologies bas carbone marquent le pas dans de nombreux pays développés. Les financements nécessaires pour accélérer la transition énergétique restent insuffisants face à l’ampleur du défi.

Une bataille judiciaire inévitable

L’abrogation annoncée ne passera pas sans combat. Les organisations environnementales ont déjà promis de saisir immédiatement les tribunaux. Elles estiment que cette décision viole les obligations légales de l’agence fédérale en matière de protection de la santé publique et de l’environnement.

Le parcours judiciaire s’annonce long et incertain. Les plaignants pourront notamment s’appuyer sur la décision de 2007 de la Cour suprême, qui avait précisément obligé l’agence à examiner la question des gaz à effet de serre. Ironiquement, c’est cette même juridiction – aujourd’hui à majorité conservatrice – qui pourrait avoir le dernier mot.

Ces dernières années, la haute cour a montré une certaine ouverture à revoir des jurisprudences antérieures. Reste à savoir si elle acceptera de revenir sur un précédent qu’elle avait elle-même posé il y a moins de vingt ans.

Quelles conséquences concrètes ?

Si l’abrogation est confirmée et survit aux recours judiciaires, plusieurs secteurs pourraient voir leurs contraintes réglementaires allégées rapidement :

  • Constructeurs automobiles : moins de pression sur les normes d’émissions pour les véhicules neufs
  • Industrie pétrolière et gazière : possible assouplissement des règles sur les fuites de méthane
  • Centrales électriques : réduction probable des exigences de réduction de CO2
  • Projets industriels : autorisations plus rapides pour les infrastructures liées aux énergies fossiles

À l’inverse, les États les plus engagés dans la lutte climatique – Californie en tête – pourraient tenter de compenser au niveau local en adoptant des normes encore plus strictes. Cela créerait une mosaïque réglementaire complexe sur le territoire américain.

Un symbole plus large

Au-delà des aspects techniques et juridiques, cette décision porte une portée symbolique forte. Elle marque une rupture nette avec l’idée que la protection du climat relève de la responsabilité fédérale. Elle renforce aussi l’image d’une Amérique qui privilégie les intérêts économiques à court terme sur les impératifs environnementaux à long terme.

Pour beaucoup d’observateurs internationaux, ce choix risque d’affaiblir la crédibilité des États-Unis dans les négociations climatiques mondiales. Alors que la communauté internationale cherche encore des moyens d’accélérer la réduction collective des émissions, un grand pays émetteur qui recule peut envoyer un signal particulièrement démobilisateur.

Vers une polarisation accrue

Le débat autour de cette abrogation illustre une polarisation profonde de la société américaine sur les questions climatiques. D’un côté, ceux qui considèrent que les réglementations environnementales étouffent l’économie et coûtent des emplois. De l’autre, ceux qui estiment que l’inaction face au réchauffement climatique représente une menace bien plus grave pour la prospérité future.

Cette fracture ne se limite pas aux cercles politiques. Elle traverse aussi les familles, les entreprises, les communautés locales. Chaque événement climatique extrême renforce les positions de chacun, rendant le dialogue encore plus difficile.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs. L’abrogation formelle devrait intervenir rapidement. Les recours en justice suivront presque immédiatement. Les audiences, les expertises, les arguments techniques et scientifiques vont s’enchaîner.

Pendant ce temps, la planète continuera de se réchauffer. Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère augmenteront. Les impacts se feront sentir, parfois de manière dramatique.

Quelle que soit l’issue judiciaire finale, cette séquence laissera des traces durables dans le paysage politique et environnemental américain. Elle pose surtout une question fondamentale : jusqu’où un pays peut-il aller dans le détricotage de ses propres outils de protection climatique avant que les conséquences ne deviennent irréversibles ?

La réponse, malheureusement, ne viendra probablement pas des tribunaux seuls. Elle émergera surtout des choix collectifs que les sociétés feront – ou ne feront pas – dans les années à venir face à une crise qui, elle, ne connaît pas de pause réglementaire.

À suivre de très près.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.