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Trump Ouvre la Porte à Delcy Rodríguez et au Venezuela

Donald Trump envisage une rencontre avec Delcy Rodríguez, nouvelle dirigeante intérimaire du Venezuela. Coopération sur le pétrole, libération de prisonniers, mais tensions persistantes… Que cache réellement ce rapprochement inattendu ?

Imaginez un instant : le président le plus imprévisible de l’histoire récente des États-Unis qui, du haut de son Air Force One, lâche nonchalamment qu’il pourrait bien rencontrer la nouvelle dirigeante intérimaire du Venezuela. Cette simple phrase prononcée un dimanche ordinaire a suffi à faire trembler les chancelleries de toute l’Amérique latine. Nous sommes en janvier 2026 et le décor semble tout droit sorti d’un scénario géopolitique audacieux.

Un revirement spectaculaire dans les relations américano-vénézuéliennes

Depuis plusieurs années, les relations entre Washington et Caracas étaient au point mort. Sanctions économiques d’une ampleur exceptionnelle, rupture des liens diplomatiques, accusations mutuelles… le dialogue semblait définitivement rompu. Et pourtant, en quelques semaines seulement, la situation a radicalement changé.

Le point de bascule ? La capture spectaculaire de Nicolas Maduro et de son épouse début janvier, suivie de l’investiture de Delcy Rodríguez comme présidente par intérim. Cette femme politique expérimentée, longtemps considérée comme l’une des figures les plus dures du chavisme, se retrouve soudain propulsée au cœur des négociations avec la première puissance mondiale.

La déclaration surprise à bord d’Air Force One

C’est donc dans l’intimité relative de l’avion présidentiel américain que Donald Trump a lâché la phrase qui fait aujourd’hui l’actualité : « À un moment donné, je le ferai ». Réponse laconique mais lourde de sens à la question de savoir s’il envisageait une rencontre avec Delcy Rodríguez.

Le président américain n’a pas caché son satisfecit envers l’administration intérimaire en place : « Ils travaillent vraiment bien », a-t-il ajouté, laissant entendre que cette nouvelle équipe inspire davantage confiance que l’ancien régime.

« À un moment donné, je le ferai »

Donald Trump, à propos d’une éventuelle rencontre avec Delcy Rodríguez

Cette ouverture marque un tournant majeur. Après des années de confrontation totale, Washington semble prête à explorer une voie diplomatique pragmatique avec le nouveau pouvoir en place à Caracas.

Les enjeux pétroliers au cœur des discussions

Impossible d’aborder la relation américano-vénézuélienne sans évoquer le pétrole. Le Venezuela dispose des plus importantes réserves prouvées au monde, principalement situées dans la ceinture de l’Orénoque. Un trésor stratégique que Washington observe avec beaucoup d’intérêt.

L’administration actuelle multiplie les signaux en direction des grandes compagnies pétrolières américaines. L’objectif affiché est clair : attirer massivement les investissements nécessaires à la remise à niveau de l’industrie pétrolière vénézuélienne, sinistrée après des années de mauvaise gestion, de corruption et de sous-investissement chronique.

Mais la route s’annonce semée d’embûches. Lors d’une récente réunion à la Maison Blanche, le patron d’une des plus grandes majors pétrolières mondiales a qualifié le Venezuela de pays « non investissable » sans réformes structurelles profondes et garanties juridiques solides. Une réponse qui n’a visiblement pas plu au locataire de la Maison Blanche.

« Vous savez, il y en a tellement qui le veulent que je serais probablement enclin à écarter Exxon. Je n’ai pas aimé leur réponse. Ils jouent trop finement »

Donald Trump, commentant la prudence des pétroliers

Cette crispation illustre bien la complexité du sujet : d’un côté un président américain pressé de voir revenir les capitaux américains dans un pays riche en hydrocarbures, de l’autre des dirigeants d’entreprise qui demandent des garanties avant de risquer des milliards dans un contexte encore instable.

Libération progressive de prisonniers : un geste fort mais insuffisant ?

Parmi les signaux envoyés par les nouvelles autorités vénézuéliennes, la libération de détenus figure en bonne place. Depuis plusieurs jours, des prisonniers sont relâchés au compte-gouttes, y compris des étrangers.

Ces libérations, bien que bienvenues, suscitent néanmoins des réactions contrastées. Certaines familles, qui campent depuis des jours devant les centres pénitentiaires les plus redoutés du pays, s’impatientent face à la lenteur du processus.

Devant des prisons comme l’Hélicoïde (siège des services de renseignement) ou Rodeo I, des dizaines de proches se relaient jour et nuit dans l’espoir d’apercevoir un être cher enfin libéré. L’attente est parfois insoutenable.

  • 17 à 21 libérations confirmées par les organisations de défense des droits humains
  • Entre 800 et 1 200 prisonniers politiques encore détenus selon les estimations
  • Des libérations qui se font au compte-gouttes depuis plusieurs jours

Ces chiffres, bien qu’imparfaits, témoignent de l’ampleur du problème. Les organisations de défense des droits humains continuent de documenter chaque cas et maintiennent la pression pour obtenir des libérations plus massives et transparentes.

La situation tragique des prisonniers politiques

La libération de certains détenus ne doit pas faire oublier la tragédie que vivent encore des centaines d’autres. Le décès en détention d’un policier de 52 ans, arrêté pour avoir partagé des messages critiques sur les réseaux sociaux, a particulièrement choqué l’opinion publique.

Cet homme, qui avait plus de vingt ans de service, était accusé de trahison à la patrie. Son cas n’est malheureusement pas isolé. Depuis 2014, ce sont au moins dix-huit prisonniers politiques qui ont perdu la vie en détention selon les organisations de défense des droits humains.

Ces drames constituent une tache indélébile sur le passé récent du pays et continuent de peser lourdement dans les négociations internationales. Les partenaires étrangers exigent des garanties sérieuses concernant le respect des droits fondamentaux.

Maduro depuis sa cellule new-yorkaise

Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres de Caracas, l’ancien président reste confiant. Depuis le centre de détention de Brooklyn où il est incarcéré, Nicolas Maduro affirme que « nous allons bien » et que lui et son épouse sont « des combattants ».

Accusés notamment de narcotrafic, les deux époux ont plaidé non-coupable lors de leur comparution initiale. Une prochaine audience est prévue mi-mars. Leur sort judiciaire reste l’un des points les plus sensibles des négociations actuelles entre Washington et Caracas.

La question cubaine : un point de friction majeur

Si les relations avec le Venezuela semblent s’améliorer, celles avec Cuba connaissent au contraire une nouvelle dégradation. Donald Trump a durci le ton contre La Havane, exhortant les autorités cubaines à accepter rapidement un « accord » dont les contours restent flous.

Le président cubain n’a pas tardé à réagir sur les réseaux sociaux, affirmant avec force que « personne ne dicte quoi faire » à son pays, qu’il présente comme une « nation libre, indépendante et souveraine ».

« personne ne dicte quoi faire »

Réponse du président cubain à Donald Trump

Cette passe d’armes rappelle que, malgré les évolutions au Venezuela, la question cubaine reste un sujet extrêmement sensible dans la région. La volonté affichée par Washington de mettre fin à la collaboration entre Caracas et La Havane constitue l’un des points les plus délicats des négociations actuelles.

Vers un rétablissement des relations diplomatiques ?

Les autorités intérimaires vénézuéliennes ont officiellement annoncé le lancement d’un « processus exploratoire » visant à rétablir les relations diplomatiques avec les États-Unis, rompues depuis 2019.

Cette annonce intervient après une visite récente de diplomates américains à Caracas. Selon un responsable du département d’État, les contacts restent « étroits » entre les deux capitales. Le ton employé par les autorités intérimaires reste toutefois prudent : elles répètent qu’elles ne sont « pas soumises » à Washington.

Ce subtil équilibre entre ouverture diplomatique et affirmation de souveraineté constitue la ligne rouge que tente de tracer la nouvelle administration vénézuélienne dans ses discussions avec la première puissance mondiale.

Les signaux contradictoires de Washington

L’administration américaine multiplie les messages parfois contradictoires. D’un côté, le président affirme avoir annulé une nouvelle opération militaire contre le Venezuela grâce à la coopération actuelle des autorités. De l’autre, il affirme vouloir « dicter » les décisions futures du pays.

Cette ambivalence reflète la complexité de la situation : Washington veut à la fois encourager le changement en cours tout en conservant une position de force dans les négociations. Trouver le juste équilibre entre carotte et bâton constitue sans doute le principal défi de la diplomatie américaine dans ce dossier.

Quel avenir pour le Venezuela ?

Alors que le pays se trouve à un véritable carrefour historique, les prochains mois seront déterminants. Les négociations avec Washington, le sort des prisonniers politiques, la reconstruction du secteur pétrolier, la relation avec Cuba… autant de chantiers colossaux qui attendent la nouvelle administration intérimaire.

Le chemin vers la normalisation sera nécessairement long et semé d’embûches. Mais pour la première fois depuis de nombreuses années, une fenêtre d’opportunité semble réellement ouverte. À Caracas comme à Washington, chacun mesure l’importance historique du moment.

Dans cette période d’incertitude et d’espoir mêlés, une chose est sûre : les regards du monde entier restent rivés sur Caracas et sur les décisions qui y seront prises dans les semaines et les mois à venir.

La suite de cette histoire géopolitique hors normes ne fait que commencer.

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