Imaginez une paisible matinée de printemps dans une ville universitaire suédoise. Les étudiants préparent la fête de Valborg, les rues bruissent doucement, et soudain, des coups de feu déchirent le calme. En quelques minutes, trois jeunes vies s’éteignent dans un salon de coiffure ordinaire. Ce drame, survenu le 29 avril 2025 à Uppsala, continue de hanter la Suède entière.
Plus de neuf mois après les faits, la justice avance. Cinq hommes ont été officiellement inculpés pour leur rôle dans cette fusillade d’une violence inouïe. Derrière ces arrestations se dessine peu à peu le portrait glaçant d’un crime commandité, typique des luttes sanglantes qui minent le pays depuis plus d’une décennie.
Un salon de coiffure transformé en scène de crime
Ce jour-là, rien ne laissait présager l’horreur. Situé dans un quartier animé d’Uppsala, le salon accueillait sa clientèle habituelle. Des hommes discutaient, des ciseaux cliquetaient, l’odeur de shampoing flottait dans l’air. Puis tout a basculé.
Le tireur présumé, un jeune homme de 21 ans, serait arrivé déterminé. Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, il commence par ouvrir le feu sur deux individus à l’extérieur du commerce. L’un des deux hommes, blessé, parvient à s’enfuir et se réfugie à l’intérieur, dans les toilettes. C’est alors que le suspect pénètre dans le salon et abat froidement trois personnes présentes.
Les victimes : trois jeunes fauchés en pleine jeunesse
Les trois personnes tuées étaient âgées de 15 à 20 ans. Parmi elles, le plus jeune n’avait apparemment aucun lien connu avec le milieu criminel. Il se trouvait simplement au mauvais endroit, au mauvais moment, probablement en train de se faire couper les cheveux ou d’attendre son tour.
Cette précision glaçante a été soulignée par le procureur en charge du dossier : la plus jeune victime semblait être un simple client innocent. Cette donnée rend le drame encore plus insupportable et pose une question lancinante : les véritables cibles étaient-elles bien ces trois jeunes ?
Pour l’instant, les enquêteurs n’ont pas pu établir avec certitude la réponse. Le mobile exact reste flou, tout comme l’identité de la ou des personnes ayant commandité l’attaque.
Un tueur à gages et une enveloppe compromettante
Le principal mis en cause, âgé de 21 ans, est poursuivi pour trois meurtres, deux tentatives de meurtre et une infraction aggravée liée aux armes. Selon le parquet, il aurait agi comme un véritable tueur à gages.
Lors de son arrestation, les forces de l’ordre ont découvert sur lui une enveloppe contenant 100 000 couronnes suédoises en espèces – environ 9 400 euros – ainsi qu’une lettre sur laquelle figuraient différentes « missions ». Ces éléments matériels constituent des indices lourds dans le dossier.
Durant ses interrogatoires, le jeune homme n’a fourni que des réponses très limitées et conteste les faits qui lui sont reprochés. Son attitude réservée complique la tâche des enquêteurs qui cherchent à remonter la chaîne de commandement.
Les autres inculpés et leurs rôles présumés
Outre le tireur présumé, trois hommes âgés de 18 à 24 ans ont été inculpés pour complicité de meurtre. Un cinquième individu, 25 ans, est poursuivi pour infraction aggravée liée aux armes et pour recel de malfaiteur.
Ces cinq profils dessinent les contours d’une opération organisée. Même si le commanditaire principal n’a pas encore été identifié, la justice suédoise semble convaincue que les accusés n’ont pas agi de leur propre initiative.
Le procès attendu pour février 2026
L’audience doit débuter le 18 février 2026. Ce procès très médiatisé devrait permettre d’éclaircir – au moins partiellement – les circonstances exactes de cette tuerie et les motivations profondes des protagonistes.
La population suédoise suivra avec une attention particulière ces débats. Car au-delà du drame d’Uppsala, c’est toute une vague de violence qui inquiète le pays depuis plusieurs années.
La Suède face à une criminalité organisée galopante
Depuis plus d’une décennie, la Suède connaît une hausse préoccupante des règlements de comptes entre bandes rivales. Ces conflits tournent le plus souvent autour du contrôle du trafic de stupéfiants, mais aussi du trafic d’armes et d’autres activités illicites.
Les fusillades en plein jour, dans des lieux publics, se multiplient. Les victimes sont parfois très jeunes, parfois totalement étrangères aux milieux criminels. Cette banalisation de la violence extrême choque l’opinion publique et met une pression considérable sur les autorités.
Un jeune de 15 ans parmi les victimes : symbole d’une dérive inquiétante
Le fait qu’un adolescent de seulement 15 ans ait été abattu dans un salon de coiffure illustre tragiquement l’extension du phénomène. Quand des mineurs deviennent des dommages collatéraux de guerres de gangs, c’est toute la société qui se sent menacée.
Les experts s’accordent à dire que la porosité entre certains quartiers défavorisés, le trafic de drogue et l’accès facile aux armes à feu alimente cette spirale mortelle.
Les armes : un fléau persistant
L’infraction liée aux armes revient fréquemment dans ce type d’affaires. En Suède, malgré une législation stricte sur les armes à feu, les pistolets automatiques circulent de plus en plus dans les milieux criminels. Beaucoup proviennent de trafics internationaux ou de vols dans les pays voisins.
Dans le dossier d’Uppsala, plusieurs des inculpés sont poursuivis pour des infractions graves liées aux armes. Cela montre à quel point la disponibilité de ces objets mortels reste un problème majeur.
Que sait-on vraiment du commanditaire ?
Le procureur a été clair : les meurtres étaient commandités. Pourtant, après des mois d’enquête, l’identité de celui ou ceux qui ont donné l’ordre reste inconnue. Cette opacité alimente les spéculations et renforce le sentiment d’impuissance face à des réseaux très structurés.
Certains observateurs estiment que le commanditaire pourrait appartenir à une couche supérieure de l’organisation criminelle, utilisant de jeunes exécutants facilement remplaçables. D’autres pensent que la réponse se trouve dans des rivalités locales très précises.
La réponse politique et judiciaire sous pression
Face à cette vague de violence, les gouvernements successifs ont durci les peines, renforcé les moyens alloués à la police et tenté de briser les filières d’approvisionnement en armes et en drogue. Malgré ces efforts, les statistiques restent alarmantes.
Chaque nouveau drame comme celui d’Uppsala ravive le débat : la Suède parvient-elle encore à garantir la sécurité de ses citoyens ? La question est d’autant plus sensible que le pays était autrefois perçu comme l’un des plus sûrs au monde.
Un traumatisme collectif qui perdure
Pour les habitants d’Uppsala, cette fusillade reste gravée dans les mémoires. Le salon de coiffure, aujourd’hui fermé, est devenu un lieu de recueillement discret. Des bouquets de fleurs, des bougies et des mots écrits à la main rappellent encore la mémoire des victimes.
Les familles endeuillées, elles, attendent des réponses claires. Comprendre pourquoi leurs proches ont été tués, même si la réponse est terrible, constitue souvent une étape essentielle du deuil.
Vers un procès sous haute tension
Le procès qui s’ouvrira en février 2026 sera scruté par l’ensemble du pays. Les avocats de la défense tenteront sans doute de semer le doute sur les preuves matérielles et sur la chaîne de commandement. Le parquet, lui, misera sur les éléments tangibles retrouvés lors des perquisitions.
Quelle que soit l’issue judiciaire, une chose est certaine : ce triple meurtre restera l’un des symboles les plus sombres de la lutte que mène actuellement la Suède contre le crime organisé.
En attendant, les enquêteurs poursuivent leur travail minutieux. Chaque nouvel indice pourrait faire tomber un rouage supplémentaire de cette mécanique mortifère. Et peut-être, un jour, permettre de remonter jusqu’à ceux qui tirent véritablement les ficelles.
Car derrière la vitre brisée d’un salon de coiffure d’Uppsala se cache bien plus qu’un fait divers tragique : c’est le reflet d’une société qui cherche désespérément à reprendre le contrôle face à une violence qu’elle n’avait jamais imaginée aussi proche.
« Quand un enfant de 15 ans peut être abattu dans un salon de coiffure en plein jour, c’est que quelque chose a profondément changé dans notre société. »
— Réflexion anonyme recueillie auprès d’un habitant d’Uppsala
Le chemin vers la vérité est encore long. Mais chaque étape de l’enquête, chaque audition, chaque preuve analysée rapproche peut-être la justice de la réponse que tout un pays attend.
Et pendant ce temps, dans les rues d’Uppsala comme ailleurs en Suède, la peur reste tapie. Elle attend, silencieuse, le prochain drame… ou, espérons-le, le début d’un véritable sursaut collectif face à cette spirale infernale.









