Dans un contexte géopolitique déjà extrêmement tendu dans les Caraïbes, un nouveau chapitre particulièrement virulent vient de s’ouvrir entre Washington et La Havane. Le président américain a publié un message d’une rare fermeté à destination de Cuba, laissant peu de place à l’ambiguïté sur ses intentions futures concernant l’île.
Quelques mots, publiés sur son réseau social personnel, ont suffi à faire monter la température dans la région : un ultimatum clair, direct, presque brutal. L’Amérique semble avoir décidé qu’il était temps de tourner définitivement une page longue de plusieurs décennies.
Un ultimatum présidentiel sans précédent
Le message présidentiel ne laisse planer aucun doute sur la nouvelle ligne dure adoptée. Il y est question de couper totalement les flux financiers et énergétiques qui, depuis plus de vingt ans, ont constitué une véritable bouée de sauvetage pour l’économie cubaine. Le ton est sans concession.
« IL N’Y AURA PLUS DE PÉTROLE OU D’ARGENT A DESTINATION DE CUBA – ZÉRO ! » peut-on lire dans le texte publié. Suit immédiatement une injonction solennelle : accepter un accord, et le faire avant qu’il ne soit trop tard. La menace est à peine voilée : le statu quo n’est plus une option acceptable pour Washington.
La réponse immédiate et cinglante de La Havane
Il n’a fallu que quelques heures pour que le dirigeant cubain apporte une réponse publique, tout aussi tranchée. Sur le réseau social X, le président cubain a tenu à rappeler un principe fondamental pour son pays : Cuba est une nation libre et indépendante.
« Personne ne dicte quoi faire » à Cuba, a-t-il affirmé avec force. Le message est limpide : l’île ne compte ni plier ni négocier sous la menace. La souveraineté nationale reste, aux yeux des autorités cubaines, un principe intangible et non négociable.
« Cuba est une nation libre, indépendante, et personne ne dicte quoi faire à ce pays. »
Le président cubain en réponse au message américain
Cette réplique rapide montre à quel point les autorités cubaines perçoivent la déclaration comme une attaque directe contre leur légitimité et leur indépendance. La fermeté du ton cubain n’est pas surprenante au regard de l’histoire tumultueuse des relations entre les deux pays.
Un contexte bouleversé par un événement majeur
Cet échange virulent intervient dans un contexte particulièrement dramatique. Une semaine seulement avant cette déclaration, une opération militaire américaine nocturne a permis la capture du président vénézuélien à Caracas. Cette action a provoqué de lourdes pertes parmi les forces de sécurité vénézuéliennes et cubaines présentes sur place.
Pour le dirigeant américain, cet événement marque la fin d’une époque. Il considère que le Venezuela n’a plus besoin d’être « protégé » par ce qu’il qualifie de « voyous et extorqueurs ». Les coopérations sécuritaires entre La Havane et Caracas, qui duraient depuis des années, sont selon lui définitivement terminées.
Cette capture constitue donc, aux yeux de Washington, le point de bascule qui rend caduques les anciens arrangements économiques et sécuritaires entre Cuba et le Venezuela. Le pétrole vénézuélien, qui a longtemps permis à l’île de survivre malgré l’embargo américain, ne coulera plus.
Les racines d’une coopération stratégique
Pour bien comprendre l’enjeu actuel, il faut remonter au début des années 2000. À cette époque, les deux pays dirigés par Hugo Chávez au Venezuela et Fidel Castro à Cuba avaient conclu un accord de coopération historique.
Le Venezuela s’engageait à fournir à Cuba d’importantes quantités de pétrole à des conditions préférentielles. En contrepartie, Cuba déployait massivement des médecins, des enseignants, des entraîneurs sportifs et d’autres professionnels sur le sol vénézuélien.
Cette relation s’est renforcée au fil des ans et a pris une dimension sécuritaire croissante, notamment après l’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro. Des conseillers cubains étaient présents dans les structures de renseignement et de sécurité vénézuéliennes. C’est précisément cette présence qui a été visée lors de l’opération américaine.
La « doctrine Donroe » : un clin d’œil historique
Le dirigeant américain a récemment employé une expression nouvelle pour qualifier sa politique régionale : la « doctrine Donroe ». Ce jeu de mots associe son nom à la célèbre doctrine Monroe de 1823, qui considérait l’Amérique latine comme la zone d’influence exclusive des États-Unis.
En reprenant cette référence historique avec une légère distorsion humoristique, le président américain semble vouloir signifier que les États-Unis entendent désormais exercer pleinement leur autorité dans leur « arrière-cour » géopolitique, sans tolérer plus longtemps l’influence de puissances extérieures ou de régimes considérés comme hostiles.
Cette posture marque un tournant radical par rapport aux positions parfois exprimées par le même dirigeant dans le passé, lorsqu’il critiquait l’interventionnisme américain à l’étranger. Aujourd’hui, l’approche semble beaucoup plus assertive et unilatérale.
Marco Rubio, de sénateur à… président de Cuba ?
Dans un registre plus provocateur encore, le président américain a republié un message suggérant que l’actuel secrétaire d’État américain, d’origine cubaine par ses parents, pourrait devenir président de l’île caribéenne. À ce message, il a ajouté un simple commentaire : « Ça me semble bien ! »
Cette publication n’est pas anodine. Elle touche directement à la question de la souveraineté nationale cubaine et constitue une provocation majeure aux yeux des autorités de La Havane. Elle renforce l’idée que Washington envisage non seulement un changement de régime, mais potentiellement une forme de tutelle ou de transition pilotée depuis les États-Unis.
La réaction du camp pro-américain
Du côté des élus américains favorables à une ligne dure envers Cuba, les déclarations du président ont été accueillies avec enthousiasme. Un représentant républicain de Floride, où la communauté cubano-américaine est particulièrement influente, n’a pas caché sa satisfaction.
« La tyrannie à Cuba ne survivra pas au second mandat du président », a-t-il déclaré, voyant dans cette nouvelle posture une volonté déterminée d’en finir avec le régime actuel. Cette position reflète un courant politique puissant dans certains États américains, notamment en Floride.
La voix de la diplomatie cubaine
Le ministre cubain des Affaires étrangères a également tenu à réagir publiquement. Il a qualifié les États-Unis de « criminel hégémonique et incontrôlable » qui menace non seulement la paix dans la région, mais dans le monde entier.
Pour lui, le droit et la justice sont clairement du côté de Cuba. Cette rhétorique classique de la diplomatie cubaine depuis la révolution insiste sur le respect du droit international et la condamnation de ce que La Havane considère comme une politique impérialiste américaine.
« Les États-Unis se comportent comme un criminel hégémonique et incontrôlable qui menace la paix et la sécurité, non seulement à Cuba et dans cet hémisphère mais aussi dans le monde entier. »
Le chef de la diplomatie cubaine
Quel avenir pour les relations cubano-américaines ?
La question que chacun se pose désormais est simple : que va-t-il se passer dans les prochains jours, les prochaines semaines ? L’ultimatum américain aura-t-il l’effet escompté ou, au contraire, renforcera-t-il la détermination cubaine à résister ?
L’histoire des relations entre les deux pays incite à la prudence. Depuis plus de soixante ans, embargo, tentatives de déstabilisation, crises des missiles, vagues migratoires… les épisodes de tension n’ont pas manqué. Pourtant, le régime cubain a toujours su, d’une manière ou d’une autre, survivre aux différentes administrations américaines.
Mais la situation actuelle est différente à plusieurs égards. La perte du soutien vénézuélien constitue un coup dur pour une économie cubaine déjà exsangue. La capture de l’ancien allié Maduro change profondément la donne régionale. Et surtout, le ton employé par le dirigeant américain semble indiquer une détermination nouvelle, sans compromis apparent.
Les scénarios possibles
Plusieurs hypothèses se dessinent pour l’avenir proche :
- La pression économique maximale aboutit à des négociations forcées et à un accord imposé par Washington
- Le régime cubain choisit la résistance totale, quitte à voir l’économie s’effondrer davantage
- Des troubles internes, nourris par la crise économique, aboutissent à un changement de régime
- Des pays tiers (Russie, Chine, peut-être même certains pays européens) décident d’augmenter leur aide à Cuba pour contrebalancer la pression américaine
- Une crise migratoire massive vers les États-Unis force Washington à revoir sa position
Aucun de ces scénarios n’est véritablement rassurant pour la stabilité régionale. Tous comportent des risques importants de déstabilisation, de crise humanitaire ou même de confrontation directe.
Un moment historique dans les relations interaméricaines
Ce qui se joue actuellement dépasse de loin la simple relation bilatérale entre deux pays. C’est tout l’équilibre des forces dans l’hémisphère occidental qui est en train d’être redessiné. La fin de l’influence cubaine au Venezuela, la volonté affichée de Washington d’imposer sa loi dans la région, le retour d’une rhétorique de type Monroe… tous ces éléments indiquent que nous assistons peut-être à la naissance d’une nouvelle ère géopolitique dans les Amériques.
Dans les jours qui viennent, chaque déclaration, chaque décision, chaque mouvement sera scruté avec la plus grande attention. Car l’ultimatum a été lancé. L’horloge tourne. Et dans cette partie d’échecs géopolitique aux enjeux considérables, le prochain coup pourrait bien être décisif.
À suivre donc… de très près.









