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Trop Beau Pour Être Vrai : L’Éclatement de la Bulle Crypto au Vietnam

Hoang Le, 23 ans, a transformé 200 000 dollars en presque rien avec l'effondrement du bitcoin. Au Vietnam, des millions de jeunes ont vu leurs rêves s'évaporer. Mais ce n'est que le début d'une crise bien plus profonde…

Imaginez un étudiant de 23 ans, assis dans sa petite chambre universitaire à Hanoï, qui voit son compte en banque virtuel atteindre des sommets inimaginables. Quelques mois plus tard, ce même jeune homme regarde presque impuissant son portefeuille fondre comme neige au soleil. Cette histoire n’est pas isolée : elle reflète le quotidien de milliers de Vietnamiens pris dans la tourmente de la cryptomonnaie.

Le Vietnam, pays jeune et ultra-connecté, a longtemps été présenté comme l’un des terrains les plus fertiles pour les actifs numériques. Mais depuis l’automne dernier, la réalité a rattrapé les rêves les plus fous. L’effondrement brutal des cours a transformé l’euphorie en désillusion collective.

Quand la spéculation crypto devient une leçon de vie coûteuse

Hoang Le fait partie de ces jeunes qui ont tout misé sur les cryptomonnaies. Étudiant en informatique, il a commencé à trader depuis son ordinateur portable, encouragé par ses amis passionnés de jeux vidéo. Rapidement, les gains se sont accumulés. À son apogée, son portefeuille affichait environ 200 000 dollars – une somme colossale dans un pays où le revenu annuel moyen tourne autour de 4 000 dollars.

Aujourd’hui, il ne reste presque rien. « Ça fait très mal », confie-t-il simplement. Pourtant, il refuse de parler d’échec total. Pour lui, cette perte représente plutôt une « taxe d’apprentissage ». Une formule qui résume bien l’état d’esprit de toute une génération bercée par les promesses d’enrichissement rapide.

Tout le monde est devenu cupide quand les profits étaient élevés. C’était trop beau pour être vrai.

Un jeune investisseur vietnamien

Cette cupidité collective a alimenté une bulle spectaculaire. Les discussions sur les forums, les groupes Telegram et les chaînes Discord tournaient en permanence autour des prochains « moonshots ». Mais quand le vent a tourné, les mêmes communautés se sont remplies de messages de désespoir et de regrets.

Le Vietnam, eldorado crypto en Asie du Sud-Est

Pendant plusieurs années, le Vietnam s’est imposé comme l’un des pays les plus actifs au monde dans le domaine des cryptomonnaies. Avec environ 17 millions de détenteurs d’actifs numériques sur une population de 100 millions d’habitants, le pays figurait régulièrement dans le top 5 mondial des nations les plus engagées.

En 2025, seul l’Inde, les États-Unis et le Pakistan le devançaient selon les classements spécialisés. Cette adoption massive s’explique par plusieurs facteurs : une population très jeune, un taux de bancarisation perfectible et surtout une appétence particulière pour les technologies et les opportunités de gains rapides.

Contrairement à la Chine qui a choisi l’interdiction pure et dure, le Vietnam a maintenu une zone grise juridique pendant longtemps. Les cryptomonnaies ne pouvaient pas servir de moyen de paiement officiel, mais la spéculation restait autorisée. Ce flou a créé un environnement propice à l’expérimentation et à l’innovation… mais aussi aux excès.

L’effondrement : un choc brutal pour les startups locales

Les entreprises vietnamiennes spécialisées dans la blockchain et les actifs numériques ont été parmi les plus touchées. Certaines ont tout simplement fermé leurs portes. D’autres ont procédé à des licenciements massifs pour tenter de survivre dans un marché asséché.

Une société emblématique du secteur a dû se séparer de près d’un tiers de ses effectifs depuis l’année dernière. Son cofondateur anticipe même de nouvelles vagues de restructurations. « Le marché restera probablement difficile pendant des années, pas seulement des mois », explique-t-il avec gravité.

De nombreuses entreprises ont mis la clé sous la porte à cause de cette crise. D’autres réduisent leurs effectifs pour prolonger leur survie.

Président d’une association blockchain à Hô Chi Minh-Ville

Cette ambiance morose contraste fortement avec l’effervescence des années précédentes. Les levées de fonds qui se bouclaient en quelques semaines exigent désormais des mois de négociations. Les investisseurs étrangers, autrefois prêts à miser sur des rendements prometteurs de 400 à 500 %, se montrent beaucoup plus prudents.

Une nouvelle régulation qui arrive trop tard ?

Face à cette situation, le gouvernement vietnamien a décidé d’agir. Une loi reconnaissant officiellement les monnaies numériques est entrée en vigueur récemment. Parallèlement, un programme pilote de cinq ans pour l’échange de cryptos a été annoncé, permettant aux entreprises locales d’émettre des actifs numériques sous certaines conditions.

Mais ces mesures interviennent alors que le mal est déjà fait pour beaucoup d’acteurs. Le cadre juridique reste perçu comme incertain par de nombreux entrepreneurs. Résultat : plusieurs sociétés préfèrent s’enregistrer à Singapour ou à Dubaï plutôt que de tenter l’aventure sur le sol vietnamien.

Ce manque de clarté pousse même certains fondateurs à élaborer des « plans B » pour assurer la pérennité de leurs projets. La peur d’une régulation trop stricte ou, au contraire, d’un vide juridique persistant, pèse lourd dans les décisions stratégiques.

Les investisseurs individuels : les grands perdants

Derrière les chiffres macroéconomiques et les fermetures d’entreprises, il y a surtout des histoires humaines. Une étude récente montre que 55 % des investisseurs vietnamiens individuels ont déclaré des pertes importantes l’année dernière. Un chiffre qui ne surprend personne dans le milieu.

Quand les prix chutent brutalement, les groupes de discussion se remplissent de plaintes et de ressentiment. L’ambiance générale devient pesante. « Beaucoup de gens échangent des cryptos au Vietnam », témoigne un jeune entrepreneur. « Dès que les prix baissent, tout le monde se plaint et l’humeur collective devient morose. »

Un cycle classique ou le début d’un changement profond ?

Les observateurs les plus expérimentés rappellent que les marchés crypto fonctionnent par cycles. Après l’euphorie vient inévitablement la correction, parfois violente. Ceux qui survivent à ces phases de purge ressortent généralement plus solides, avec des projets mieux structurés et des équipes plus matures.

Mais pour l’instant, la douleur reste vive. Les jeunes qui ont découvert la finance décentralisée pendant la bulle gardent un goût amer. Beaucoup se demandent s’ils reviendront un jour sur ce marché. D’autres, au contraire, y voient une opportunité d’acheter à bas prix ce qu’ils considèrent comme des actifs d’avenir.

Ce qui est certain, c’est que le Vietnam ne sera plus jamais le même en matière de cryptomonnaies. La page du Far West numérique est tournée. Place désormais à une phase de maturation forcée, sous le regard plus attentif des autorités.

Que retenir de cette crise pour l’avenir ?

Cette déconvenue massive pourrait paradoxalement accélérer la professionnalisation du secteur. Les survivants seront ceux qui auront su diversifier leurs activités, consolider leurs finances et surtout construire des produits répondant à de vrais besoins plutôt qu’à la spéculation pure.

Pour les investisseurs individuels, la leçon est plus amère : la cupidité aveugle et l’effet de FOMO (fear of missing out) restent les meilleurs moyens de perdre de l’argent rapidement. Comme le résumait si bien Hoang Le, parfois il faut payer cher pour apprendre.

Le Vietnam, avec sa jeunesse dynamique et son appétit pour l’innovation, ne va pas abandonner les technologies blockchain du jour au lendemain. Mais le pays aborde désormais cette révolution avec beaucoup plus de prudence et de réalisme. La bulle a éclaté, laissant derrière elle des fortunes détruites, des rêves brisés… mais aussi, peut-être, les fondations d’un écosystème plus mature et plus durable.

Dans les rues de Hanoï et de Hô Chi Minh-Ville, les conversations sur les cryptos continuent, mais le ton a changé. Moins d’excitation fébrile, plus de questions posées, plus de doutes exprimés. Le marché a grandi dans la douleur, et cette croissance forcée pourrait bien être la plus salutaire à long terme.

Points clés à retenir :

  • Le Vietnam comptait parmi les pays les plus actifs au monde en cryptomonnaies
  • L’effondrement récent a provoqué des pertes massives chez les investisseurs individuels
  • De nombreuses startups blockchain locales traversent une crise existentielle
  • Une nouvelle loi et un programme pilote tentent de cadrer le secteur
  • La cupidité collective a alimenté une bulle désormais dégonflée

Le chemin reste long avant que le Vietnam ne devienne une place forte régulée et stable des actifs numériques. Mais une chose est sûre : les Vietnamiens ont payé le prix fort pour cette leçon d’humilité financière. Et dans ce pays où l’entrepreneuriat reste une valeur cardinale, beaucoup apprendront de leurs erreurs pour mieux rebondir demain.

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